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	<title>Fl&#226;neur Textuel</title>
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		<title>Victor : l'exil, la Table et les esprits !</title>
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		<dc:creator>flaneur</dc:creator>



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&lt;p&gt;J'avais achet&#233; chez Emma&#252;s, en pr&#233;vision du COVID, les &#339;uvres compl&#232;tes de Victor Hugo. J'y d&#233;couvris les Tables Tournantes... de Jersey, ouvrage que je ne connaissais pas encore. Je rends gr&#226;ce au COVID et au grand enfermement des citoyens, d&#233;cid&#233; et comment&#233; quotidiennement et emphatiquement par l'in&#233;narrable trio d'amuseurs publics Olivier V&#233;ran et ses faire-valoir les professeurs Salomon et Delfressy : gloire leur soit rendue ! Gr&#226;ce &#224; eux, j'ai pu d&#233;guster Les Tables Tournantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;&lt;em&gt;J'avais achet&#233; chez Emma&#252;s, en pr&#233;vision du COVID, les &#339;uvres compl&#232;tes de Victor Hugo. J'y d&#233;couvris les &lt;i&gt;Tables Tournantes...&lt;/i&gt; de Jersey, ouvrage que je ne connaissais pas encore. Je rends gr&#226;ce au COVID et au grand enfermement des citoyens, d&#233;cid&#233; et comment&#233; quotidiennement et emphatiquement par l'in&#233;narrable trio d'amuseurs publics Olivier V&#233;ran et ses faire-valoir les professeurs Salomon et Delfressy : gloire leur soit rendue ! Gr&#226;ce &#224; eux, j'ai pu d&#233;guster &lt;i&gt;Les Tables Tournantes&lt;/i&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la R&#233;volution de 1848, Victor Hugo, ce bon royaliste &#224; qui Louis XVIII octroya une pension de 1.000 francs pour son Ode &#224; &#171; &lt;i&gt;La Mort du duc de Berry&lt;/i&gt; &#187;, devint peu &#224; peu ce bon r&#233;publicain qui loua l'&#233;lection de Louis Napol&#233;on &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique en 1848. Le coup d'&#201;tat de d&#233;cembre 1851 faisant du Pr&#233;sident Louis-Napol&#233;on l'Empereur Napol&#233;on III, Victor devenu un r&#233;publicain radical, prit le chemin de l'exil avec toute sa famille... d&#233;testant l'Angleterre disait-il, &#224; cause de Napol&#233;on 1er et de Waterloo, il choisit Jersey, &lt;i&gt;&#171; ce morceau de France tomb&#233; dans la mer et ramass&#233; par l'Angleterre... &#187;&lt;/i&gt; o&#249; l'on parlait encore fran&#231;ais et o&#249; se trouvaient de nombreux compatriotes royalistes ou r&#233;publicains, exil&#233;s comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sociale ne valant pas celle de Paris, il occupe ses loisirs &#224; se fabriquer une posture de proscrit r&#233;publicain conforme aux canons romantiques de sa jeunesse. Les photos de son fils Charles nous le montrent pensif, contemplant les &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s du haut du fameux Rocher des proscrits, le noir et blanc du clich&#233; accentuant le c&#244;t&#233; dramatique de la pose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/HUGO/Rocher des Proscrits.jpg?1774613826' width='500' height='320' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa longue chevelure romantique au vent, encore jeune &#224; 46 ans :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/HUGO/Victor rocher.jpg?1774613827' width='500' height='483' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut manquer de penser aux gravures de Napol&#233;on en exil, seul et pensif sur son rocher &#224; Sainte-H&#233;l&#232;ne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/HUGO/Sainte Helene.jpg?1774613826' width='500' height='284' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, il affinera son image de vieux sage laissant pousser sa longue barbe de bon grand-p&#232;re, celle du Victor de son triomphal retour &#224; Paris apr&#232;s la chute de l'Empire en 1870, celle de ses fun&#233;railles nationales en 1885 et enfin celle des manuels scolaires de mon enfance :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Victor Hugo en 1870&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L342xH450/Hugo-c8e77.jpg?1774715297' width='342' height='450' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cr&#233;e un petit cercle d'intimes, avec des bannis du Coup d'&#201;tat : le G&#233;n&#233;ral Le Fl&#244;, h&#233;ros de la prise de Constantine et d&#233;put&#233; orl&#233;aniste en 1848, avec sa femme et ses trois enfants, le journaliste et po&#232;te Auguste Vacquerie fr&#232;re du mari de L&#233;opoldine la fille d&#233;funte des Hugo, le chimiste Th&#233;ophile Gu&#233;rin qui deviendra d&#233;put&#233; de la Commune, ou encore Jules Allix professeur de sciences et de gymnastique qui deviendra membre de la Commune et sa s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous, le g&#233;n&#233;ral Fl&#244;, royaliste et n&#233;anmoins futur Ministre de la Guerre du Gouvernement Thiers de D&#233;fense Nationale en 1870 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L300xH487/general le flo-db80a.jpg?1774613855' width='300' height='487' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami intime, Auguste Vacquerie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L327xH400/Vacquerie-c4cb1.jpg?1774613855' width='327' height='400' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le futur Membre de la Commune Jules Allix :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L340xH450/Allix-e483e.jpg?1774613855' width='340' height='450' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proscrit &#171; socialiste ardent &#187; Th&#233;ophile Gu&#233;rin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L333xH400/Gu&#233;rin-a5d09.jpg?1774613855' width='333' height='400' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre 1853, Delphine de Girardin arrive chez les Hugo. Passionaria de la Bataille d'Hernani, romanci&#232;re, po&#232;te reconnue de l'intelligentsia qui se presse dans son salon, ainsi que les journalistes et les politiques qui courtisent son mari &#201;mile Girardin, inventeur de la presse moderne devenu fort riche, elle est l'&#233;g&#233;rie du Tout-Paris intellectuel, artistique et m&#233;diatique. Mais &#224; son arriv&#233;e &#224; Jersey, rong&#233;e par le cancer, elle n'est plus que l'ombre d'elle-m&#234;me : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L305xH400/Girardin-f39e5.jpg?1774613855' width='305' height='400' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me jour, elle demande &#224; Hugo : &lt;i&gt;&#171; Faites-vous des tables ? &#187;&lt;/i&gt; ce qui, dans les Salons se comprenait comme : &#171; &lt;i&gt;Pratiquez-vous le spiritisme ?&lt;/i&gt; &#187; occupation tr&#232;s en vogue dans le Tout-Paris &#233;l&#233;gant. Sur sa r&#233;ponse n&#233;gative, elle court acheter un petit tabouret &#224; trois pieds que l'on pose sur la table du salon pour interroger les esprits. Le principe est simple : on pose une question et le tabouret anim&#233;e par un esprit r&#233;pond en se d&#233;s&#233;quilibrant sur deux pieds, le troisi&#232;me pied cognant la table en reprenant sa place. Un coup de ce troisi&#232;me pied signifie &#034;A&#034;, et 26 coups, un &#034;Z&#034;... On comprend donc, que faire une phrase prend beaucoup de temps, surtout s'il y a beaucoup de &#034;V&#034; ou de &#034;S&#034;... Par exemple, pour dicter le nom de Shakespeare, la Table doit frapper 89 coups... Parfois, cela prendra des jours, comme par exemple en avril 1854 quand Shakespeare se met &#224; dicter une pi&#232;ce enti&#232;re, avec les indications sc&#233;niques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo &#224; l'imagination d&#233;bordante, &#224; l'inspiration po&#233;tique d&#233;brid&#233;e, est un terreau fertile pour le spiritisme : &lt;i&gt;&#171; Oui, je crois au surnaturel ; il y a mieux, je vis dans le surnaturel. La nuit, ma chambre se remplit de bruits &#233;tranges, l'on frappe dans mon mur, on remue des papiers, des bruits inexplicables se font entendre&#8230; La nuit, lorsque je me r&#233;veille, je me dis : pourvu que je n'aille pas voir un &#234;tre &#233;trange se promener dans ma chambre. Puisqu'ils nous parlent, ils peuvent se montrer ; ils frappent l'ou&#239;e, ils peuvent frapper la vue. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo a d'ailleurs d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; des s&#233;ances de magn&#233;tisme chez la vicomtesse de Saint-Mars. Son obsession est de retrouver sa fille morte, L&#233;opoldine, qui s'est noy&#233;e &#224; Villequier, avec son mari, Charles Vacquerie, le 4 septembre 1843, alors qu'il est en voyage avec Juliette Drouet, sa ma&#238;tresse. Il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Est-ce qu'il est vraiment impossible, doux ange de lever cette pierre, et de parler un peu ? &#233;crit-il dans un fragment de 1846. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains de ses invit&#233;s, notamment Th&#233;ophile Gu&#233;rin le &lt;i&gt;&#034;socialiste ardent&#034;&lt;/i&gt; ou Jules Allix, le professeur de sciences futur Communard, ne paraissent pas a priori pr&#233;destin&#233;s &#224; se lier d'amiti&#233; avec les Esprits... Peut-&#234;tre faut-il plut&#244;t y voir pour eux une distraction bienvenue dans la chaleur amicale d'un groupe de proscrits...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours ne sont gu&#232;re concluants, et bien entendu c'est la fille ch&#233;rie de l'inconsolable Victor - L&#233;opoldine - d&#233;c&#233;d&#233;e des ann&#233;es auparavant qui inaugure la premi&#232;re visite des esprits... Oh, tonton Freud !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il s'agit de Hugo dont l'ego n'est pas particuli&#232;rement rabougri, c'est le gratin de l'au-del&#224; qui lui rendra visite : d'Anacr&#233;on &#224; Ch&#233;nier en passant par Virgile et Dante, de Socrate &#224; Descartes, d'Eschyle &#224; Shakespeare en passant par Moli&#232;re. Et pourquoi h&#233;siter ? Saint Paul et m&#234;me J&#233;sus n'h&#233;siteront pas &#224; venir discuter, commenter l'&#201;vangile ou r&#233;pondre aux questions de la compagnie. Mais viendront aussi des animaux comme le Lion - non pas un lion particulier, mais l'essence du Lion. M&#234;me les &#201;l&#233;ments comme La Nu&#233;e ou la Temp&#234;te ou de simples abstractions comme l'Id&#233;e, le Drame ou l'Ombre du S&#233;pulcre viendront t&#233;moigner longuement et souvent. Je peux comprendre qu'Hugo et sa compagnie aient pu croire que des &#226;mes d&#233;funtes viennent converser avec eux, mais que des animaux, des &#233;l&#233;ments ou de simples abstractions puissent engager conversation, voil&#224; qui m'&#233;pate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations avec les esprits sont aussi courtoises que dans un salon parisien autour d'un th&#233; : Un soir, Aristote se manifeste, mais comme il est un peu tard, on lui sugg&#232;re : &lt;i&gt;&#171; - Veux-tu me faire le plaisir de venir demain apr&#232;s Socrate ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quel jour veux-tu venir alors ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Samedi prochain &#224; 20h. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'esprit de Cagliostro se pr&#233;sente :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'heure est trop avanc&#233;e pour que nous te parlions aujourd'hui. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Victor note : &#171; La s&#233;ance est cl&#244;tur&#233;e &#224; 6h30 du matin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons que si les esprits se couchent tard, il n'est pas question pour eux de passer une nuit totalement blanche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits sont parfois tr&#232;s sensibles &#224; l'ambiance de la maison des Hugo. Par exemple, le po&#232;te spartiate Tyrt&#233;e se plaint que le piano de Mme Hugo est mal accord&#233; ; on le fait r&#233;parer. Le tapis du salon rappelle &#224; Hannibal les d&#233;lices de Capoue et donc sa d&#233;faite... boudeur, il quitte la s&#233;ance sans pr&#233;venir... On transporte alors le tabouret dans le local spartiate de l'atelier et l&#224;, Hannibal, pas rancunier, revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les esprits, les relations tr&#232;s d&#233;tendues peuvent malgr&#233; tout se tendre soudainement : les esprits sont susceptibles, Hugo l'est encore plus. Au fant&#244;me de Moli&#232;re, Victor lit ce po&#232;me qu'il a compos&#233; pour l'occasion :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Les rois et vous, l&#224;-haut, changez-vous d'enveloppes ?&lt;br class='autobr' /&gt; Louis Quatorze au ciel n'est-il pas ton valet ?&lt;br class='autobr' /&gt; Fran&#231;ois premier est-il le fou de Tribulet,&lt;br class='autobr' /&gt; Et Cr&#233;sus le laquais d'&#201;sope ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Moli&#232;re ne trouvant pas ces vers &#224; son go&#251;t refuse de r&#233;pondre et quitte la session... Un esprit en profite pour prendre sa place. Il d&#233;clare s'appeler &lt;i&gt;l'Ombre du S&#233;pulcre&lt;/i&gt; et traite Victor comme un petit garnement sans savoir vivre pour avoir pos&#233; une telle question au grand Comique du Grand si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Le ciel ne punit pas par de telles grimaces,&lt;br class='autobr' /&gt; Et ne travestit pas en fou Fran&#231;ois premier.&lt;br class='autobr' /&gt; L'Enfer n'est pas un bal de grotesques paillasses,&lt;br class='autobr' /&gt; Dont le noir ch&#226;timent serait le costumier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Furieux &#224; son tour, Victor Hugo jette son cahier de notes et quitte le salon, indign&#233; de la conduite des esprits &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le courant passe bien avec les esprits, on en profite pour faire jouer ses relations comme dans la bonne soci&#233;t&#233; parisienne : &#171; &lt;i&gt;Nous t'&#233;couterons d&#232;s que tu voudras, mais un mot, pourrais-tu dire &#224; Shakespeare que je voudrais bien le voir ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le savoir-vivre n'exclut pas la d&#233;sinvolture. &lt;i&gt;&#192; Mo&#239;se : &#171; Nous avions rendez-vous avec toi &#224; 9h et nous y avons manqu&#233;. Nous te prions de nous pardonner. Acceptes-tu nos excuses ? - Oui. &#187;&lt;/i&gt; Je n'aurais pas cru que Mo&#239;se fut si facile &#224; vivre, tant nous avons en m&#233;moire sa descente du Mont Sina&#239; o&#249;, de fureur &#224; la vue du Veau d'or, il brise les Tables de la Loi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Moise&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L334xH400/Moise-87595.jpg?1774613855' width='334' height='400' /&gt;&lt;small&gt; Par Gustave Dor&#233;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ussir &#224; converser avec Mo&#239;se, c'est d&#233;j&#224; pas mal, mais comme dit le proverbe : &#171; &lt;i&gt;Il vaut mieux s'adresser &#224; Dieu qu'&#224; ses saints :&lt;/i&gt; &#187; le Dimanche 11 f&#233;vrier 1855 &#224; 9 heures et demie, la table se met &#224; frapper du pied. On lui demande :.&lt;i&gt;&#171; - Qui est l&#224; ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J&#233;sus-Christ.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Veux-tu parler de toi-m&#234;me... ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les druides sont la premi&#232;re religion de l'homme et la premi&#232;re explosion de l'&#226;me dans le corps. Ils rayonnent &#224; travers les d&#233;bris de la mati&#232;re sanglante. Ils brisent le corps &#224; coups de ciel. Ils assassinent l'Homme &#224; coups de Dieu. Ils tuent l'enfant &#224; coups de pri&#232;re. Ils &#233;crasent le vieillard &#224; coups de tombeau. Ils font de l'&#226;me splendide, la lib&#233;ratrice de tout et la meurtri&#232;re de tout&#8230;Le christianisme monte d'un degr&#233; sur la terre et en descend un dans le ciel. Il enseigne l'amour sous le nom de la charit&#233; et la haine sous le nom d'Enfer. L'homme est tout, l'animal, la plante, la pierre, rien&#8230; Le christianisme est, comme toute chose humaine, un progr&#232;s et un mal. C'est une porte de lumi&#232;re avec une serrure de nuit. La cl&#233; est devant la porte, le passant, ouvre et se croit chez Dieu, mais le passant se trompe, Dieu est l'absent de la maison. Dieu est l'&#233;ternel envol&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On note sur le cahier : 11h30. Charles est tr&#232;s fatigu&#233; depuis un quart d'heure. On interrompt. &#187;&lt;/i&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque Charles est fatigu&#233;, on peut bien interrompre Dieu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien loin de la concision, de la douceur et de la clart&#233; des textes &#233;vang&#233;liques o&#249; le Christ se r&#233;v&#232;le peu &#224; peu comme Dieu. Mais avec la Table comme interm&#233;diaire, Dieu en arrive &#224; douter de lui-m&#234;me ! et va jusqu'&#224; dire : &#171; &lt;i&gt;Mais le passant se trompe, Dieu est l'absent de la maison. Dieu est l'&#233;ternel envol&#233;.&lt;/i&gt; &#187; En revanche, on reconna&#238;t bien dans ce texte l'obscure clart&#233; amphigourique et la bouillie philosophique de certains po&#232;mes de Hugo, comme &lt;i&gt;&#034;Ce que dit la Bouche d'Ombre&#034;&lt;/i&gt; que nous &#233;tudiions - pour ce motif m&#234;me - en classe de premi&#232;re chez les P&#232;res du Saint-Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, il n'y a aucun doute, ce discours de J&#233;sus en est le preuve : la Table, c'est Victor !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; que les animateurs de la Table frappante de Jersey tutoient J&#233;sus. Pourtant, &#224; l'&#233;poque, les catholiques le vouvoyaient. J'en veux pour preuve le cat&#233;chisme de ma grand-m&#232;re (photo ci-dessous), qui ne comporte pas l'ombre d'un tutoiement pour Dieu, J&#233;sus, l'Esprit-Saint, la Vierge ou les saints :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;rocher des proscrits&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L331xH550/catechisme-b6b47.jpg?1774613855' width='331' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, j'ai constat&#233; que dans le &lt;i&gt;&#171; Notre P&#232;re &#187;&lt;/i&gt; de la Bible protestante d'Edmond Stapfer (1889) ou dans celle de Louis Segond (1881) que j'ai consult&#233;es, on tutoyait Dieu&#8230; Mais qui parmi les amis de Jersey &#233;tait protestant ? Si le Concile en 1966 a g&#233;n&#233;ralis&#233; en France le tutoiement pour Dieu, donnant raison &#224; Victor un si&#232;cle apr&#232;s, les Catholiques vouvoient toujours la Sainte Vierge et les Saints...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Jersey, on tutoie tous les esprits : seraient-ils consid&#233;r&#233;s peu ou prou comme des subordonn&#233;s au service du petit cercle de Jersey, &#224; la fa&#231;on dont Louis XIV consid&#233;rait Racine ou Boileau qu'il r&#233;mun&#233;rait ? Mais le Roi soleil ne se serait jamais permis de tutoyer ces grands serviteurs. Ou alors, peut-&#234;tre qu'&#224; Jersey on consid&#233;rait tout simplement ces esprits comme des amis tellement proches que le &#171; tu &#187; s'imposait d'office...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend incidemment que dans l'au-del&#224;, la soci&#233;t&#233; ne serait pas tr&#232;s inclusive, il existe une hi&#233;rarchie : on demande &#224; Moli&#232;re de parler en vers, il r&#233;pond qu'il ex&#233;cute des ordres : &lt;i&gt; &#171; Je ne parlerai en vers, c'est-&#224;-dire dans la seule langue que je veuille parler, qu'&#224; celui qui m'interrogera en vers. C'est l'ordre de l'Ombre du s&#233;pulcre. &#187;&lt;/i&gt; Pour dominer Moli&#232;re, l'Ombre du S&#233;pulcre devait &#234;tre un sacr&#233; patron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Jersey, on profite des esprits pour &#233;valuer la concurrence : &#192; l'esprit qui dit s'appeler &lt;i&gt;La Critique&lt;/i&gt; (litt&#233;raire) Hugo demande : &#171; &lt;i&gt;Que penses-tu de Balzac ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est le porte-cl&#233;s du c&#339;ur. Jusqu'&#224; lui, le c&#339;ur humain &#233;tait verrouill&#233;. La porte de l'&#226;me des femmes s'entreb&#226;illait. L'amour avait bien &#233;t&#233; tout grand ouvert par Shakespeare, par G&#339;the, et par Hugo, mais les petites douleurs de cette immense souffrance &#233;taient rest&#233;es ignor&#233;es. Balzac a &#233;t&#233; l'huissier sublime qui fait l'inventaire du d&#233;sespoir&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vendredi, 9 d&#233;cembre 1853, Andr&#233; Ch&#233;nier se manifeste. C'est un des chouchous d'Hugo, choix que je partage avec lui. Mobilisez vos souvenirs de Lyc&#233;e pour vous rem&#233;morer la derni&#232;re matin&#233;e de Ch&#233;nier et ses ultimes vers avant son d&#233;part de la Conciergerie en charrette pour la guillotine :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;Comme un dernier rayon, comme un dernier z&#233;phyre&lt;br class='autobr' /&gt;
Anime la fin d'un beau jour,&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied de l'&#233;chafaud j'essaye encor ma lyre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre est-ce bient&#244;t mon tour ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre avant que l'heure en cercle promen&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Hugo lui demande sil veut bien terminer la pi&#232;ce de vers interrompue, dit-on, par le d&#233;part vers l'&#233;chafaud sous la pluie le 7 thermidor 1794. Il est d'accord et dicte les vers suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;Tyrt&#233;e avec Leonidas&lt;br class='autobr' /&gt;
Monteront, accoupl&#233;s, dans leurs rouges charrettes,&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le d&#233;cor de l'Op&#233;ra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais mon &#226;me, du fond de leur panier de t&#234;tes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Oiseau chantant, s'envolera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
La comparaison avec la strophe pr&#233;c&#233;dente qui est vraiment de lui, montre qu'ici on est &#224; cent lieues de l'&#233;l&#233;gance &#233;l&#233;giaque de Ch&#233;nier, de sa l&#233;g&#232;ret&#233;, de son insouciance, de son d&#233;tachement... le vers : &lt;i&gt;&#034;Monteront, accoupl&#233;s, dans leurs rouges charrettes&lt;/i&gt;&#034;... ces sonorit&#233;s puissantes et rudes trahissent Hugo. On ne peut s'y tromper, c'est du Victor tout crach&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de la table, on a des curiosit&#233;s de lecteurs de magazines people : Le 6 d&#233;cembre 1853, on demande &#224; Charlotte Corday qui avait assassin&#233; Marat dans sa baignoire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;- Vous voyez-vous dans l'autre monde ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis son remords et il est le mien
