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	<title>Fl&#226;neur Textuel</title>
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		<title>1943 : Un train pour Berlin</title>
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&lt;p&gt;Par une chaude soir&#233;e de juin 1985, Raoul A., alors retrait&#233; &#224; Aigremont &#8211; un petit village entre Saint-Germain-en-Laye et Orgeval, dans la R&#233;gion Parisienne - me raconta ses deux longues ann&#233;es pass&#233;es en Allemagne, quarante-sept ans auparavant, au titre du service obligatoire du travail - le STO de sinistre du m&#233;moire. Ce fut un moment d'une &#233;motion intense, dont l'&#233;crit ne restitue qu'un &#233;cho affaibli. Car la voix parfois se brise sous la mont&#233;e irr&#233;sistible du raz de mar&#233;e de souvenirs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Aigremont&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Par une chaude soir&#233;e de juin 1985, Raoul A., alors retrait&#233; &#224; Aigremont &#8211; un petit village entre Saint-Germain-en-Laye et Orgeval, dans la R&#233;gion Parisienne - me raconta ses deux longues ann&#233;es pass&#233;es en Allemagne, quarante-sept ans auparavant, au titre du service obligatoire du travail - le STO de sinistre du m&#233;moire. Ce fut un moment d'une &#233;motion intense, dont l'&#233;crit ne restitue qu'un &#233;cho affaibli. Car la voix parfois se brise sous la mont&#233;e irr&#233;sistible du raz de mar&#233;e de souvenirs terribles, la voix se fait h&#233;sitante, s'arr&#234;te au milieu d'une phrase&#8230; puis reprend. Le ton se fait tour &#224; tour vibrant&#8230; puis assourdi&#8230; chevrote parfois&#8230; puis s'interrompt brutalement, parfois longuement. On ne revient pas impun&#233;ment sur ces heures, tellement brutales que tous les d&#233;tails, comme vous le verrez, restent grav&#233;s profond&#233;ment au fond de la m&#233;moire, pr&#234;ts &#224; surgir violemment des profondeurs&#8230; Le t&#233;moignage qui suit est donc brut, je n'ai pas voulu y retoucher un seul mot : cela aurait &#233;t&#233; une trahison.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; La rafle du 4 juin 1943&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Je suis parti le 4 juin 1943. C'est une &#233;poque de ma vie que je n'aime pas raconter ; des ann&#233;es tellement &#233;pouvantables qu'aujourd'hui encore je me demande comment nous avons pu avoir un moral aussi fort pour avoir fait tout ce que nous avons fait. Ce ne sont que souvenirs de faim terrible et permanente, de froid polaire des hivers 44 et 45 &#224; Berlin, et surtout des bombardements. Quand on les voit de loin les bombardements, c'est un spectacle. Mais quand on est devant ou dessous, c'est l'enfer. D&#233;but 1942, Pierre Laval d&#233;cr&#233;ta le Travail Obligatoire pour toutes les recrues de la classe &#171; 42 &#187;, de fa&#231;on &#224; alimenter en esclaves les usines allemandes que les travailleurs fran&#231;ais, des volontaires sans scrupules, ne suffisaient pas &#224; faire tourner. Nous, les STO, n'&#233;tions en rien des volontaires : &#224; l'issue des conseils de r&#233;vision, les conscrits, au titre de leur service militaire, &#233;taient dirig&#233;s d'office vers les trains en partance pour le Reich. Les rafles dans les usines et dans les rues traquaient les r&#233;fractaires. Faisant partie de la classe 1942, j'ai donc &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233; et on m'a donn&#233; 24 heures pour prendre le train pour l'Allemagne. &#192; cette &#233;poque, il y avait les gendarmes de Saint-Germain-en-Laye qui attendaient les jeunes &#224; tous les coins de rue et qui les suivaient presque jusqu'&#224; la gare. On n'entendait pas beaucoup parler de maquis. Aussi, nous n'avions pas le choix. Tandis que pour mon fr&#232;re, qui &#233;tait de deux ans plus jeunes que moi, &#231;a s'est arrang&#233; puisqu'il a pu prendre le maquis et &#233;viter le d&#233;part. Je suis parti avec le fils du maire de Fourqueux et un coll&#232;gue de Chambourcy. Nous avons pris le train &#224; Saint-Germain-en-Laye avec six ou sept jeunes gens des environs et en pas plus de quarante-huit heures, nous &#233;tions rendus &#224; Berlin. Nous sommes rest&#233;s ensemble tous les trois jusqu'en mai 1945, o&#249; chacun s'est &#233;vad&#233; de son c&#244;t&#233;. Je ne suis rentr&#233; qu'en juin 1945, un mois apr&#232;s l'armistice. &#192; l'instar des travailleurs volontaires, nous les requis du STO, nous &#233;tions th&#233;oriquement libres, mais dans la pratique plut&#244;t assign&#233;s &#224; r&#233;sidence : log&#233;s dans des camps avec interdiction de d&#233;passer trente kilom&#232;tres autour de Berlin. Nous &#233;tions sous la responsabilit&#233; administrative et disciplinaire d'un Lagfh&#252;rer, chef de camp nazi et planqu&#233;, mauvais interpr&#232;te, mais bon boxeur le cas &#233;ch&#233;ant. Si le principe de la permission annuelle avait &#233;t&#233; &#233;tabli pour les volontaires, aucun STO &#224; ma connaissance n'en a b&#233;n&#233;fici&#233;. Dans notre cas, les conditions de travail n'&#233;taient pas trop critiques. En revanche, nous avons &#171; b&#233;n&#233;fici&#233; &#187; des bombardements alli&#233;s quotidiens et massifs qui, d&#232;s juin 1943, ont commenc&#233; &#224; raser syst&#233;matiquement Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le camp de Marienfeld.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Nous avons v&#233;cu ces deux ann&#233;es &#224; Berlin au rythme presque quotidien des alertes et des vagues de bombardements. Au d&#233;but, nous vivions avec une cinquantaine de Fran&#231;ais, dans un ancien restaurant d&#233;saffect&#233; d'un camp, au bord de la rivi&#232;re Spr&#233;e : une pi&#232;ce avec de grandes fen&#234;tres vitr&#233;es qui n'ont pas r&#233;sist&#233; longtemps aux explosions. Alors, on fermait avec des cartons et des planches mal jointes qui laissaient passer le froid. Nous y avons habit&#233; jusqu'au jour o&#249; un bombardement br&#251;la notre baraquement. Nous f&#251;mes alors log&#233;s dans un camp &#224; Marienfeld avec sept cents civils russes. Du point de vue de l'hygi&#232;ne, ce n'&#233;tait pas terrible : le dimanche, on sortait nos lits pour enlever les punaises ; on essayait de se tenir propre le mieux qu'on pouvait, et ce n'&#233;tait pas facile. Le temps passant, nos conditions de vie se sont aggrav&#233;es et nous nous sommes transform&#233;s en syst&#232;me D permanent : nous avons par exemple d&#233;mont&#233; un po&#234;le &#224; charbon dans une salle d'attente du m&#233;tro de Berlin et chacun est rentr&#233; avec un morceau sous son manteau pour le remonter dans notre chambr&#233;e. Le charbon, nous le subtilisions au travail : chacun repartait avec une briquette de poussi&#232;re de charbon agglom&#233;r&#233;e dans sa poche. Le matin, on prenait le m&#233;tro jusqu'&#224; Tempelof o&#249; nous travaillions. Ce n'&#233;tait pas une usine, mais plut&#244;t le garage central de r&#233;paration d'Opel &#224; Berlin. Apr&#232;s chaque bombardement, nous nous transformions en pompiers et j'aime mieux vous dire qu'on ne se pressait pas trop d'&#233;teindre les incendies. Un jour que j'&#233;tais de garde, les bombardements ont d&#233;clench&#233; un grand brasier, et le lendemain nous avons sorti sur la route les carcasses fumantes des voitures, sur plusieurs centaines de m&#232;tres. J'ai travaill&#233; l&#224;-bas deux ans. &#192; cette &#233;poque, on ne voyait pas les choses comme aujourd'hui. On &#233;tait jeune et on s'en fichait. Avant-guerre, je travaillais chez un paysagiste &#224; Villennes-sur-Seine. Et c'est l&#224; qu'on m'a mis la main dessus pour &#234;tre ouvrier, alors que je n'avais jamais &#233;t&#233; en usine. Je me retranchais toujours derri&#232;re &#231;a : &#171; moi, je ne suis pas magasinier, je suis jardinier. Vous n'avez qu'&#224; me mettre aux champs ! &#187; On faisait du sabotage comme on pouvait : on voyait bien les pi&#232;ces qui &#233;taient le plus demand&#233;es et qui manquaient le plus. On &#233;garait volontairement ces pi&#232;ces. Les petites, on les mettait dans nos poches pour les jeter dans les WC. C'&#233;tait notre fa&#231;on de r&#233;sister. Un matin que je partais travailler, j'ai vu un soldat en uniforme allemand qui venait de se suicider : probablement un Russe blanc engag&#233; dans la Wehrmacht, qui avait d&#251; venir rendre visite &#224; l'un de nos Russes. Son revolver &#233;tait par terre et un copain l'a ramass&#233; en disant qu'il aurait peut-&#234;tre l'occasion s'en servir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les bombes jour et nuit.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; C'est surtout la fin, bien s&#251;r qui a &#233;t&#233; dure, avec les bombardements qui se succ&#233;daient jour et nuit : le jour, c'&#233;taient les Anglais et la nuit, c'&#233;taient les Canadiens. Au d&#233;but, on regardait les combats a&#233;riens, car on &#233;tait content de voir les avions alli&#233;s. Mais &#231;a n'a pas dur&#233; longtemps, parce qu'on s'est mis &#224; l'abri comme tout le monde et je ne connais personne qui n'a pas eu peur. J'ai &#233;t&#233; retir&#233; deux fois des d&#233;combres. J'ai eu le tympan droit crev&#233; par la d&#233;flagration d'une bombe. Je m'en suis bien tir&#233; ce jour-l&#224;, puisque j'ai eu un coll&#232;gue qui a eu la jambe coup&#233;e : on &#233;tait descendu dans l'abri, mais les bombes sont tomb&#233;es en plein dessus. Notre usine a br&#251;l&#233; quatorze fois. &#192; la fin, en mars 1945, &#224; Berlin, tout &#233;tait ras&#233; : pour vous dire la v&#233;rit&#233;, je connais des quartiers o&#249; le m&#234;me tas de pierres a &#233;t&#233; boulevers&#233; plusieurs fois ! Plusieurs fois&#8230; Il fallait voir ! C'&#233;tait compl&#232;tement ras&#233; ! Il y avait des coins qui &#233;taient vraiment ras&#233;s. Ou alors on ne voyait plus que les quatre murs : l'int&#233;rieur de la maison &#233;tait descendu dans la cave. Et nous, nous &#233;tions aux premi&#232;res loges puisque nous &#233;tions au centre de Berlin qui lui-m&#234;me &#233;tait le centre des bombardements. &#192; cause des bombardements, on avait fini par ne plus dormir : j'en &#233;tais arriv&#233; et je n'&#233;tais pas le seul, &#224; me r&#233;veiller d'instinct avant que l'alerte ne sonne ! Je me levais, et hop, la sir&#232;ne sonnait ! On attrapait sa valise toujours pr&#234;te et on courrait &#224; l'abri. Il y en avait toujours qui paniquaient : ou ils perdaient leur valise ou ils perdaient leur couverture. On se retrouvait tous les uns sur les autres dans l'abri qui &#233;tait &#224; 150 m&#232;tres de chez nous dans les bois. Il faut l'avoir v&#233;cu&#8230; Il faut l'avoir vu&#8230; C'&#233;tait une usine assez grande &#224; Tempelof, et tous les jours je rentrais au camp au centre de Berlin, &#224; Tretlof-Park. Je ne sais pas si vous avez lu &#171; Les Russkoffs &#187; de Cavanna, eh bien, on &#233;tait &#224; quatre ou cinq cents m&#232;tres l'un de l'autre avec Cavanna. Mais ce n'&#233;tait ni le m&#234;me camp, ni la m&#234;me usine. Si vous avez lu son livre, vous y retrouverez une partie de mon histoire...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les derniers jours de Berlin.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Deux ou trois mois avant la fin, en mars 1945, on nous envoya &#224; Dahmme Mark, entre Berlin et Dresden &#224; une centaine de kilom&#232;tres de Berlin, o&#249; les Allemands avaient mont&#233; un centre de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es. J'ai eu la chance d'y partir avec des Fran&#231;ais, dont un copain de Chambourcy et une douzaine d'Allemands, pour chercher des pi&#232;ces. L&#224;, nous avons fait la connaissance du commando 7B3A : des prisonniers fran&#231;ais. L'un d'eux m'a sauv&#233; la vie, lors de ma derni&#232;re &#233;vasion, en me mettant en contact avec un groupe de r&#233;sistants de Dahmme qui a r&#233;ussi &#224; me cacher dans la zone russe. Mais un mois avant la chute de Berlin, on nous a renvoy&#233;s &#224; Berlin, au pire moment de l'assaut des Alli&#233;s. &#192; ce moment-l&#224;, nous &#233;tions &#224; toute extr&#233;mit&#233; et nous aurions fait n'importe quoi : c'est bizarre, on ne voyait plus les choses comme avant. On se consid&#233;rait comme en sursis. On s'en foutait, et on allait de l'avant. Ce n'est pas possible, on ne r&#233;alise pas qu'on a v&#233;cu tout cela ! En mars et avril 1945, Berlin, c'&#233;tait l'enfer ! Et tous mes camarades et moi, nous sommes sortis de Berlin par nous-m&#234;mes. Mais j'ai quand m&#234;me des camarades qui sont rest&#233;s, et m&#234;me qui ont fini dans les camps de concentration, parce qu'il fallait marcher comme le voulaient les Allemands Il y en a m&#234;me un qui y est rest&#233; et que l'on n'a jamais retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &#201;vasion rat&#233;e&#8230; puis r&#233;ussie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; C'est alors qu'en mars 1945, trois semaines avant la chute de Berlin, j'ai fait une premi&#232;re tentative d'&#233;vasion que je n'ai pas r&#233;ussie : le train que je voulais prendre ne marchait plus et la ligne &#233;tait coup&#233;e. Je n'ai donc pu aller tr&#232;s loin et je suis revenu tout de suite au camp. Trois jours apr&#232;s, j'ai refait une deuxi&#232;me tentative d'&#233;vasion, r&#233;ussie celle-l&#224;, en franchissant tout seul, habill&#233; en civil, toutes les lignes allemandes et russes. En effet, comme j'arrivais &#224; me d&#233;brouiller en allemand, j'ai pris un train des grandes lignes, avec de faux papiers pour regagner ce petit village o&#249; j'avais travaill&#233; apr&#232;s l'incendie de l'usine Opel et o&#249; j'avais connu ce commando de prisonniers fran&#231;ais, &#224; une centaine de kilom&#232;tres &#224; l'est de Berlin. Les wagons &#233;taient remplis de soldats allemands qui montaient en ligne et moi je faisais partie des quelques rares civils. &#192; la gare o&#249; je devais m'arr&#234;ter pour reprendre un autre petit train, j'ai eu une chance inou&#239;e : il n'y avait qu'un seul Feld Gendarmen au lieu des deux habituels pour garder les sorties et v&#233;rifier les papiers des passagers. Il m'a demand&#233; mes papiers. Encore une chance En plus de mes faux papiers, j'avais mon vrai passeport que j'ai donn&#233; et en le regardant il a eu un doute il me la rendu en me disant : &#171; mets-toi l&#224; et attends &#187; Et il a continu&#233; &#224; v&#233;rifier les papiers des autres personnes. Comme j'&#233;tais dans la sortie, je me suis recul&#233; tout doucement et je me suis sauv&#233;. &#192; partir de cette gare, pour se rendre dans ce petit village o&#249; j'avais fait la connaissance de ce commando de prisonniers fran&#231;ais, il restait encore vingt-cinq kilom&#232;tres &#224; faire et il fallait prendre un petit tacot de village, une petite locomotive &#224; charbon ; comme c'&#233;tait vraiment la fin, plus de charbon, donc plus de locomotives et plus de trains&#8230; J'ai alors pens&#233; qu'il me fallait suivre &#224; pied la voie ferr&#233;e. Pour cela, il me fallait passer sous un petit pont, et je me m&#233;fiais, parce que j'avais