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Déboulonne pas, mon gars !
car les statues de nos Périphéries sont notre héritage...

L’Ancien régime élevait des statues pour les saints dans les églises, et sur les places pour le souverain. On enterrait les saints dans des reliquaires et les rois à Saint-Denis.
Les guerres de Religion jetèrent les reliquaires aux poubelles, martelèrent les statues des saints, brûlèrent leurs tableaux. On releva tout cela. Les Septembriseurs révolutionnaires martelèrent à nouveau la tête des saints, brulèrent leurs reliques, abattirent les statues des souverains comme Henri IV sur le Pont Neuf ou Louis XIV Place des Victoires, déterrèrent leurs dépouilles, grattèrent fleurs de lys, symboles et blasons.
L’Empire éleva la colonne Vendôme avec les canons d’Austerlitz, Gustave Courbet la fit abattre sur un lit de fumier.

Pas la peine d’invoquer le progressisme américain, nos déboulonnages de statues -Saint-Michel aux Sables d’Olonne, Napoléon à Rouen, Joséphine ou Schoelcher aux Antilles - ont de solides et antiques racines françaises. Protestants iconoclastes du XVe, Septembriseurs Sans-culottes de 93, pétroleuses de la Commune ou Indigénistes Black Lives Matter du XXIe siècle : même combat « intersectionnel » ! sus à la statue du Blanc esclavagiste, colonialiste, patriarcal, antiféminste, homophobe !

En France, le XIXe siècle fut l’âge d’Or de la statuaire urbaine. La démocratie hésitante de ce siècle installait peu à peu l’égalité : chaque chef-lieu, chaque hameau voulait égaler la grande ville dans la participation à l’Histoire par la glorification de ses grands Hommes locaux. La République y poussait fortement, qui installait ses écoles dans la moindre bourgade où ses instituteurs magnifiaient le Roman National.

En Flâneur impénitent, je me suis de tout temps arrêté devant la statue trônant sur la Place du village pour déchiffrer l’hommage que les édiles portèrent jadis à la mémoire de celui qu’ils avaient admiré au point de lancer la souscription publique qui allait immortaliser leur héros...
Leurs descendants passent devant le bronze, indifférents, plongés dans leurs portables... leurs mémoires électroniques reliées à Disney ou Netflix ne connaissent pas ces héros non Googuélisés...

Amis flâneurs, allons à la rencontre de ces héros oubliés de nos périphéries chères à Christophe Guilluy...

Le VIIe couplet de la Marseillaise, dit « couplet des enfants » nous servira de guide :

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)

François-Marie Legœuil