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous aimez-vous l'un l'autre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux plaies saignent, mais leurs l&#232;vres ne se baisent pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 8 d&#233;cembre 1853, on re&#231;oit Hannibal : surprise ! Tout barbare qu'il fut, il parle en Latin ! Tout le monde ne parlant pas le romain autour de la table, on lui demande de parler en fran&#231;ais... surprise ! il parle aussi fran&#231;ais ! On lui demande alors :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; - Il est donc certain que le bas latin d&#233;rive du Carthaginois ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui... &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en pensent les linguistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 14 d&#233;cembre 1853, &#224; 22h, le po&#232;te grec Tyrt&#233;e (chantre du patriotisme grec) se pr&#233;sente. Hugo lui demande :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Tyrt&#233;e, que penses-tu de la Marseillaise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le chant de la temp&#234;te &#233;cout&#233; par les matelots d'un naufrage et soufflant dans les cieux l'orage de la r&#233;volution. C'est le clairon du peuple, c'est la musique de l'&#226;me fran&#231;aise, c'est le gros go&#233;land de l'oc&#233;an r&#233;volution, c'est le bruit formidable du char du soleil quand il est mont&#233; par l'id&#233;e et qu'il passe aupr&#232;s du genre humain. C'est l'hymne de la lumi&#232;re chant&#233; en strophe d'ouragan par les quatre vents de l'avenir. &#187;&lt;/i&gt; Aucun doute ! C'est du Hugo, vous dis-je !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 18 d&#233;cembre 1853, 9h30 du soir. Jean-Jacques Rousseau, dont l'ouvrage phare &lt;i&gt;&#201;mile ou De l'&#201;ducation&lt;/i&gt;, malgr&#233; deux si&#232;cles de nocivit&#233; plus que prouv&#233;e, continue d'&#233;clairer de sa flamme &#233;teinte la cervelle obscure des id&#233;ologues de l'&#201;ducation Nationale, vient confesser avoir abandonn&#233; ses cinq enfants &#224; l'Assistance Publique d&#232;s leur naissance : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; H&#233;las, j'ai mal fait. J'ai commis un crime. Dieu me l'a dit et sa voix &#224; lui, le P&#232;re &#233;ternel, m'a glac&#233; d'&#233;pouvante. Moi, le p&#232;re coupable, j'ai eu des enfants et je les ai jet&#233;s dans la foule des orphelins. Insens&#233; ! Je me suis fait orphelin moi-m&#234;me, car un enfant, c'est un p&#232;re de la joie. L'enfant rit, vous riiez. L'enfant pleure, vous pleurez. L'&#226;me du p&#232;re, na&#238;t dans le berceau de l'enfant. J'ai perdu mes petits p&#232;res de 10 mois. Mes petits rieurs, je les envoie pleurer ailleurs. J'ai &#233;t&#233; inf&#226;me. Le ciel m'a puni en me les rendant. Il m'a rendu mes enfants et mes remords. &#187;&lt;/i&gt; Avec les p&#233;dagogues, c'est comme &#231;a : Rabelais &#233;tait c&#233;libataire, Rousseau p&#232;re indigne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Table fait sa propre apologie du spiritisme. Le 24 avril 1854, Mme Hugo d&#233;sol&#233; que son fils ne croit pas aux Tables, lui pose la question. C'est l'esprit &lt;i&gt;Le Drame&lt;/i&gt; qui r&#233;pond :&lt;i&gt;&#171; Fais-lui lire le &lt;i&gt;Festin de Pierre&lt;/i&gt; (de Moli&#232;re) : Dom Juan sourit, et tout &#224; coup, il voit se lever la pierre du tombeau, et il entend monter dans son escalier les pieds de marbre de l'impossible. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dom Juan propagandiste du spiritisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Table partage m&#234;me les id&#233;es politiques de Hugo. Par exemple, le 12 septembre 1853, c'est l'esprit de Napol&#233;on - le Petit - pr&#233;cise la Table en utilisant le surnom que lui donne Victor. Napol&#233;on III est pourtant bien vivant, toujours Empereur, toujours &#224; Paris, mais son esprit semble se promener la nuit... et c'est lui qui r&#233;pond &#224; Victor Hugo qu'il a banni : il affirme &#234;tre tortur&#233; chaque nuit par sa conscience &#224; cause de la faute abominable que fut son Coup d'&#201;tat, il pr&#233;cise qu'il mourra dans deux ans lors d'une r&#233;volution qui abolira l'Empire et instaurera la R&#233;publique Universelle ch&#232;re &#224; Hugo. L'Histoire h&#233;las d&#233;mentira ces pr&#233;visions tellement hugoliennes. Napol&#233;on le Petit, non seulement se repent, mais clame que son principal adversaire politique, c'est Victor Hugo et ses pamphlets, tout particuli&#232;rement &lt;i&gt;Les Ch&#226;timents&lt;/i&gt; qui viennent d'&#234;tre imprim&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, il n'y a pas de doute possible : chaque esprit s'exprime comme Hugo, m&#234;me J&#233;sus. Litt&#233;rairement, tous ces textes transpirent du Hugo. La Table pastiche Hugo et comme la Table, c'est Hugo, Hugo se pastiche lui-m&#234;me. En a-t-il conscience ? Ce sacr&#233; Victor m'&#233;tonnera toujours : m&#234;me quand il fait tourner les tables, il fait du Hugo !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;Le choc de l'exil qui a dur&#233; 18 ans entra&#238;nant la s&#233;paration d'avec le milieu intellectuel parisien a co&#239;ncid&#233; avec la p&#233;riode la plus f&#233;conde de Hugo sur le plan litt&#233;raire. Le trop plein d'inspiration litt&#233;raire de Hugo se serait-il d&#233;vers&#233; &#224; travers le spiritisme ? &#192; mon avis les Tables frappeuses constituent une exp&#233;rience litt&#233;raire tout &#224; fait nouvelle pour l'&#233;poque, proche de l'&#233;criture automatique pr&#244;n&#233;e par Breton et Soupault dans les Chants Magn&#233;tiques : &lt;i&gt;&#171; Placez-vous dans l'&#233;tat le plus passif, ou r&#233;ceptif, que vous pourrez. [&#8230;] &#201;crivez vite sans sujet pr&#233;con&#231;u, assez vite pour ne pas retenir et ne pas &#234;tre tent&#233; de vous relire. &#187;&lt;/i&gt; En litt&#233;rature, l'inspiration qui jaillit du plus profond de soi-m&#234;me est souvent consid&#233;r&#233;e comme venant d'ailleurs, l'&#233;crivain n'&#233;tant qu'un instrument. C'est ce que nous disait d&#233;j&#224; Ronsard en invoquant la Muse Calliope :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie_allura&#034;&gt;
Des&#231;en du ciel, Caliope ...&lt;br class='autobr' /&gt;
...Par toi je respire, &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toi qui ma Lyre&lt;br class='autobr' /&gt;
Guides et conduis :&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est toi ma princesse, &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui me fais sans cesse&lt;br class='autobr' /&gt;
Fol comme je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;&lt;i&gt;&#034;L'Inspiration du po&#232;te&#034;&lt;/i&gt; de Nicolas Poussin, montre le po&#232;te les yeux lev&#233;s au ciel, &#233;crivant sous la dict&#233;e d'Apollon le dieu qui parle &#224; travers la Pythie et de Calliope, la Muse qui murmure &#224; l'oreille des po&#232;tes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Poussin&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/HUGO/Poussin.jpg?1774613825' width='500' height='431' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 1er avril 2026&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avignon, ville d'exception et de culture...</title>
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		<dc:creator>flaneur</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; la retraite, je suis venu &#224; Avignon pour son Op&#233;ra et son Festival. J'y ai d&#233;couvert que le th&#233;&#226;tre et la musique y existaient de fa&#231;on intense toute l'ann&#233;e. J'y ai d&#233;couvert aussi les deux cin&#233;mas du centre-ville, leurs huit salles et leurs programmations qui n'ont rien &#224; envier &#224; ceux de Paris. J'y ai d&#233;couvert enfin toute l'ann&#233;e les mus&#233;es et les expositions d'Avignon, Aix et Montpellier. La r&#233;alit&#233; a d&#233;pass&#233; mes attentes. La fl&#226;nerie que je viens de faire dans les rues d'Avignon m'a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Un monde radieux se l&#232;ve...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192; la retraite, je suis venu &#224; Avignon pour son Op&#233;ra et son Festival. J'y ai d&#233;couvert que le th&#233;&#226;tre et la musique y existaient de fa&#231;on intense toute l'ann&#233;e. J'y ai d&#233;couvert aussi les deux cin&#233;mas du centre-ville, leurs huit salles et leurs programmations qui n'ont rien &#224; envier &#224; ceux de Paris. J'y ai d&#233;couvert enfin toute l'ann&#233;e les mus&#233;es et les expositions d'Avignon, Aix et Montpellier. La r&#233;alit&#233; a d&#233;pass&#233; mes attentes. La fl&#226;nerie que je viens de faire dans les rues d'Avignon m'a r&#233;v&#233;l&#233; un autre aspect de la r&#233;alit&#233; culturelle d'Avignon que je ne connaissais pas vraiment m&#234;me si je devinais son existence.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remparts franchis, on comprend imm&#233;diatement qu'Avignon est une ville d'exception comme ici rue Carnot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;bornes de b&#233;ton&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/exception.jpg?1773152407' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces bornes anti-chars, on ne craint pas les Russes, on se sent vraiment en s&#233;curit&#233;. D'autant que de nombreuses goutti&#232;res pr&#233;cisent que nous sommes en zone Antifa sous la protection des trois poignards de la Jeune Garde affirmant que No Pasaran :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Antifa&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/antifa-d3a46.jpg?1773158808' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rassur&#233;, je remonte le Cours Jean Jaur&#232;s... Carrefour Boulevard Raspail, on ressent toute l'inclusivit&#233; d'Avignon en empruntant le passage clout&#233; LGBTQQIP2SAA+ plus d&#233;fra&#238;chi aujourd'hui que lorsque j'avais pris la photo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;passage clout&#233;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/passage LGBT.jpg?1773152406' width='500' height='400' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue de la R&#233;publique, l'&#233;cologie vous saute aux yeux : le bistrot sur la droite pr&#233;cise que ses boissons au cannabis sont des produits 100% naturels et m&#234;me Traditionnels, produits par des agriculteurs -pardon ! des chanvriers- passionn&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;cannabis&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/CBD-b10a3.jpg?1773158808' width='413' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention ! La concurrence est rude : voici une affiche rue Thiers qui insiste sur le &#034;&lt;i&gt;Made in France&lt;/i&gt;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;cannabis&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/CBD2-66f19.jpg?1773158808' width='413' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux r&#233;sister &#224; vous faire d&#233;couvrir le texte de l'affiche qu'il est difficile de lire sur cette petite image :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;La Locale.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Culture 100 % Fran&#231;aise, originaire du Vaucluse, avec uniquement des ingr&#233;dients biologiques. La Locale a b&#233;n&#233;fici&#233; du soleil m&#233;diterran&#233;en pour s'&#233;panouir. Avec ses bourgeons petits et compacts, son ar&#244;me acidul&#233;, son go&#251;t de miel et ses saveurs bois&#233;es, elle vous procurera bien-&#234;tre et belle &#233;nergie. La Locale est &#233;galement efficace pour la concentration.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;K-17 4&#8364;/gr&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fleur vous s&#233;duira par ses bourgeons robustes, son ar&#244;me zest&#233; et ses effets qui donnent un l&#233;ger boost d'&#233;nergie et peut vous procurer une clart&#233; d'esprit avec une euphorie apaisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des rares fleurs de provenance fran&#231;aise sur le march&#233; l&#233;gal CBD, La Locale &#171; K-17 &#187; est cultiv&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur o&#249; elle est baign&#233;e de soleil m&#233;diterran&#233;en et cultiv&#233;e uniquement avec des ingr&#233;dients bio, de quoi nous rendre fiers de vous proposer cette fleur 100% Fran&#231;aise ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;TROPICALE 5&#8364;/gr.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Tropicale est une nouvelle vari&#233;t&#233; de fleur de cbd en provenance de la r&#233;gion de la Provence. L'une des rares fleur de provenance fran&#231;aise sur le march&#233; l&#233;gal CBD, La&lt;br class='autobr' /&gt;
Tropicale est cultiv&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur o&#249; elle est baign&#233;e de soleil m&#233;diterran&#233;en et cultiv&#233;e uniquement avec des ingr&#233;dients bio, de quoi nous rendre fiers de vous pr&#233;senter cette fleur 100% fran&#231;aise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je pense que l'on r&#233;p&#232;te que la France n'aime pas son agriculture et ses paysans, alors qu'avec l'Europe et son Mercosur on aurait pu importer le cannabis directement de Colombie o&#249; se trouvent les meilleurs sp&#233;cialistes du monde et les prix les plus bas... Notre pr&#233;sident le r&#233;p&#232;te &#224; juste titre : il aime les paysans, le cannabis proven&#231;al nous le prouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans le centre d'Avignon, on consomme fran&#231;ais, du moins pour le cannabis, pour le reste, c'est plus compliqu&#233;... de nombreuses enseignes o&#249; les panneaux vous disent en anglais que c'est fran&#231;ais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;franglais&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/french.jpg?1773152406' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'air du temps depuis que la Cit&#233; internationale de la langue fran&#231;aise au Ch&#226;teau de Villers-Cotter&#234;ts inaugur&#233;e en 2023 par Monsieur Macron pour &#234;tre un &#171; pilier symbolique de la francophonie &#187;, travaille officiellement en anglais... Mais il est vrai qu'il n'y a pas de Culture fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une justice immanente en ce bas monde : Si JOTT (Just On The Top), l'enseigne marseillaise bien connue, vient de mettre la cl&#233; sous la porte, je suis certain que c'est parce que ses clients &#233;taient tous comme moi et passaient au large croyant que l'enseigne &#233;tait anglaise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;franglais&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/jott.jpg?1773152406' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais un arr&#234;t technique &#224; la M&#233;diath&#232;que municipale Ceccano, o&#249; je peux constater que le moindre recoin du b&#226;timent c&#233;l&#232;bre Avignon ville d'Exception et Ville de la culture, jusque sur la chasse d'eau des WC :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;WC de Ceccano&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/wc.jpg?1773152407' width='500' height='281' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je n'&#233;tais pas aussi polic&#233;, je dirais que la culture est bien le fondement d'Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'angle de la Place Saint-Jean le Vieux, deux affiches jumelles me laissent perplexe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;fess&#233;e&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/fesse.jpg?1773152406' width='500' height='265' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, je comprends le concept d'Avignon Terre de Culture... Je d&#233;couvre sur internet que cet AF&amp;C qui m&#233;rite de recevoir une fess&#233;e, c'est &lt;i&gt;Avignon Festival &amp; Compagnies&lt;/i&gt; qui a cr&#233;&#233; la plateforme Ticket'Off permettant d'acheter ses tickets en ligne. L'affiche de droite explique pourquoi : AF&amp;C est apparemment responsable des prix excessifs de location de salles de spectacles aux compagnies... AF&amp;C est suppos&#233; proposer aux compagnies une bo&#238;te de m&#233;dicaments XANUS, imaginaire rem&#232;de contre les h&#233;morro&#239;des d&#233;coulant du traitement que la morale r&#233;prouve inflig&#233; par AF&amp;C aux com&#233;diens... Je d&#233;couvre ensuite qu'il existe un rappeur appel&#233; XANUS et que donc il y a aussi un jeu de mot terriblement spirituel et &#233;l&#233;gant opposant la syllabe Anus de Xanus au m&#233;dicament pour h&#233;morro&#239;des. Sur Telegram, j'apprends que le rappeur Xanus jongle avec l'antis&#233;mitisme : &#171; &lt;i&gt;Quand XANUS dit : &#171; Isra&#235;l sera d&#233;truit, c'est en cours&#8230; &#187;, il parle d'une phase historique de confrontation qui d&#233;passe les mots &#8212; et de r&#233;alit&#233;s que nous voyons aujourd'hui se mat&#233;rialiser&lt;/i&gt;. &#187; Bref, avec une affiche qui parle de fesses et l'autre d'anus et d'h&#233;morro&#239;des et qui finit par en arriver &#224; l'antis&#233;mitisme, nous sommes bien dans ce que la culture progressiste propose de plus achev&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue Thiers, je d&#233;couvre avec horreur que j'ai rat&#233; - &#224; une semaine pr&#232;s - la date d'un spectacle d'une de ces associations f&#233;ministes, LGBT, cr&#233;olis&#233;e et largement voil&#233;e si ch&#232;res &#224; notre mairesse. Il s'agit des &#171; &lt;i&gt;D&#233;ferlantes&lt;/i&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;connes et sales&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L423xH600/connes-7cabb.jpg?1773158808' width='423' height='600' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces femmes se d&#233;finissent comme &lt;i&gt;Sales, Connes et Fier.res&lt;/i&gt;... Est-ce bien vrai ? Ne se vantent-elles pas ? Tout un programme ! Je constate que l'&#233;criture inclusive ne s'applique qu'&#224; la Fiert&#233;.es que les hommes partagent donc avec les femmes. La connerie et la salet&#233; ne s'employant qu'au f&#233;minin sont donc r&#233;serv&#233;es aux seules femmes. Les femmes peuvent tout se permettre ! J'apprends ce qu'est un PAF : la participation aux frais. Je creuse encore, et j'apprends que le PAF signifie aussi la pi&#232;ce de 1 euro... Quelle richesse et quelle complexit&#233; dans ce vocabulaire nouveau ! C'est fou, ce que cette balade est instructive !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte les connes et les sales car j'arrive Rue des teinturiers, si pittoresque avec sa Sorgue (canal) bord&#233;e de platanes et ses anciennes roues &#224; aube qui actionnaient jadis les teintureries et les tissages des fils des cocons &#224; soie. Ah, la rue des Teinturiers ! Haut lieu de concentration culturelle de tout ce qu'Avignon compte de bobos woke, de tra&#238;ne-savates, de peintres en devenir et de po&#233;teux. Mais la rue des Teinturiers est autre chose aussi : Une concentration 80% th&#233;&#226;tres et 20% restos branch&#233;s, un lieu unique en France o&#249; J'ai habit&#233; pendant cinq ans et que je fr&#233;quente pour ses th&#233;&#226;tres et sa librairie de seconde main. Mais en ce beau mois de mars, c'est le c&#244;t&#233; bobo woke &#034;&lt;i&gt;tout le monde est artiste&lt;/i&gt;&#034; qui domine. Le &#171; &lt;i&gt;Printemps d'Avignon&lt;/i&gt; &#187; est r&#233;serv&#233; ici aux Jeunes talents qui ont travaill&#233; sur deux projets : Pink Silence et Cat Call. L'anglais est sans doute employ&#233; dans le but d'am&#233;liorer leur fran&#231;ais... Pink Silence a &#034;&lt;i&gt;install&#233;&lt;/i&gt;&#034; la rue des Teinturiers. Je m'attarde &#224; regarder chaque &#034;&lt;i&gt;&#339;uvre&lt;/i&gt;&#034;, &#224; lire chaque panneau explicatif, car une &#339;uvre contemporaine n'existe pas sans son carton d'explication. Il s'en d&#233;gage un f&#233;minisme gaucho &#034;&lt;i&gt;me-too&lt;/i&gt;&#034; tendance cradingue pouilleux ; j'ai activement cherch&#233; la po&#233;sie mais ne l'ai pas trouv&#233;e. Il me faut faire amende honorable : je ne suis pas au niveau, il me reste un gros travail int&#233;rieur &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;printemps&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/printemps.jpg?1773152406' width='500' height='346' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le premier paragraphe de ce panneau municipal -c&#244;t&#233; projet PINK SILENCE- je n'ai corrig&#233; aucune faute d'orthographe ou de grammaire voulant respecter le talent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Notre projet est une r&#233;f&#233;rence directe &#224; la discrimination que les femmes ressentent vis a vis de leurs corps, cr&#233;er et accentuer par un effet soci&#233;tal. Nous &#233;voquons le sentiment d'ins&#233;curit&#233; qui s'empare de nous d&#232;s lors que nous sortons dans la rue, la sensation d'&#234;tre suivie du regard par toutes les personnes qui nous entourent, les insultes &#224; notre &#233;gard simplement car nous sommes des femmes. A l'aide de t&#233;moignages et de visuels poignants, nous cherchons &#224; interpeller le spectateur, &#224; le pousser &#224; se rendre compte d'une situation que chaque femmes a v&#233;cu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les &lt;i&gt;&#034;&#339;uvres&#034;&lt;/i&gt; consistent en porte-manteaux accroch&#233;s sur les fa&#231;ades, chacun supportant une petite culotte ou un tee-shirt revisit&#233; par l'Art, accompagn&#233;s d'un &#233;criteau expliquant la performance artistique. J'ai tri&#233; les &#339;uvres pour ne garder que les deux les plus abouties, quant aux &#233;tiquettes, je n'ai gard&#233; que celles que l'on peut lire &#224; partir de 18 ans, tout en conservant la syntaxe et l'orthographe si savoureuses des autrices...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#339;uvre que j'ai s&#233;lectionn&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;culotte&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/culotte-a40ee.jpg?1773158808' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et son texte explicatif :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un mec en bas de chez moi qui est sur son t&#233;l&#233;phone en appel avec quelqu'un que je crois avoir vu se masturber (l'autre se frottait a travers le pantalon) il me dic &#034; je viens chez toi &#034; j'&#233;tais encore une fois avec une copine, je lui ai cri&#233; dessus beaucoup il a tent&#233; d'insister. Je sais toujours pas comment il savait qu'on &#233;tait la, s'il m'a suivi ou pas ect &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma s&#233;lection suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;printemps&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/tee shirt-58c30.jpg?1773158808' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec son texte explicatif :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Une fois y'a une pote qui avait des gros seins a l'&#233;poque et un mec lui a gueule dessus putain y'a assez de place pour y mettre mes boules &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s, on dira qu'il n'y a pas de po&#233;sie en ce monde ! Cette exposition prouve le contraire ! Je suppose que c'est du moins l'opinion des initiateurs du projet et de la direction de la culture de la municipalit&#233; qui y est associ&#233;e dans le cadre du Printemps d'Avignon. N'oublions pas de f&#233;liciter l'&#201;ducation nationale pour le niveau de fran&#231;ais et de litt&#233;rature de ces jeunes talents qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de cet enseignement durant de longues ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi en passant devant &#171; &lt;strong&gt;Panpan &amp;Pets&lt;/strong&gt; &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;pets&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/EXCEPTION/Chien Chat.jpg?1773152407' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;CONCEPT STORE&lt;br class='autobr' /&gt;
POUR CHIENS ET CHATS&lt;br class='autobr' /&gt;
JOUETS&lt;br class='autobr' /&gt;
ACCESSOIRES FAITS MAIN&lt;br class='autobr' /&gt;