peur que l'on me voie de la gare. J'ai r&#233;ussi &#224; passer sous le pont sans me faire remarquer et j'ai commenc&#233; &#224; suivre le rail. Mais j'avais &#224; peine quitt&#233; ce village d'un kilom&#232;tre ou deux - je revois encore les trois ou quatre maisons, la mare, et les gens qui faisaient la queue sous une fen&#234;tre avec des pots &#224; lait - qu'en traversant une petite place, des gamins de la Hitler Jungen, la jeunesse hitl&#233;rienne, qui m'avaient vu, commenc&#232;rent &#224; me pister. Ils se sont tous mis en travers de la rue, m'arr&#234;tent et regardent mon passeport. Devinant &#224; qui ils avaient &#224; faire, ils partent en courant au village donner l'alerte. Alors j'ai pris par les bois, inutile de vous dire qu'au lieu de faire les vingt-cinq kilom&#232;tres en train comme je l'avais projet&#233;, j'en ai fait &#224; pied &#233;videmment beaucoup, beaucoup plus. C'est comme cela que j'ai franchi d'abord les lignes allemandes et ensuite les lignes russes, en civil, et que j'ai rejoint le camp des commandos fran&#231;ais de prisonniers dans une zone encore aux mains des Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Cach&#233; dans un camp allemand&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; D'abord, les copains nous ont cach&#233;s &#224; l'int&#233;rieur d'un camp dans un grenier, avec une quinzaine d'autres &#233;vad&#233;s. Je suis rest&#233; cach&#233; dans ce commando, au milieu de ce camp o&#249; les Allemands montaient la garde derri&#232;re les barbel&#233;s toute la journ&#233;e. Un muret, &#224; cinquante m&#232;tres, nous s&#233;parait des bois. Notre derni&#232;re ressource aurait &#233;t&#233; de courir, de sauter le muret et de gagner les bois : mais on se serait fait tirer comme des lapins. Les gardiens ne nous ont jamais trouv&#233;s dans votre grenier. On descendait la nuit pour se d&#233;gourdir les jambes et on &#233;tait assez bien nourris parce que les autres prisonniers &#224; ce moment-l&#224; touchaient des colis de la Croix-Rouge. Et puis on avait des concerts autant qu'on voulait, et les gars qui travaillaient dans des fermes ramenaient des pommes de terre. Pour &#233;viter d'&#234;tre reconnu comme &#233;vad&#233;, j'ai br&#251;l&#233; mon passeport et tous mes papiers et on m'a habill&#233; avec un uniforme de sous-officiers fran&#231;ais, avec une fausse plaque d'identit&#233; me faisant passer pour un &#233;vad&#233; d'un Offlag (c'est-&#224;-dire un camp de prisonniers de guerre) de Kustring en zone lib&#233;r&#233;e par les Russes. Je suis rest&#233; trois semaines cach&#233; dans ce grenier et ce sont les Russes qui m'ont lib&#233;r&#233;. Les Am&#233;ricains quand ils arrivaient dans une ville, il ne restait plus rien, car ils rasaient tout auparavant avec leur aviation, les Russes c'&#233;tait diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les Mongols se d&#233;cha&#238;nent Des chapelets d'oreilles&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes rest&#233;s quatre jours avec les troupes de choc russes. C'&#233;taient des Mongols. Le premier Russe que j'ai vu &#233;tait &#224; moto : il &#233;tait ivre mort comme la plupart de ses compatriotes. Il demandait de l'essence. Il n'y en avait pas et on essayait de le lui faire comprendre en allemand, car il parlait un peu allemand. Il a sorti sa mitraillette et envoya des gicl&#233;es de balles dans nos jambes ; on &#233;tait tous autour de lui ; moi, j'ai d&#251; partir dans les premiers et le dernier je ne sais pas comment il a fait. Pourtant, on &#233;tait tous habill&#233;s en militaires avec nos brassards tricolores de Fran&#231;ais. Quand leurs troupes de choc mongoles sont entr&#233;es dans ce village, elles ont tout mis &#224; feu et &#224; sang. Ils ont tir&#233; un coup de canon antichar &#224; l'entr&#233;e de la rue et un autre &#224; la sortie puis ils ont vid&#233; les maisons par les fen&#234;tres et y ont mis le feu syst&#233;matiquement. Ensuite, ils se sont mis &#224; violer les femmes. Il fallait voir, c'&#233;tait impensable : ils &#233;taient parfois quarante ou cinquante soldats sur la m&#234;me femme. C'&#233;tait des Mongols, ils avaient le droit de tout faire dans les premiers jours. C'est dans cette p&#233;riode que beaucoup de familles allemandes se sont suicid&#233;es. Notez que c'&#233;tait leur troupe de choc aux Russes Les Mongols, c'&#233;tait un peu comme les S&#233;n&#233;galais chez nous. Quand mon p&#232;re avait vu arriver les S&#233;n&#233;galais &#224; Aigremont pendant l'exode en 40, avec des chapelets d'oreilles autour du cou, ce n'&#233;tait pas mieux&#8230; C'&#233;taient des oreilles allemandes Ces Russes mongols marchaient &#224; l'alcool. Un souvenir me revient : je revois ces deux femmes militaires russes qui &#233;taient entr&#233;es dans une &#233;picerie caf&#233; tabac o&#249; beaucoup de civils allemands hommes et femmes faisaient la queue. Ces deux femmes soldats russes d&#233;foncent les portes &#224; coups de mitraillettes et quant elles nous ont vu arriver avec nos uniformes et nos brassards fran&#231;ais, elles nous ont fait signe avec leurs pistolets de passer devant et de nous faire servir avant tout le monde, alors que nous, on ne faisait que passer simplement sur la route. Dans le petit commando de Fran&#231;ais o&#249; j'&#233;tais cach&#233;, il y en avait qui avaient travaill&#233; chez les civils allemands o&#249; ils &#233;taient mieux trait&#233;s qu'en ville : ils avaient donc sympathis&#233; avec ces Allemands et ils connaissaient bien les propri&#233;taires du caf&#233;. Ils ont donc refus&#233; de passer devant tout le monde. Cela a jet&#233; un froid&#8230; on sympathisait aussi un peu avec les Russes, du moins quand ils n'&#233;taient pas ivres mort. Mais il fallait faire attention quand m&#234;me. Les civils allemands fuyaient en masse devant les arm&#233;es russes. Moi, j'avais d&#233;j&#224; connu l'exode sur les routes de France en mai 40 avec les autres habitants d'Aigremont. Mais ici en Allemagne, c'&#233;tait encore plus terrible, avec le sol gel&#233; et la neige &#233;paisse de mars.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le cadavre vol&#233;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Je me souviens de ce convoi de fuyards allemands arr&#234;t&#233; dans la grand-rue de Dahmme, une histoire invraisemblable Une famille de paysans avait emport&#233; quelques porcs pour le ravitaillement, les avaient d&#233;pec&#233;s et fourr&#233;s dans des sacs sur leurs charrettes. Le grand-p&#232;re meurt en route. Le temps presse, on ne peut l'enterrer, et on le met dans un des sacs. La famille pleurait dans la rue, car le sac venait d'&#234;tre vol&#233; par des soldats russes qui avaient cru prendre un peu de cochon Quatre jours apr&#232;s les Mongols, l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re russe est arriv&#233;e &#224; son tour et j'ai vu des officiers dans leurs half-tracks : il y en avait de bien quand m&#234;me, rien &#224; voir avec les Mongols des premiers jours.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les Anglais nous disputent la viande pourrie.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Dans notre nouveau camp, &#224; Lukenwal, je faisais partie des premiers arriv&#233;s. Nous nous sommes install&#233;s et nous avons commenc&#233; &#224; nous organiser dans des pavillons construits en meuli&#232;re, dr&#244;lement bien am&#233;nag&#233;s. Les SS avaient stock&#233; de tout : boissons, pommes de terre, charbon&#8230; Avec toute une installation ultramoderne de cuisine. Huit jours apr&#232;s, des anciens prisonniers anglais sont arriv&#233;s. Alors l&#224; c'est un comble : on s'est battu avec eux et il a quand m&#234;me fallu qu'on leur laisse la place. Faut croire que ces Anglais avaient un droit sur nous : ils &#233;taient vraiment violents. On nous a d&#233;log&#233;s pour nous installer dans des baraquements en bois. Alors on a essay&#233; de sortir nos marchandises par les soupiraux des caves d&#233;sormais anglaises. Et c'est l&#224; qu'on s'est battus avec eux. Ils voulaient qu'on leur laisse tout : c'&#233;tait &#224; eux et rien qu'&#224; eux J'ai trouv&#233; une occupation aux abattoirs du camp. Les Russes nous livraient de la viande sur de grands chariots en bois ajour&#233; tir&#233;s par des chevaux et suivis par des nuages de mouche. C'&#233;tait tellement infect quand ils arrivaient, que je r&#233;ceptionnais cette viande-l&#224;, puis je d&#233;signais des baraques &#224; tour de r&#244;le pour creuser des tranch&#233;es et y enterrer cette pourriture. Et dans un hangar derri&#232;re, il y avait des coll&#232;gues, des bouchers de m&#233;tier qui abattaient clandestinement des b&#234;tes, quatre b&#339;ufs et un cheval par jour. Mon r&#244;le c'&#233;tait de faire enterrer la viande qui arrivait officiellement, pendant que derri&#232;re des copains abattaient en cachette de la viande fra&#238;che. Nous avions d'autres &#233;quipes qui faisaient la chasse &#224; ceux qui tuaient des b&#339;ufs dans les pr&#233;s pour en pr&#233;lever juste un steak et qui s'en allaient en abandonnant une vache enti&#232;re C'&#233;tait la d&#233;b&#226;cle de l'Allemagne, c'&#233;tait la fin&#8230; On &#233;tait &#224; ce moment-l&#224; comme je vous le disais, des privil&#233;gi&#233;s parce qu'on &#233;tait bien nourris : on avait bien s&#251;r les meilleurs morceaux du cheval et des b&#339;ufs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Arrestation d'un SS avec des fusils en bois.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Ce camp de SS &#233;tait tr&#232;s grand, au milieu d'un bois, entour&#233; de grillages. Berlin &#233;tait &#224; cette &#233;poque lib&#233;r&#233;e, mais les SS tenaient encore les bois autour du camp : toutes les nuits ils attaquaient &#224; la grenade et &#224; la mitraillette, pour nous prendre du ravitaillement. Ils faisaient le tour du grillage, entraient de force dans le camp et repartaient charg&#233;s de vivres. Nous &#233;tions alors gard&#233;s par des Turcs et je n'ai jamais compris pourquoi les Fran&#231;ais et les Russes avaient arm&#233; des Turcs comme gardiens. Parmi nous, il y avait des gars qui vivaient du braconnage et qui sortaient du camp pour poser des pi&#232;ges et des collets pour les lapins. Un jour, ces braconniers passant dans un chemin d&#233;couvrent un SS endormi sur le bord du foss&#233; avec son revolver d'un c&#244;t&#233; et son fusil de l'autre. Les braconniers se disent : il faut le ramener au camp, mais comment ? Il y avait un th&#233;&#226;tre dans le camp avec des armes en bois pour les costumes : ils partent chercher ces armes et l'un d'entre eux met en joue le SS avec un fusil en bois ; et ils l'ont ramen&#233; au camp dans cet &#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; D&#233;capit&#233; sur le toit du wagon.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Je ne suis rentr&#233; en France que bien apr&#232;s les autres, dans les derniers rapatri&#233;s, le 8 juin 1945, exactement un mois apr&#232;s l'armistice. Car j'ai &#233;t&#233; mobilis&#233; sur place comme un des organisateurs, en zone russe, d'un camp de rapatriement o&#249; il y avait 15 000 anciens prisonniers dont beaucoup de Fran&#231;ais. J'en ai gard&#233; le certificat : &#171; le capitaine commandant le r&#233;giment fran&#231;ais des prisonniers de guerre de la r&#233;gion de Lukenwald certifie que Raoul Aubrun a &#233;t&#233; mis en activit&#233; de service &#224; la date du 21 avril 1945 par ordre du g&#233;n&#233;ral Armin et a rempli les fonctions de boucher d'abattoir. &#187;&lt;br /&gt; Je ne suis rentr&#233; en France que quand le camp a &#233;t&#233; enti&#232;rement vid&#233;. Lors du d&#233;part, on nous a dit on nous a dit : &#171; vous revenez en Dakota par Odessa et vous n'avez droit qu'&#224; sept kilos de bagage. &#187; Mais comme tout le monde voulait r&#233;cup&#233;rer beaucoup de choses pour partir, on avait chacun deux valises. Alors on s'est d&#233;barrass&#233; de nos v&#234;tements en trop, mais &#224; la derni&#232;re minute, au lieu de l'avion, on nous a embarqu&#233; par groupe de cinquante-quatre dans des wagons &#224; bestiaux sur Paris, un voyage qui a dur&#233; huit jours. La guerre &#233;tait pourtant bien finie, eh bien, j'ai quand eu des coll&#232;gues qui ont &#233;t&#233; tu&#233; pendant ce voyage. Le train avan&#231;ait une heure et s'arr&#234;taient trois quarts d'heure sur les voies. Pendant ces arr&#234;ts, on passait le temps en faisant chauffer le caf&#233; et en essayant de ramasser de la paille qui tra&#238;nait sur les rails pour faire du feu. Un copain avait jet&#233; une poign&#233;e de paille dans le feu du caf&#233; : il y avait une balle dans la paille, qui est partie et lui a travers&#233; la t&#234;te en ressentant par l'oreille ; on l'a abandonn&#233; l&#224; et je ne sais pas ce qu'il est devenu. Quand on s'arr&#234;tait sur le quai d'une gare, les gars se pr&#233;cipitaient aux toilettes. Un matin au petit jour, le lendemain ou le surlendemain de l'histoire de la balle, on s'arr&#234;te sur ce que l'on prend pour un quai de gare. Mais c'&#233;tait la rambarde d'un viaduc de trente m&#232;tres de haut : un copain a voulu descendre sur le quai, a mis le pied sur le parapet du viaduc et c'est retrouv&#233; en bas compl&#232;tement fracass&#233; alors que la guerre &#233;tait pourtant bien finie. Un autre, encore, s'est fait d&#233;capit&#233; par un pyl&#244;ne sur le toit d'un wagon o&#249; tout le monde montait pour le plaisir d'&#234;tre au grand air. Il y a m&#234;me une femme qui a accouch&#233; dans le wagon au-dessous de nous.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Enfin Paris ! Les papiers, &#231;a suffit !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; On en a vu de toutes les couleurs en revenant sur Paris : mais j'ai quand m&#234;me fini pas y arriver. Apr&#232;s toutes ces ann&#233;es, j'&#233;tais press&#233; d'arriver chez moi, &#224; Aigremont, aussi j'ai coup&#233; au plus court avec les formalit&#233;s, car tout le monde devait aller au cin&#233;ma Rex pour remplir des papiers Mais je me suis dit : &#171; &#231;a va bien comme &#231;a, maintenant ! &#187; Et je suis revenu directement par Saint-Germain-en-Laye. &#192; la gare, j'ai rencontr&#233; des volontaires qui ramassaient les gens comme nous pour les ramener chez eux. Ces volontaires m'ont rep&#233;r&#233; tout de suite car j'&#233;tais en militaire. Et c'est M. Jamet de Chambourcy qui m'a ramen&#233; avec lui &#224; Aigremont. J'avais quitt&#233; le village le 4 juin 1943 et j'y suis rentr&#233; le 8 juin 1945 ; j'&#233;tais parti jardinier et j'en suis revenu magasinier C'est comme &#231;a que j'ai trouv&#233; un travail de magasinier &#224; Poissy et que je suis rest&#233; quarante ans dans la m&#234;me bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Interview de Raoul A.&lt;br /&gt; par Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, Aigremont avril 1992&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cole d'Aigremont : de la R&#233;volution &#224; 1960</title>
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&lt;p&gt;Cette brochure publi&#233;e en 1984 est actuellement en cours de num&#233;risation.