BAR &#192; FRIANDISES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...ce temple des &#034;pets&#034; (en bon anglo-fran&#231;ais) o&#249; en ces temps de &#034;No kids&#034; (en bon franco-anglais) on trouve tout ce qu'il faut pour faire oublier les gamins qu'on aurait pu avoir... &#192; un vieux parisien comme moi, cela fait chaud au c&#339;ur de retrouver toute l'ambiance du quartier du Marais parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas de ma porte d'entr&#233;e, une derni&#232;re affiche m'apprend que la municipalit&#233;, jamais en retard sur ces sujets, propose une conf&#233;rence sur une &lt;i&gt;&#171; Nouvelle civilit&#233; du Genre &#187;&lt;/i&gt; par une Sociologue du droit de la famille de la parent&#233; et du genre. Bigre ! C'est du lourd ! comme disent les jeunes. Mais n'est-il pas trop tard pour m'interroger sur mon genre ? Car il y a d&#233;j&#224; 71 ans que je n'ai plus 13 ans, &#226;ge optimum para&#238;t-il pour demander son changement de sexe... D'un autre c&#244;t&#233;, je ne sais pas comment on doit saluer un trans : Bonjour Madame ? Bonjour Monsieur ? ou Bonjour Mademoiselle ? s'il s'agit d'un trans non mari&#233;... oui, mais s'il est pacs&#233; avec un trans venant du sexe oppos&#233; ? Je comprends qu'il faille au moins une directrice d'&#233;tudes &#224; l'EHESS pour mener &#224; bien ces terribles cas de conscience. J'ai bien fait de la rater :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;genre&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L450xH600/genre-b89f5.jpg?1773158808' width='450' height='600' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gai et content, comme dit la chanson, je ferme ma porte : en une heure de marche, je me suis remis au go&#251;t du jour. Un soir sans lune, dans une rue sans lampadaires, je dois pouvoir passer pour un jeune.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt; Le Fl&#226;neur Textuel, le 10 mars 2026&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avignon, Ermenonville, Le Fahou&#235;t, Travaillan...</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article149</link>
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		<dc:date>2026-02-01T08:02:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<description>
&lt;p&gt;Pendant deux mill&#233;naires - comme l'ont si bien expos&#233; les historiens Emmanu&#235;l Le Roy-Ladurie et Jacques Chiffoleau - nos anc&#234;tres se sont fait inhumer &#034;ad sanctos&#034; c'est-&#224;-dire pr&#232;s des Saints, pour b&#233;n&#233;ficier de leur m&#233;diation et de leur protection dans le Ciel. Pour &#234;tre au plus pr&#232;s de leurs reliques, si l'on &#233;tait bien n&#233; ou c&#233;l&#232;bre, on faisait jouer ses relations et l'on faisait des donations afin de reposer pour l'&#233;ternit&#233; dans les &#233;glises ou dans leurs cryptes, ou &#224; la rigueur, dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries d&#233;brid&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant deux mill&#233;naires - comme l'ont si bien expos&#233; les historiens Emmanu&#235;l Le Roy-Ladurie et Jacques Chiffoleau - nos anc&#234;tres se sont fait inhumer &#034;&lt;i&gt;ad sanctos&lt;/i&gt;&#034; c'est-&#224;-dire pr&#232;s des Saints, pour b&#233;n&#233;ficier de leur m&#233;diation et de leur protection dans le Ciel. Pour &#234;tre au plus pr&#232;s de leurs reliques, si l'on &#233;tait bien n&#233; ou c&#233;l&#232;bre, on faisait jouer ses relations et l'on faisait des donations afin de reposer pour l'&#233;ternit&#233; dans les &#233;glises ou dans leurs cryptes, ou &#224; la rigueur, dans des enfeus contre leurs murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Avignon, la chapelle du Noviciat des J&#233;suites en offre une illustration. En 1564, les J&#233;suites s'installent dans cette ville papale, construisent un coll&#232;ge, un noviciat et cherchent des fonds pour la chapelle des novices. Une riche noble, Louise d'Ancezune, fait une tr&#232;s importante donation et le s&#233;minaire et la chapelle sortent de terre sous la direction du c&#233;l&#232;bre architecte j&#233;suite &#201;tienne Martellange. Louise se fera inhumer devant l'autel &#224; la crois&#233;e du transept o&#249; l'on peut encore voir le magnifique losange de sa pierre tombale... H&#233;las ! J'ai eu beau chercher dans mes archives, impossible d'en retrouver la photo... Et le r&#233;am&#233;nagement des bancs ne permet plus d'apercevoir la pierre. Heureusement que Louise tenant &#224; la gratitude de la post&#233;rit&#233;, avait pris la pr&#233;caution de graver aussi son nom en majestueuses capitales, juste au-dessus de sa tombe, sur le tour de la coupole du transept, en un curieux m&#233;lange de latin et d'italien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;catacombe&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/coupole.jpg?1769932790' width='500' height='375' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces plaques tombales, certains pensent que c'&#233;tait signe d'humilit&#233; que d'&#234;tre foul&#233; aux pieds par les paroissiens, d'autres jugent que c'&#233;tait signe d'ostentation pour &#234;tre vu et admir&#233; par tous... Quant au chr&#233;tien de base, il devait se contenter de prendre patience en &#034;&lt;i&gt;terre b&#233;nie&lt;/i&gt;&#034; du cimeti&#232;re paroissial dans l'attente de la R&#233;surrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme changea le regard : les &#034;&lt;i&gt;religionnaires&lt;/i&gt;&#034; contest&#232;rent la m&#233;diation des Saints, d&#233;clar&#232;rent idol&#226;tre leur culte, et br&#251;l&#232;rent avec z&#232;le leurs reliques pendant les Guerres de religion. Beaucoup de r&#233;form&#233;s pr&#233;f&#233;r&#232;rent alors la terre de leur jardin &#224; celle des cimeti&#232;res jug&#233;s papistes. De nombreuses tombes protestantes sont visibles en Provence, entour&#233;es de leurs cypr&#232;s symboles de vie et d'&#233;ternit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; &lt;i&gt;hygi&#233;nisme&lt;/i&gt; &#187; du Si&#232;cle de Lumi&#232;res d&#233;clara pestilentiel le voisinage des tombeaux et poussa au d&#233;m&#233;nagement des cimeti&#232;res parisiens vers des banlieues plus a&#233;r&#233;es, tandis que les ossements des milliers de g&#233;n&#233;rations de parisiens all&#232;rent s'empiler sur les &#233;tag&#232;res des catacombes pour la plus grande joies des touristes de tous les continents : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;catacombe&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/catacombe.jpg?1769932789' width='500' height='273' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, la province suivit : on ne se fit plus enterrer ad sanctos, mais seulement en &lt;i&gt;terre b&#233;nie&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;cart des habitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, sous l'impulsion des Philosophes, les id&#233;es nouvelles illumin&#232;rent les cervelles &#233;merveill&#233;es et le Ciel perdit de son &#233;clat. Rousseau, en proph&#232;te &#233;clair&#233; de la religion naturelle de son bon &lt;i&gt;Cur&#233; Savoyard&lt;/i&gt; se fit enterrer sur la tr&#232;s romantique &lt;i&gt;&#238;le des Peupliers&lt;/i&gt;, dans le parc du marquis de Girardin directement inspir&#233; du roman de Jean-Jacques &lt;i&gt;Julie ou la Nouvelle H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Ile des peupliers&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Ile des peupliers.jpg?1769932789' width='500' height='249' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans un mausol&#233;e &#224; la pointe de la mode, sculpt&#233; par Le Sueur sur les dessins de Hubert Robert - les stars de l'&#233;poque - repr&#233;sentant la philosophie sous les traits d'une d&#233;esse grecque alanguie... :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Tombeau Rousseau&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Tombeau Rousseau.jpg?1769932789' width='500' height='355' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec &lt;i&gt;Les Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, on ne souhaitait plus s'endormir en attendant la R&#233;surrection sous la protection des Saints ou la b&#233;n&#233;diction de l'&#201;glise, mais sous le signe de la Philosophie assist&#233;e des muses des arts et lettres... un nouvel art de mourir venait de na&#238;tre - si je puis me permettre un tel oxymoron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas de ce tombeau, dans la &lt;i&gt;grotte des Na&#239;ades&lt;/i&gt; du parc Girardin, une strophe de William Shenstone m'a confirm&#233; ce patronage :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;
&#034;Nous F&#233;es et gentilles Nayades&lt;br class='autobr' /&gt;
Etablissons icy notre s&#233;jour :&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous plaisons au bruit de ces Cascades&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nul mortel ne nous voit en plein jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est seulement lorsque Diane, amoureuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vient se mirer au Christal de ces eaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'un tendre Po&#232;te a cru, dans une verve heureuse&lt;br class='autobr' /&gt;
Entrevoir nos attraits &#224; travers les roseaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#212; vous qui visitez ces Champ&#234;tres prairies...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution arracha le philosophe &#224; la compagnie des Na&#239;ades pour l'enfouir dans la crypte du Panth&#233;on juste en face de Voltaire son ennemi mortel... Bonne &#233;ternit&#233; Jean-Jacques !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&lt;small&gt;Rousseau au Panth&#233;on :&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;img class='centrer' src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L223xH250/Tombeau Pantheon petit-abc53.jpg?1769932955' width='223' height='250' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&lt;small&gt;... et Voltaire son vis-&#224;-vis :&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;img class='centrer' src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH200/Tombeau Voltaire petit-f8cfd.png?1769932955' width='250' height='200' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vingt ann&#233;es de R&#233;volution et d'Empire allaient acc&#233;l&#233;rer l'exode des s&#233;pultures vers des terres moins religieuses...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, je me trouvais au Fahou&#235;t dans la chapelle Sainte-Barbe - patronne des artilleurs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Ste Barbe&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Chapelle ste Barbe.jpg?1769932789' width='500' height='378' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais venu admirer les &#339;ufs d'autruche d&#233;pos&#233;s en ex-votos au cours des si&#232;cles par de pieux canonniers de la &lt;i&gt;Royale&lt;/i&gt; revenus sans encombres de croisi&#232;res hasardeuses en terres lointaines. Ces &#339;ufs - rappelant par leur forme des boulets de canon - &#233;taient cens&#233;s prot&#233;ger les poudri&#232;res des navires en bois de la foudre, des incendies et des boulets adverses, avec l'aide de la sainte bien entendu... Il &#233;tait de bon ton de revenir la remercier par ce cadeau insolite qui devait en outre &#233;merveiller leurs familles : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Ste Barbe&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Ste_Barbe.jpg?1769932789' width='500' height='361' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de chez sainte Barbe, je monte les marches conduisant au sommet de la colline, o&#249; en plein champ, un peu &#224; l'&#233;cart, je tombai sur ce qui &#233;tait pour moi, &#224; l'&#233;poque, une d&#233;couverte : la tombe de Claude Ren&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Tombeau Beranger&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Tombeau Beranger.jpg?1769932790' width='500' height='303' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Souvenir Fran&#231;ais de la Ria d'&#201;tel qui a restaur&#233; sa tombe en 2009, publie ces quelques passionnantes lignes biographiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Ren&#233; Bellanger naquit sous Louis XV en 1768, s'engage &#224; 23 ans en 1791 au 1er Bataillon du Morbihan. &#201;lu Lieutenant, (&#224; l'&#233;poque, dans l'arm&#233;e, l'&#233;lection &#233;tait de r&#232;gle, comme dans l'&#201;glise constitutionnelle) il fit toutes les guerres de la R&#233;volution et de l'Empire, parvint au grade de Chef de Bataillon, et m&#233;rita la L&#233;gion d'Honneur. Fid&#232;le &#224; l'Empereur, il devint gouverneur de Vannes pendant les 100 jours... Louis-Philippe le nomma maire du Fahou&#235;t apr&#232;s les Trois Glorieuses de 1830. C'est alors qu'il acquit un minuscule lopin de terre &#224; c&#244;t&#233; de la chapelle Sainte-Barbe pour y construire son tombeau o&#249; il sera enterr&#233; en 1845 &#224; 76 ans. Ses fun&#233;railles qu'il avait arrang&#233;es devant notaire ne pr&#233;voyaient ni pr&#234;tres, ni cimeti&#232;re b&#233;ni, ni m&#234;me Dieu... tout juste un &#202;tre inconnu... qui m&#233;rite cependant une majuscule... Comme on dit &#224; la t&#233;l&#233; : &#171; &lt;i&gt;on a fait une avanc&#233;e&lt;/i&gt; &#187; depuis Rousseau... Voici les dispositions prises par Claude Ren&#233; devant son notaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au nom de l'&#202;tre inconnu, cr&#233;ateur de toutes choses, auquel je me suis constamment efforc&#233; de rendre hommage par ma conduite et mes actions, je veux et entends que ma d&#233;pouille mortelle soit transport&#233;e sur la montagne Sainte Barbe et soit d&#233;pos&#233;e, sans c&#233;r&#233;monial et sans autre cort&#232;ge que celui du maire, de la garde nationale et de mes amis, dans le tombeau que j'y ai fait pr&#233;parer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je d&#233;clare nommer pour ex&#233;cuter mes derni&#232;res volont&#233;s &#224; ce sujet, Monsieur Augustin Bargain, notaire au Faou&#235;t, auquel je remets la somme de 120 francs dont il fera l'emploi qui suit, savoir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; quarante-trois francs seront remis &#224; titre de gratification aux six gardes nationaux qui apr&#232;s ma mort, se chargeront de transporter ou plut&#244;t de porter mon cercueil depuis mon domicile jusqu'&#224; mon tombeau sur la dite montagne de Sainte Barbe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; soixante francs seront donn&#233;s pour un achat de poudre &#224; tirer et pour rafra&#238;chissements aux gardes nationaux qui, l'arme sous le bras gauche, escorteront mon convoi jusqu'&#224; ma derni&#232;re demeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Et douze francs seront pay&#233;s au tambour pour l'achat de soixante centim&#232;tres de drap noir pour couvrir sa caisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les autres d&#233;penses que n&#233;cessiteront mes fun&#233;railles seront prises sur ma succession.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Fait, &#233;crit, dat&#233; et sign&#233; par moi, au Faou&#235;t le vingt ao&#251;t mille huit cent quarante et un &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-six ans plus tard, j'emm&#233;nageai &#224; Travaillan petit village du Vaucluse. Par courtoisie, je rendis visite &#224; G&#233;rard Sanjullian, le maire de l'&#233;poque, qui me parla d'un myst&#233;rieux tombeau situ&#233; dans les bois derri&#232;re le terrain de foot et qu'il avait fait restaurer... tout un roman ! J'ai retrouv&#233; l'article de La Provence, dat&#233; du 22 mars 2015, avec l'interview de Monsieur Sanjullian sur cette affaire rocambolesque :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Tombeau Travaillan&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/inauguration.jpg?1769932790' width='500' height='275' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Les habitants de Travaillan se souviennent, la plupart d'entre eux venaient jouer, ou se promener du c&#244;t&#233; de &#034;la tombe&#034; mais ils &#233;taient peu &#224; conna&#238;tre l'origine de ce monument fun&#233;raire et pour qui il fut &#233;difi&#233;, tout simplement parce qu'aucune &#233;pitaphe ne figurait sur le tombeau :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Tombeau Travaillan&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/tombeau/Tombeau Travaillan.jpg?1769932789' width='500' height='375' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques anciens plus avertis avan&#231;aient le nom d'un certain Baron reposant en cet endroit avec plusieurs compagnons autour d'une table de jeu. Voulant savoir et mettre fin aux diff&#233;rentes rumeurs, &#224; l'&#233;t&#233; 2013, les services de la commune ont proc&#233;d&#233; au d&#233;broussaillage des abords de la dite tombe envahie par les herbes folles. Une dalle en pierre fut ainsi soulev&#233;e involontairement d&#233;couvrant l'amorce d'un escalier p&#233;n&#233;trant dans le tombeau avec au bas de celui-ci, une chambre fun&#233;raire comportant deux sarcophages en pierre. Le myst&#232;re commen&#231;ait &#224; &#234;tre &#233;clairci car sur l'un d'eux &#233;tait pos&#233;e une bouteille renfermant deux documents r&#233;dig&#233;s par Monsieur Deloye, ma&#238;tre ma&#231;on de S&#233;rignan qui avait r&#233;alis&#233; cette s&#233;pulture. Ces documents mentionnaient les noms des personnalit&#233;s inhum&#233;es : Olivier Joseph Fiacre de G&#233;rente et son fils Casimir. Deux bouteilles de vin datant de cette &#233;poque (1840) &#233;taient pos&#233;es sur le m&#234;me cercueil. Ces bouteilles et les &#233;crits originaux sont conserv&#233;s en mairie de Travaillan.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une famille de la petite bourgeoisie de robe de la Drome - Olivier &#233;pouse la ni&#232;ce d'une aristocrate - de la famille G&#233;rente ou J&#233;rente. La tante d&#233;c&#233;d&#233;e sans enfant, le titre est relev&#233; par la s&#339;ur. La famille Olivier devient alors Olivier de G&#233;rente, le tout confirm&#233; par un bref de noblesse du 23 novembre 1781&#8230; Il &#233;tait temps, la R&#233;volution arrive. Joseph Fiacre Olivier de G&#233;rente, gendarme de la Garde du Roi, est &#233;lu D&#233;put&#233; &#224; la L&#233;gislative en 1791, puis &#224; la Convention. Il refuse de participer &#224; la Cour qui juge Louis XVI, ne vote pas la mort du Roi mais son enfermement &#224; vie. Proche des Girondins, il est d&#233;cr&#233;t&#233; d'arrestation &#224; deux reprises, en r&#233;chappe, envoy&#233; plusieurs fois en Mission, il est &#233;lu sous le Directoire au Conseil des Anciens. Devient Baron d'Empire en 1913, &#233;lu d&#233;put&#233; du Vaucluse &#224; la Chambre des 100 Jours&#8230; Cette fid&#233;lit&#233; &#224; l'Empereur l'oblige &#224; quitter la politique apr&#232;s Waterloo. Pendant toutes ces ann&#233;es, il s'est constitu&#233; un belle fortune par l'achat de Biens Nationaux, notamment avec son grand domaine de Saint-Jean &#224; Travaillan, sur lequel il se fera enterrer. Maire de Travaillan en 1835, il donne &#224; la nouvelle commune (s&#233;par&#233;e gr&#226;ce &#224; lui de Camaret) les terrains et l'argent pour construire la Mairie, l'&#201;cole, l'&#201;glise et le presbyt&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez le Chef de bataillon du Fahouet comme chez le Baron de Travaillan, c'est le m&#234;me engagement politique et la m&#234;me trajectoire &#224; travers la R&#233;volution. Et c'est aussi le m&#234;me d&#233;sir d'&#234;tre enterr&#233; chez soi, hors de l'&#201;glise... Si la tombe du baron de G&#233;rente est somm&#233;e d'une croix, est-on certain qu'elle y figurait du vivant de Joseph-Fiacre ? Les deux bouteilles de vin, sur un terroir aussi viticole que le Plan de Dieu, laisse entrevoir deux bons vivants qui s'embarquent pour l'au-del&#224; en pr&#233;voyant de quoi y trinquer. En somme, deux Dive-bouteilles Rabelaisiennes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais en train de relire ce que je venais d'&#233;crire, quand Le Figaro arriva sur mon bureau... page 25, j'y trouve ce court article sur le testament de Sade demandant &#224; &#234;tre enterr&#233; dans un bois qu'il poss&#233;dait &#224; &#201;pernon : &lt;i&gt;&#171; La fosse une fois recouverte, il sera sem&#233; dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourr&#233; comme il l'&#233;tait auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma m&#233;moire s'effacera de l'esprit des hommes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre Chef de bataillon et notre Baron souhaitaient laisser, avec un monument, la trace de leur passage sur notre terre, le marquis, lui, pr&#233;f&#232;re tirer d&#233;finitivement le rideau derri&#232;re lui pour revenir au N&#233;ant d'o&#249; la vie l'avait tir&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle voit s'amplifier cette opposition entre l'enterrement en &#201;glise et hors &#201;glise... on conserve en g&#233;n&#233;ral la coutume de choisir le cimeti&#232;re. Il faudra attendre la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et le d&#233;but du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pour que la cr&#233;mation nous d&#233;tache d&#233;finitivement de cette terre, consid&#233;r&#233;e &#224; la fois trop peu hygi&#233;nique, pas assez &#233;colo et bien trop biblique. Il reste &#224; nous pousser &#224; prendre notre d&#233;cision personnelle un peu plus rapidement... Ayons confiance, nos d&#233;put&#233;s s'y emploient.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie leg&#339;uil&lt;/br&gt;le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Amiral, le Mont Mo&#239;se, les Arm&#233;niens, la Bekaa et... le Fl&#226;neur !</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article147</link>
		<guid isPermaLink="true">https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article147</guid>
		<dc:date>2025-12-02T15:48:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce titre peut para&#238;tre un tantinet pl&#233;thorique et pompeux, mais lisant ce matin un article du Figaro (29 septembre 2025), un tsunami de souvenirs a submerg&#233; mon lobe frontal perturbant la bonne hi&#233;rarchisation de mes pens&#233;es... C'&#233;tait une r&#233;action normale : je subissais une sorte de t&#233;lescopage historique&#8230; Imaginez : j'avais rencontr&#233; sur les lieux m&#234;mes d'une &#233;pop&#233;e, cent-dix ans plus tard (vers 2010), les arri&#232;res-petits enfants des acteurs de cette page glorieuse de 1915 que je vais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Woke : ne d&#233;boulonnez pas !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;allura-regular&#034; style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce titre peut para&#238;tre un tantinet pl&#233;thorique et pompeux, mais lisant ce matin un article du Figaro &lt;small&gt; (29 septembre 2025)&lt;/small&gt;, un tsunami de souvenirs a submerg&#233; mon lobe frontal perturbant la bonne hi&#233;rarchisation de mes pens&#233;es... C'&#233;tait une r&#233;action normale : je subissais une sorte de t&#233;lescopage historique&#8230; Imaginez : j'avais rencontr&#233; sur les lieux m&#234;mes d'une &#233;pop&#233;e, cent-dix ans plus tard (vers 2010), les arri&#232;res-petits enfants des acteurs de cette page glorieuse de 1915 que je vais vous raconter&#8230;j'ouvre aussit&#244;t mon Mac et commence &#224; &#233;crire avant que l'excitation ne retombe... Vous trouverez en t&#233;l&#233;chargement &#224; la fin de cette page, l'article du Figaro qui d&#233;clencha cette &#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;L'Amiral, le Mont Mo&#239;se et les Arm&#233;niens :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1915, la Turquie de Kemal Atat&#252;rk, alli&#233;e de l'Allemagne, commence &#224; exterminer les Arm&#233;niens. Dans la montagne de Musa Dagh (le Mont Mo&#239;se), dans la r&#233;gion d'Alep et d'Antioche en Anatolie , ils assi&#232;gent avec 10.000 fantassins, bachi-bouzouks et suppl&#233;tifs, six villages de 4.500 habitants. Au bout de trois semaines de si&#232;ge, affam&#233;s et &#224; court de munitions, les Arm&#233;niens aper&#231;oivent un navire, hissent un grand drapeau de d&#233;tresse &#224; croix rouge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Le Guichen&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/drapeau croix rouge.jpg?1760089284' width='500' height='378' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bateau se rapproche, r&#233;pond et envoie une baleini&#232;re arm&#233;e &#224; terre : c'est le croiseur de 1&lt;sup&gt;ere&lt;/sup&gt; classe fran&#231;ais - le Guichen. On voit ici ce navire au large des c&#244;tes de l'Anatolie en 1918 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Le Guichen&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/guichen.jpg?1760089284' width='500' height='268' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assi&#233;g&#233;s demandent asile au capitaine de fr&#233;gate Brisson qui contacte alors son patron, le vice-amiral Louis Dartige du Fournet, commandant la 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; escadre de la M&#233;diterran&#233;e, que l'on voit ici sur le pont avec son &#201;tat-major (1er rang, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#224; gauche) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;jeanne d'arc&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/Dartige du Fournet etat major.jpg?1760089284' width='500' height='313' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral Dartige rallie la zone avec son navire amiral, le croiseur cuirass&#233; Jeanne d'Arc, que l'on voit ci-dessous &#224; Toulon en 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;jeanne d'arc&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/jeanne d'arc.jpg?1760089284' width='500' height='270' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ordres &#233;tant seulement de patrouiller le long des c&#244;tes turques, Dartige demande &#224; Paris l'autorisation d'&#233;vacuer ces malheureux. Le t&#233;l&#233;gramme de r&#233;ponse ne lui parviendra que trois mois apr&#232;s, pour lui poser seulement cette question : &lt;i&gt;&#171; O&#249; se trouve mont Mo&#239;se ? &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;Le sauvetage des 4.500 Arm&#233;niens :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sans r&#233;ponse, la situation empirant, l'amiral prend sur lui la responsabilit&#233; de les embarquer. Cinq croiseurs sont arriv&#233;s sur site : le Desaix, le Guichen, l'Amiral Charner, la Foudre et le D'Estr&#233;es. Le 10 septembre 1915, au 41&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jour de la r&#233;sistance, deux navires de guerre fran&#231;ais commenc&#232;rent &#224; bombarder les positions ottomanes autour du Musa Dagh lors d'une op&#233;ration de couverture. Le 12 septembre, les cinq croiseurs fran&#231;ais s'approchent de la c&#244;te, jettent l'ancre et larguent des chaloupes. Un officier de marine fixe la sc&#232;ne sur une photo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;jeanne d'arc&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/chaloupe.jpg?1760089284' width='500' height='533' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chaloupes n'&#233;tant pas assez nombreuses, les Arm&#233;niens construisent des radeaux qui seront remorqu&#233;s par les barques. Les Turcs montent sur la falaise un canon et bombardent les embarquements ; les navires ripostent, les Turcs se replient. C'est Charles Diran Tekeyan, un officier fran&#231;ais d'origine arm&#233;nienne sur le Desaix qui coordonne l'op&#233;ration de sauvetage. Embarquer tous ces villageois dans des chaloupes n'est pas une mince affaire. Les 4.500 habitants finissent par tous gagner le bord : le si&#232;ge dure depuis 53 jours ! l'amiral Dartige &#233;crira plus tard : &lt;i&gt;&#171; Il y avait l&#224; de pauvres b&#233;b&#233;s envelopp&#233;s de serviettes-&#233;ponges, qu'on se passait de main en main &#224; travers le ressac, petits Mo&#239;se sauv&#233;s des eaux et qui ne sauront jamais que par ou&#239;-dire &#224; quels dangers ils ont &#233;chapp&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Certains enfants n&#233;s &#224; bord furent appel&#233;s Guichen en l'honneur du croiseur dont l'&#233;quipage avait aper&#231;u les signaux du Musa Dagh. Une photo d'&#233;poque &#224; bord du Guichen :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;rescap&#233;s&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/a bord du guichen.jpg?1760089285' width='500' height='295' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action d'&#233;clat de grande envergure sera largement m&#233;diatis&#233;e. Voici la 'Une' du Petit Journal du 19 novembre 1916 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;jeanne d'arc&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L498xH737/portrait_dartige-10a9f.jpg?1760089332' width='498' height='737' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;Le 24 septembre 2025, le banquet d'Erevan comm&#233;mora cette page glorieuse pour la Marine fran&#231;aise :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'amiral n'a pas agi contre les ordres, contrairement &#224; une l&#233;gende r&#233;pandue, il a agi sans ordres, n'&#233;coutant que sa conscience et son honneur d'officier fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt; a rappel&#233; l'ambassadeur de France en Arm&#233;nie, Olivier Decottignies, ce 24 septembre 2025. Car c'est en septembre dernier, pour le 110&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de ce sauvetage que l'Arm&#233;nie a organis&#233; autour de la plaque appos&#233;e en l'honneur de l'amiral Dartige sur le mur comm&#233;moratif du g&#233;nocide arm&#233;nien &#224; la sortie d'Erevan une c&#233;r&#233;monie d'hommage suivie d'un gigantesque banquet auquel assistaient l'Ambassadeur de France, une d&#233;l&#233;gation de la Marine nationale et une d&#233;l&#233;gation d'&#233;crivains de la Marine emmen&#233;e par les &#233;crivains Patrice Franceschi et Sylvain Tesson ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Voil&#224; un amiral fran&#231;ais, h&#233;ros de la Premi&#232;re Guerre mondiale, de surcro&#238;t une figure positive ayant sauv&#233; des milliers de vies, qui est tomb&#233; dans l'oubli en France alors qu'il est un h&#233;ros national en Arm&#233;nie, explique Franceschi, c'est une injustice profonde et nous avons voulu la r&#233;parer. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la photo de cette plaque comm&#233;morative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;plaque&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/EREVAN plaque Dartige.jpg?1764685129' width='500' height='315' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici une photo de l'Amiral Louis Dartige du Fournet en uniforme d'apparat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L390xH550/Amiral_Dartige_du_Fournet-6d037.jpg?1760089332' width='390' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gation arm&#233;nienne &#233;tait all&#233;e auparavant fleurir sa tombe dans le village de Saint-Chamassy, en Dordogne, et en a ramen&#233; une poign&#233;e de terre qui a &#233;t&#233; scell&#233;e dans le mur d'Erevan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;tombe&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/dartige tombe.jpg?1760089285' width='500' height='376' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;En 1915, l'histoire de ces 4.500 arm&#233;niens rescap&#233;s, ne faisait que commencer :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;700 des soldats arm&#233;niens rescap&#233;s rejoindront la L&#233;gion d'Orient qui venait d'&#234;tre cr&#233;&#233;e en 1916 pour combattre l'Empire ottoman, et qui fut, peu apr&#232;s, rebaptis&#233;e L&#233;gion arm&#233;nienne, du fait de sa composition. Voici deux photos d'&#233;poque de cette L&#233;gion d'Orient ou L&#233;gion arm&#233;nienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Legion arm&#233;nienne&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/legion armenienne.jpg?1760089284' width='500' height='258' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Legion arm&#233;nienne&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/legion orient.jpg?1760089284' width='500' height='197' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste des habitants gagnera le Sandjak d'Alexandrette que la France occupera jusqu'en 1939 dans le cadre du Mandat fran&#231;ais de Syrie et du Liban (1923-1946) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/sandjak.jpg?1760089285' width='500' height='308' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192; Anjar, dans la plaine de la Bekaa, le Fl&#226;neur rencontre les descendants de ces Arm&#233;niens rescap&#233;s :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1939, le Sandjak d'Alexandrette sera rendu aux Turcs et ces Arm&#233;niens &#233;migreront alors au Liban, &#224; Anjar, dans le sud de la Plaine de la Bekaa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plaine de la Bekaa... ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces cinq mots qui avaient d&#233;clench&#233; un tel afflux de souvenirs que mon lobe frontal s'en &#233;tait trouv&#233; embouteill&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, vers 2010 ou 2012, je me trouvais au Liban dans le Chouf, en p&#232;lerinage dioc&#233;sain au monast&#232;re de Saint Maroun &#224; Annaya o&#249; est inhum&#233; saint Charbel Makhlouf canonis&#233; par Paul VI en 1977. Nous en avions profit&#233; pour aller visiter Baalbek dans la Plaine de la Bekaa... un plateau frontalier avec la Syrie, contr&#233;e d'intenses trafics d'armes pour le Hezbollah et de ce fait, haut lieu de d&#233;vastation guerri&#232;re au cours du dernier demi-si&#232;cle. La campagne &#233;tait magnifiquement verdoyante. Je dis au chauffeur : &lt;i&gt;&#171; c'est du bl&#233; ? &#8212; Oui ! &#187; &lt;/i&gt; Le guide se penche vers moi et me dit &#224; l'oreille : &#171; &lt;i&gt;Le chauffeur n'ose pas vous le dire, mais c'est du cannabis. &#199;a sert &#224; financer les achats d'armes du Hezbollah... &lt;/i&gt; &#187; La r&#233;colte s'annonce prometteuse, les bobos parisiens auront de quoi fumer cet hiver en discutant de la paix &#224; Gaza !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le cannabis c&#232;de la place au bl&#233;, de pimpantes maisons remplacent les bidonvilles, les d&#233;charges sauvages disparaissent : nous entrons chez les Arm&#233;niens. Car nous allons d&#233;jeuner &#224; Anjar avec la paroisse chr&#233;tienne arm&#233;nienne locale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/anjar.jpg?1760089284' width='500' height='353' /&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;allura-regular&#034;&gt;&lt;em&gt;Le r&#233;cit du Maire d'Anjar : &lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pendant le repas, j'&#233;tais assis &#224; c&#244;t&#233; du maire d'Anjar qui parlait comme tous les paroissiens pr&#233;sents, un fran&#231;ais parfait. Je lui disais que la r&#233;gion &#233;tait parfaite pour le mara&#238;chage. Sa r&#233;ponse fut longue et passionnante... &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette r&#233;gion &#233;tait mar&#233;cageuse et pleine de fi&#232;vres des marais, c'est pourquoi, vous les Fran&#231;ais, vous nous l'avez donn&#233;e, car il ne fallait pas c&#233;der les belles terres &#224; n'importe qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1915, nos grands-parents furent sauv&#233;s par la marine fran&#231;aise du g&#233;nocide organis&#233; par les jeunes-turcs de Kemal Atat&#252;rk. Les Fran&#231;ais nous ont emmen&#233;s dans le Sandjak d'Alexandrette qui faisait partie du Mandat du Grand Liban accord&#233; &#224; la France par le Trait&#233; de S&#232;vres. Mes arri&#232;re-grands-parents &#233;taient des commer&#231;ants et la vie de la famille fut tr&#232;s paisible sous le Mandat fran&#231;ais. En 1939, les bruits de guerre se faisant tr&#232;s pressants, nous commencions &#224; avoir peur : on disait que la France allait r&#233;troc&#233;der Alexandrette &#224; la Turquie. Mon a&#239;eul &#233;tait l'ami du colonel des Troupes de marine qui composaient la garnison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, le colonel d&#238;nait &#224; la maison, mon arri&#232;re-grand-p&#232;re lui fit part des craintes de nos compatriotes. Le colonel lui r&#233;pondit : jamais les Fran&#231;ais n'abandonneront les Arm&#233;niens. Le lendemain matin, la ville &#233;tait &#233;trangement calme. Pas un bruit. Puis la rumeur se r&#233;pandit que les Fran&#231;ais &#233;taient partis pendant la nuit. On disait que c'&#233;tait impossible : on aurait entendu le mart&#232;lement des sabots des chevaux sur les pav&#233;s ! Mais, pour &#233;touffer tout bruit, le colonel avait donn&#233; l'ordre d'entourer les sabots avec des mouchoirs . Alors, ne voulant pas rester avec les Turcs dont nous connaissions les id&#233;es et les projets, tous les Arm&#233;niens d'Alexandrette ont pris la route &#224; pied ou en carriole derri&#232;re des guides militaires... Apr&#232;s des semaines d'exode, ces soldats fran&#231;ais nous ont conduits jusqu'&#224; ces terres insalubres... Quatre-vingts ans de travail en ont fait la r&#233;gion splendide que vous voyez aujourd'hui... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici Alexandrette vers 1915 au moment de l'arriv&#233;e des Arm&#233;niens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/armeniens/alexandrette.jpg?1760089284' width='500' height='308' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici les premiers r&#233;fugi&#233;s &#224; Anjar en 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L482xH550/anjar refugie&#769;-b7aae.jpg?1760089332' width='482' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pop&#233;e coloniale fran&#231;aise est pleine de ces r&#233;cits d'h&#233;ro&#239;ques sauvetages et d'abandons lamentables... Ma g&#233;n&#233;ration a plut&#244;t connu les abandons : boat people vietnamiens, rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie, harkis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raymond Aron dans les ann&#233;es 70, au moment des boat people vietnamiens, disait en parlant du Pr&#233;sident Giscard d'Estaing et des Fran&#231;ais :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils ont oubli&#233; que l'histoire est tragique... Le drame de Giscard, c'est qu'il ne sait pas que l'histoire est tragique. Il donne l'impression qu'&#224; ses yeux tous les probl&#232;mes peuvent &#234;tre r&#233;solus par raisonnement, discussion.. le progr&#232;s de la science ne garantit ni le progr&#232;s des hommes, ni celui des soci&#233;t&#233;s... &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion ne vous rappellerait-elle pas des &#233;v&#232;nements actuels et des hommes politiques d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil,&lt;br/&gt;le 6 octobre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Note 1 : &lt;a target=&#034;blank=&#034;La Marine et les Arme&#769;niens&#034; href=&#034;IMG/PDF/MARINE_ARMENIENS.pdf&#034;&gt;Cliquez ici pour lire l'Article du Figaro du lundi 19 septembre 2025&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note 2 : &lt;a target=&#034;blank=&#034;Le Sauvetage des Arm&#233;niens par la Marine nationale fran&#231;aise&#034; href=&#034;IMG/PDF/ARMENIENS_ROYALE.pdf &#034;&gt;Cliquer ici pour lire Le Sauvetage des Arm&#233;niens par la Marine nationale fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note 3 : &lt;a target=&#034;blank=&#034;Le Sandjak d'Alexandrette&#034; href=&#034;IMG/PDF/ARMENIENS_PERSEE.pdf&#034;&gt;Cliquez ici pour tout savoir sur le Le Sandjak d'Alexandrette&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Un &#233;v&#234;que ? Bof.... Un d&#233;put&#233; ? Bof... Mais quelle &#233;poque !</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article139</link>
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		<dc:date>2025-04-07T14:53:03Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la R&#233;volution, les familles bourgeoises montaient &#224; l'assaut de la noblesse. C'&#233;tait &#224; qui s'ajouterait une particule, ach&#232;terait une terre &#034;noble&#034; pour s'arroger un titre de courtoisie, &#233;pouserait une fille &#224; talons rouges, d&#233;sargent&#233;e mais titr&#233;e ou se paierait un g&#233;n&#233;alogiste pour se construire un arbre avec des ramures pliant sous des anc&#234;tres dignes de ce nom. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'enclave papale de Bonnieux (il n'y avait pas que Valr&#233;as comme enclave papale dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Woke : ne d&#233;boulonnez pas !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la R&#233;volution, les familles bourgeoises montaient &#224; l'assaut de la noblesse. C'&#233;tait &#224; qui s'ajouterait une particule, ach&#232;terait une terre &#034;noble&#034; pour s'arroger un titre de courtoisie, &#233;pouserait une fille &#224; talons rouges, d&#233;sargent&#233;e mais titr&#233;e ou se paierait un g&#233;n&#233;alogiste pour se construire un arbre avec des ramures pliant sous des anc&#234;tres dignes de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enclave papale de Bonnieux (il n'y avait pas que Valr&#233;as comme enclave papale dans le Royaume), les Royere pratiquaient avec enthousiasme tous ces artifices. Comme disaient les mauvaises langues, leur a&#239;eul avait commenc&#233; par &lt;i&gt;&#171; gratter, dans les registres paroissiaux, la queue du Y de leur nom &#034;Roy&#232;re&#034; pour en faire un &#034;v&#034; &#187;&lt;/i&gt; devenant ainsi Rovere, ce qui leur permettait d'affirmer une proximit&#233; avec la famille italienne du Pape Jules II della Rovere qui avait &#233;t&#233; Archev&#234;que et L&#233;gat &#224; Avignon. Ce m&#234;me a&#239;eul avait ensuite pay&#233; un g&#233;n&#233;alogiste - pratique courante &#224; l'&#233;poque - pour l&#233;gitimer cette prestigieuse ascendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenus de la Rovere, Joseph Stanislas l'a&#238;n&#233; des petits-fils se donna sans autre forme de proc&#232;s le titre de Marquis de Rov&#232;re-Fontvielle seigneur de la Ramade et de Villars-l&#232;s-Gap, entra quelque temps dans les Mousquetaires gris et de retour au pays, nanti de son nouveau titre fr&#233;quenta les salons parlementaires d'Aix-en-Provence, pas trop regardants, para&#238;t-il, sur les quartiers. Pour dorer son titre de Marquis pas assez patin&#233;, Joseph &#233;pousa Mlle de Claret, une fille noble bien dot&#233;e, qui lui permit d'acheter la charge de Capitaine-commandant des Gardes suisses du L&#233;gat du Pape, et qu'il ruina rapidement comme c'&#233;tait l'usage des fils de famille bien n&#233;s. Joseph ne manquait d'allure comme le montre son portrait d'&#233;poque :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;Rovere Joseph&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L375xH500/joseph-a6fba.jpg?1744037599' width='375' height='500' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sym&#233;on Stylite de Rov&#232;re, le cadet, conform&#233;ment aux codes de l'&#233;poque, entre dans les ordres. &#192; l'Universit&#233; d'Avignon r&#233;put&#233;e pour d&#233;livrer ses dipl&#244;mes sans trop y regarder elle aussi, il &#034;prend ses grades&#034; en droit canonique et en droit civil, car on les disait indispensables &#224; tout futur &#233;v&#234;que. Pour la m&#234;me raison, son p&#232;re le fait nommer Vicaire g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233; de N&#238;mes alors suffragant de celui d'Avignon, escaladant avec ardeur la premi&#232;re marche vers la mitre et la crosse. Et il attendit son heure avec impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que ces temps si doux - comme les qualifiera Talleyrand - se g&#226;t&#232;rent : ce n'&#233;tait pas la guerre en Ukraine, non, tout simplement la R&#233;volution ! &#201;poque b&#233;nie pour les ambitieux et les affairistes : les fr&#232;res Rovere, motiv&#233;s, bien entra&#238;n&#233;s, bien pr&#233;par&#233;s, &#233;taient pr&#234;ts &#224; entrer en sc&#232;ne pour d&#233;vorer &#224; pleines dents ce monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1790, l'Histoire acc&#233;l&#232;re : la municipalit&#233; dont vient de se doter Avignon expulse le L&#233;gat du Pape, et Joseph Stanislas, l'a&#238;n&#233;, rejoint la bande de &#034;patriotes&#034; de Jourdan Coupe-T&#234;tes qui s&#232;me la terreur dans la r&#233;gion. Avec son cadet le Vicaire g&#233;n&#233;ral, ils se font &#233;lire &#224; &lt;i&gt;l'assembl&#233;e &#233;lectorale des &#201;tats-Unis d'Avignon et du Comtat Venaissin&lt;/i&gt; qui r&#233;clame le rattachement &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, pas enthousiaste du tout, refuse &#224; deux reprises, mais accepte en septembre 1791 convaincu par les discours de Duprat et de Rovere, d&#233;l&#233;gu&#233;s des patriotes de &#171; &lt;i&gt;l'assembl&#233;e &#233;lectorale des &#201;tats-Unis d'Avignon et du Comtat Venaissin&lt;/i&gt; &#187; notamment par celui particuli&#232;rement enflamm&#233; du marquis Joseph de Rov&#232;re-Fontvielle qui &#233;voque &lt;i&gt;&#171; les horreurs v&#233;cues par le &#171; peuple vauclusien ... ces spartiates qui ont jur&#233; de verser jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de leur sang pour d&#233;fendre leur droit ... nous vaincrons ou nous mourons ! &#187;&lt;/i&gt; On retrouve les fr&#232;res Rovere &#224; la r&#233;union des communes dans l'&#233;glise de B&#233;darrides qui proclame le rattachement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'ascension de Joseph est irr&#233;sistible : Chef des Volontaires de l'arm&#233;e patriotique du Vaucluse (1790), d&#233;put&#233; &#224; l'Assembl&#233;e L&#233;gislative (1792) puis &#224; la Convention o&#249; il r&#233;ussit &#224; cr&#233;er un d&#233;partement du Vaucluse distinct de la Dr&#244;me et des Bouches du Rh&#244;ne ; il fait amnistier Jordan Coupe-T&#234;tes et ses s&#233;ides coupables du massacre de la Glaci&#232;re et il participera &#224; la Terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1793 voit le cadet Sym&#233;on Stylite de Rovere entrer en sc&#232;ne &#224; son tour : les &#233;v&#234;ch&#233;s d'Apt, Vaison, Carpentras, Orange et Cavaillon ont &#233;t&#233; supprim&#233;s et l'archev&#234;que d'Avignon s'&#233;tait exil&#233; &#224; Rome o&#249; il venait de mourir. Sym&#233;on est &#233;lu (29 ao&#251;t 1793) archev&#234;que suivant la proc&#233;dure de l'&#201;glise Constitutionnelle nouvelle. Pour sa cons&#233;cration comme &#233;v&#234;que d'Avignon, le 15 Vend&#233;miaire An II (6 octobre 1793), son fr&#232;re - alors d&#233;put&#233; &#224; la Convention et Repr&#233;sentant en Mission Extraordinaire &#224; Marseille - vient le soutenir avec son coll&#232;gue Poultier lui aussi Repr&#233;sentant en Mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;r&#233;monie a lieu dans l'ex-Couvent des Grands Carmes, car la cath&#233;drale et les autres &#233;glises sont en ruine ou trop petites. On commence par b&#233;nir les drapeaux du 14e r&#233;giment des Chasseurs &#224; cheval qui revient de Vend&#233;e o&#249; il s'est illustr&#233; dans l'extermination des Chouans puis contre les Espagnols qui avaient envahi le Roussillon. Cela nous vaut trois discours enflamm&#233;s dont je vous cite les principales envol&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel archev&#234;que, Sym&#233;on Stylite de Rovere ouvre la c&#233;r&#233;monie :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; D&#233;fenseurs de la patrie, &lt;br class='autobr' /&gt;