&lt;br class='autobr' /&gt; Elle sera donc prochainement t&#233;l&#233;chargeable gratuitement sur ce site en PDF.
&lt;br class='autobr' /&gt; En attendant,vous pouvez lire la petite causerie qui avait &#233;t&#233; faite sur l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral &#224; l'occasion de la publication de la Brochure.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Aigremont&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;titre&#034;&gt; Cette brochure publi&#233;e en 1984 est actuellement en cours de num&#233;risation.&lt;br /&gt; Elle sera donc prochainement t&#233;l&#233;chargeable gratuitement sur ce site en PDF.&lt;br /&gt; En attendant,vous pouvez lire la petite causerie qui avait &#233;t&#233; faite sur l'&#233;cole en g&#233;n&#233;ral &#224; l'occasion de la publication de la Brochure.&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Introduction &#224; l'Histoire de l'&#233;cole d'Aigremont</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article38</link>
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&lt;p&gt;La maison d'&#233;cole : c'est ainsi qu'on appelait alors les locaux scolaires. O&#249; &#233;tait situ&#233;e cette &#233;cole au d&#233;but du XIXe si&#232;cle ? Je n'ai pu en retrouver la trace : la seule information que nous ayons, est que les parents se plaignaient que l'&#233;cole soit &#224; une extr&#233;mit&#233; du village. La premi&#232;re maison d'&#233;cole : &lt;br class='autobr' /&gt; ce pauvre local o&#249; s'&#233;tiolent une vingtaine d'enfants des deux sexes. &lt;br class='autobr' /&gt; Voici la description de cette premi&#232;re &#233;cole, dans un rapport de l'inspecteur primaire du 1er juillet 1844 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Aigremont&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; La maison d'&#233;cole : c'est ainsi qu'on appelait alors les locaux scolaires. O&#249; &#233;tait situ&#233;e cette &#233;cole au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? Je n'ai pu en retrouver la trace : la seule information que nous ayons, est que les parents se plaignaient que l'&#233;cole soit &#224; une extr&#233;mit&#233; du village.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; La premi&#232;re maison d'&#233;cole :&lt;br /&gt; ce pauvre local o&#249; s'&#233;tiolent une vingtaine d'enfants des deux sexes.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Voici la description de cette premi&#232;re &#233;cole, dans un rapport de l'inspecteur primaire du 1er juillet 1844 : &lt;em&gt;&#171; La maison d'&#233;cole est en location pour 75 francs sans bail. C'est une masure mal close, mal couverte, que le propri&#233;taire ne tient pas &#224; louer &#224; la Commune, aussi n'y fait-il aucune r&#233;paration. Le logement est aussi mis&#233;rable que la classe qui est s&#233;par&#233;e par une cloison, s&#233;paration plus nuisible qu'utile. J'en ai conseill&#233; la suppression, afin qu'on puisse voir, respirer et circuler dans ce pauvre local o&#249; s'&#233;tiolent une vingtaine d'enfants des deux sexes. Inutile de parler des r&#233;sultats de la classe d'Aigremont aussi pauvre de produits moraux que d'objets mobiliers. La malheureuse institutrice fait de son mieux. &#187; &lt;/em&gt;Le Conseil Municipal lut ce rapport en s&#233;ance et &lt;em&gt;&#171; consid&#233;rant que le local de la classe actuel est insalubre et qu'il y a urgence &#224; changer, que d'un autre c&#244;t&#233; il ne se trouve dans la commune aucun autre local plus propre. Apr&#232;s s'&#234;tre transport&#233; sur les lieux, a d&#233;cid&#233; :&lt;br /&gt; l&#176;) Que la classe serait plac&#233;e dans une chambre du l&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; &#233;tage et qui se trouve situ&#233;e au-dessus de la classe actuelle, que cette pi&#232;ce serait a&#233;r&#233;e par deux grandes fen&#234;tres oppos&#233;es, l'une au nord l'autre au midi.&lt;br /&gt; 2&#176;) que l'autre chambre et les pi&#232;ces du rez-de-chauss&#233;e seraient laiss&#233;es &#224; la disposition de l'institutrice.&lt;br /&gt; 3&#176;) que le prix de location serait augment&#233; de l'int&#233;r&#234;t &#224; 7,5 % du montant des d&#233;penses qu'occasionnent ces divers changements... &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Toutefois ces d&#233;m&#233;nagements ne semblent gu&#232;re am&#233;liorer la situation puisque la Pr&#233;fecture &#233;crit au Maire le 1er juillet 1845 : &lt;em&gt;&#171; J'ai l'honneur de vous communiquer les observations qui r&#233;sultent de la derni&#232;re inspection de l'&#233;cole... L'&#233;cole est dans un &#233;tat d&#233;plorable, et toute une g&#233;n&#233;ration d'enfants vient puiser, dans ce local insalubre, la source de maladies et d'infirmit&#233;s. Ceci est fort grave, et je vous engage &#224; en entretenir sans d&#233;lais le conseil municipal. Il faut absolument une autre maison d'&#233;cole et fermer celle qui existe. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; La deuxi&#232;me maison d'&#233;cole : acc&#232;s facile, saine et bien a&#233;r&#233;e...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1850, la mairie se d&#233;cide &#224; chercher de nouveaux locaux et le 17 novembre : &lt;em&gt;&#171; Ou&#239; les observations de M. le Maire relativement &#224; la location de l'&#233;cole actuelle, desquelles il r&#233;sulte que la maison actuelle d'&#233;cole n'est convenable ni pour la salle de classe ni pour le logement de l'instituteur et en outre ladite maison se trouvant &#224; l'extr&#233;mit&#233; du village et d'acc&#232;s difficile, beaucoup de parents n'envoient pas pour cette raison leurs enfants &#224; l'&#233;cole. De plus, une occasion favorable se pr&#233;sente pour louer une maison bien convenable et situ&#233;e dans le milieu du village... d'un acc&#232;s tr&#232;s facile, tr&#232;s saine et bien a&#233;r&#233;e et de plus le prix demand&#233; n'est pas plus &#233;lev&#233; que celui de la maison actuelle... propose de louer au nom de la Commune pour un bail de 9 ann&#233;es &#224; partir du ler janvier 1851 au prix de 100 F. compris les portes et les fen&#234;tres (il s'agit de l'imp&#244;t, NDLR), la maison appartenant &#224; M. Willamier... &#187;&lt;/em&gt; Il s'agit du b&#226;timent de l'ancienne mairie, Grande-Rue, qui restera donc &#233;cole pendant pr&#232;s de 120 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Achat de l'&#233;cole&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Le 13 avril 1859&lt;em&gt;&#171; Le Maire expose... le besoin qu'a la Commune de poss&#233;der une maison d'&#233;cole o&#249; l'on puisse, par la suite, avoir une salle de mairie dont l'utilit&#233; a si souvent &#233;t&#233; reconnue. Il a fait savoir que la maison servant actuellement de maison d'&#233;cole &#233;tait sur le point d'&#234;tre vendue et qu'il serait tr&#232;s avantageux pour la commune d'en faire l'acquisition puisqu'il n'y a plus que 2 ans de bail ; que dans cette pr&#233;vision il avait obtenu de la veuve Mesnil qui en est propri&#233;taire une promesse de vente moyennant la somme de 3.500 F... &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Transformation et am&#233;nagement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; C'est en deux &#233;tapes, en 1861 et 1873 que cette maison va &#234;tre compl&#232;tement remani&#233;e :&lt;br /&gt; 1866 : la salle de classe va &#234;tre transf&#233;r&#233;e du c&#244;t&#233; gauche sur le c&#244;t&#233; droit.- 1873 : c'est &#224; cette date que vont &#234;tre entrepris les travaux de transformation du logement de l'instituteur et de sur&#233;l&#232;vement de la fa&#231;ade pour une somme de 2.500 F., qui vont donner &#224; l'&#233;cole son aspect actuel. En effet, la maison n'avait pas du tout l'aspect qu'elle pr&#233;sente aujourd'hui : En regardant la fa&#231;ade depuis la rue, la partie &#224; droite de l'horloge avait la hauteur actuelle (voir les plans en annexe) : au rez-de-chauss&#233;e il y avait le logement de l'instituteur et au 1er &#233;tage la salle de Mairie. En revanche la partie &#224; gauche de l'horloge, bien qu'ayant aussi un &#233;tage, &#233;tait beaucoup plus basse : c'&#233;tait l&#224; au rez-de-chauss&#233;e, en 1861, que se trouvait la salle de classe, &#224; la place de la pi&#232;ce et de la cuisine actuelle. L'escalier &#233;tait &#224; l'ext&#233;rieur dans la cour. Il va donc &#234;tre supprim&#233;, reconstruit &#224; l'int&#233;rieur, et la partie basse &#224; gauche de la fa&#231;ade sera donc sur&#233;lev&#233;e et uniformis&#233;e.&lt;br /&gt; 1876 : La cour de l'&#233;cole est pav&#233;e par l'entreprise Dailly &lt;em&gt;&#171; entrepreneur de Pavage &#224; Poissy &#187;&lt;/em&gt; ; le mur de cl&#244;ture qui s&#233;parait l'&#233;cole de la rue est abattu et un mur bas surmont&#233; de la grille actuelle est construit. L'&#233;cole-mairie a d&#233;sormais l'aspect que nous lui connaissons actuellement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;La discipline&lt;/span&gt; : Dans les Ecoles &#233;volu&#233;es, comme celles des Fr&#232;res des Ecoles Chr&#233;tiennes, les ch&#226;timents corporels deviennent tr&#232;s rares &#224; partir du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Jean-Baptiste de la Salle, cr&#233;ateur des Fr&#232;res des Ecoles Chr&#233;tiennes recommandait : &lt;em&gt;&#171; Il faut frapper dans la main gauche, surtout ceux qui &#233;crivent, afin de ne pas appesantir la main droite, ce qui serait un grand obstacle &#224; l'&#233;criture. &#187; &lt;/em&gt;Toutefois dans les Petites &#201;coles rurales o&#249; les ma&#238;tres sont en g&#233;n&#233;ral peu form&#233;s, les ch&#226;timents corporels se maintiendront jusqu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Ross&#233; au nerf de boeuf&lt;/span&gt; : Agricol Perdiguier dans &lt;em&gt;&#171; Les M&#233;moires d'un Compagnon &#187; &lt;/em&gt;(1820) nous en fournit un exemple : &lt;em&gt;&#171; Le vieux M. M&#233;dan &#233;tait &#224; la fois m&#233;decin et instituteur et il n'y allait pas par quatre chemins, ni avec ses malades, ni avec ses &#233;l&#232;ves. Il disait aux malades : ce rem&#232;de peut vous sauver ou vous tuer ; avalez-le vite et que votre sort s'accomplisse ! Pour ses &#233;l&#232;ves, il avait des mains dures, des f&#233;rules, des courroies ou sorte de tire-pied de cordonnier, des nerfs de b&#339;uf. L'&#233;colier lisait-il mal ? un soufflet ; regardait-il &#224; droite ou &#224; gauche ? un coup de courroie ; faisait-il du bruit ? le nerf de b&#339;uf allait son train. La f&#233;rule, de son c&#244;t&#233;, se reposait rarement ... M. M&#233;dan nous assassinait et nos familles en &#233;taient peu satisfaites. Mais il n'y avait pas le choix : il &#233;tait le seul instituteur du village ; il fallait que nous fussions battus ou que nous restassions compl&#232;tement ignorants. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Bernardin de Saint Pierre&lt;/span&gt; expliquait la permanence des ch&#226;timents corporels par le poids de la tradition : &lt;em&gt;&#171; Nos paysans sont barbares et c'est leur &#233;ducation qui en est la seule cause. Souvent ils assomment de coups leur &#226;ne, leurs chevaux, leurs chiens et quelquefois leurs femmes, parce qu'on les a trait&#233;s de m&#234;me dans leur enfance. Les p&#232;res et les m&#232;res, tromp&#233;s par des maximes pr&#233;tendues religieuses, recommandent soigneusement dans les &#233;coles qu'on corrige leurs enfants, c'est-&#224;-dire qu'on les &#233;l&#232;ve comme on les a &#233;lev&#233;s eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;La fess&#233;e de Jean-Jacques Rousseau.&lt;/span&gt; Les verges, c'est-&#224;-dire le fouet, disparurent en 1774 des coll&#232;ges des Fr&#232;res des &#201;coles Chr&#233;tiennes. Dans les Petites &#201;coles ou dans les familles, elles subsist&#232;rent longtemps et la Comtesse de S&#233;gur sous le Second Empire nous laissera le portrait de grands fesseurs avec la M&#232;re Mac-Miche ou le G&#233;n&#233;ral Dourakine. Une des raisons de leur disparition fut sans doute qu'elles pouvaient &#234;tre d&#233;tourn&#233;es de leur but de punition. Voici le r&#233;cit que nous fait J.J. Rousseau de sa c&#233;l&#232;bre fess&#233;e dans les Confessions. Il &#233;tait en pension avec son cousin chez le Pasteur Lambercier dont la s&#339;ur, Mlle Lambercier, tenait le m&#233;nage et &#233;tait aussi charg&#233;e de corriger les jeunes &#233;l&#232;ves. Un jour elle mena&#231;a Rousseau du fouet : &#171; &lt;em&gt; Cette menace de ch&#226;timent tout nouveau pour moi me semblait tr&#232;s effrayante ; Mais apr&#232;s l'ex&#233;cution je la trouvais moins terrible... j'avais trouv&#233; dans la douleur, dans la honte m&#234;me, un m&#233;lange de sensualit&#233;s qui m'avait laiss&#233; plus de d&#233;sir que de crainte de l'&#233;prouver derechef de la m&#234;me main... Cette r&#233;cidive arriva sans qu'il y eut de ma faute et j'en profitai, je puis dire, en s&#251;ret&#233; de conscience. Mais cette seconde fois fut aussi la derni&#232;re, car Mlle Lambercier, s'&#233;tant sans doute aper&#231;ue &#224; quelques signes que ce ch&#226;timent n'allait pas &#224; son but, d&#233;clara qu'elle y renon&#231;ait et qu'il la fatiguait trop. Nous avions jusque-l&#224;, mon cousin et moi, couch&#233; dans sa chambre, et m&#234;me en hiver parfois dans son lit. Deux jours apr&#232;s, on nous fit coucher dans une autre chambre. J'eus ainsi l'honneur dont je me serai bien pass&#233;, d'&#234;tre trait&#233; par elle en grand gar&#231;on. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;&#192; coups de f&#233;rule sur le dos de Chateaubriand.