Si jamais on a d&#251; invoquer l'&#202;tre supr&#234;me en faveur des hommes g&#233;n&#233;reux qui ont expos&#233; leur vie pour d&#233;fendre la patrie, c'est sans doute dans cette circonstance o&#249; la cause du ciel est celle de la patrie. Vos bras sont arm&#233;s pour repousser une coalition impie qui a pour but de d&#233;grader le plus bel ouvrage de la Divinit&#233; en le r&#233;duisant &#224; l'&#233;tat d'esclave, mille fois plus redoutable que la mort&#8230; Nous vous rappelons, toujours qu'aux yeux de la Religion, comme &#224; ceux de la Loi, les hommes naissent, vivent et meurent &#233;gaux &#8230; nous attirerons tout le monde &#224; nous, les tyrans seront abandonn&#233;s, les hommes de tous les pays, de toutes les couleurs, de tous les cultes, ne seront bient&#244;t plus qu'une seule famille, dont Dieu sera le p&#232;re, la charit&#233;, la morale, la libert&#233; et l'&#233;galit&#233;, la devise ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/commentaire&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Repr&#233;sentant en mission Poultier passant en revue les cavaliers prend la parole avec l'emphase si caract&#233;ristique de l'&#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8230; Je le jure, au nom de mes camarades, au nom du Peuple qui est toujours juste et bon, au nom de tous ceux qui adorent la libert&#233;, j'irai chercher au fond des tombeaux la seule consolation qui reste au patriote, sinc&#232;re et vrai ; j'irai m'arracher par la mort au joug des tyrans de toute esp&#232;ce. Je ne mourrai pas seul, je le vois ; tous ceux qui remplissent cette enceinte seront jaloux de partager un sort si doux. Mourir pour la libert&#233;, ce n'est pas mourir, c'est commencer &#224; vivre ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/commentaire&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fr&#232;re a&#238;n&#233;, Joseph Rovere Repr&#233;sentant de la Convention qui - les temps ayant chang&#233; - a d&#233;sormais abandonn&#233; titre et particule, conclut ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Je m'applaudis de pouvoir, dans cette occasion, solennelle, rendre hommage au courage et &#224; la discipline que mes compagnons d'armes ont constamment manifest&#233;s en combattant contre les rebelles de la Vend&#233;e&#8230; L'Espagnol fanatique et cruel foulait le sol de la libert&#233;, sa rage sanguinaire, immolait les femmes, les enfants des Fran&#231;ais, des Fran&#231;ais libres. Nos camarades ont march&#233; &#224; la victoire, ils ont repouss&#233; et d&#233;truit ces hordes de cannibales&#8230; Ces exploits du 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment de chasseurs &#224; cheval, les journ&#233;es des 15 et 17 septembre seront &#224; jamais m&#233;morables&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;/commentaire&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout ce beau monde entre dans la nef des Carmes pour la cons&#233;cration. Exactement six mois apr&#232;s, le 26 Pluviose An II (14 f&#233;vrier 1794) le nouvel &#233;v&#234;que envoie sa lettre de d&#233;mission. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? Personnellement, je pense que la F&#234;te de la Raison, organis&#233;e le 10 novembre 1793 &#224; Notre-Dame de Paris rebaptis&#233;e Temple de la Raison par les H&#233;bertistes ath&#233;es militants, a d&#251; le frapper :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Ntre Dame&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/rovere/Temple_Raison.jpg?1744037506' width='500' height='330' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Son fr&#232;re Joseph, dont la vie politique continue sans anicroches, le fait nommer consul &#224; Livourne, sans grand succ&#232;s et il finit par regagner sa maison natale de Bonnieux. Alors Joseph entreprend par courrier depuis Paris de lui faire acheter quantit&#233; de Biens Nationaux &#224; vil prix, ou de domaines mis en vente pour des raisons diverses comme le ch&#226;teau domaine des Sade &#224; Saumane. Il met l'ex-&#233;v&#234;que en cheville avec un notaire rabatteurs d'affaires, il trafique les assignats du Vaucluse, tant et si bien que le d&#233;put&#233; Joseph finira par se trouver mis en accusation pour malversations publiques. Robespierre tombe, Joseph, ancien Jacobins survit au 9 Thermidor ; Le vent tourne, il se rapproche des royalistes, est &#224; nouveau &#233;lu du Vaucluse au Conseil des Anciens sous le Directoire, et passe pour repr&#233;senter les milieux royalistes renaissants. Toujours s&#233;ducteur, submerg&#233; de dettes, sa femme ruin&#233;e qu'il a abandonn&#233;e dans le Midi ayant divorc&#233;, il c&#232;de &#224; la beaut&#233; et aux 500.000 Livres d'Ang&#233;lique d'Agoult, fra&#238;chement divorc&#233;e du Marquis de Varces. Elle l'adore litt&#233;ralement et il l'&#233;pouse fin 1795.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 Fructidor An V (4 septembre 1797) les &#233;lections ayant ramen&#233; les Royalistes, le Directoire fait un coup d'&#201;tat et arr&#234;te ces &#233;lus dont Joseph Rovere. Il est condamn&#233; &#224; la &lt;i&gt;&#171; guillotine s&#232;che &#187;&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;portation en Guyane. En Vaucluse, la nouvelle r&#233;jouit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;Rov&#232;re est loin d'ici,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dansons la Carmagnole &lt;br class='autobr' /&gt;
Vive le son, vive le son, &lt;br class='autobr' /&gt;
Du canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'am&#232;ne en charrette grillag&#233;e &#224; Rochefort o&#249; on l'embarque pour Sinnamary en Guyane... &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;img class='left' alt=&#034;D&#233;port&#233;s d&#233;part&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L390xH314/Guyane-f8bb9.jpg?1744037929' width='390' height='314' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un compagnon d'infortune informe sa femme Ang&#233;lique que Rovere est &#224; toute extr&#233;mit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;H&#226;te-toi, de Rov&#232;re &#233;pouse courageuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Viens ! Sa case est orn&#233;e, Il compte les moments&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ai-je dit ? Il finit sa carri&#232;re orageuse&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment qu'il destine &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; tes embrassements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Sa femme Ang&#233;lique se pr&#233;cipite &#224; Rochefort, apprend qu'il est d&#233;j&#224; parti. D'&#233;motion, elle accouche sur place de leur fils, le confie &#224; une nourrice et embarque sur une corvette marchande. Arraisonn&#233;e par un corsaire anglais au large de l'Espagne, d&#233;port&#233;e en Angleterre, lib&#233;r&#233;e, elle embarque &#224; nouveau sur un navire anglais pour La Barbade, o&#249; elle prend place sur un lougre corsaire en partance pour Cayenne. Mais c'est pour y apprendre que Joseph vient juste d'y mourir des fi&#232;vres. Revenue &#224; Bonnieux, elle engloutit sa fortune pour &#233;ponger les dettes de Joseph et terminera &#224; l'hospice sous la Restauration... leur fils deviendra l'illustre illusionniste Rovere.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'ex-&#233;v&#234;que Sim&#233;on Stylite, ayant lui aussi perdu sa grande fortune dans les dettes familiales, on le croisera mendiant son pain aux porches des &#233;glises, battant sa coulpe publiquement &#224; la sortie des messes ou &#224; plat ventre les bras en croix r&#233;citant des pri&#232;res pendant des heures aux pieds des calvaires des carrefours... le remord peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La roue de la fortune aura fait un tour complet pour les fr&#232;res Rovere :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'a&#238;n&#233;, Joseph Stanislas, parti royaliste en 1789, sans avoir r&#233;ussi &#224; se faire &#233;lire repr&#233;sentant de la noblesse aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux, devint &#034;patriote&#034;, puis Jacobin montagnard, et redevint le royaliste de sa jeunesse avant de mourir d&#233;port&#233;... le cadet, Sim&#233;on Stylite, suivit le m&#234;me parcours : pr&#234;tre, Vicaire g&#233;n&#233;ral, jureur &#224; la Constitution Civile du Clerg&#233;, &#233;v&#234;que constitutionnel, d&#233;missionnaire, plus ou moins d&#233;froqu&#233;, affairiste combl&#233; puis ruin&#233;, les remords le rattrap&#232;rent jusqu'&#224; la folie :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;Du Capitole &#224; la Roche Tarp&#233;ienne...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Legoeuil&lt;br/&gt;le 5 avril 2025&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des normes ! Des normes ! Des normes !</title>
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		<description>
&lt;p&gt;En paraphrasant sans le savoir le G&#233;n&#233;ral qui clamait : &#034;L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !&#034; les &#233;colos et la gauche r&#233;clament : &#034;Des Normes ! Des Normes ! Des Normes !&#034; tandis que la droite s'&#233;poumone : &#034;Trop de Normes ! Trop de Normes ! Trop de Normes ! &#034;, du moins quand elle est dans l'opposition. H&#233;las pour la droite ! Je viens de faire une d&#233;couverte qui &#233;tablit sans erreur possible que la norme est un chromosome constitutif du g&#233;nome fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici cette perle normative fracassante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Un monde radieux se l&#232;ve...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En paraphrasant sans le savoir le G&#233;n&#233;ral qui clamait : &lt;i&gt;&#034;L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !&#034;&lt;/i&gt; les &#233;colos et la gauche r&#233;clament : &lt;i&gt;&#034;Des Normes ! Des Normes ! Des Normes !&#034;&lt;/i&gt; tandis que la droite s'&#233;poumone : &#034;&lt;i&gt;Trop de Normes ! Trop de Normes ! Trop de Normes ! &#034;&lt;/i&gt;, du moins quand elle est dans l'opposition. H&#233;las pour la droite ! Je viens de faire une d&#233;couverte qui &#233;tablit sans erreur possible que la norme est un chromosome constitutif du g&#233;nome fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici cette perle normative fracassante que j'ai ramen&#233;e la semaine derni&#232;re d'une descente sp&#233;l&#233;o en apn&#233;e dans la caverne d'Ali Baba de la BNF : le d&#233;cret du 18 frimaire de l'An 2 de la R&#233;publique Une et Indivisible, dont voici le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cret de la Convention Nationale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Du 18e jour de Frimaire, l'an second de la r&#233;publique fran&#231;aise une et indivisible&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui met tous les cordonniers de la r&#233;publique en r&#233;quisition pour le service des arm&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article premier &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; compter du premier nivose prochain, et jusqu'au dernier jour de la seconde d&#233;cade de Pluviose, tous les cordonniers de la r&#233;publique, seront employ&#233;s exclusivement &#224; fabriquer des souliers pour les militaires en activit&#233; de service. Ceux qui travailleront pendant cet intervalle pour d'autres particuliers, seront condamn&#233; &#224; la confiscation de leurs ouvrages, et en outre, une amende de 200 livres au profit du d&#233;nonciateur. Ces peines seront prononc&#233;es par les administrateurs du district.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles II &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces souliers seront tous carr&#233;s par le bout : aucun autre citoyen que les militaires en activit&#233;, n'en pourra porter de cette forme. Les particuliers qui seront pris en contravention, seront cens&#233;s les avoir achet&#233;s des soldats, et puni en cons&#233;quence suivant la rigueur des lois port&#233;es contre ceux qui font un trafic illicite des effets militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Article III &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces souliers seront de plus garnis, tant du talon que sous la semelle, de clous &#224; t&#234;te ronde, au nombre de 30 au moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enpeigne et le quartier seront de bon veau cir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le quartier, en coupe carr&#233;e et couture derri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tirans, entiers et de longueur suffisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les talons, &#224; trois bouts, chacun d'un seul morceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;d&#233;cret&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/normes/decret cordonnier.jpg?1741179081' width='500' height='595' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps bruissant de bruits de guerre, j'ai choisi une norme concernant le soulier du soldat, qui - comme tout le monde le sait - est la cheville ouvri&#232;re de nos arm&#233;es (si, si, il faut oser !) car depuis mes trois mois de passage dans le 23e R.I.M.A. pour mon service militaire, je n'ai jamais oubli&#233; le premier commandement du bidasse : &lt;i&gt;&#171; De quoi sont les pieds ? Les pieds sont l'objet des soins attentifs de la part du soldat &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, cerise sur le g&#226;teau, ce d&#233;cret a l'avantage de nous ouvrir les yeux sur un autre chromosome de notre ADN : celui de la d&#233;lation, que le mouvement&#171; &lt;i&gt;Me Too &lt;/i&gt; &#187; a si magnifiquement remis &#224; l'honneur et qui fait d&#233;sormais partie int&#233;grante de notre code p&#233;nal. Je note qu'&#224; l'&#233;poque, les d&#233;buts &#233;taient difficiles : le citoyen d&#233;lateur avait besoin d'un coup de pouce pour passer &#224; l'acte : 200 Livres de r&#233;compense pay&#233;s par l'inf&#226;me acheteur. Depuis &lt;i&gt;Me Too&lt;/i&gt;, c'est plus moral, pas besoin de r&#233;compense, c'est un devoir ! Qui reste &#224; inscrire dans le marbre immarcessible de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;Tout le confirme : un monde radieux se l&#232;ve !&lt;/h4&gt; &lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le mercredi des Cendres 2025&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous le pommier, Augustin&#8230;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si en effet les choses futures et les choses pass&#233;es sont, je veux savoir o&#249; elles sont &#187; nous dit saint Augustin dans ses Confessions (Livre XI) Et en effet, il y a des soirs o&#249;, sans se faire annoncer, des personnages hors du commun rencontr&#233;s au hasard d'une lecture reviennent comme de vieilles connaissances&#8230; chaque fois, l'&#233;motion de la premi&#232;re rencontre se charge d'une nuance nouvelle : car le pass&#233; est tout &#224; la fois si diff&#233;rent, si lointain et pourtant si proche de nous&#8230; C'est ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;i&gt;&#171; Si en effet les choses futures et les choses pass&#233;es sont, je veux savoir o&#249; elles sont &#187; &lt;/i&gt; nous dit saint Augustin dans ses Confessions (Livre XI) Et en effet, il y a des soirs o&#249;, sans se faire annoncer, des personnages hors du commun rencontr&#233;s au hasard d'une lecture reviennent comme de vieilles connaissances&#8230; chaque fois, l'&#233;motion de la premi&#232;re rencontre se charge d'une nuance nouvelle : car le pass&#233; est tout &#224; la fois si diff&#233;rent, si lointain et pourtant si proche de nous&#8230; C'est ce qu'il vient de m'arriver avec Augustin. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une douzaine d'ann&#233;es, un soir d'octobre pluvieux et venteux comme le Perche sait en produire, dans un salon tr&#232;s douillet d'un manoir Renaissance, verre &#224; la main, Lucien Jerphagnion professeur au Coll&#232;ge de France, &#233;l&#233;gant, tr&#232;s vieille France, &#233;voquait avec chaleur, aisance et simplicit&#233; saint Augustin dont il dirigeait alors la publication des &#339;uvres pour la Pl&#233;iade. De retour &#224; Avignon, j'achetai cette nouvelle traduction et me plongeai sans plus attendre dans les Dialogues Philosophiques de Saint Augustin, Livre 1 &#224; III &lt;i&gt;Contre les Acad&#233;miciens&lt;/i&gt;. En rangeant ce livre l'autre jour, ce souvenir est remont&#233; &#224; ma m&#233;moire avec suffisamment de persuasion pour que je me mette aussit&#244;t &#224; le relire. Augustin nous y conte un d&#233;bat philosophique dont le d&#233;roulement devrait servir d'exemple &#224; notre si&#232;cle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L375xH500/Pleiade Augustin-948d9.jpg?1740416526' width='375' height='500' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dix-sept si&#232;cles, en ao&#251;t 386, Augustin vient de se convertir. C&#233;l&#232;bre professeur de rh&#233;torique &#224; Milan alors capitale de l'Empire romain, un ami lui pr&#234;te sa propri&#233;t&#233; sur les hauteurs de la ville pour fuir la fournaise de l'&#233;t&#233; pendant les vacances scolaires en compagnie de quelques anciens &#233;l&#232;ves et parents, tous jeunes philosophes accomplis. Augustin y organise une &#171; disputatio &#187;, ce d&#233;bat r&#233;gl&#233; et polic&#233; invent&#233; par les Grecs et dont le Moyen-&#194;ge raffolera. Les temps &#233;taient alors encore plus troubl&#233;s et sombres qu'aujourd'hui : l'Empire romain allait bient&#244;t dispara&#238;tre sous les invasions barbares et les h&#233;r&#233;sies d&#233;chiraient violemment l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e et le rythme des &#233;changes &#233;tant un gage de qualit&#233;, Augustin d&#233;cide que le d&#233;bat durera deux fois trois jours, coup&#233;s par un entracte d'une semaine : &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s la pr&#233;c&#233;dente discussion&#8230;, nous rest&#226;mes presque sept jours sans discuter ; nous repassons simplement les trois livres de Virgile qui font suite au premier, et nous les examinions quand cela nous paraissait opportun&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intendance ne doit pas perturber les d&#233;bats : c'est sa m&#232;re, la future sainte Monique qui l'assure. Toutefois, chacun devra mettre la main &#224; la p&#226;te, &#224; commencer par l'entretien du domaine : &lt;i&gt;&#171; &#8230;En effet, nous avions commenc&#233; &#224; discuter quand le soleil &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; son d&#233;clin : le jour s'&#233;tait pass&#233; presque en entier, d'une part &#224; organiser les travaux agricoles, d'autre part &#224; revoir le premier livre de Virgile. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin propose ce sujet alors d'actualit&#233; br&#251;lante et qui le reste aujourd'hui : &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce que la V&#233;rit&#233; ? &#187;&lt;/i&gt;. Car les intellos de l'&#233;poque, suivant en cela les th&#232;ses de la Nouvelle Acad&#233;mie pr&#244;naient, tout comme aujourd'hui, un scepticisme de bon aloi&#8230; c'&#233;tait ce que l'on appelle aujourd'hui &#224; France Culture le courant main stream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question pour les d&#233;batteurs de cr&#233;er des diversions, de s'&#233;garer sur d'autres sujets : &lt;i&gt;&#171; Cependant cette &#339;uvre (L'&#201;n&#233;&#239;de) enflamma Licentius d'un tel z&#232;le pour la po&#233;sie qu'il me parut m&#234;me devoir &#234;tre passablement mod&#233;r&#233; &#187;&lt;/i&gt; (rappel&#233; &#224; l'ordre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin d&#233;signe un secr&#233;taire pour dactylographier les d&#233;bats, car il envoie chaque jour &#224; l'ami qui avait financ&#233; ses &#233;tudes le verbatim des discussions :&lt;i&gt; &#171; je t'ai envoy&#233; dans cette lettre, les discussions qu'ont eues entre eux Trygetius et Licentius&#8230; C'est pourquoi ayant eu recours &#224; un st&#233;nographe afin que les vents ne dispersent point les fruits de notre effort, je n'en ai rien laiss&#233; perdre. Dans ce livre, tu liras vraiment les mati&#232;res qu'ils ont trait&#233;es et leurs opinions ainsi que mes paroles et aussi celles d'Alypius &#8230; Mais, &#224; cause de la m&#233;moire, ce gardien infid&#232;le de nos trouvailles, j'ai voulu que soient consign&#233;es par &#233;crit les choses que nous avons souvent approfondies entre nous, de fa&#231;on que ces jeunes gens, &#224; la fois, apprennent &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ces questions et s'essaient &#224; l'attaque et &#224; la riposte. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces intellos passent en effet leur temps &#224; correspondre avec leurs amis, car la poste romaine fonctionne parfaitement : &lt;i&gt;&#171; Le lendemain, bien que le jour n'ait pas brill&#233; moins d&#233;licieux ni moins serein, c'est &#224; peine si nous avons pu nous d&#233;barrasser des occupations domestiques. En effet, nous avons consacr&#233; la plus grande partie de la journ&#233;e &#224; &#233;crire des lettres et comme il restait &#224; peine deux heures de jour, nous nous rend&#238;mes &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat doit &#234;tre &#233;quilibr&#233;, Augustin en sera le mod&#233;rateur : &lt;i&gt;&#171; &#8230; Je crois &#234;tre un arbitre plus s&#251;r, puisqu'en effet mon itin&#233;raire me fait aller &#224; la ville, il faut que je sois d&#233;charg&#233; de la t&#226;che de soutenir une cause. En m&#234;me temps, je pourrai plus facilement d&#233;l&#233;guer &#224; quelqu'un le r&#244;le d'arbitre que celui de d&#233;fenseur de l'une ou l'autre partie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque matin, le mod&#233;rateur ouvre les travaux avec le r&#233;sum&#233; de la veille : &lt;i&gt;&#171; &#8230; le lendemain, quand nous e&#251;mes pris place : exposez-nous, dis-je, ce que vous aviez commenc&#233; de discuter hier ?