&lt;/span&gt; Il raconte dans les M&#233;moires d'Outre-Tombe qu'il d&#233;nicha un jour un nid-de-pie. Son Pr&#233;cepteur, l'abb&#233; Egault, lui administra une correction qui d&#233;g&#233;n&#233;ra en pugilat : &#171; Je me levai plein de rage et lui lan&#231;ai dans les jambes un coup de pied si rude qu'il poussa un cri. Il court &#224; cloche-pied &#224; la porte de sa chambre, la ferme &#224; double tour et revient sur moi. Je me retranche derri&#232;re mon lit, il m'allonge &#224; travers le lit des coups de f&#233;rule. Je m'entortille dans la couverture et m'animant au combat je m'&#233;crie : &lt;em&gt;&#171; Macte animo generose puer ! &#187; (Courage valeureux enfant !)&lt;/em&gt; Son &#233;rudition et son esprit d'&#224; propos lui valurent son pardon.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les fournitures scolaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;L'encre.&lt;/span&gt; Jusque vers le milieu du XIXe si&#232;cle, l'encre est directement fabriqu&#233;e par les instituteurs. Les recettes varient suivant les r&#233;gions. Le manuel de &lt;em&gt;&#171; L'&#233;cole paroissiale &#187; &lt;/em&gt;nous en donne une : &lt;em&gt;&#171; La liqueur employ&#233;e pour &#233;crire ne doit pas &#234;tre trop &#233;paisse, ce qui donne des traits p&#226;teux ; ni trop liquide, car elle risque alors de produire des t&#226;ches appel&#233;es &#034;p&#226;t&#233;s&#034;. L'encre se compose ordinairement avec du vin blanc, ou de l'eau de pluie, ou de la bi&#232;re, dans laquelle on fait mac&#233;rer un demi-quarteron de noix de galle. Apr&#232;s &#233;bullition, ajoutez-y un demi-quarteron de couperose broy&#233;e et environ une once de vraie gomme d'Arabie. Faites encore deux ou trois bouillons et l'encre est pr&#234;te &#224; l'emploi. &#187; &lt;/em&gt;Les &#171; Dialogues de Viv&#232;s &#187; en 1567 nous parlent ainsi des encriers : &lt;em&gt;&#171; Gar&#231;ons ! apportez cette bouteille &#224; encre. Nous en viderons dans un encrier en plomb, le tout bouch&#233; avec un petit linge d&#233;li&#233; ou du taffetas doux et tendre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Le buvard.&lt;/span&gt; Pendant des si&#232;cles, le buvard n'existe pas. On utilise de la &lt;em&gt;&#171; poudre &#187;,&lt;/em&gt; c'est-&#224;-dire du sable, pour &#233;ponger l'exc&#232;s d'encre. Les riches y m&#234;lent de la poudre d'or, ce qui donne du brillant &#224; leur &#233;criture. Dans les &#233;coles, on se contente de sable ordinaire que les &#233;l&#232;ves puisent dans &lt;em&gt;&#171; la caisse &#224; sable &#187;&lt;/em&gt;. On en met un peu dans sa paume, et l'on souffle dessus en direction de la page franchement &#233;crite. Mais le sable a bien des inconv&#233;nients : il encrasse les plumes d'oie et fournit un mat&#233;riau pour les chahuts et les bagarres. En 1830, le manuel &lt;em&gt;&#171; La conduite des &#233;coles &#187;&lt;/em&gt; recommande l'usage du &#171; papier non coll&#233; &#187; qui prend l'encre facilement et est en mesure de s&#233;cher sans brouiller la page ; on le nomme &lt;em&gt;&#171; papier brouillard &#187;&lt;/em&gt;. Ce n'est que plus tard qu'on l'appellera papier buvard.&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;L'ardoise.&lt;/span&gt; L'ardoise pour &#233;crire existait depuis longtemps. Mais ce n'est que vers 1820 que le Suisse Pestalozzi l'introduisit dans les &#233;coles primaires. Elle &#233;tait en effet moins ch&#232;re que le papier et plus commode que le bac avec du sable sur lequel on &#233;crivait parfois encore avant la R&#233;volution. Toutefois, au d&#233;but, bien des instituteurs la boudent. L'un d'eux &#233;crit vers 1830 : &lt;em&gt;&#171; L'ardoise rend l'&#233;criture rapide et s&#232;che en ne permettant pas de former les pleins et les d&#233;li&#233;s. &#187;&lt;/em&gt; Elle ne deviendra courante qu'&#224; partir de 1850 et constituera l'instrument par excellence des &#233;l&#232;ves &#224; la fin du si&#232;cle jusque dans les ann&#233;es 1950. C'est sous le Second Empire que des circulaires administratives interdiront aux &#233;l&#232;ves de cracher sur l'ardoise pour l'effacer ensuite avec leur manche. C'est en effet le d&#233;but de la grande peur de la tuberculose v&#233;hicul&#233;e par la salive : le chiffon ou la petite &#233;ponge font leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &#171; C'&#233;taient vraiment de grandes b&#234;tes que les R&#233;gents du temps jadis. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Jusqu'&#224; la Restauration,&lt;/span&gt; les ma&#238;tres des Petites-&#201;coles que l'on appelait &lt;em&gt;&#171; R&#233;gents &#187;&lt;/em&gt;, &#233;taient recrut&#233;s par les repr&#233;sentants des Paroisses lors des grandes Foires du mois de Septembre. Les postulants se rassemblaient en arborant une plume &#224; leur chapeau s'ils &#171; enseignaient &#224; lire &#187; et deux plumes s'ils &#171; enseignaient aussi &#224; &#233;crire &#187;. Ils s'affrontaient au cours de joutes oratoires &#171; la dispute des &#233;coles &#187;, devant un jury de notables et des cur&#233;s de l'endroit. Ils &#233;taient embauch&#233;s et pay&#233;s par les habitants, les paroisses les plus riches prenant bien s&#251;r les plus savants. Les enfants de ceux qui ne pouvaient pas payer, &#233;taient le plus souvent pris en charge par la collectivit&#233;. N'&#233;tant sanctionn&#233;s par aucun dipl&#244;me, leurs capacit&#233;s &#233;taient tr&#232;s in&#233;gales et bien souvent dans les paroisses pauvres leur science &#233;tait plus que sommaire. T&#233;moin ce jugement lapidaire du po&#232;te Cl&#233;ment Marot en 1510 : &lt;em&gt;&#171; C'&#233;taient vraiment de grandes b&#234;tes que les R&#233;gents du temps jadis. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;&#192; la veille de la R&#233;volution,&lt;/span&gt; la situation n'avait pas beaucoup &#233;volu&#233; car Delille ironisera en ces termes sur les R&#233;gents :&lt;span class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; &lt;em&gt; Mais le voici : son port, son air de suffisance Marquent dans son savoir une noble confiance. Il sait, le fait est s&#251;r, lire, &#233;crire et compter ... Tout le monde l'admire et ne peut concevoir Que dans un cerveau seul, loge tant de savoir... &#187;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Le &lt;em&gt;&#171; Journal du d&#233;partement de Seine-et-Oise &#187;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt; r&#233;dig&#233; par le citoyen Bri&#232;re, publie le 10 Vend&#233;maire An VII la petite annonce suivante : &lt;em&gt;&#171; La citoyenne veuve Cassaignade, rue des Ecuyers num&#233;ro 5 &#224; Saint-Germain-en-Laye, pr&#233;vient ses concitoyens qu'elle tient une maison d'&#233;ducation o&#249; elle enseigne la couture, la lecture, l'&#233;criture, l'arithm&#233;tique, l'orthographe, les &#233;l&#233;ments de la langue fran&#231;aise, la g&#233;ographie, la mythologie, les devoirs des parents. La citoyenne Cassaignade procure des ma&#238;tres pour les talents agr&#233;ables. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;En 1816 est institu&#233; le Brevet de Capacit&#233;,&lt;/span&gt; et en 1833 sont cr&#233;&#233;es les &#201;coles Normales : le niveau des instituteurs s'&#233;l&#232;vera sans cesse au cours du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; s., mais assez lentement comme en t&#233;moigne ce Rapport d'inspection d'Acad&#233;mie de Blois qui trace le portrait-robot de l'instituteur de la r&#233;gion : &lt;em&gt;&#171; Homme d'importance d'autant plus grande que sa nullit&#233; est plus compl&#232;te, singeant dans ses poses le Cur&#233; de la Paroisse dont il est le Sacristain ... rev&#234;tant la dignit&#233; de M. le Maire dont il constitue le plus humble serviteur... remplissant avec orgueil les fonctions de Garde-Champ&#234;tre... connu des bons viveurs de la Commune et appr&#233;ci&#233; de tous les cabaretiers ... &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les m&#233;tiers annexes de l'instituteur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Tr&#232;s mal pay&#233;s jusqu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les instituteurs pratiqueront des m&#233;tiers annexes. &#192; tel point que sous l'Ancien R&#233;gime de nombreux r&#232;glements seront pris, comme ce R&#232;glement &#201;piscopal de 1695 qui interdit aux R&#233;gents &lt;em&gt;&#171; de pratiquer aucun office de Procureur (avocat), Praticien (m&#233;decin), sergent, cabaretier et joueur de violon, incompatibles avec leur fonction. &#187;&lt;/em&gt; Au d&#233;but du XIXe s., ils seront souvent adjoints du Cur&#233;, puis secr&#233;taire de Mairie vers la fin du si&#232;cle. Claude Herbin instituteur &#224; Aigremont en 1880 gagne 1.200 francs, plus 120 F. comme clerc la&#239;que (adjoint du cur&#233;), 50 F. comme sonneur de l'Ang&#233;lus, et 265 F. comme secr&#233;taire de Mairie.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;L'instituteur comme clerc la&#239;que.&lt;/span&gt; L'enqu&#234;te de Lorrain en 1637 en donne la d&#233;finition suivante : &lt;em&gt;&#171; Il est charg&#233; d'assister le Cur&#233; et l'accompagne dans l'administration des sacrements, soit de jour soit de nuit. Il est chantre &#224; l'&#201;glise et assiste aux offices rev&#234;tu du surplis en entonnant les chants pour entra&#238;ner les fid&#232;les. Il joue les claviers (organiste). Il fabrique parfois les hosties, r&#232;gle le lutrin, allume la lampe devant l'autel, remplit le b&#233;nitier, met en bouteille le vin de messe, balaye l'&#233;glise en n'omettant pas de passer le torchon sur les gradins de l'autel, le tabernacle, la grille et la chaire. &#187;&lt;/em&gt; En tant que &lt;em&gt;&#171; sonneur de l'Ang&#233;lus... il n'omettra pas de r&#233;guli&#232;rement sonner tous les jours l'Ang&#233;lus, matin, midi et soir ; de carillonner toutes les veilles de f&#234;tes midi et soir et de prendre garde que les enfants ne sonnent ni ne carillonnent la cloche afin d'&#233;viter aux accidents. (Sic !) Il devra aussi sonner aux nu&#233;es lorsqu'il se pr&#233;sentera un orage, soit de jour soit de nuit. Le Magister sera tenu de sonner tant que l'orage arrivera sur le village, si cas y &#233;chet, et lorsqu'il s'apercevra que l'orage se disposera &#224; tomber sur la paroisse, d'arr&#234;ter de sonner attendu qu'on ne doit point sonner quand le tonnerre est proche &#187;&lt;/em&gt; (contrat de R&#233;gent de 1680).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;L'instituteur secr&#233;taire de Mairie.&lt;/span&gt; Dans de tr&#232;s nombreux villages, il occupera &#233;galement cette fonction. Ce sera le cas &#224; Aigremont jusque dans les ann&#233;es 1980. &#192; ce titre, il tient les Budgets, l'&#201;tat-Civil, et les Compte rendus du Conseil Municipal. Il &lt;em&gt;&#171; conduit l'horloge de la mairie &#187;&lt;/em&gt; et il est arpenteur municipal.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Rapport de l'instituteur et du Cur&#233; au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; L'instituteur est souvent l'adjoint du Cur&#233; lorsqu'il exerce des fonctions de Clerc-La&#239;que. De plus le Cur&#233; joue un grand r&#244;le dans le recrutement de l'Instituteur et dans la surveillance et l'inspection des &#233;coles. L'Instituteur est charg&#233; de l'enseignement religieux et du contr&#244;le de l'assiduit&#233; des enfants &#224; la Messe. Les rapports sont souvent tr&#232;s bons, mais parfois d&#233;testables.&lt;br /&gt; En voici deux exemples :&lt;br /&gt; En 1834 en Dauphin&#233;, un instituteur est arr&#234;t&#233; pour avoir voulu pendre son Cur&#233; avec la corde de la cloche.&lt;br /&gt; En 1832 un instituteur sera r&#233;voqu&#233; pour avoir manifest&#233; son d&#233;saccord avec son Cur&#233; en donnant le probl&#232;me suivant &#224; ses &#233;l&#232;ves : &#171; &lt;em&gt; Un Cur&#233; a vendu dans le courant d'une ann&#233;e dix-neuf messes de mariage &#224; 7,15 F., dix messes de tr&#233;pass&#233;s &#224; 5 F. ; Il a vendu &#224; chaque messe cinquante deux &#171; Pax Tecum &#187; &#224; 3 sous la pi&#232;ce, quatorze &#171; De Profondis &#187; &#224; 3 sous et sept &#171; Libera Nos &#187; &#224; 5 sous. Combien a-t-il gagn&#233; d'argent avec ces marchandises ? &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt; La Brochure publi&#233;e dans les ann&#233;es 80 est en cours de num&#233;risation. Elle retrace l'Histoire compl&#232;te de l'&#233;cole d'Aigremont sur un si&#232;cle et demi, de la R&#233;volution aux ann&#233;es 1950. D&#232;s que la num&#233;risation sera termin&#233;e, vous pourrez la t&#233;l&#233;charger gratuitement en PDF sur ce site.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt; Causerie de F.M. Leg&#339;uil &#224; la Mairie d'Aigremont en octobre 1986&lt;br /&gt; introduction &#224; la publication de sa brochure &#171; L'&#233;cole d'Aigremont &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aigremont du moyen-&#226;ge &#224; la R&#233;volution en 2 tomes</title>
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		<dc:date>2014-11-21T13:44:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>flaneur</dc:creator>



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&lt;p&gt;T&#233;l&#233;charger Histoire d'Aigremont Tome 1 format pdf &lt;br class='autobr' /&gt; T&#233;l&#233;charger Histoire d'Aigremont Tome 2 format pdf &lt;br class='autobr' /&gt; Sur l'histoire d'Aigremont, rien ou presque n'avait &#233;t&#233; &#233;crit jusqu'ici. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, on trouve sur le sujet quelques lignes dans la monographie manuscrite des instituteurs fran&#231;ais r&#233;alis&#233;e &#224; Aigremont comme dans toutes les &#233;coles primaires de la R&#233;publique afin d'int&#233;resser les &#233;l&#232;ves &#224; leur environnement local. Et, sans doute r&#233;alis&#233;e apr&#232;s la guerre de 14, une courte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Aigremont&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;a download=&#034;HISTOIRE_TOME_1&#034; href='https://flaneurtextuel.fr/IMG/PDF/HISTOIRE_TOME_1.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger Histoire d'Aigremont Tome 1 format pdf&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;a download=&#034;HISTOIRE_TOME_2&#034; href='https://flaneurtextuel.fr/IMG/PDF/HISTOIRE_TOME_2.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger Histoire d'Aigremont Tome 2 format pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt; Sur l'histoire d'Aigremont, rien ou presque n'avait &#233;t&#233; &#233;crit jusqu'ici. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, on trouve sur le sujet quelques lignes dans la monographie manuscrite des instituteurs fran&#231;ais r&#233;alis&#233;e &#224; Aigremont comme dans toutes les &#233;coles primaires de la R&#233;publique afin d'int&#233;resser les &#233;l&#232;ves &#224; leur environnement local. Et, sans doute r&#233;alis&#233;e apr&#232;s la guerre de 14, une courte brochure non dat&#233;e de l'instituteur M. G&#233;rard va un tout petit peu plus loin, mais gu&#232;re. La pr&#233;sente recherche a donc &#233;t&#233; une enqu&#234;te passionnante &#224; travers des si&#232;cles d'&#233;v&#233;nements non encore d&#233;frich&#233;s, en d&#233;pouillant les documents poussi&#233;reux des archives municipales et d&#233;partementales, en consultant d'innombrables ouvrages &#224; la biblioth&#232;que de Versailles, &#224; la Biblioth&#232;que historique de la ville de Paris ainsi qu'au Centre Georges-Pompidou. Aigremont &#233;tait bien petit et certains documents n'avaient probablement jamais encore &#233;t&#233; lus : j'ai donc &#233;t&#233; le premier &#224; le faire en &#233;prouvant alors le frisson de l'historien ce qui a fait de moi un amateur combl&#233;. Quand on cherche et que l'on pers&#233;v&#232;re, on trouve : j'ai donc trouv&#233;. Dans certains cas - limit&#233;s cependant - j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; faire des hypoth&#232;ses : aux lecteurs &#233;rudits de m'apporter la contradiction et d'&#233;clairer les obscurit&#233;s qui persistent. Bien des choses restent &#224; travailler, d'autres que moi le feront. Je pense avoir trait&#233; le sujet de fa&#231;on suffisamment large pour int&#233;resser les lecteurs n'habitant pas le village ou la r&#233;gion. Ils verront vivre, sur huit si&#232;cles, des gens surprenants dans des aventures &#233;tonnantes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, mai 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;histoire&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/histoire_page1_ tome1.jpg?1740416208' style=' border-width: 4px; border-style: solid; margin-left: 50px; margin-right: 30px; float: left;' width='500' height='708' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;histoire&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/histoire_page1_ tome2.jpg?1740416207' style=' border-width: 4px; border-style: solid; float: right;' width='500' height='708' /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aigremont 1939 - 1945Chroniques des ann&#233;es am&#232;res</title>
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		<dc:date>2014-11-20T13:59:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>flaneur</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mon but n'est pas d'&#233;crire l'Histoire de la guerre &#224; Aigremont, ni m&#234;me de r&#233;aliser une tranche d'histoire &#224; l'&#233;chelon local. Plus simplement, j'ai cherch&#233; &#224; faire revivre le climat qui pouvait r&#233;gner pendant cette p&#233;riode dans un petit village - 180 habitants &#224; l'&#233;poque. Pour cela, j'ai lu les livres, les brochures, les comptes-rendus &#233;crits par des habitants de la r&#233;gion sur ces &#233;v&#232;nements. J'ai lu de fa&#231;on syst&#233;matique la presse des arrondissements de Versailles et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt;
Mon but n'est pas d'&#233;crire l'Histoire de la guerre &#224; Aigremont, ni m&#234;me de r&#233;aliser une tranche d'histoire &#224; l'&#233;chelon local. Plus simplement, j'ai cherch&#233; &#224; faire revivre le climat qui pouvait r&#233;gner pendant cette p&#233;riode dans un petit village - 180 habitants &#224; l'&#233;poque. Pour cela, j'ai lu les livres, les brochures, les comptes-rendus &#233;crits par des habitants de la r&#233;gion sur ces &#233;v&#232;nements. J'ai lu de fa&#231;on syst&#233;matique la presse des arrondissements de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye. J'ai lu, &#233;tudi&#233; et class&#233; les archives de la mairie d'Aigremont. Enfin, j'ai interrog&#233; des habitants du village qui avaient v&#233;cu &#224; Aigremont pendant la guerre. J'ai effectu&#233; ce travail dans les ann&#233;es 80 : beaucoup sont morts aujourd'hui. Je n'ai pas cherch&#233; &#224; corriger leurs souvenirs, qui vous le verrez, se contredisent parfois. De toute cette documentation, se d&#233;gage une atmosph&#232;re tr&#232;s prenante, une impression qu'on ne retrouve pas en g&#233;n&#233;ral dans des travaux plus ambitieux. &#192; Aigremont, comme partout en France, les habitants ont v&#233;cu la mobilisation, l'exode, les difficult&#233;s de ravitaillement. Quelques-uns ont connu aussi les prises d'otages, le STO, les camps de prisonniers. Tr&#232;s peu sont morts de faits directement li&#233;s &#224; la guerre, mais tous en ont beaucoup souffert. Ici, l'&#233;pop&#233;e de Londres, la France libre, les maquis, le d&#233;barquement, la reconqu&#234;te du territoire, on les a en g&#233;n&#233;ral v&#233;cu uniquement par ou&#239;-dire, du moins dans les t&#233;moignages que j'ai recueillis. Mais c'est cela aussi l'Histoire, et c'est du reste la mani&#232;re dont une grande partie de la population fran&#231;aise a travers&#233; cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; CHAPITRE I : Aigremont 1939 &#8211; 1940&lt;br /&gt; La Dr&#244;le de Guerre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Jeudi 5 janvier 1939 :&lt;/strong&gt; &#192; Saint-Germain-en-Laye, le cin&#233;ma Le Royal (12&lt;sup&gt;bis&lt;/sup&gt; rue Dan&#232;s) joue &lt;em&gt;Quai des Brumes,&lt;/em&gt; tandis que le &lt;em&gt;Majestic&lt;/em&gt; (1, rue de Pologne) fait rel&#226;che.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Jeudi 12 janvier 1939 :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Le Petit R&#233;veil de Saint-Germain &#187;&lt;/em&gt; (journal r&#233;publicain des cantons de Saint-Germain-en-Laye, Maisons-Laffitte, Poissy Marly-le-Roi, paraissant tous les jeudis, prix trente centimes, r&#233;daction 1, Place du Ch&#226;teau) annonce en page 4 que &#171; &lt;em&gt;le nouveau plan de d&#233;fense passive de Saint-Germain vient d'&#234;tre d&#233;pos&#233; en mairie &#187;&lt;/em&gt; et invite les habitants &#224; le consulter. Mais le grand titre de la premi&#232;re page, c'est le futur lyc&#233;e : &#171; &lt;em&gt;Saint-Germain aura son lyc&#233;e de gar&#231;ons dans les propri&#233;t&#233;s du maharadjah &#224; Hennemont &#187;&lt;/em&gt;. Les vingt-deux hectares auront co&#251;t&#233; 5 000 000 (actuellement en 2014, c'est devenu le lyc&#233;e international de Saint-Germain). Et le ministre de l'&#201;ducation Jean Zay visite l'acquisition : &#171; &lt;em&gt;le ministre qui &#233;tait un homme de go&#251;t, ne put s'emp&#234;cher de sourire en p&#233;n&#233;trant dans ce ch&#226;teau dont, il faut bien le dire, la d&#233;coration int&#233;rieure, con&#231;ue pour plaire &#224; un nouveau riche inculte, son constructeur d'avant-guerre (N.D.L.R. celle de 1914), est aussi laide qu'absurde. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; En page six, une publicit&#233; militaire attire l'&#339;il : &#171; &lt;em&gt;la d&#233;fense du pays exige une arm&#233;e moderne et puissante voit-on sur les affiches de l'emprunt. Elle exige aussi que les sous-officiers, brigadiers et caporaux de r&#233;serve connaissent leur m&#233;tier. L'&#233;quipement d'une arm&#233;e moderne est en perp&#233;tuelle &#233;volution. C'est pourquoi, en temps de paix, les grad&#233;s de r&#233;serve doivent se tenir au courant des questions de leurs armes. Donc, vous devez suivre les cours de votre &#233;cole de perfectionnement. S'adresser pour toutes les armes : au quartier Gramont &#224; Saint-Germain, au bureau militaire de la mairie, aux brigades de gendarmerie, etc. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dimanche 12 f&#233;vrier 1939 :&lt;/strong&gt; Sous le titre &#171; &lt;em&gt;Les dangers de la guerre a&#233;rienne &#187;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Petit R&#233;veil &lt;/em&gt;nous apprend que : &#171; &lt;em&gt;derni&#232;rement, des exp&#233;riences de d&#233;fense passive auront lieu dans plusieurs secteurs de la capitale, notamment &#224; la Gare d'Austerlitz, o&#249; un essai d'&#233;vacuation de 200 personnes donna des r&#233;sultats satisfaisants&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Vendredi17 f&#233;vrier 1939 :&lt;/strong&gt; Tous les journaux publient l'avis d'expropriation des terrains situ&#233;s &#224; Orgeval pour permettre de poursuivre la construction de l'autoroute de l'Ouest. (N.D.L.R. Le tron&#231;on du tunnel de Saint-Cloud &#233;tait d&#233;j&#224; termin&#233;).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Jeudi 23 f&#233;vrier 1939 :&lt;/strong&gt; Le cin&#233;ma Olympia de Saint-Germain donne un &#171; &lt;em&gt;Documentaire formidable : Sommes-nous d&#233;fendus ? &#187;&lt;/em&gt; qui pr&#233;c&#232;de le grand film &#171; &lt;em&gt;L'&#233;trange M. Victor &#187;&lt;/em&gt; avec Raimu.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dimanche 5 mars 1939 :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Le Petit R&#233;veil &#187;&lt;/em&gt; avec le titre &#171; &lt;em&gt;&#202;tre pr&#234;t &#187;&lt;/em&gt; a interview&#233; le g&#233;n&#233;ral en retraite Vaugrenant sur ce que &#171; &lt;em&gt;la mairie de Saint-Germain a r&#233;alis&#233; sous sa haute direction, contre le danger agrochimique&#8230; Le plan con&#231;u par le grand soldat pourrait &#234;tre cit&#233; en exemple dans beaucoup de villes. &#187;&lt;/em&gt; Mais le journal ajoute aussit&#244;t qu'il y a tr&#232;s peu de cr&#233;dit pour le mettre en &#339;uvre. Ce plan est publi&#233; le 9 avril avec une carte explicative.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Vendredi 24 mars 1939 :&lt;/strong&gt; On donne &#224; Poissy une conf&#233;rence sur &#171; &lt;em&gt;le danger a&#233;rien &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;1er avril 1939 : &lt;/strong&gt;Les mairies de Chatou et de Conflans-Sainte-Honorine annoncent qu'elles proc&#233;deront d&#233;sormais chaque jeudi &#224; midi &#224; des essais de sir&#232;nes et de tocsin.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;14 avril 1939 : &lt;/strong&gt;&#192; Aigremont, le maire Ren&#233; Mesl&#233; pr&#233;cise pour la pr&#233;fecture, dans une note manuscrite dont j'ai lu la copie, les mesures qu'il a prises pour organiser le village dans le cadre de la &#171; &lt;em&gt;Zone de refuge provisoire num&#233;ro six de d&#233;fense passive :&lt;br /&gt; 1&#176;) la commune d'Aigremont doit recevoir de la troupe de DCA. L'effectif de 150 hommes &#233;tant susceptible d'&#234;tre doubl&#233;, en cons&#233;quence elle ne pourra recevoir qu'un maximum de 150 &#224; 175 r&#233;fugi&#233;s.&lt;br /&gt; 2&#176;) les cantonnements sont approvisionn&#233;s en eau.&lt;br /&gt; 3&#176;) il n'y a pas de paille, aucune ferme n'existant sur la commune.&lt;br /&gt; 4&#176;) la commune dispose de dix chambres avec lits complets, pas de couverture suppl&#233;mentaire.&lt;br /&gt; 5&#176;) quatre pi&#232;ces chez les particuliers peuvent &#234;tre am&#233;nag&#233;es en cuisine.&lt;br /&gt; 6&#176;) Une maison inhabit&#233;e peut &#234;tre transform&#233;e en infirmerie, mais nous n'avons ni produits pharmaceutiques ni bo&#238;tes &#224; pansements.&lt;br /&gt; 7&#176;) une pi&#232;ce dans les locaux de la mairie peut-&#234;tre r&#233;serv&#233;e pour faire un d&#233;p&#244;t de vivres de conserve.&lt;br /&gt; 8&#176;) toutes les voitures ont &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;es par l'arm&#233;e : en septembre dernier la pr&#233;fecture avait mis &#224; ma disposition une voiture automobile et une camionnette de 1.000 kilos d'un ancien mod&#232;le. Il existe sur la commune deux conducteurs avec leur permis de conduire.&lt;br /&gt; 9&#176;) 6 requis civils d&#233;gag&#233;s des obligations militaires. En plus, M. Dalifard Lucien, deuxi&#232;me adjoint au maire, est charg&#233; de l'installation des cantonnements. M. Chabrol Francisque, conseiller municipal, est charg&#233; de la r&#233;partition des vivres.&lt;br /&gt; 10&#176;) en cas de mobilisation du maire, celui-ci sera remplac&#233; par M. Marbouty Edmond qui est mon premier adjoint. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;15 avril 1939 : &lt;/strong&gt;L'heure d'&#233;t&#233; prend effet dans la nuit du samedi quinze au dimanche 16 avril.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;20 avril 1939 : &lt;/strong&gt;La presse annonce que &#171; &lt;em&gt;la ville de Croissy prend ses dispositions et pourrait accueillir &#233;ventuellement 1.000 immigrants de passage, dont 200 malades&#8230; Des stocks de vivre vont &#234;tre constitu&#233;s, des masques &#224; gaz command&#233;s et des tranch&#233;es creus&#233;es dans des endroits s&#233;lectionn&#233;s. Gouverner c'est pr&#233;voir ! &#187;&lt;/em&gt; Affirme le journal.