&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui cl&#244;ture la s&#233;ance : &lt;i&gt;&#171; &#8230;Alors, comme la nuit emp&#234;chait d&#233;j&#224; d'&#233;crire, et que je voyais poindre un vaste probl&#232;me &#224; traiter&#8230; Je le remis &#224; un autre jour&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la nuit qui suspend les travaux, mais aussi la d&#233;faite que conc&#232;de un d&#233;batteur : &lt;i&gt;&#171; Malgr&#233; la nuit d&#233;j&#224; tomb&#233;e et l'arriv&#233;e d'un flambeau qui avait permis d'&#233;crire depuis un certain temps, ils attendaient avec une vive attention de savoir si Alipius promettrait de r&#233;pondre, f&#251;t-ce un autre jour&#8230; Alipius dit alors : je me retire vaincu de la discussion d'aujourd'hui &#8230; l&#224;-dessus, nous nous rend&#238;mes aux bains&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats sont champ&#234;tres, dans la prairie sous un pommier, ou si le temps est mauvais, aux bains - l'endroit de sociabilit&#233; des Romains : &lt;i&gt;&#171; Le lendemain, nous &#233;tions assis aux bains. En effet, le temps &#233;tait trop sombre pour qu'il nous pl&#251;t de descendre &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;batteurs doivent &#224; tout moment s'accorder sur les d&#233;finitions : &lt;i&gt;&#171; Trygetius, reprit la parole : accordes-tu que la sagesse est le droit chemin de la vie ? Sans aucun doute, dit Licentius, cependant, je veux que tu me d&#233;finisses la sagesse, pour savoir si tu la vois de la m&#234;me mani&#232;re que moi&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question de se perdre dans des d&#233;tails obscurs : &lt;i&gt;&#171; &#8230;car je t'ai souvent entendu dire qu'il est honteux pour ceux qui discutent, de s'arr&#234;ter &#224; des questions de mots, alors que sur les choses il n'y a plus lieu &#224; d&#233;bat. Mais sans doute est-ce trop subtil pour que je puisse en exiger l'explication ? &#187;&lt;/i&gt; On sent poindre la perfidie&#8230; mais on reste courtois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuir le d&#233;bat ou hausser le ton est inenvisageable : &lt;i&gt;&#171; Alors Trygetius dit en souriant : j'ai m&#233;rit&#233;, ce qui m'arrive, en faisant de confiance, une concession &#224; l'adversaire sur un point subsidiaire, comme si j'&#233;tais un artiste en d&#233;finitions ou si je pensais que dans les discussions il est des points tout &#224; fait superflus ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite du d&#233;bat revient au mod&#233;rateur : &lt;i&gt;&#171; Ai-je le droit, demanda Trygetius de revenir sur ce que j'ai accord&#233; &#224; la l&#233;g&#232;re ? &#8230; C'est &#224; la l&#233;g&#232;re que j'ai conc&#233;d&#233; que Cic&#233;ron fut un sage&#8230; je (Augustin) pris la parole : ceux-l&#224; seuls n'ont pas coutume de le permettre, que pousse &#224; la discussion, non le d&#233;sir de d&#233;couvrir le vrai, mais la jactance d'une intelligence pu&#233;rile&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#233;rateur veille &#224; m&#233;nager le temps de la r&#233;flexion : &lt;i&gt;&#171; Tandis que Trygetius se demandait longuement ce qu'il devait r&#233;pondre, je pris la parole : je ne pense pas Licentius que notre ami sera &#224; court d'arguments si nous lui permettons d'en chercher &#224; loisir. N'a-t-il pas eu jusqu'ici r&#233;ponse &#224; tout ? &#8230; nous en &#233;tions l&#224;, quand on nous annon&#231;a que le repas &#233;tait pr&#234;t, et nous nous lev&#226;mes&#8230;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rappelle aussi &#224; l'ordre les r&#234;veurs : &lt;i&gt;&#171; &#8230;depuis combien de temps, Licentius, sommeilles-tu &#224; la faveur de notre expos&#233; qui a &#233;t&#233; plus long que je ne pensais ? Tu as entendu qui sont les acad&#233;miciens ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;t&#233;o r&#232;gle l'emploi du temps : &lt;i&gt;&#171; Or ce jour brillait, si serein qu'il paraissait ne convenir absolument &#224; rien d'autre qu'&#224; donner la s&#233;r&#233;nit&#233; &#224; nos &#226;mes. Aussi quitt&#226;mes-nous les lits plus t&#244;t que d'habitude ; nous nous occup&#226;mes un moment avec les fermiers des travaux urgents&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Pour les philosophes, la sobri&#233;t&#233; est la r&#232;gle : &lt;i&gt;&#171; Il allait poursuivre lorsque ma m&#232;re, car nous &#233;tions d&#233;j&#224; rendus &#224; la maison, se mit &#224; nous prier si vivement de passer &#224; table, que ce n'&#233;tait plus le moment de disserter. Puis, lorsque nous e&#251;mes mang&#233; juste ce qu'il fallait pour apaiser notre faim, nous retourn&#226;mes &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En organisant ce d&#233;bat, Augustin pensait certainement &#224; J&#233;sus disant &#224; Pilate trois si&#232;cles auparavant : &lt;i&gt;&#171; Je suis la V&#233;rit&#233; et la Vie. &#187; &lt;/i&gt; Pilate en bon philosophe acad&#233;micien l'examine et dit : &lt;i&gt;&#171; Mais qu'est-ce que la V&#233;rit&#233; ? &#187;&lt;/i&gt; et se lave les mains &#233;vitant pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;bat que reprend Augustin. Pour le passionnant contenu des discussions, il vous restera le plus important &#224; faire : lire les quatre-vingts pages qui les relatent. Pour vous r&#233;compenser de m'avoir suivi jusqu'ici, je vais vous donner la conclusion qu'en tire saint Augustin, la raison est compatible avec l'autorit&#233; de l'&#201;glise et compl&#233;mentaire de la foi : &lt;i&gt;&#171; Il ne fait de doute pour personne que nous sommes motiv&#233;s &#224; apprendre par la double pression de l'autorit&#233; et de la raison ! Or c'est pour moi une certitude que je ne m'&#233;carterai absolument pas de l'autorit&#233; du Christ, car je n'en trouve pas de plus puissante. Quant &#224; ce qu'il faut poursuivre avec toute la subtilit&#233; de la raison (car je suis d&#233;sormais en des sentiments tels que je d&#233;sire avec impatience saisir la v&#233;rit&#233;, non seulement par la foi, mais aussi par l'intelligence), j'ai confiance de pouvoir trouver, pour le moment, chez les platoniciens un enseignement qui ne r&#233;pugne pas un de nos myst&#232;res. &#187;&lt;/i&gt; Huit si&#232;cles plus tard, saint Thomas d'Aquin compl&#233;tera et approfondira avec &#233;clat cet ancrage indissoluble de la raison et de la foi qui ouvrira l'Europe &#224; la science moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque ligne de ma lecture, il m'apparaissait clairement que notre parlement et notre audiovisuel gagneraient &#224; prendre pour mod&#232;le d'organisation de leurs d&#233;bats celui que nous venons d'&#233;voquer &lt;i&gt;&#171; comme il en fut aux jours anciens dans les ann&#233;es d'autrefois &#187;&lt;/i&gt; (Malachie 3 - 1.4).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 5 f&#233;vrier 2025&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et puisque nous avons parl&#233; de saint Thomas d'Aquin, voici cette splendide statue de retour de restauration le 7 octobre 2024 expos&#233;e au Grand couvent de Cavaillon avant de reprendre sa place dans la cath&#233;drale de Cavaillon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L450xH600/Thomas Aquin-c7b12.jpg?1740416523' width='450' height='600' /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le sabre et le goupillon, un r&#233;cit des temps r&#233;volus...</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article122</link>
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		<dc:date>2025-01-05T08:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Mon cher lecteur, Nous commencerons par un goupillon d'aujourd'hui, nous poursuivrons par un sabre de jadis et nous terminerons par un goupillon de nagu&#232;re. Mais en tant que mod&#233;rateur du site, je vous mets en garde contre l'article que je vous propose en tant que r&#233;dacteur. Si vous souffrez d'une tr&#232;s l&#233;g&#232;re contagion indig&#233;niste, d'un petit syndrome d&#233;colonialiste ou la&#239;card ou plus simplement d'un zeste f&#233;ministe tendance Ni Pute ni soumise, ne vous faites pas du mal, ne lisez pas cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Woke : ne d&#233;boulonnez pas !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mon cher lecteur,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Nous commencerons par un goupillon d'aujourd'hui, nous poursuivrons par un sabre de jadis et nous terminerons par un goupillon de nagu&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en tant que mod&#233;rateur du site, je vous mets en garde contre l'article que je vous propose en tant que r&#233;dacteur. Si vous souffrez d'une tr&#232;s l&#233;g&#232;re contagion indig&#233;niste, d'un petit syndrome d&#233;colonialiste ou la&#239;card ou plus simplement d'un zeste f&#233;ministe tendance Ni Pute ni soumise, ne vous faites pas du mal, ne lisez pas cet article...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;/i&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un goupillon d'aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En cette veille du 15 ao&#251;t, de nombreux lambeaux de nuages laiteux iris&#233;s de gris n'arrivaient pas &#224; cacher un soleil tr&#232;s gai. Bref, un &#233;t&#233; breton. Normal, puisque j'&#233;tais &#224; Sainte Anne d'Auray pour faire des photos de la Scala Sancta : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Scala Sancta&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/cuverville/Scala.jpg?1740416278' width='500' height='330' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travail achev&#233;, comme d'habitude je pousse la porte de la basilique. Pas mal de monde comme toujours, dont beaucoup en pri&#232;re : plus qu'un site touristique, c'est un &#233;difice qui bruisse de foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ce jour-l&#224;, bruissait beaucoup : un bourdonnement monocorde &#224; mi-voix, caract&#233;ristique de la r&#233;citation du Rosaire, m'attire comme la fl&#251;te de Hamelin &#224; la chapelle Sainte-Anne, patronne des lieux. Une forte martiniquaise en madras et foulard &#224; pointes entonne les &#171; &lt;i&gt;Je vous salue Marie&lt;/i&gt; &#187; que reprend en ch&#339;ur haut-perch&#233; une dizaine de vieilles dames (toutes plus jeunes que moi...) et quelques jeunes filles. Bien que exclusivement f&#233;minin, ce groupe ne me para&#238;t pas devoir exclure un patriarche blanc de plus de quatre-vingts ans et je m'y int&#232;gre sans probl&#232;mes. Le chapelet se termine avec &lt;i&gt;l'Ave Maria de Lourdes&lt;/i&gt; que je fais d&#233;railler avec deux fausses notes. La dame des Isles ne s'en offusque pas, je la remercie pour son accueil...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sabre de jadis.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
...et je me dirige vers les deux ex-voto &#224; sainte Anne en marbre blanc et lettres dor&#233;es qui m'avaient pas mal distrait pendant le chapelet :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Ex Voto&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/ex voto-26c88.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; premi&#232;re vue, m&#234;me auteur, m&#234;me sujet. Celui du bas est plus ancien : 1886, celui du dessus : 1890. Je pars du principe qu'il s'agit du m&#234;me donateur : Commandant de la Division navale de l'Atlantique sud en 1885-1886, promu quatre ans plus tard Contre-amiral Commandant en chef des Forces de terre et de mer Dahomey 3 8&lt;sup&gt;bre&lt;/sup&gt; 1890 (soit le 3 octobre 1890, graphie courante &#224; l'&#233;poque).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;Tr&#232;s excitant ! Isnt'it ? comme aurait dit dans ma jeunesse le Major Thomson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dispose d'indices de premier ordre : le Dahomey et les dates : 1886 - 1890. Sur le site des &lt;i&gt;&#201;ditions de la Sorbonne&lt;/i&gt;, je cherche un titre incluant marine, Dahomey et catho... je tombe sur ce livre que j'entame illico : &#171; &lt;i&gt;L'amiral de Cuverville, un amiral chr&#233;tien entre en politique (1890-1912) &#187;&lt;/i&gt; (NOTE 1). Tout concorde : je tiens mon sabre. En prime, j'ai son nom : l'amiral de Cuverville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'habitude, Gallica le site providentiel de la Biblioth&#232;que Nationale de France me fournit tout le reste ou presque avec ce bouquin de 1901 (NOTE 2) : &#171; &lt;i&gt;La Marine au Dahomey, campagne de la Na&#239;ade (1890-1892)&lt;/i&gt; &#187; Je glanerai encore quelques renseignements sur des sites de cartes postales, en bouquinant des biographies de marins et en butinant les sites militaires : une de ces recherches suffisamment longue, aventureuse et exaltante pour satisfaire un Fl&#226;neur addictif aux vieux papiers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... ce qui me permet de vous pr&#233;senter ce porteur de sabre tr&#232;s vieille France :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jules Marie Armand Cavelier de Cuverville, n&#233; en 1834 dans les C&#244;tes-d'Armor (alors C&#244;tes-du-Nord) dans une famille subsistante de la noblesse d'extraction qui s'illustra &#224; chaque g&#233;n&#233;ration au XIXe si&#232;cle dans la marine ou la politique, parfois les deux &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Portrait de l'Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L408xH550/Amiral de Cuverville-955a4.jpg?1740416527' width='408' height='550' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Martinant de Pr&#233;neuf, son biographe, le pr&#233;sente ainsi (Note 1) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Ce catholique fervent, qui h&#233;site dans sa jeunesse &#224; entrer dans les ordres, &#233;pouse la tr&#232;s pieuse Marie, C&#233;cile Latimier du Cl&#233;zieux1. Chevalier de l'ordre de Pie IX, il est fait commandeur de l'ordre pontifical de Gr&#233;goire le Grand. Chez les Cuverville, la messe est dite chaque jour par le pr&#233;cepteur des enfants, dans la chapelle. Un oratoire y abrite une image du Sacr&#233;-C&#339;ur de J&#233;sus auquel la famille est consacr&#233;e. Cette image a &#233;t&#233; b&#233;nie par L&#233;on XIII en personne. ... il appartient donc &#224; cette fraction des officiers de marine que leurs d&#233;tracteurs qualifient de &#171; cl&#233;ricaux &#187;. Pour lui, service de la France et service de Dieu sont inextricablement li&#233;s. Gesta Dei per Francos : tout son itin&#233;raire, tant militaire que politique, est marqu&#233; du sceau de cette conviction. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne rousp&#233;tez pas mes amis, je vous avais pr&#233;venu : c'est une autre &#233;poque...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un porteur de sabre ne se con&#231;oit pas sans ch&#226;teau...&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sien se trouve dans les C&#244;tes-d'Armor, &#224; Crec'h-ar-ble&#239;z en Penvenan non loin de Lannion, un ch&#226;teau n&#233;o-gothique... &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Chateau de l'Amiral&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/cuverville/chateau de Cuverville.jpg?1740416279' width='500' height='320' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#226;teau o&#249; sa femme l'y attendra avec patience, car il passe une partie de sa vie sur des navires en Crim&#233;e, en Afrique... &#192; l'&#233;poque, pas d'avions pour revenir embrasser son &#233;pouse entre deux campagnes... Mais il aura aussi des affectations plus casani&#232;res : comme pr&#233;fet maritime, ou au Minist&#232;re &#224; Paris, et aussi toute une carri&#232;re de parlementaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son &#233;pouse, depuis son ch&#226;teau, d&#233;ploiera une activit&#233; intense pour mobiliser avec grand succ&#232;s la soci&#233;t&#233; bretonne et parisienne pour faire conna&#238;tre son mari et acc&#233;l&#233;rer sa carri&#232;re. Un couple tr&#232;s uni, tr&#232;s XIXe... &#171; &lt;i&gt;Dans de nombreuses lettres &#224; son mari, Mme de Cuverville le remercie de se priver sur ses repas afin d'envoyer plus d'argent en France, mais l'exhorte &#224; ne pas compromettre ainsi sa sant&#233;&lt;/i&gt; &#187; Une correspondance &#224; ne pas mettre entre les mains de Caroline de Haas pour lui &#233;pargner tout contact naus&#233;abond avec une femme au foyer, doubl&#233;e d'une femme du Monde... et il faut esp&#233;rer que le reste de la carri&#232;re de son amiral de mari ne tombe pas entre les mains des d&#233;colonialistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, l'inculture des temps permet d'&#234;tre optimiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car sa carri&#232;re militaire, celle qui entrera dans l'Histoire, c'est l'aventure coloniale, celle de la conqu&#234;te du Dahomey. Certes les Fran&#231;ais &#233;taient pr&#233;sents sur des comptoirs des c&#244;tes de l'Ouest africain d&#232;s le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et le Chevalier de Boufflers marquis de Remiencourt avait fait de Gor&#233;e une colonie prosp&#232;re juste avant la R&#233;volution. Mais les temps avaient bien chang&#233;. En 1885, les royaumes et chefferies de la cote africaine sont d&#233;stabilis&#233;s et ruin&#233;s par l'abolition de la traite dont leurs &#233;lites noires avaient fort bien profit&#233; jusqu'alors en organisant les razzias dans l'arri&#232;re-pays pour en revendre le bois d'&#233;b&#232;ne (&lt;i&gt;comme on appelait alors les esclaves africains&lt;/i&gt;) aux n&#233;griers blancs. Dans ce contexte tourment&#233;, Behanzin le nouveau roi du Dahomey r&#233;organise son territoire et entre en lutte contre les Fran&#231;ais. Excellent manager, B&#233;hanzin disposait d'un territoire bien structur&#233; et bien administr&#233;, de 15.000 hommes &#233;quip&#233;s de 5.000 fusils &#224; tir rapide et de 4.000 amazones (mais oui ! En Libye, Kadhafi l'imitera) dot&#233;es d'un &#233;quipement comparable. Les forces terrestres fran&#231;aises comprenaient 800 hommes bien arm&#233;s, command&#233;s par le colonel Dodds, qui finira g&#233;n&#233;ral commandant la Coloniale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Dodds&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L405xH550/Dodds-75165.jpg?1740416524' width='405' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement d&#233;cida de briser la r&#233;sistance de Behanzin et envoya une importante flotte sous les ordres de Cuverville pour bloquer les c&#244;tes pendant que son adjoint, le colonel Dodds, conduirait les op&#233;rations terrestres. La campagne se d&#233;roulera par &#233;tapes entre 1885 et 1895. &lt;/br&gt;Le vaisseau amiral La Na&#239;ade, croiseur &#171; &#224; batterie &#187;, &#224; vapeur et &#224; voiles lanc&#233; en 1883, coque en bois, filant 16 n&#339;uds, &#233;tait arm&#233; de 4 canons de 160mm, de 16 canons de 140mm et de 4 tubes lance-torpilles : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;La Naiade&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/cuverville/naiade.jpg?1740416278' width='500' height='374' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont voici l'&#201;tat-major posant pour la photo :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;etat major&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/cuverville/etatmajor.jpg?1740416278' width='500' height='361' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il embarquait 450 hommes, &#233;quipage et infanterie coloniale, les fameux Marsouins que l'on voit ici en exercice sur le pont de la Na&#239;ade :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;marsouins&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L464xH344/marsouins-5c5f4.jpg?1740416516' width='464' height='344' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sept autres b&#226;timents compl&#233;taient la flotille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet important d&#233;ploiement de forces ne pouvait que l'emporter et Behazin malgr&#233; une guerre des plus courageuses fut vaincu en 1895, d&#233;port&#233; &#224; la Martinique il finira sa vie exil&#233; en Alg&#233;rie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;behazin&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/cuverville/Behanzin.jpg?1740416279' width='500' height='313' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voil&#224; pour le sabre. Mais le goupillon que je vous avais promis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral et les rebondissements de cette campagne faisaient la une des quotidiens parisiens. Pourtant un autre personnage haut en couleurs lui disputera bient&#244;t la gloire des journaux : le P&#232;re Dorg&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;Dorg&#232;re&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L389xH500/Dorgere-4161e.jpg?1740416501' width='389' height='500' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandre S&#233;raphin Dorg&#232;re naquit dans une famille pauvre de la banlieue ouvri&#232;re de Nantes. Dou&#233; pour les &#233;tudes, pouss&#233; par son cur&#233;, il est ordonn&#233; chez les Missions africaines de Lyon, et envoy&#233; dans le Golfe de Guin&#233;e en 1880. En f&#233;vrier 1890, Behazin prend en otage pendant pr&#232;s de trois mois la population europ&#233;enne de Ouidah avec son cur&#233; le P&#232;re Dorg&#232;re. Alexandre qui parlait la langue locale devient le porte-parole des otages, n&#233;gocie l'am&#233;lioration de leur d&#233;tention et finit par conqu&#233;rir l'estime et l'amiti&#233; du roi. Il en obtient la lib&#233;ration des otages : c'est la c&#233;l&#233;brit&#233; m&#233;diatique. La R&#233;publique le nomme Ambassadeur de France aupr&#232;s de Behazin ; il participe activement &#224; la conclusion du Trait&#233; entre la France et le Dahomey d&#233;clenchant ainsi jalousies et d&#233;nigrements de la part des fonctionnaires coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'en m&#233;tropole, la politique anticl&#233;ricale bat son plein. Une violente campagne de Presse conduite par le quotidien La Lanterne r&#233;clame sa d&#233;mission : &lt;i&gt;&#171; ce trait&#233; a &#233;t&#233; conclu par des n&#233;gociateurs plus soucieux des int&#233;r&#234;ts de l'&#201;glise que de ceux du pays. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;La Lanterne&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L392xH550/lanterne-ed2e3.jpg?1740416524' width='392' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du jour au lendemain, notre missionnaire passe du Capitole &#224; la roche Tarp&#233;ienne : ainsi va la gloire m&#233;diatique, nous n'avons rien invent&#233;. Oblig&#233; de regagner la France, il ne reviendra au Dahomey qu'en 1894. Mais alors, ses rapports avec le sup&#233;rieur des Missions africaines deviendront ex&#233;crables. Ce que l'on tol&#233;rait sous le soleil de la gloire devient inexpiable &#224; l'ombre du discr&#233;dit. On lui reproche une pratique &#233;lastique du br&#233;viaire, de ne pas toujours porter la soutane pour d&#238;ner, et surtout de ne pas assez rendre compte. On le rappelle &#224; nouveau en France pour le mettre en p&#233;nitence comme cur&#233; dans le petit village Sainte-Anne d'&#201;venos, au dioc&#232;se de Toulon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y conna&#238;tra l'oubli, mais une mort glorieuse le ram&#232;nera pour quelques jours &#224; la gloire... du journal local :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces jours derniers, une famille de Boh&#233;miens, venant de Marseille, s'arr&#234;tait &#224; Sainte-Anne d'Evenos. Une petite fille tomba malade de la variole noire. L'autorit&#233; fit imm&#233;diatement partir les nomades, qui abandonn&#232;rent l'enfant sur la route, o&#249; elle allait mourir faute de secours. Le P&#232;re Dorg&#232;re accourt, prend l'enfant dans ses bras, la transporte au presbyt&#232;re et lui prodigue, inutilement, h&#233;las ! les meilleurs soins. La malheureuse succombe &#224; son triste mal et le P&#232;re, abandonn&#233; de tous les habitants qui craignent la contagion, se trouve seul en pr&#233;sence du petit cadavre. Le maire, M. Dutheil de la Roch&#232;re, en apprenant le d&#233;c&#232;s, se transporte aupr&#232;s du P&#232;re Dorg&#232;re qu'il trouve en pri&#232;res, pr&#232;s du lit de la morte. Apr&#232;s lui avoir t&#233;moign&#233; toute son admiration pour sa conduite sublime, un cercueil est improvis&#233; ; le v&#233;n&#233;rable eccl&#233;siastique et le maire y d&#233;posent les restes mortels de la petite fille, et, avec l'aide du garde champ&#234;tre, ils vont l'ensevelir au cimeti&#232;re. Deux jours apr&#232;s le P&#232;re Dorg&#232;re tombe malade et succombe &#224; la maladie contagieuse dont il avait contract&#233; le germe en prodiguant ses soins &#224; la malheureuse abandonn&#233;e mourante sur la route. Il avait 44 ans. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Missions africaines le r&#233;habiliteront en 1937 en appelant &lt;i&gt;&#171; &#201;cole Dorg&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, leur petit s&#233;minaire de Rez&#233; dans la banlieue de Nantes et une Place P&#232;re d'Orgere lui sera d&#233;di&#233;e &#224; &#201;venos pr&#232;s de Bandol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral de Cuverville, catholique tr&#232;s pratiquant, r&#233;publicain convaincu, opposant actif &#224; l'expulsion des congr&#233;gations, ancien chef d'&#233;tat major de la Marine, s&#233;nateur du Finist&#232;re, membre actif de la haute soci&#233;t&#233; parisienne et jouissant des faveurs de la Presse, en fera cet &#233;loge fun&#232;bre dans une &#233;loquence inaudible aujourd'hui pour la plupart de mes contemporains et que je vous donne n&#233;anmoins &#224; savourer &lt;strong&gt;en guise de conclusion :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#171; Certes, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements que nous venons de raconter, nous n'y contredirons pas. Nous savons, par les &#233;minents services que rendit le P&#232;re Dorg&#232;re &#224; la cause de la patrie, quels prodiges un seul missionnaire peut accomplir. Et quelles merveilles ne verrions-nous pas se r&#233;aliser, si des l&#233;gions de missionnaires unissaient leur d&#233;vouement &#224; la bravoure de h&#233;ros tels que Gouraud le vainqueur de Samory, et Marchand le noble vaincu de Fachoda ! Serait-ce former un r&#234;ve trop beau que d'esp&#233;rer voir enfin les hommes qui ont la garde des destin&#233;es de la patrie, renoncer &#224; tout esprit sectaire, reprendre les traditions chr&#233;tiennes du pass&#233;, faire appel &#224; toutes les forces vives de la nation, et, dans une noble pens&#233;e de concorde, avec l'intelligence lumineuse des aspirations de tous, mettre la main du soldat et du marin dans celle du pr&#234;tre et du missionnaire, unir l'&#233;p&#233;e et la croix pour le triomphe de la civilisation catholique et pour la plus grande gloire de la France ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;unquote&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je vous l'ai d&#233;j&#224; dit plus haut, ne rousp&#233;tez pas mes amis, je vous avais pr&#233;venu c'&#233;tait une autre &#233;poque : &lt;i&gt;O tempora O mores...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 5 janvier 2025&lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;NOTE 1 : &lt;a href= &#034;https://books.openedition.org/psorbonne/61732?lang=fr&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Pour t&#233;l&#233;charger &#171; L'amiral de Cuverville, un amiral chr&#233;tien entre en politique (1890-1912) &#187; Cliquez ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE 2 : &lt;a href= &#034;https://ia800508.us.archive.org/1/items/lamarineaudahome00sal/lamarineaudahome00sal.pdf&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Pour t&#233;l&#233;charger &#171; La Marine au Dahomey, la campagne de la Na&#239;ade &#187; Cliquez ici&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE 3 : &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-histoire-monde-et-cultures-religieuses1-2007-2-page-62?lang=fr&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Pour t&#233;l&#233;charger l'&#233;tude du site historien CAIRN sur le P&#232;re Alexandre Dorg&#232;re, Cliquez ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La comtesse et le chanoine mitr&#233;...</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article123</link>
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		<dc:date>2024-12-05T08:34:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;On pouvait &#224; juste titre esp&#233;rer un beau coup de soleil entre deux averses, car c'&#233;tait un bel apr&#232;s-midi de printemps dans le golfe du Morbihan. Aussi, je d&#233;cidais d'en profiter pour faire une petite visite &#224; la Comtesse de S&#233;gur au cimeti&#232;re de Pluneret, car je venais de relire Apr&#232;s la pluie, le beau temps (NOTE 1) (toujours aussi d&#233;licieux) que ma m&#232;re m'avait lu pour la derni&#232;re fois pour mes dix ans pendant une grippe en 1952 en Alg&#233;rie : La comtesse &#233;crivit ce livre pour enfant en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt;Woke : ne d&#233;boulonnez pas !&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On pouvait &#224; juste titre esp&#233;rer un beau coup de soleil entre deux averses, car c'&#233;tait un bel apr&#232;s-midi de printemps dans le golfe du Morbihan. Aussi, je d&#233;cidais d'en profiter pour faire une petite visite &#224; la Comtesse de S&#233;gur au cimeti&#232;re de Pluneret, car je venais de relire &lt;i&gt;Apr&#232;s la pluie, le beau temps&lt;/i&gt; (NOTE 1) (toujours aussi d&#233;licieux) que ma m&#232;re m'avait lu pour la derni&#232;re fois pour mes dix ans pendant une grippe en 1952 en Alg&#233;rie : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;apres la pluie&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L500xH377/apres la pluie-7ba0d.jpg?1740416533' width='500' height='377' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La comtesse &#233;crivit ce livre pour enfant en 1871 ici &#224; Pluneret chez sa fille au ch&#226;teau de Kermadio : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Kermadio&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/segur/Kermadio.jpg?1740416258' width='500' height='323' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
En chemin, je me rends compte que je n'avais pas rendu visite &#224; la Comtesse &#224; Pluneret depuis 1995, un vrai scandale ! Deux bonnes raisons d'y retourner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo que j'avais prise en 1995 est &#224; elle seule toute une histoire : Je me place face &#224; la tombe, je recule peu &#224; peu pour mieux cadrer, et je pars &#224; la renverse dans une fosse fra&#238;chement creus&#233;e, mais heureusement peu profonde et encore inhabit&#233;e. Dieu merci, m&#234;me pas une bosse, aucun fossoyeur &#224; l'horizon, pas de public... j'en sors sans difficult&#233;, mais tr&#232;s bourbeux : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;tombe segur&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/segur/Tombe Segur.jpg?1740416257' width='500' height='375' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une grille encadre le tombeau de notre h&#233;ro&#239;ne et celui de son fils. L'inscription grav&#233;e sur la pierre m'apprend que la Comtesse &lt;i&gt;&#171; n&#233;e Rostopchine &#187;&lt;/i&gt; qui s'y fit inhumer en 1874, non loin de son ch&#226;teau de Pluneret, &#233;tait membre du &lt;i&gt;&#171; Tiers Ordre de Saint-Fran&#231;ois, en religion s&#339;ur Marie-Fran&#231;oise du Saint Sacrement &#187;&lt;/i&gt;&#8230; La croix qui surmonte sa dalle dit : &lt;i&gt;&#171; Dieu et mes enfants &#187;,&lt;/i&gt; celle de son fils aveugle : &lt;i&gt;&#171; J&#233;sus ma vie et mon amour &#187;&lt;/i&gt; Sa plaque tombale pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Mgr Louis-Gaston de S&#233;gur, Pr&#234;tre, Pr&#233;lat de la Sainte &#201;glise romaine, chanoine &#233;v&#234;que du chapitre de Saint-Denis au Tiers ordre de Saint-Fran&#231;ois, fr&#232;re Fran&#231;ois-Marie du Saint-Sacrement, n&#233; &#224; Paris le 15 avril 1820, d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Paris le 9 juin 1881 &#171; In pace Jesu : Deus, propitius esto mihi peccatori &#187;&lt;/i&gt; (En la paix de J&#233;sus : mon Dieu ayez piti&#233; de moi, p&#233;cheur.) Il se fit enterrer aux c&#244;t&#233;s de sa m&#232;re&#8230; m&#234;me pr&#233;nom en religion que moi en la&#239;c... la fameuse Comtesse, membre du tiers ordre franciscain... tout comme son fils pr&#234;tre et chanoine &#233;v&#234;que : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Louis de Segur&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/segur/Gaston et sa mere.jpg?1740416257' width='500' height='537' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chanoine &#233;v&#234;que ? L'expression met ma cervelle en &#233;bullition !&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous admettrez qu'il nous est impossible d'en reste l&#224; ! Il faut &#224; tout prix savoir ce dont il s'agit, sinon pourquoi visiter un cimeti&#232;re ? Et ainsi d&#233;buta une travers&#233;e de la soci&#233;t&#233; mondaine, intellectuelle et religieuse de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; laquelle je vous convie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme point de d&#233;part, il est bon de retourner aux sources, c'est-&#224;-dire au dictionnaire. Gaston aurait-il men&#233; une vie canoniale conforme &#224; la d&#233;finition qu'en donne le dictionnaire Littr&#233; (&#233;dition de 1863) : &lt;i&gt;&#171; Mener une vie de chanoine, mener une vie douce et tranquille. &#187;&lt;/i&gt; ? Je passe &#224; l'action, ce qui pour un fl&#226;neur textuel signifie cliquer sur le site Gallica de la BNF et je t&#233;l&#233;charge une vie de Gaston (NOTE 2) qui me convainc rapidement que ce chanoine mitr&#233; n'a pas tout &#224; fait men&#233; la vie que Boileau dans &lt;i&gt;Le Lutrin&lt;/i&gt; pr&#234;te aux chanoines :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Ses chanoines vermeils et brillants de sant&#233;&lt;br/&gt; S'engraissaient d'une longue et sainte oisivet&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1828, pour ses 18 ans, sa grand-m&#232;re lui offre en cadeau &lt;i&gt;Introduction &#224; la vie d&#233;vote&lt;/i&gt; de saint Fran&#231;ois de Sales : l'impression est si forte qu'il se convertit et va &#224; Paris &#233;tudier le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une carri&#232;re de peintre &#233;court&#233;e par pudeur :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s dou&#233; en dessin, il s'inscrit &#224; l'atelier du peintre Paul Delaroche, et remporte la m&#233;daille d'Or au salon de 1841 pour le portrait de son p&#232;re S&#233;gur. Ici, le portrait de son grand-p&#232;re le g&#233;n&#233;ral Rostopchine, celui qui incendia Moscou pour en d&#233;loger Napol&#233;on : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;rostopchine&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L341xH470/rostopchine-52845.jpg?1740416533' width='341' height='470' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delaroche dit &#224; son p&#232;re (NOTE 2) : &lt;i&gt;&#171; Quoique vous fassiez et quelque carri&#232;re que vous choisissiez pour votre fils, sa vocation est d'&#234;tre peintre et grand peintre ... Mais la d&#233;licatesse exquise du jeune homme fut bless&#233;e par la grossi&#232;ret&#233; de la vie d'atelier, des conversations, et la brutalit&#233; crue du monde des &#171; mod&#232;les &#187; ... Il renon&#231;a &#224; l'&#233;tude du nu et cela ne devait pas &#234;tre sans inconv&#233;nient pour son art. Son insuffisance de ce c&#244;t&#233; explique le mot de Pie IX. Le Pape, avec sa fa&#231;on primesauti&#232;re de s'exprimer et imag&#233;e, disait un jour d'un de ses portraits : &#171; Ce bon Mgr de S&#233;gur, il a oubli&#233; de nous faire des &#233;paules ! &#187;.&lt;/i&gt; Ses tableaux se vendent toujours et les mus&#233;es en exposent quelques-uns, comme le Mus&#233;e d'Orsay avec cette eau-forte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;deux enfants&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L301xH383/deux enfants-2bd53.jpg?1740416528' width='301' height='383' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Une carri&#232;re de diplomate &#233;court&#233;e par l'entr&#233;e dans les ordres :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1842, &#224; 22 ans, il est nomm&#233; attach&#233; d'ambassade &#224; Rome aupr&#232;s du Pape, gr&#226;ce &#224; l'appui de l'ambassadeur comte de Latour-Maubourg, ami de son p&#232;re. L'ann&#233;e suivante il d&#233;missionne pour entrer au s&#233;minaire d'Ivry, est ordonn&#233; par Mgr Affre, et m&#232;ne une &#224; Paris une premi&#232;re vie de jeune pr&#234;tre, pieux, z&#233;l&#233; et enthousiaste comme aum&#244;nier de prison, cat&#233;chiste et animateur de patronage : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;gaston&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L400xH500/Louis de segur-8c6de.jpg?1740416530' width='400' height='500' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une carri&#232;re romaine de juge romain &#233;court&#233;e par l'infirmit&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1852, Louis-Napol&#233;on III (encore pr&#233;sident) sur recommandation du Ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, le Marquis de Turgot le nomme au Tribunal de la Rote &#224; Rome, fonction qui comprenait des obligations de repr&#233;sentation mondaine&#8230; Son biographe &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; les r&#233;ceptions du palais Brancadoro y attir&#232;rent tr&#232;s vite la cour et la ville. Mgr de S&#233;gur, aid&#233; parfois par sa m&#232;re et ses s&#339;urs, &#233;tait infiniment capable de tenir son rang, de faire honneur au pays que dans une certaine mesure il repr&#233;sentait, et il s'en acquitta de son mieux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient familier du Pape Pie IX et lorsque ce dernier proclame le dogme de l'Immacul&#233;e Conception, Gaston lui demande sa mitre papale en cadeau &#224; l'issue de la c&#233;r&#233;monie&#8230; Pie IX s'ex&#233;cute, mais n'en fait pas un &#233;v&#234;que pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aveugle, il d&#233;missionne et rentre &#224; Paris :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il publie son &lt;i&gt;Voyage en Italie&lt;/i&gt; qui fut un succ&#232;s et&#8230; devient aveugle... 1854, il a 34 ans. Gaston prend cela pour un signe providentiel qui l'arrache &#224; sa vie trop mondaine :&lt;i&gt;&#171; la Sainte-Vierge a bien su ce qu'elle faisait en me retirant la vue. Jusqu'au jour o&#249; je suis devenu aveugle, je me demandais comment elle s'y prendrait bien pour exaucer la demande que je lui avais faite d'une infirmit&#233; p&#233;nible qui me laiss&#226;t !a facult&#233; d'exercer mon minist&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Il d&#233;missionne du Tribunal de la Rote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Chanoine &#233;v&#234;que parisien :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lui permettre de gagner sa vie, le Gouvernement en accord avec Pie IX (Concordat&#8230;) le nomme Chanoine de Premier Ordre du Chapitre de l'Abbaye de Saint-Denis&#8230; Ce chapitre se composait de chanoines de deux classes. La premi&#232;re &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux membres de l'&#233;piscopat en retraite, la seconde &#224; certains eccl&#233;siastiques, et plus particuli&#232;rement aux anciens aum&#244;niers de l'arm&#233;e et de la marine. Les chanoines &#233;v&#234;ques n'&#233;taient pas astreints &#224; la r&#233;sidence. Mais, probl&#232;me pour Gaston ! Le droit canon interdisait de conf&#233;rer la dignit&#233; &#233;piscopale &#224; un aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait oublier que la diplomatie romaine est incollable : un Bref pontifical dat&#233; du 4 janvier 1856 conf&#232;re alors au pr&#233;lat la dignit&#233; de protonotaire apostolique avec les faveurs personnelles suivantes : &lt;i&gt;&#171; En outre, nous vous conf&#233;rons et accordons les insignes et privil&#232;ges d'honneur qui sont propres aux &#233;v&#234;ques, de sorte que vous puissiez en user et jouir librement et licitement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce subterfuge permettait d&#232;s lors d'&#233;lever Gaston &#224; cette dignit&#233; de chanoine mitr&#233;, ce qui lui servira beaucoup dans le reste de sa vie d'infirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une vie parisienne de publications de d&#233;fense et illustration de la religion :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, dans son appartement du 39 rue du Bac, le Tout-Paris s'y pressait : &lt;i&gt;&#171; Cette gent turbulente &#233;tait, il faut bien le dire, tr&#232;s fi&#232;re de s'adresser &#224; un de S&#233;gur, &#224; un pr&#233;lat de la maison du Pape, &#224; un chanoine-&#233;v&#234;que de Saint-Denis ! Puis, il &#233;tait de si bonne &#233;ducation, et enfin, celui-l&#224; au moins, quand ils lui parlaient de leur vie du monde, savait ce que c'&#233;tait ! Ils le disaient tr&#232;s haut, et, en fait, c'&#233;tait vrai. Les titres, les charges, provoquaient la confiance, et en tout cas permettaient souvent au saint infirme de dire, de faire certaines choses, de donner certains conseils, qui eussent &#233;t&#233; impossibles et in&#233;cout&#233;s venant d'autres que de lui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se mit &#224; publier &#224; tour de bras des livres apolog&#233;tiques, des t&#233;moignages, des cat&#233;chismes, des livres de pi&#233;t&#233;, j'ai recens&#233; 86 ouvrages&#8230; avec un succ&#232;s variable. Par exemple, de son essai : &lt;i&gt;&#171; R&#233;ponse aux principales objections contre la religion &#187;&lt;/i&gt; un Acad&#233;micien &#233;crira : &lt;i&gt;&#171; Livre estimable, plein de bonnes intentions, mais sans port&#233;e, comme on en voit &#233;clore tous les jours pour achever, h&#233;las ! de justifier la r&#233;putation d'ennui des bons livres. &#187;&lt;/i&gt; Il est vrai que la pol&#233;mique entre catholiques et anticl&#233;ricaux battait alors son plein...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette intense production litt&#233;raire n'alla pas sans remous et querelles. &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, ses attaques contre &lt;i&gt;Les Mis&#233;rables&lt;/i&gt; lui attir&#232;rent cette lettre vengeresse de Victor Hugo alors en exil &#224; Guernesey :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; Monsieur de S&#233;gur, &#233;v&#234;que.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hauteville-House, 17 d&#233;cembre 1872.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ignorais votre existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'apprend aujourd'hui que vous existez et m&#234;me que vous &#234;tes &#233;v&#234;que. Je le crois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous avez eu la bont&#233; d'&#233;crire sur moi des lignes qu'on me communique et que voici :&lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Hugo, le grand, l'aust&#232;re Victor Hugo, le magnifique po&#235;te de la d&#233;mocratie et de la r&#233;publique universelle, est &#233;galement un pauvre homme afflig&#233; de plus de trois cent mille livres de rente (soulign&#233; dans le texte) ; quelques-uns disent m&#234;me de cinq cent mille (soulign&#233; dans le texte). Son inf&#226;me livre des Mis&#233;rables lui a rapport&#233; d'un coup cinq cent mille francs. On oublie toujours de citer les largesses que son vaste c&#339;ur humanitaire l'oblige &#224; coup s&#251;r de faire &#224; ses chers clients des classes laborieuses. On le dit aussi avare, aussi &#233;go&#239;ste qu'il est vantard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suivent deux pages du m&#234;me style sur Ledru-Rollin, qui est un &#171; gros richard &#187;, sur Rochefort, qui fut pris &#224; Meaux avec quantit&#233; de billets de banque dans la doublure de ses habits, sur Garibaldi, que vous appelez Garibaldi-pacha, qui fait la guerre sans se battre, qui avait pour arm&#233;e quinze mille bandits poltrons comme la lune, et qui s'est sauv&#233; en emportant nos millions, etc., etc. Je ne perdrai pas mon temps &#224; vous dire, monsieur, que dans les dix lignes cit&#233;es plus haut, il y a autant de mensonges que de mots, vous le savez. Je me contente de noter dans ces lignes une appr&#233;ciation litt&#233;raire, la qualification inf&#226;me appliqu&#233;e au livre les Mis&#233;rables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans les Mis&#233;rables un &#233;v&#234;que qui est bon, sinc&#232;re, humble, fraternel , qui a de l'esprit en m&#234;me temps que de la douceur, et qui m&#234;le &#224; sa b&#233;n&#233;diction toutes les vertus ; c'est pourquoi les Mis&#233;rables sont un livre inf&#226;me. D'o&#249; il faut conclure que les Mis&#233;rables seraient un livre admirable si l'&#233;v&#234;que &#233;tait un homme d'imposture et de haine, un insulteur, un plat et grossier &#233;crivain, un idiot v&#233;n&#233;neux, un vil scribe de la plus basse esp&#232;ce, un colporteur de calomnies de police, un menteur cross&#233; et mitr&#233;. Le second &#233;v&#234;que serait-il plus vrai que le premier ? Cette question vous regarde, monsieur. Vous vous connaissez en &#233;v&#234;ques mieux que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis, monsieur, votre serviteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Victor Hugo&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; de l'&#201;glise, tout ne fut pas calme non plus : il f&#251;t m&#234;me mis &#224; l'index :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un de ses livres qui avait tir&#233; en France &#224; 17.000 exemplaires : &lt;i&gt;&#171; Dieu vivant en nous &#187;&lt;/i&gt; fut mis &#224; l'index et affich&#233; comme tel &#224; la porte des &#233;glises romaines&#8230; Le bruit en courut dans tout Paris. L'objet du litige est assez complexe pour le commun des mortels et m&#233;rite que l'on s'y attarde un peu : &lt;i&gt;&#171; L'auteur veut que le Christ, avec la substance de sa sainte humanit&#233;, avant comme apr&#232;s la communion eucharistique, habite essentiellement dans tous les justes, et que m&#234;me le ciel ne soit pas autre chose que cette pr&#233;sence du Christ dans l'&#226;me des justes et dans les anges. &#187;&lt;/i&gt; &lt;small&gt;(Revue des Sciences eccl&#233;siastiques de 1871 (tome XXII p. 72 &#224; 86 inclus)&lt;/small&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Dieu vivant&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L328xH550/Dieu vivant-15de4.jpg?1740416515' width='328' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Gaston accepte la condamnation et r&#233;pond &#224; la Revue en admettant que &lt;i&gt;&#171; En effet, si J&#233;sus-Christ est pr&#233;sent en nos &#226;mes, ce ne saurait &#234;tre que par sa seule divinit&#233; ou comme Dieu, et, d&#232;s lors, cette pr&#233;sence ne se distinguera pas substantiellement de celle des deux autres personnes de l'adorable Trinit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; J'ai fait court, mais en r&#233;alit&#233; la r&#233;ponse de Gaston remplit une bonne page...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette r&#233;putation dans le monde religieux, mondain, et m&#233;diatique comme on ne disait pas encore, firent de ses obs&#232;ques &#224; Paris et &#224; Pluneret une c&#233;r&#233;monie grandiose que nous raconte, en 1937, le Chanoine Michel Even :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Cependant, aussit&#244;t apr&#232;s sa mort, l'admirable pr&#234;tre qui venait de dispara&#238;tre fut rev&#234;tu de ses ornements sacerdotaux. Il &#233;tait recouvert, par-dessus sa tunique franciscaine de laine cendr&#233;e, de sa soutane violette, de pr&#233;lat romain, d'une chasuble blanche, et avait les pieds nus comme ceux du Grand Pauvre d'Assise qu'il avait tant aim&#233;. II portait la mitre et &#233;tait expos&#233; sous son tableau de l'Enfant J&#233;sus &#224; la cr&#232;che, sur le petit lit de fer qui l'avait support&#233; pendant sa maladie. On commen&#231;a &#224; d&#233;filer devant ce cadavre en lui rendant les hommages les plus touchants. Le vendredi 10 juin, le Dr Ingigliardi et un de ses amis enlev&#232;rent son c&#339;ur qui fut, comme il l'avait demand&#233;, embaum&#233; et port&#233; &#224; la Visitation, aupr&#232;s de celui de Mme de S&#233;gur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le 13 juin eurent lieu les obs&#232;ques &#224; Saint-Thomas d'Aquin. Elles furent un v&#233;ritable triomphe. Gounod tenait le grand orgue, et Mgr Richard donna l'absoute. Quelques jours apr&#232;s, le corps, qui avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; dans les caveaux de Saint-Thomas d'Aquin, fut conduit au chemin de fer et partit pour Sainte-Anne d'Auray. Le vendredi 17 juin, il fut conduit processionnellement &#224; l'&#233;glise de Pluneret o&#249; l'attendait Mgr B&#233;cel, &#233;v&#234;que de Vannes, et un nombreux clerg&#233;. Apr&#232;s une nouvelle absoute, huit pr&#234;tres en &#233;tole port&#232;rent le cercueil au cimeti&#232;re. Dans l'enclos r&#233;serv&#233;, assez vaste pour contenir douze tombes, et que ferme une grille, sont maintenant dress&#233;es trois statues. Au fond, Notre-Dame de Lourdes, &#224; droite saint Fran&#231;ois d'Assise, &#224; gauche saint Fran&#231;ois de Sales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette lecture plut&#244;t consistante, vous avez besoin, j'en suis s&#251;r, de mettre vos neurones en repos. Faites comme moi en 1995 apr&#232;s ma visite &#224; Pluneret : allez tout &#224; c&#244;t&#233; &#224; Saint-Avoy et apr&#232;s y avoir visit&#233; les restes de l'auge en pierre qui avait amen&#233; &#224; travers l'oc&#233;an le saint ermite Avoy depuis son Irlande natale pour &#233;vang&#233;liser ces brutes de Bretons incultes, arr&#234;tez-vous sur la gr&#232;ve et d&#233;gustez une douzaine d'hu&#238;tres &#224; peine sorties de l'eau, accompagn&#233;es d'une carafe de muscadet bien frais... vous l'avez bien m&#233;rit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;br/&gt;le 2 d&#233;cembre 2024&lt;br/&gt;date anniversaire d'Austerliz&lt;/em&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE 1 : &lt;a href= &#034;https://www.beq.ebooksgratuits.com/auteurs/Segur/Segur-20-xpdf.pdf&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Pour t&#233;l&#233;charger en pdf &lt;i&gt;Apr&#232;s la Pluie, le beau temps :&lt;/i&gt; sur le site de la Biblioth&#232;que du Qu&#233;bec, Cliquez ici &lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais auparavant, d&#233;brancher votre VPN si vous en avait mis un...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE 2 : &lt;a href= &#034;http://www.liberius.net/livres/Monseigneur_Gaston_de_Segur_000000889.pdf&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Pour t&#233;l&#233;charger en pdf la biographie de Mgr Gaston de S&#233;gur, Cliquez ici &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;gaston&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L372xH550/St Thomas d'Aquin Segur-1237d.jpg?1740416508' width='372' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que les Saints peuvent bien bouquiner &#224; l'&#233;glise ?</title>