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;6 mai 1939 :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les &#201;chos, Organe de concorde r&#233;publicaine et d'action sociale de Rueil-Malmaison, Saint-Germain, et de la r&#233;gion &#187;&lt;/em&gt; (journal de droite anticommuniste) annoncent que le &#171; &lt;em&gt;concours de la route fleurie entre Paris, Deauville, Trouville et Cabourg est remis au printemps 1940, &#224; cause de la guerre&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;18 mai 1939&lt;/strong&gt; : Le &lt;em&gt;Petit R&#233;veil&lt;/em&gt; publie un article de Mlle Leusseure, professeur de coupe au V&#233;sinet, intitul&#233; &#171; &lt;em&gt;Peut-on fabriquer soi-m&#234;me un masque &#224; gaz ? &#187;&lt;/em&gt; Et le journal publie le dessin du patron &#171; &lt;em&gt;&#224; d&#233;couper dans du tissu imperm&#233;able non caoutchouteux &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &#192; la rubrique n&#233;crologie : &#171; &lt;em&gt;nous apprenons avec peine &#224; la mort de Mme veuve Louis Mesl&#233;, n&#233;e Juliette Blouin, m&#232;re de notre ami Ren&#233; Mesl&#233;, maire d'Aigremont, d&#233;c&#233;d&#233;e dans sa soixante-troisi&#232;me ann&#233;e. Les obs&#232;ques ont eu lieu samedi 17 mai &#224; Aigremont. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Juin 1939 : &lt;/strong&gt;La mairie d'Aigremont re&#231;oit des affichettes distribu&#233;es &#224; la population et intitul&#233;es : &#171; &lt;em&gt;Notice relative &#224; la construction de tranch&#233;es provisoires compl&#233;mentaires &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Juillet 1939 : &lt;/strong&gt; &#192; 10 heures, le Tour de France, parti du V&#233;sinet, passe sur la place du ch&#226;teau de Saint-Germain-en-Laye.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Ao&#251;t 1939 : &lt;/strong&gt;Des tranch&#233;es sont creus&#233;es &#224; Saint-Germain-en-Laye pour prot&#233;ger la gare de Grande-Ceinture. La f&#234;te d'ao&#251;t de Poissy &#171; &lt;em&gt;est c&#233;l&#233;br&#233;e comme d'habitude. Le dimanche 6 : championnat des d&#233;brouillards, dimanche 13 : concert de la Lyre de Poissy, mardi 15 : course au tr&#233;sor, course en sac, jeu du casse-pot, concours de grimaces. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Samedi 26 ao&#251;t 1939 : &lt;/strong&gt;Pour la saint Fiacre, patron des arboriculteurs, un d&#238;ner de 125 couverts est donn&#233; &#224; l'h&#244;tel du Grand Cerf &#224; Saint-Germain-en-Laye avec notamment pour Aigremont : M. Varillon, Henri Laporte, M. et M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Henri Maillaut.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Mardi 29 ao&#251;t 1939 : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les Nouvelles de Versailles et de Seine-et-Oise (paraissant tous les mardis, cinquante quatre centimes) &#187;&lt;/em&gt; publient la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Sutterlin, adjoint au maire pour la d&#233;fense passive : &#171; &lt;em&gt;La ville de Versailles va recevoir un premier contingent, d'ailleurs tr&#232;s r&#233;duit, de masques de protection contre les gaz toxiques, destin&#233;s &#224; la population civile&#8230; Ce premier lot sera r&#233;parti par priorit&#233; entre les personnes maintenues &#224; Versailles comme concourant au service public &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; Le journal annonce qu'&#171; &lt;em&gt;hier, la voirie a mis en chantier le creusement des tranch&#233;es de circonstance, en attendant leur transformation en tranch&#233;es permanentes&#8230; Dimanche a &#233;t&#233; entrepris l'&#233;taiement des caves figurant dans les projets approuv&#233;s par les autorit&#233;s &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;1er septembre 1939 : &lt;/strong&gt;Le t&#233;l&#233;gramme num&#233;ro 5292 du pr&#233;fet, arrive &#224; la mairie d'Aigremont : &#171; &lt;em&gt;Adresse &#224; partir de ce soir : &#233;clairage public tout &#233;teint. &#201;clairage de guerre &#233;tant r&#233;alis&#233;e sur tension. M&#234;me mesure pour devantures des magasins et les bureaux en permanence &#233;teints, si besoin. Sign&#233; le pr&#233;fet de Seine-et-Oise. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;2 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;Mobilisation g&#233;n&#233;rale. La nouvelle est annonc&#233;e en France et en Grande-Bretagne.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;3 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;La France et l'Angleterre d&#233;clarent la guerre &#224; l'Allemagne et les soldats fran&#231;ais rejoignent leur cantonnement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Odette Leli&#233;gard (trente ans &#224; l'&#233;poque) se souvient : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;La d&#233;claration de guerre, on en parlait longtemps &#224; l'avance. J'ai appris &#231;a par les affiches &#224; la Mairie, et puis il y en avait d&#233;j&#224; qui avaient des postes de radio. Je n'avais personne de ma famille qui partait : mon mari avec les cinq gosses, il ne partait pas. On avait d&#233;j&#224; &#224; Aigremont les soldats de la DCA dans le Fonds de Martinval. Ils &#233;taient venus en 1938, ils &#233;taient repartis, puis ils &#233;taient revenus en 1939. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit de la mobilisation de Th&#233;o Le Ruyer, ouvrier agricole &#224; Aigremont : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;On &#233;tait &#224; Saint-Germain-en-Laye en train de biner et il y en a un, en passant, qui nous dit que c'&#233;tait d&#233;clar&#233;. Eh ben, on a quitt&#233; la binette et comme il y avait un bistrot &#224; c&#244;t&#233;, on a &#233;t&#233; boire un canon. Apr&#232;s, on a vu des affiches sur le mur de la mairie. Le lendemain, il y avait beaucoup de monde qui les regardait. Moi je suis parti le lendemain, &#224; Sens, par le train de Poissy : M. Dubreuil nous avait emmen&#233;s en camionnette jusqu'&#224; Beauregard. On est arriv&#233; vers cinq heures. On a fait un tour dans Sens et on en a trouv&#233; d'autres qui &#233;taient l&#224;. On n'est pas entr&#233; &#224; la caserne tout de suite : on a fait la f&#234;te. C'&#233;tait le 89&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, &#8220;le R&#233;giment du Royal Su&#233;dois&#8221;. D&#233;j&#224; en 38, &#231;a avait commenc&#233; un peu. J'&#233;tais le seul d'Aigremont dans mon r&#233;giment. On n'&#233;tait que deux Bretons dans ce r&#233;giment-l&#224; : un nomm&#233; Lalanne&#8230; On est parti le surlendemain. On est mont&#233; dans le train, on ne savait o&#249; on allait. On est descendu jusqu'&#224; Nevers. On a dit : &#8220;&#231;a y est, on va sur la fronti&#232;re italienne.&#8221; Dans la nuit apr&#232;s, on a dormi. Puis &#224; &#201;pinal on a dit : &#8220;non c'est pas la fronti&#232;re italienne, on remonte l&#224;-haut&#8221;. On est descendu &#224; la gare de Mutzich. Dans la nuit, on est parti &#224; Obernai o&#249; on a pass&#233; une nuit. Puis, on est parti dans un petit coin &#224; c&#244;t&#233; du mont Saint-Odile. Apr&#232;s, on a tra&#238;n&#233; un peu partout. On est mont&#233; sur les bords du Rhin o&#249; on est rest&#233; une quinzaine de jours. On &#233;tait bien. On voyait juste un avion allemand qui tournait autour de nous : c'&#233;tait le Rhin ! Puis nous, on &#233;tait &#224; plat ventre, comme &#231;a, sur les bords du Rhin &#224; regarder les Allemands. Ils avaient des casemates tout le long du Rhin. Apr&#232;s on est parti de l&#224;, on a &#233;t&#233; huit jours &#224; Reichoffen. On a vu le monument des cuirassi&#233;s de soixante-dix. Apr&#232;s on est mont&#233; tout le long de la Meuse et on n'a plus boug&#233; de l&#224;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;4 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;La 31&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; brigade du 407&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment de DCA, 169&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; batterie, arrive &#224; Aigremont et cantonne &#224; deux endroits : Dans le creux de Martinval, entre Aigremont et Chambourcy. Deux tentes abritent les soldats. Une ligne t&#233;l&#233;phonique leur est r&#233;serv&#233;e. Les mat&#233;riels d'&#233;coute et de d&#233;tection des avions sont install&#233;s la. Georges Mesl&#233;, se souvient : empruntant la route pour aller au cat&#233;chisme &#224; Chambourcy il s'arr&#234;tait pour discuter avec les soldats. Apr&#232;s l'autoroute, &#224; la ferme du Poux, sur une portion de territoire appartenant &#224; Aigremont, sont install&#233;es les batteries et les tentes des servants. La troupe occupe &#233;galement le fortin situ&#233; &#224; droite de la mare de la ferme et qui avait &#233;t&#233; construit en 1914.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Du 4 au 8 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;La batterie d'Aigremont r&#233;quisitionne des petits mat&#233;riels pour organiser ses cantonnements et les bons de r&#233;quisition, sign&#233;s par les lieutenants D&#233;plante et Coste seront pay&#233;s en 1940 par l'administration de l'&#201;tat fran&#231;ais p&#233;tainiste. On annonce la r&#233;quisition g&#233;n&#233;rale des chevaux et des camions.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit de Georges Mesl&#233;, enfant &#224; cette &#233;poque, et fils du maire : &lt;/strong&gt;&#171; &lt;em&gt;L'arm&#233;e fran&#231;aise a r&#233;quisitionn&#233; en 1939, &#224; peu pr&#232;s tous les moyens de travail des paysans, c'est-&#224;-dire leurs chevaux et leurs camionnettes. Il a fallu reconstituer l'outil de travail en achetant des chevaux &#8220;entiers&#8221;, puisque l'arm&#233;e ne prenait que les chevaux &#8220;hongres&#8221;. Tout le monde a fabriqu&#233; les camionnettes en partant des voitures de tourisme pour pouvoir de nouveau livrer aux Halles de Paris. Vous auriez vu &#231;a dans le pays : toutes les camionnettes &#233;taient des Hotchkiss. &#187;&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;&#201;mile Marbouty&lt;/strong&gt; livrera sa moto Terrot le deuxi&#232;me jour de la mobilisation.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;4 septembre : &lt;/strong&gt;le conseil municipal d'Aigremont vote un cr&#233;dit de 500 fr. pour les d&#233;penses de d&#233;fense passive.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;5 septembre 1939, &lt;/strong&gt;la mairie de Versailles communique : &#171; &lt;em&gt;5.000 masques &#224; gaz seulement vont &#234;tre distribu&#233;s. Mani&#232;re de respirer sous le casque : il est recommand&#233; de ne pas s'affoler d&#232;s que l'on porte un masque, mais de respirer au rythme de la respiration normale &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; Le m&#234;me jour, le cin&#233;ma l'Alhambra joue : &#171; &lt;em&gt;La fin de Zorro &#187;&lt;/em&gt; et &#171; &lt;em&gt;Les lumi&#232;res de Paris &#187;&lt;/em&gt;. Le cin&#233;ma le Cyrano : &#171; &lt;em&gt;Un port &#187;&lt;/em&gt;, le cin&#233;ma le Kursaal : &#171; &lt;em&gt;La bataille de l'or &#187;&lt;/em&gt; et &#171; &lt;em&gt;L'&#233;nigmatique M. Moto &#187;&lt;/em&gt;, Le Palace : &#171; &lt;em&gt;Retour &#224; l'aube &#187;&lt;/em&gt;. Le journal publie la liste de la distribution des prix du lyc&#233;e Hoche, en m&#234;me temps que &#171; &lt;em&gt;Les mesures de r&#233;pression du pillage en temps de guerre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Samedi 9 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;&#171; &lt;em&gt;Dans la cour de l'h&#244;tel de ville de Versailles, c'est le d&#233;part de 200 enfants vers des r&#233;gions moins expos&#233;es&#8230; &#192; sept heures, le signal de d&#233;part &#233;tait donn&#233; : des autocars emmenant les enfants&#8230; vers Rambouillet o&#249; ils s&#233;journeront avant de recevoir une destination vers l'Allier et L'H&#233;rault. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Fin septembre 1939 : &lt;/strong&gt;Une &#171; &lt;em&gt;Note du service de la main-d'&#339;uvre scolaire du minist&#232;re de l'Agriculture demande que les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole d'Aigremont ramassent les ch&#226;taignes dans la for&#234;t pour permettre la fabrication de la poudre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;26 septembre 1939 : &lt;/strong&gt;&#171; &lt;em&gt;Logement et cantonnement des troupes : le maire de Versailles rappelle que le logement des officiers ouvre droit &#224; une indemnit&#233; de trois francs par lit d'officiers, et d'un franc par lit de sous-officiers et d'homme de troupe &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; J'ai retrouv&#233; le brouillon d'une lettre &#233;crite par le maire au pr&#233;fet :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;J'ai l'honneur de porter &#224; votre connaissance les difficult&#233;s qui se renouvellent chaque jour pour le transport aux Halles de Paris des l&#233;gumes et des fruits, par suite de la r&#233;quisition des camions. Dans les quinze premiers jours la mobilisation, une grande partie de la r&#233;colte &#233;tait perdue faute de pouvoir &#234;tre transport&#233;e. &#192; la suite de mon intervention aupr&#232;s de M. le commandant d'armes de Saint-Germain-en-Laye et gr&#226;ce &#224; son empressement &#224; mettre un camion militaire &#224; notre disposition, nous avons pu transporter une partie de nos produits, mais le mat&#233;riel dont nous disposons est encore tr&#232;s insuffisant&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;3 octobre 1939 : &lt;/strong&gt;Le journal Les Nouvelles de Versailles et de Seine-et-Oise, modifie son titre qui devient : &#171; &lt;em&gt;Les Nouvelles de Versailles, bulletin municipal pendant la dur&#233;e des hostilit&#233;s &#187;&lt;/em&gt;. &#192; Versailles, l'arm&#233;e ach&#232;te des couvertures &#224; la population et paye quatre-vingts francs pour les couvertures de 120 x180 et 160 fr. pour celle de 140x180.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 17 octobre,&lt;/strong&gt; la p&#233;nurie de papier oblige le journal &#224; diminuer son format de moiti&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Octobre 1939. &lt;/strong&gt;Premi&#232;re lettre des soldats &#224; leur famille :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Charles Aubrun, &lt;/strong&gt;mobilis&#233;, &#233;crit &#224; son ami Ren&#233; Mesl&#233;, Maire d'Aigremont :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Mon vieux Ren&#233;,&lt;br /&gt; Ici, la vie est toujours monotone, et &#224; quand la fin ? Enfin, j'esp&#232;re bient&#244;t &#234;tre des v&#244;tres. Voici l'adresse du pitaine : capitaine Grivot, commandant la 2e compagnie du 215&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#224; Saint-Ouen-l'Aum&#244;ne. Je te quitte en t'en serrant cinq.&lt;br /&gt; Ton vieux pote, Charles Aubrun au 215 RR 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; C&lt;sup&gt;ie&lt;/sup&gt; 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; section, Route de Montmorency, Damon (S. et O.) &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Gabriel (&#8230; ?), &lt;/strong&gt;mobilis&#233;, &#233;crit &#224; Ren&#233; Mesl&#233; :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Je viens de recevoir ta lettre du 15, je vois que tu n'as pas perdu de temps, les amis restent les amis. Je te remercie. Malheureusement, je dois te dire que les choses se compliquent et on nous a annonc&#233; samedi que les &#8220;Perms&#8221; agricoles sont supprim&#233;es dans la zone des arm&#233;es. Alors, il nous faut attendre, mais ce n'est peut-&#234;tre que provisoire. Mes copains sont avec moi. Nous buvons de la bibine. Le pinard est rare et vaut sept francs le litre. Ce n'est pas la vie de ch&#226;teau. Mais j'esp&#232;re r&#233;sister quand m&#234;me. Je te quitte ma vieille branche, en esp&#233;rant beaucoup sur le r&#233;sultat de tes d&#233;marches et en te disant &#224; bient&#244;t et j'esp&#232;re que tu feras connaissance avec mes nouveaux &#8220;poteaux&#8221; au cours d'une d&#233;gustation de portugaises.&lt;br /&gt; Avec mes remerciements anticip&#233;s, une cordiale poign&#233;e de main,&lt;br /&gt; Gabriel (&#8230;) 221&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; RT 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; s. 15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; C&lt;sup&gt;ie&lt;/sup&gt; 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bataillon, Sion S.P. N&lt;sup&gt;&#176;&lt;/sup&gt; 52 &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;(Ren&#233; Mesl&#233;, &lt;/strong&gt;le maire d'Aigremont, &#233;tait &#224; la m&#234;me &#233;poque sergent au 5e G&#233;nie &#224; Plaisance dans le Gers.)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;9 d&#233;cembre 1939 : &lt;/strong&gt;Le conseil municipal aigrement d&#233;cide &#171; &lt;em&gt;l'envoi de colis aux soldats de la commune &#224; l'occasion des f&#234;tes de No&#235;l, ainsi que l'achat de laine pour la confection, par les enfants de l'&#233;cole, de cache-nez destin&#233;s aux soldats d'Aigremont &#187;&lt;/em&gt;. Ces mesures seront mises en &#339;uvre par une commission compos&#233;e de MM. Dalifard, Marbouty et Laporte.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;6 janvier 1940 : &lt;/strong&gt;&#192; onze heures du matin, le t&#233;l&#233;gramme suivant arriva la mairie : &#171; &lt;em&gt;en ex&#233;cution de d&#233;cisions intendance militaire, ordre de r&#233;quisitionner, foin regain et paille vous est donn&#233;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Mardi 23 janvier 1940 : &lt;/strong&gt;le froid est si vif, que l'on patine sur la pi&#232;ce d'eau des Suisses &#224; Versailles.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;20 f&#233;vrier, Versailles : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Georges Truffaut fait don &#224; la ville de Versailles de 2.000 oignons de tulipe. Le maire a pens&#233; qu'il y avait lieu de placer des fleurs dans les tranch&#233;es et les abris &#233;tablis devant l'h&#244;tel de ville et que ce serait l&#224; une excellente occasion de masquer les horribles tas de terre par une jolie d&#233;coration florale. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Cette r&#233;clame para&#238;t dans tous les journaux : &#171; &lt;em&gt;Donnez votre ferraille nous en ferons des armes ! &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Jeudi 27 f&#233;vrier : &lt;/strong&gt;Les Nouvelles de Versailles : &#171; &lt;em&gt;Le lieutenant commandant la 144&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; batterie de DCA (&#233;tablie &#224; Rocquencourt) convie les officiers des environs et leurs hommes disponibles, &#224; l'inauguration du foyer du fort de Bois-d'Arcy. Au programme : la d&#233;licieuse Ir&#232;ne Hilda, la voix splendide de Bertot, de l'Op&#233;ra, le talent si souvent vant&#233; de Charlotte Lys&#232;s &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;5 mars 1940 : &lt;/strong&gt;L'Alhambra de Versailles Hall &#171; &lt;em&gt;la B&#234;te humaine &#187;&lt;/em&gt; de Jean Renoir, avec Jean Gabin.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;19 mars 1940 : &lt;/strong&gt;C'est l'inauguration du pont de Saint-Cloud, qui donne acc&#232;s &#224; l'autoroute de l'Ouest.&lt;br /&gt; On annonce que les cartes d'alimentation entreront en vigueur dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 avril 1940.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;9 avril 1940. &lt;/strong&gt;Les Nouvelles de Versailles publient la photo de la tour tronqu&#233;e du d&#233;sert de Retz, avec cet article : &#171; &lt;em&gt;Samedi six, malgr&#233; la guerre, la France pense &#224; ces richesses naturelles, &#224; ses beaut&#233;s, &#224; son avenir touristique. C'est ainsi que le Journal Officiel vient de publier une s&#233;rie de monuments historiques class&#233;s en 1939. Pour l'arrondissement de Versailles, figure, dans la for&#234;t de Marly, le pavillon chinois du d&#233;sert de Retz, le temple de Pan, la Pyramide, la Porte donnant sur la for&#234;t de Marly. On sait que cet ensemble se trouve non loin de la nouvelle autoroute en cours d'ach&#232;vement et que cette autoroute en facilitera la visite &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;9 avril 1940 : &lt;/strong&gt;Le conseil municipal de Versailles proc&#232;de &#224; l'&#233;lection des membres de la commission du prix de vertu pour l'ann&#233;e 1940.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;15 mai 1940. &lt;/strong&gt;Des masques &#224; gaz sont remis par la mairie aux mara&#238;chers d'Aigremont qui vont aux halles de Paris, c'est-&#224;-dire : Laporte Adrien, Haloche Gilbert, Juignet Ir&#233;n&#233;e, Mesl&#233; Ren&#233;, recevant la totalit&#233; des tailles ordinaires, tandis que Mesdames Ren&#233; Mesl&#233; et Camille Louvet et MM. Mesl&#233; Jean et Marbouty Edmond re&#231;oivent des petites tailles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; De fin mai &#224; fin juin 1940, de nombreuses troupes fran&#231;aises vont stationner&lt;br /&gt; &#224; Aigremont et Chambourcy. Tout d'abord, les Chasseurs Alpins et la DCA.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le 3 juin 1940,&lt;/strong&gt; arrive &#224; Aigremont et &#224; Chambourcy et &#224; Aigremont le 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bataillon de chasseurs alpins. Rappelez-vous qu'il il y avait d&#233;j&#224; une batterie DCA install&#233;e &#224; Aigremont depuis septembre 1939 &lt;strong&gt;D'apr&#232;s Georges Mesl&#233;,&lt;/strong&gt; ce r&#233;giment de Chasseurs Alpins &#233;tait enti&#232;rement motoris&#233; de neuf, avec des canons antichars, et revenait de Narvik (exp&#233;dition de Norv&#232;ge). Les soldats resteront quelques jours et repartiront vers Reims le 4 ou 5 juin &#224; pied, car leur mat&#233;riel automobile leur avait &#233;t&#233; enlev&#233;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit de Mme Sergent&lt;/strong&gt; qui &#233;tait alors enfant : &#171; Il y a lui eu &#224; ce moment-l&#224;, des Chasseurs alpins du 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; qui ont bivouaqu&#233; &#224; Aigremont pendant quelques jours. Il y avait plein la maison. Il y avait des officiers dans les chambres, des soldats qui venaient chercher de l'eau et des tas de choses tout le temps : &#233;videmment, ils &#233;taient perdus dans le pays. Quand ils sont partis, on n'a jamais plus eu de nouvelles&#8230; ils nous avaient dit qu'ils nous &#233;criraient&#8230; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit d'Odette Leli&#233;gard d&#233;j&#224; cit&#233;e :&lt;/strong&gt; &#171; Quand on est parti en exode, il y avait des soldats fran&#231;ais chez moi. Ils logeaient sous le hangar dans la cour. On avait voulu les mettre dans l'&#233;curie, mais on nous a dit qu'il ne fallait pas qu'ils soient l&#224;. Il y avait des canons, un canon en bas de la sente qui monte au bois et un autre beaucoup plus haut. &#187; Certains de ces hommes ont laiss&#233; leurs noms grav&#233;s dans la petite porte de la villa des Aulnes. Avant la destruction de cette porte en 1985, j'avais photographi&#233; un graffiti : &#171; Puech &#187; &#224; c&#244;t&#233; d'un c&#339;ur grav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Dans son livre &#171; Les D&#233;combres &#187;, l'&#233;crivain Lucien Rebatet&lt;br /&gt; d&#233;crit longuement tous ces cantonnements :&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; Lors de l'arriv&#233;e de ces Chasseurs Alpins dans les tous premiers jours de juin, les lieux grouillaient d&#233;j&#224; des soldats de la 107e compagnie du Deuxi&#232;me Centre d'Organisation Automobile de l'Arm&#233;e - le C.OR.A2, dont le quartier g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; Poissy. L'&#233;crivain Lucien Rebatet, dans son livre &#171; Les D&#233;combres &#187; qu'il &#233;crivit apr&#232;s la guerre, a longuement &#233;voqu&#233; les semaines qu'il a pass&#233;es &#224; Chambourcy et Aigremont en tant que &#171; tringlot &#187; de la 107e. Je vais donc citer longuement ce livre car il d&#233;crit la vie dans nos deux villages de tous ces soldats qui attendent avec un mat&#233;riel dernier cri et flambant neuf de monter enfin en ligne et qui se replieront honteusement sans avoir jamais combattu, dans ce qui fut en fait la d&#233;b&#226;cle. Je signale que Rebatet fut condamn&#233; &#224; mort &#224; la Lib&#233;ration pour antis&#233;mitisme, puis graci&#233;. Ma longue citation sera amput&#233; des passages violemment antis&#233;mites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre randonn&#233;e est fort longue dans le temps, mais br&#232;ve dans l'espace. Apr&#232;s trois heures d'extraordinaires lacets, nous arrivons au-dessus de Saint-Germain, &#224; Poissy, o&#249; si&#232;ge notre nouvelle unit&#233;. Nous apprenons qu'elle se nomme le C.OR.A2, soit le 2e centre d'organisation automobile de l'arm&#233;e. On nous dirige aussit&#244;t sur la compagnie qui nous attend, la 107&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, qui loge &#224; trois kilom&#232;tres, &#224; Chambourcy, (Aigremont et Chambourcy sont deux petits villages contigus) un petit village tr&#232;s banal de mara&#238;chers, &#224; flanc de coteau, au milieu des vergers et des potagers. En sortant de la banlieue imm&#233;diate de Paris, on a quitt&#233; le pays civil. L'arm&#233;e r&#232;gne en ma&#238;tresse. On sent la troublante proximit&#233; de la guerre. On s'aper&#231;oit tout &#224; coup que l'arri&#232;re front est &#224; vingt kilom&#232;tres de la place de l'Op&#233;ra. Chambourcy, fourmillant d&#233;j&#224; des tringlots de la 107&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, vient d'&#234;tre envahi, dans le soir qui tombe, par une horde de Chasseurs alpins. J'entends autour de moi tous les accents du Sud-Est. J'aborde un gars joyeux qui est de la Dr&#244;me. Il arrive de Norv&#232;ge avec son bataillon. Plus exactement, il est all&#233; jusqu'en vue des c&#244;tes. L&#224;, les bateaux ont fait demi-tour. Ils sont retourn&#233;s en &#201;cosse : &#171; Ah ! Mon gars, tu parles d'une r&#233;ception ! Des fleurs, des tonneaux de whisky, toutes les femmes apr&#232;s nous. On a d&#233;fil&#233; avec les cors. Ils en rotaient. Ah ! Quelle bringue ! Et tout &#224; l'&#339;il. &#199;a, je ne reverrai jamais un triomphe pareil. &#187; Il vaut mieux ne pas sourire de cette apoth&#233;ose couronnant une aussi lamentable &#233;quip&#233;e. Cette odyss&#233;e, cet enthousiasme, les &#171; Scotch girls &#187;, cela fait pour ces gar&#231;ons une &#233;norme victoire. Ils sont excit&#233;s au plus haut point, les Proven&#231;aux surtout, na&#239;vement fiers d'&#234;tre ceux de la plus longue retraite, convaincus d'&#234;tre invuln&#233;rables puisqu'ils arrivent sans dommage de si loin. &#171; On monte en ligne cette nuit. Il para&#238;t qu'on va dans le secteur de l'Oise. Alors, tu comprends, on veut rigoler un peu. &#187;&lt;br /&gt; Demain soir, ils seront sous le feu, au milieu de cette bataille inconnue qui depuis trois semaines a fait de si terrifiants ravages. Mais ils chantent, gambadent, envahissent les caf&#233;s, font un colossal et joyeux raffut, comme sous les platanes d'une vogue du midi. Mon cantonnement est le &#171; T&lt;sup&gt;bis&lt;/sup&gt; &#187; dans le grenier &#224; foin d'une petite ferme. D'instinct, comme d&#233;j&#224; dans les autobus, nous nous sommes group&#233;s d'apr&#232;s nos t&#234;tes. Nous avons laiss&#233; entre eux les mirliflores les plus musqu&#233;s. Notre escouade compte avec moi trois anciens fantassins qui donnent incontinent le ton. Pour tous les autres, c'est sans doute la premi&#232;re fois depuis neuf mois qu'ils couchent hors de leur lit. Cependant, ils ont d&#233;j&#224; l'air de troupiers. Ils se pr&#233;parent philosophiquement &#224; deux ann&#233;es de guerre. Dieu merci, je n'aurai pas &#224; subir les moues et les d&#233;licatesses de freluquets en uniforme.