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		<dc:date>2024-10-08T08:36:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Pensez donc : une vie de Fl&#226;neur de plus de huit d&#233;cennies sans jamais chercher vraiment &#224; savoir ce que peuvent bien lire ces saints ! Car il vous suffit d'entrer dans une &#233;glise pour en voir des foules de saints, statufi&#233;s ou portraitur&#233;s qui tiennent des livres ou m&#234;me sont carr&#233;ment en train de les bouquiner. Quant &#224; savoir ce qu'ils lisent, c'est une autre paire de manches. Aussi votre Fl&#226;neur pr&#233;f&#233;r&#233; a retrouss&#233; les siennes et a franchi hardiment la porte de la quasi-totalit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries d&#233;brid&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pensez donc : une vie de Fl&#226;neur de plus de huit d&#233;cennies sans jamais chercher vraiment &#224; savoir ce que peuvent bien lire ces saints ! Car il vous suffit d'entrer dans une &#233;glise pour en voir des foules de saints, statufi&#233;s ou portraitur&#233;s qui tiennent des livres ou m&#234;me sont carr&#233;ment en train de les bouquiner. Quant &#224; savoir ce qu'ils lisent, c'est une autre paire de manches. Aussi votre Fl&#226;neur pr&#233;f&#233;r&#233; a retrouss&#233; les siennes et a franchi hardiment la porte de la quasi-totalit&#233; des &#233;glises du Vaucluse, sans parler de celles de France et de Navarre. Et m&#234;me d'ailleurs. Ce fut une longue, longue enqu&#234;te. De quelle longueur, ne cherchez pas &#224; le savoir : on ne demande jamais l'&#226;ge d'un beau gosse.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il y a les saints discrets, ceux qui fourrent leurs bouquins dans la poche. Par exemple, &#224; la cath&#233;drale (&#233;m&#233;rite) de Cavaillon, le magnifique saint Jacques le Majeur, fra&#238;chement et splendidement redor&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exposition 2024 Grand Couvent de Cavaillon&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;St Jacques le Majeur&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/majeur1-5f59b.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Jacques le Majeur, ap&#244;tre et fils de Z&#233;b&#233;d&#233;e, fr&#232;re de saint Jean, qu'on mit tout mort qu'il &#233;tait dans une barque en pierre apr&#232;s sa d&#233;capitation par H&#233;rode, et qui finit par &#233;chouer sur la plage de Compostelle. Pour moi, sa statue nous le pr&#233;sente en train de nous haranguer, brandissant de la main gauche son b&#226;ton de p&#232;lerin avec la gourde attach&#233;e au sommet, sa main droite enfouie dans la large manche de sa p&#232;lerine (qui est ici une toge...) semble avoir du mal &#224; tenir un gros livre ouvert&#8230; sans doute un texte qu'il nous propose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;St Jacques le Majeur&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/statues/majeur2.jpg?1740416271' width='500' height='666' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je suis &lt;i&gt;&#171; pass&#233; par les &#233;coles &#187;&lt;/i&gt; comme on disait jadis &#224; la campagne, j'ai imm&#233;diatement pens&#233; : &lt;i&gt;&#171; Mais c'est bien s&#251;r ! c'est l'&#233;p&#238;tre de Jacques qu'il vient de r&#233;diger et qu'il va nous lire. &#187;&lt;/i&gt; Rentr&#233; chez moi je relis ladite &#233;p&#238;tre - vous savez, celle que les protestants ne retiennent pas comme canonique &#224; cause de la r&#233;tribution des &#339;uvres - pour apprendre que ce ne serait pas lui qui l'aurait r&#233;dig&#233;e bien qu'on le qualifie de Majeur. Ce ne serait pas non plus l'&#339;uvre de son coll&#232;gue l'ap&#244;tre Jacques, vous savez le fils d'Alph&#233;e, celui qu'on qualifie - le malheureux- de Mineur ou encore le Petit ou le Juste&#8230; Non, ce serait le troisi&#232;me Jacques (contrairement aux Trois Mousquetaires, ils ne sont que trois&#8230;) le patron de l'&#201;glise de J&#233;rusalem, celui qu'on appelle le &lt;i&gt;&#171; fr&#232;re du Seigneur &#187;&lt;/i&gt;, qui en serait l'auteur&#8230; Mais alors, que lit notre Majeur ? Apr&#232;s moult r&#233;flexions, je pense qu'il s'agit du fameux codex, celui dont on vous rebat les oreilles d&#232;s votre arriv&#233;e &#224; Compostelle : le &#171; &lt;i&gt;Codex Calixtinus&lt;/i&gt; &#187; qui chante la gloire du Majeur pour inciter les chevaliers de l'&#233;poque &#224; la Reconquista de la P&#233;ninsule. Ce bouquin (car il s'agit d'un codex dont on peut tourner les pages et non d'un parchemin qu'on d&#233;roule) a &#233;t&#233; &#233;crit par le Pape Calixte au XIIe si&#232;cle, alors que le Majeur l'a dans sa poche, bien qu'il soit mort depuis douze si&#232;cles... alors disons simplement qu'on demande &#224; sa statue de nous en faire la pub. Mais, d&#233;ception ! l'usure des si&#232;cles a fait son boulot : il n'y a plus rien d'&#233;crit ! alors mon hypoth&#232;se est-elle la bonne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un vrai Fl&#226;neur ne doit jamais d&#233;sesp&#233;rer ! L'autre jour, avec la Commission d'Art Sacr&#233;, dans une petite &#233;glise de village du Vaucluse, j'ai eu la chance de rencontrer dans une soupente pourrie saint Antoine Abb&#233; qui y bouquinait tranquille depuis des si&#232;cles :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;assiette&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/saignon1-84089.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il &#233;tait &#224; ma hauteur, passant derri&#232;re lui, j'ai eu la chance de pouvoir lire par-dessus son &#233;paule : &lt;i&gt;&#171; Vendite quae possidetis facite eleemosinam fecit 27 may 1782 &#187;&lt;/i&gt; on reconna&#238;t une citation de l'&#201;vangile de Luc (12-33), qui en bon Fran&#231;ais veut dire : &#171; &lt;i&gt;Vendez ce que vous poss&#233;dez, et donnez-le en aum&#244;nes&lt;/i&gt; &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;saint Antoine&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/saignon2-356cf.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Curieusement, alors que le texte &#233;vang&#233;lique &#233;crit &lt;i&gt;&#034;date elemosynam&#034;&lt;/i&gt;, le livre d'Antoine note : &lt;i&gt;&#034;facite eleemosinam&#034;&lt;/i&gt; : en latin, les deux sont correct me semble-t-il, mais on est puriste ou on ne l'est pas ! Ce texte convient &#224; notre saint Antoine, car la seule ressource des moines Antonins dont il &#233;tait le patron, c'&#233;tait la qu&#234;te dans les villes et aussi le droit de laisser leurs cochons errer dans les rues o&#249; ils faisaient office d'&#233;boueurs en y mangeant gratuitement les d&#233;tritus... de l&#224; le cochon noir que l'on aper&#231;oit derri&#232;re lui &#224; ses pieds...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Modeste, le peintre oublie de nous dire son nom, mais nous pr&#233;cise la date de son &#339;uvre : &lt;i&gt;&#034;fecit 27 may 1782&#034;&lt;/i&gt;. Je suis all&#233; lire le Journal de Paris du 27 mai 1782 que vous pourrez lire vous aussi en allant sur la note&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cliquez ici pour lire le Journal de Paris de 1782&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : c'&#233;tait un lundi de printemps, un ciel couvert, pas de vent, une temp&#233;rature plut&#244;t fra&#238;che : 10&#176; &#224; 7 heures et 14&#176; &#224; cinq heures de l'apr&#232;s-midi. La Seine &#233;tait haute de 11 pieds 9 pouces, les r&#233;verb&#232;res y seront allum&#233;s le soir de 8h45 &#224; 10h30... et vous pourrez en plus y d&#233;couvrir le programme du jour des th&#233;&#226;tres et des op&#233;ras parisiens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonnant Antoine dans sa soupente et revenu dans la nef, ce tableau attira mon attention, car il pr&#233;sentait deux livres, un ouvert et un ferm&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;St Dominique et Ste Catherine&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/joucas-b96f6.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Vierge Marie, sur les nu&#233;es au-dessus du Purgatoire, remet le rosaire &#224; saint Dominique, tandis que sur ses genoux, l'Enfant J&#233;sus en remet un &#224; sainte Catherine de Sienne. Dominique est reconnaissable au chien qui tient le flambeau de la V&#233;rit&#233; dans sa gueule, gr&#226;ce &#224; un de ces jeux de mots dont nos anc&#234;tres &#233;taient si friands : dominicain... domini canis... canis le chien... domini le Seigneur... Dominique est un dominicain, un chien fid&#232;le serviteur de Dieu qui pr&#234;che les Cathares pour la V&#233;rit&#233;... Catherine est reconnaissable gr&#226;ce &#224; son habit de dominicaine et parce qu'elle est toujours associ&#233;e &#224; Dominique pour le Rosaire... Revenons un instant sur le Purgatoire : on y voit un ange venant donner la main &#224; un p&#233;cheur pour le conduire au Paradis, car la r&#233;citation du rosaire par ses proches rest&#233;s vivants a raccourci sa peine... &lt;br class='autobr' /&gt;
Je laisse de c&#244;t&#233; le livre ferm&#233; qui supporte le cr&#226;ne des m&#233;ditations sur les Fins derni&#232;res et dont nous n'en conna&#238;trons jamais le contenu, et je m'int&#233;resse au livre ouvert. Le t&#233;l&#233;objectif, ce fid&#232;le serviteur de tout vrai Fl&#226;neur va nous permettre de satisfaire notre curiosit&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;sub tuum&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/statues/joucasLivre.jpeg?1740416270' width='500' height='441' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec beaucoup de patience, on peut d&#233;chiffrer sur la premi&#232;re page, premi&#232;re ligne : &lt;i&gt;&#171; Sub tuum &#187;&lt;/i&gt; sur la 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ligne : &#171; &lt;i&gt;Sancta Genitrix&lt;/i&gt; &#187; sur la 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ligne &lt;i&gt;&#171; nostra depre... &#187;&lt;/i&gt; sur la derni&#232;re ligne &lt;i&gt;&#171; sed a pericul &#187; &lt;/i&gt; Sur la seconde page, tout est lisible : &#171; &lt;i&gt; is (ce ne peut qu'&#234;tre la terminaison du mot pr&#233;c&#233;dent periculis) libera nos semper Virgo gloriosa et benedicta Amen&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En mettant ces morceaux de phrase sur internet, on obtient la pri&#232;re des Dominicains, ces grands propagateurs du Rosaire :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genitrix :&lt;br class='autobr' /&gt;
nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus,&lt;br class='autobr' /&gt;
sed a periculis cunctis libera nos semper,&lt;br class='autobr' /&gt;
Virgo gloriosa et benedicta. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui en bon fran&#231;ais veut dire :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; Sous l'abri de ta mis&#233;ricorde, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous nous r&#233;fugions, Sainte M&#232;re de Dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne m&#233;prise pas nos pri&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
quand nous sommes dans l'&#233;preuve,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais de tous les dangers d&#233;livre-nous toujours,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vierge glorieuse et b&#233;nie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pri&#232;re mariale &#171; Sub tuum praesidium &#187;, &#171; Sous l'abri de ta mis&#233;ricorde &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Nos deux dominicains &#233;taient en train de prier la Sainte Vierge avec la pri&#232;re c&#233;l&#232;bre dans leur Ordre, quand ils ont chacun eu la vision de recevoir le rosaire avec le devoir d'en r&#233;pandre la d&#233;votion...&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture du livre &#233;claire en fait toute la symbolique du tableau... du moins pour nous qui au XXIe si&#232;cle avons perdu tous les d&#233;tails de ces histoires, car les contemporains eux, les comprenaient sans avoir besoin de lire. En fait, le texte n'&#233;tait pas fait pour &#234;tre lu puisque le tableau &#233;tait hors de port&#233;e, mais pour le peintre, chaque d&#233;tail comptait m&#234;me si on ne le voyait pas... on sculptait le dos des statues...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les saints ne liraient-ils que des codex ou des rouleaux ? Rassurons-nous : comme nous, ils lisaient aussi des Bandes dessin&#233;es !&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours pens&#233; que les sculptures m&#233;di&#233;vales constituaient des sortes de B.D. mettant en sc&#232;ne l'Ancien et le Nouveau Testament. J'en ai vu deux beaux exemples en septembre, &#224; droite et &#224; gauche du ch&#339;ur de la cath&#233;drale de Cavaillon en restauration, &#224; pr&#232;s de 8 m&#232;tres de haut : ces deux chapiteaux m'apparaissent comme deux vignettes de B.D. avec leur phylact&#232;re explicatif que dans les B.D. on appelle &lt;i&gt;&#171; bulles &#187;&lt;/i&gt;. Comme dans un livre, la premi&#232;re image est sur la page de gauche, je voulais dire la colonne de gauche... &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici le chapiteau de gauche : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;J&#233;r&#233;mie&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/jeremie-60753.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le phylact&#232;re on peut lire : &#171; &lt;i&gt;cui comparabo...&lt;/i&gt; &#187; et en dessous : &lt;i&gt;&#171; jeremi &#187;...&lt;/i&gt; Ces paroles sont tir&#233;es des &lt;i&gt;Lamentations (2-13)&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Que dire de toi ? &#192; quoi te comparer, fille de J&#233;rusalem ? &#192; quoi te rendre &#233;gale pour te consoler, vierge, fille de Sion ? Car ton malheur est grand comme la mer ! Qui donc te gu&#233;rira ?&lt;/i&gt; &#187; qui sont, mot pour mot, tir&#233;s des paroles du proph&#232;te Isa&#239;e (37-22) qui vivait deux si&#232;cles avant lui. Ici, J&#233;r&#233;mie, les mains cachant son visage et ses pleurs se &lt;i&gt;&#171; lamente &#187;&lt;/i&gt; sur le sort de J&#233;rusalem qui, il le pr&#233;voit, va &#234;tre d&#233;truite par les Babyloniens et les Juifs emmen&#233;s en captivit&#233;... Derri&#232;re lui on aper&#231;oit les murailles du Temple encore debout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de l'histoire se poursuit logiquement sur la page suivante, c'est-&#224;-dire sur le chapiteau de droite. Bien des ann&#233;es sont pass&#233;es depuis que - comme l'avait pr&#233;dit J&#233;r&#233;mie- J&#233;rusalem a &#233;t&#233; d&#233;truite par Nabuchodonosor en 587 avant J.C. et que les Juifs avec Daniel ont &#233;t&#233; emmen&#233;s en captivit&#233; &#224; Babylone. L'&#233;pisode que nous allons voir se passe donc &#224; Babylone :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;daniel&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L413xH550/daniel-7fdee.jpg?1740416521' width='413' height='550' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le phylact&#232;re (la bulle en B.D.) nous annonce : &lt;i&gt;&#171; Daniel &#187;&lt;/i&gt;, puis ces mots : &#171; &lt;i&gt;nunc egressi&lt;/i&gt; &#187; qui sont le d&#233;but en latin de l'&#233;pisode, c'est-&#224;-dire des versets correspondants du Livre de Daniel. Il s'agit donc du proph&#232;te Daniel que l'Archange Gabriel vient visiter en songe (9-22). L'arri&#232;re-plan est sombre, il fait nuit et la lune &#233;claire faiblement un palmier que l'on devine. L'ange lui dit : &#171; &lt;i&gt;Il m'instruisit, et s'entretint avec moi. Il me dit : Daniel, je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence.&lt;/i&gt; &#187; Car la lecture du livre de Daniel nous raconte que Daniel cherchait &#224; savoir quand J&#233;rusalem serait reconstruite, c'est-&#224;-dire quand prendrait fin l'exil &#224; Babylone (Daniel 9-02) : &lt;i&gt;&#171; la premi&#232;re ann&#233;e de son r&#232;gne, moi, Daniel, je d&#233;chiffrais dans les livres le nombre d'ann&#233;es qui, selon la parole adress&#233;e par le Seigneur au proph&#232;te J&#233;r&#233;mie, devaient s'&#233;couler avant que prenne fin la ruine de J&#233;rusalem : soixante-dix ans. &#187;&lt;/i&gt; Daniel place dans la mansu&#233;tude de Dieu le sort du peuple d'Isra&#235;l... Mais l'Archange Gabriel &lt;i&gt;lui ouvre l'intelligence&lt;/i&gt; en lui proposant une perspective beaucoup plus spirituelle : la venue d'un messie... &#171; &lt;i&gt;Sache et comprends ! Depuis l'instant o&#249; fut donn&#233; l'ordre de reb&#226;tir J&#233;rusalem jusqu'&#224; l'av&#232;nement d'un messie, un chef, il y aura sept semaines... Et apr&#232;s les soixante-deux semaines, un messie sera supprim&#233;. Le peuple d'un chef &#224; venir d&#233;truira la ville et le Lieu saint.&lt;/i&gt; &#187; (Daniel 9-25,26)&lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel vivra bien d'autres aventures passionnantes : le festin de Balthazar o&#249; il d&#233;chiffra le rebus &#233;crit en aram&#233;en par une main myst&#233;rieuse sur le mur : &lt;i&gt;&#171; mene mene tekel upharsin &#187;&lt;/i&gt;, la fosse aux lions o&#249; on le jeta une premi&#232;re fois pour la journ&#233;e et une seconde fois pour une semaine et d'o&#249; il en ressortit indemne chaque fois... C'est un peu comme au cin&#233;ma o&#249; l'on vous pr&#233;sente la bande annonce pour vous inciter &#224; lire la suite de ce sc&#233;nario de B.D. pour blockbuster... dans notre cath&#233;drale, cette bande annonce se r&#233;sume &#224; deux images...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute histoire a une fin...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comme dans tout bon cin&#233;ma d'Art et d'Essai, je vous propose la bande annonce d'une r&#233;trospective, une histoire que vous avez d&#233;j&#224; lue sur ce site en avril 2018 et qui est en quelques sortes li&#233;e &#224; celle que vous venez de lire &lt;br class='autobr' /&gt;
Car il s'agit l&#224; encore d'une sorte de B.D. avec une histoire de biblioth&#232;ques, ici, celle de saint Augustin que tout le monde peut voir sur le plafond du pilier gauche du ch&#339;ur de l'ancienne &#233;glise romane de Chusclan (Gard) aujourd'hui m&#233;diath&#232;que. Tr&#232;s accessible, un escalier de m&#233;tal magnifique, &#339;uvre d'un Compagnon, vous m&#232;nera sous la vo&#251;te, juste &#224; la hauteur de quatre biblioth&#232;ques, une &#224; chaque angle du transept : celle de saint Augustin - ci-dessous, de saint Ambroise, de saint J&#233;rome et de saint Gr&#233;goire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;Saint Augustin&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/statues/augustin.jpg?1740416271' width='500' height='375' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que repr&#233;sent&#233; ici assez juv&#233;nile, notre &#233;v&#234;que d'Hippone doit &#234;tre plut&#244;t vieux puisque les &#233;tag&#232;res sont remplies de codex qu'il a d&#251; mettre des ann&#233;es &#224; &#233;crire : quatre livres ouverts et six ferm&#233;s. Sans doute dans l'esprit de ce peintre de village, une biblioth&#232;que &#233;norme... &lt;br class='autobr' /&gt;
En haut, &#224; droite, on voit un ange qui vient inspirer l'esprit de l'&#233;crivain... &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour voir cette ancienne B.D. Cliquez sur Note :&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cliquez ici pour lire : &#171; Chusclan, les biblioth&#232;que des p&#232;res de l'&#201;glise &#187;&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous nous retrouvons pour terminer dans le livre d'&#201;noch, un apocryphe (qui ne fait donc pas partie de la Bible) dont nous devrions sugg&#233;rer au nouveau ministre de l'&#201;ducation nationale de suivre les conseils pour faciliter l'apprentissage de la lecture en quittant les &#233;crans :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le cr&#233;ateur demande &#224; un Archange : &#171; Apporte-moi les livres de ma biblioth&#232;que, ainsi qu'un roseau pour &#233;crire et donne-les &#224; &#201;noch. Donne-lui &#233;galement les livres de ton choix, ceux qui r&#233;confortent. &#8230;Donne aux hommes des livres &#233;crits &#224; la main, et ils les liront, et Me conna&#238;tront comme cr&#233;ateur de toutes choses ... Laisse les distribuer les livres que tu as &#233;crits aux enfants de tes enfants, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, nation apr&#232;s nation. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 8 octobre 2024&lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exposition 2024 Grand Couvent de Cavaillon&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/journal/le-journal-de-paris/27-may-1782/2969/4691446/1&#034;target=&#034;blank&#034;&gt;Cliquez ici pour lire le Journal de Paris de 1782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La pri&#232;re mariale &#171; Sub tuum praesidium &#187;, &#171; Sous l'abri de ta mis&#233;ricorde &#187; en fran&#231;ais, est la plus ancienne Pri&#232;re adress&#233;e &#224; la Vierge Marie (IIIe si&#232;cle). Cette Pri&#232;re est une invocation collective &#224; la Tr&#232;s Sainte Vierge, m&#232;re de Dieu, pour gagner son intercession dans les moments difficiles. Chant&#233;e au moment des Complies de plusieurs f&#234;tes de la Sainte Vierge, les Fr&#232;res Dominicains la chantent &#224; genoux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.avignonmesamours.fr/spip.php?article22&#034;target=&#034;blank&#034;&gt;Cliquez ici pour lire : &lt;i&gt;&#171; Chusclan, les biblioth&#232;que des p&#232;res de l'&#201;glise &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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