&lt;br /&gt; Une partie de notre bande loge au fond de la cour, dans une sorte de poulailler plus ou moins d&#233;saffect&#233;. &#192; travers un grillage qui ferme le fond, deux gaillards ont aussit&#244;t d&#233;clar&#233; leur flamme aux deux filles de la maison voisine. La plus jeune, dix-neuf ans &#224; peine, d&#233;j&#224; mari&#233;e, est tr&#232;s app&#233;tissante. Elles &#233;coutent de la meilleure gr&#226;ce les Rom&#233;o en calot qui br&#251;lent les &#233;tapes audacieusement. Il est vrai qu'ils sont clo&#238;tr&#233;s. Seul, l'avocat m'emb&#234;te. Je me demande pourquoi il nous a suivis. Il est d&#233;sign&#233; pour le poulailler. Il y p&#233;n&#232;tre, la mine inqui&#232;te et offens&#233;e, soulevant du bout de l'ongle une toile d'araign&#233;e, garant sa magnifique vareuse des murs poudreux. Il ressort presque aussit&#244;t, la main devant les narines, la voix d&#233;faillante :&lt;br /&gt; &#171; - Seigneur ! Mais c'est inf&#226;me ! Quelle odeur ! Et il faut s'&#233;tendre par terre ? Ah ! mon Dieu ! jamais, non jamais je ne pourrai coucher l&#224;-dedans. &#187; Va-t-il nous casser longtemps les pieds avec ses grands airs, celui-l&#224; ? En notre qualit&#233; de derniers arrivants, nous prenions la garde le lendemain d&#232;s midi pour vingt-quatre heures, garde mont&#233;e avec un luxe de sentinelles et de consignes digne des avant-postes. Pendant la faction, ba&#239;onnette au canon, devant, la maison de notre &#233;tat-major, j'essayai de m'initier aux moeurs du C.OR.A2. On voyait passer et repasser &#224; tout instant un personnage de trente-cinq &#224; trente-six ans, nanti d'un simple galon de mar&#233;chal des logis, mais qui, &#224; sa mine d'autorit&#233;, &#224; l'&#233;norme volume d'air qu'il d&#233;pla&#231;ait autour de lui, devait &#234;tre consid&#233;rable.&lt;br /&gt; &#171; - Tu ne le connais pas encore, celui-l&#224;, me dit un poilu. C'est Loewenstein (entendez : Lovainst&#232;ne), une jolie vache. Para&#238;trait que c'est un neveu du banquier. &#187;&lt;br /&gt; Loewenstein&#8230; l'&#339;il p&#226;le et trouble, des cheveux noirs calamistr&#233;s, outrageusement longs et &#233;pais sous un k&#233;pi trop haut et trop bahut&#233;, une affectation presque caricaturale du chic &#171; cavalier &#187;, avec une cravache de chasse douteuse et des bottes vernies aux talons &#233;cul&#233;s, un m&#233;lange de sous-off pr&#233;tentieux et de barbeau de sous-pr&#233;fecture qui se flatte d'&#233;l&#233;gance tout en restant mal lav&#233;. Je vis bient&#244;t appara&#238;tre aussi notre chef, le capitaine L..., que l'on donnait pour un important bijoutier dans le civil, grand, massif, avec un mufle rogue et noiraud, qui ne pouvait &#234;tre que celui d'une brute suffisante. Le capitaine L... devait tenir du reste &#224; nous le prouver sur l'heure. Trois ouvri&#232;res en cheveux venaient de sortir d'une maison voisine et se dirigeaient vers le bout du village. L... barrait la route, omnipotent, les bottes &#233;cart&#233;es, les mains derri&#232;re le dos aga&#231;ant la cravache, la fine de son d&#233;jeuner aux joues. Les femmes pass&#232;rent &#224; c&#244;t&#233; de lui. Elles avaient fait dix m&#232;tres &#224; peine qu'il aboya :&lt;br /&gt; &#171; - Brigadier, v&#233;rifiez l'identit&#233; de ces trois-l&#224;.&lt;br /&gt; Les ouvri&#232;res s'&#233;taient arr&#234;t&#233;es interdites :&lt;br /&gt; - Mais on est du pays ! on habite &#224; vingt pas. On va &#224; notre travail, &#224; cinq minutes d'ici. &#187; L'une d'elles &#233;tait polonaise, et parlait un fran&#231;ais un peu h&#233;sitant. L... fit siffler un petit coup de cravache : -&lt;br /&gt; &#171; - Allez ! Deux hommes en armes ! foutez-moi tout &#231;a dedans, illico. &#187; La Polonaise roulait des yeux effar&#233;s. Mais l'une de ses camarades, tout &#224; fait Fran&#231;aise celle-l&#224;, une grosse rouquine visiblement forte en gueule, se d&#233;fendait avec vigueur :&lt;br /&gt; &#171; - Nos trois hommes sont mobilis&#233;s. Alors, pendant qu'ils sont en train de se faire crever la paillasse, est-ce qu'on n'a m&#234;me plus le droit d'aller gagner son pauvre bifteck ? &#187;&lt;br /&gt; La cravache de L... siffla de nouveau :&lt;br /&gt; &#171; - Allez ! Allez ! Au bloc, et en vitesse. &#187;&lt;br /&gt; Il s'&#233;loigna tr&#232;s fier de lui, trop &#233;pais pour sentir dans son dos la haine qui chargeait les regards de vingt hommes. Mais il put entendre la voix de la rouquine, qui se d&#233;battait derri&#232;re le poste parmi les grad&#233;s :&lt;br /&gt; &#171; - Si c'est comme &#231;a qu'on fait la guerre, je comprends pourquoi on n'a pas arr&#234;t&#233; les Boches. &#187;&lt;br /&gt; Vers onze heures du soir, nous nous assoupissions tant bien que mal dans le poste, une masure abandonn&#233;e, f&#233;tide et encombr&#233;e de nos corps. Un brusque jet de lumi&#232;re nous fit sursauter. Une voix dramatique commandait :&lt;br /&gt; &#171; - Six hommes en armes. Vite ! vite ! Les six premiers. C'est urgent. &#187; Je reconnus le mar&#233;chal des logis Loewenstein, une lampe &#233;lectrique &#224; la main gauche, un pistolet &#224; la droite. Nous empoign&#226;mes nos lebels dans un grand fracas. Lotwenstein commanda :&lt;br /&gt; &#171; - Derri&#232;re moi, un par un, au pas gymnastique. &#187;&lt;br /&gt; Au bout de deux cents m&#232;tres, nous f&#238;mes halte devant une maison.&lt;br /&gt; &#171; - Chargez vos fusils, souffla Loewenstein. Et maintenant, doucement. Pas de bruit. Et surtout du sang-froid ! C'en est un. C'est la deuxi&#232;me nuit que je le surveille. Je l'ai bien rep&#233;r&#233; &#224; sa lampe. Ce coup-l&#224;, nous le tenons. En avant ! &#187;&lt;br /&gt; Nous nous engage&#226;mes sur la pointe des godillots dans un petit sentier descendant, Loewenstein admirablement romantique, genoux infl&#233;chis, cou tendu, le doigt sur la d&#233;tente. J'admirais le magnifique encha&#238;nement de circonstances qui amenait un avocat, un honn&#234;te homme de plume et quatre p&#232;res de famille rassis &#224; jouer aux Indiens comanches derri&#232;re un &#233;nergum&#232;ne juif, en pleine nuit, &#224; cinq cents pas de la route de Quarante-Sous. De hautes orties garnissaient les foss&#233;s du chemin.&lt;br /&gt; &#171; - Piquez l&#224;-dedans avec votre ba&#239;onnette, murmura Loewenstein. Il est pass&#233; par l&#224;. Il s'est peut-&#234;tre cach&#233; dans le foss&#233;. &#187;&lt;br /&gt; En nous escrimant avec des &#171; rr&#226;n &#187; f&#233;roces, nous arriv&#226;mes bient&#244;t &#224; la porte d'un verger clos de murs o&#249; conduisait le chemin.&lt;br /&gt; &#171; - Nous y sommes, fit Loewenstein solennellement. Il est l&#224;, il n'a pas pu aller plus loin. Il est arm&#233;, mais ne vous affolez pas. Ne tirez pas les premiers. T&#226;chons de l'avoir vivant. Vous, et vous, sautez le mur.&lt;br /&gt; - Mais, chef, il serait peut-&#234;tre plus simple d'entrer par la porte.&lt;br /&gt; - Bien. Passez les premiers. &#187;&lt;br /&gt; On ouvrit la porte d'un coup de pied. Nous &#233;tions devant un petit champ de poiriers. Il a d&#251; se terrer au fond, d&#233;cide Loewenstein. Que chacun prenne une rang&#233;e de poiriers et la remonte. Je suis derri&#232;re pour vous &#233;clairer avec ma lampe. J'aurais donn&#233; un mois de tabac pour que nous pussions tomber sur un couple mal reculott&#233; ou avec plus de chance encore, sur le garde champ&#234;tre. Je n'ai pas besoin de dire que si un lascar muni d'une p&#233;toire quelconque avait pris la fantaisie de nous tirer dessus, avec la lampe et la remarquable strat&#233;gie de M. Loewenstein, il nous e&#251;t descendus comme &#224; la cible. Pour l'instant, c'&#233;tait moi surtout que d&#233;vorait l'envie de br&#251;ler sans crier gare mes cartouches, de simuler une chasse &#224; l'homme, de r&#233;volutionner Chambourcy et sa garnison comme Ambert dans Les Copains. Nous avions atteint le fond du champ bredouille. Le mar&#233;chal des logis Loewenstein semblait aussi d&#233;contenanc&#233; que s'il n'e&#251;t plus trouv&#233; l'ob&#233;lisque au milieu de la Concorde.&lt;br /&gt; &#171; - Je n'y comprends rien, fit-il d'un ton navr&#233;. C'est un espion. Il fait des signaux en code. Il s'est pourtant r&#233;fugi&#233; l&#224;. Enfin, allez vous coucher. Je veillerai seul. Je finirai bien par l'avoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h6 class=&#034;signature&#034; style=&#034;color:#000&#034;&gt; Fin du r&#233;cit de Rebatet&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt; Cette histoire d'espion, je l'ai entendu raconter &#224; plusieurs reprises par des habitants d'Aigremont : elle fait partie de l'histoire orale locale.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;5 juin 1940. &lt;/strong&gt;La guerre est maintenant aux portes de l'&#206;le-de-France, on craint les parachutistes et on se pr&#233;occupe de d&#233;fendre tout ce qui peut servir de terrain d'atterrissage. Dans ce but, les soldats de la batterie de DCA qui cantonnent &#224; Aigremont depuis le 4 septembre dernier, ach&#232;tent aux &#201;tablissements ISSE &#224; Orgeval, 200 pieux de 1,85 m. de long pour la somme de 554 fr. pour &#171; &lt;em&gt;la neutralisation des terrains d'atterrissage &#187;&lt;/em&gt;. Ils les planteront sur la chauss&#233;e de l'autoroute de l'Ouest qui vient d'&#234;tre inaugur&#233;e. (M&#233;moire des fournitures de Mme Veuve Jose Georges, marchand de bois &#224; Orgeval). Les Allemands feront de m&#234;me en 1944 &#224; l'approche du d&#233;barquement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE II&lt;br /&gt; La d&#233;b&#226;cle : Aigremont mai &#8211; juin 1940&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Th&#233;o Le Ruyer, &lt;/strong&gt;d'Aigremont, se souvient de la d&#233;b&#226;cle de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Il &#233;tait comme je l'ai dit plus haut, stationn&#233; &#224; ce moment-l&#224; sur les bords du Rhin : &#171; &lt;em&gt;On y a pass&#233; tout l'hiver et tout le printemps, on &#233;tait l&#224; depuis six mois. On se promenait sur les routes, les Allemands d'un c&#244;t&#233;, puis nous de l'autre, le fusil avec le canon en bas. On se voyait, mais on ne se parlait pas. Mais j'ai su qu'il y avait des Fran&#231;ais qui ont balanc&#233; des paquets de cigarettes de l'autre c&#244;t&#233; et des Allemands qui en ont balanc&#233; par ici. Les Allemands lan&#231;aient des tracts par avion : &#8220;Jeanne-d'Arc&#8221; et &#8220;les bourgeois de Calais&#8221;. Quand &#231;a a commenc&#233; &#224; taper, on a re&#231;u l'ordre de repli et le 126&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; de Brive est venu nous remplacer. On n'avait pas fait trois kilom&#232;tres, qu'ils tapaient d&#233;j&#224; sur les autres : et je suis revenu &#224; Aigremont sans tirer un coup de fusil et sans voir un char fran&#231;ais ! On &#233;tait &#224; vingt-cinq kilom&#232;tres de la ligne Maginot. On est mont&#233; dans le train sur Paris, c'&#233;tait au d&#233;but de juin quarante. On est arriv&#233; &#224; la gare d'Amiens. On y a pass&#233; une nuit, on y a relev&#233; le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Colonial qui &#233;tait l&#224;. Le lendemain, les Allemands se sont mis &#224; bombarder. Nous, ordre de repli ! On est descendu sur Beaumont-sur-Oise &#224; pied. Le pont n'&#233;tait pas saut&#233;. Sit&#244;t qu'on &#233;tait pass&#233;s, tant pis pour les autres, ils ont fait sauter le pont ! Mais nous on &#233;tait pass&#233;s. On a dormi &#224; Beaumont une nuit. Quand on s'est r&#233;veill&#233; le lendemain matin : plus d'officier ! Ils s'&#233;taient taill&#233;s ! Plus de commandement ! Il fallait que chacun se d&#233;brouille comme il pouvait. Moi je me suis dit : ils sont partis, alors moi aussi ! Je suis mont&#233; dans un camion d'artillerie : j'ai demand&#233; o&#249; il allait, il allait sur Enghien-les-Bains. Ou par l&#224;&#8230; Je me suis dit : allons-y ! &#192; Enghien, je suis all&#233; &#224; pied jusqu'&#224; &#201;pinay-sur-Seine : j'ai trouv&#233; un v&#233;lo, mais on me l'a piqu&#233;. Il y avait un flic, qui &#233;tait l&#224;, et qui m'a arr&#234;t&#233;. J'&#233;tais encore en uniforme et j'avais mon mousqueton. Il me dit : o&#249; c'est que tu vas ? Je lui ai r&#233;pondu : je n'en sais rien, alors je vais rentrer chez moi si je ne peux pas aller ailleurs. Il me dit : oui, mais les Allemands sont d&#233;j&#224; pass&#233;s. Alors je lui ai r&#233;pondu : mais moi je ne les ai pas vus. Il me dit : mets-toi en civil tout de suite et donne-moi ton mousqueton ! &#192; &#201;pinay-sur-Seine, il y avait une vieille femme qui &#233;tait l&#224;. Je lui demande si elle n'avait pas de vieilles fringues civiles &#224; me donner : &#8220;Monsieur, ne vous en faites pas ! Il y a une grande maison l&#224;, et il y a tout ce qu'il faut de dedans.&#8221; Je suis entr&#233; dans la maison, j'ai pris des fringues, je me suis habill&#233; et j'ai pris un tandem aussi et je suis arriv&#233; en tandem au V&#233;sinet. L&#224;, il n'y avait plus de pont pour traverser la Seine. Alors, comme il avait un bistrot ouvert, j'y suis all&#233; et ils m'ont dit : il y a des pompiers qui traversent la Seine. Et j'ai travers&#233; avec les pompiers et mon tandem sur des barques. Les Allemands &#233;taient l&#224;, ils arrivaient d&#233;j&#224;. Je suis arr&#234;t&#233; par le maire de Port-Marly. Je lui dis : &#8220;je cherche mon r&#233;giment.&#8221; Il me dit : &#8220;pas possible ! Les Allemands sont l&#224; ! Il ne faut pas y aller, car ils ont besoin de quelqu'un !&#8221; Je dis : &#8220;Oh merde ! Il me r&#233;pond : avez-vous mang&#233; ? Tiens, il y a un restaurant l&#224;.&#8221; Et hop ! il entre avec moi et me paye un canon et il me donne &#224; manger&#8230; il n'y avait que des nouilles &#224; la sauce tomate pour manger. Puis un Breton qui &#233;tait avec moi me dit : &#8220;chez nous, on ne mange pas sans pinard, merde !&#8221; Dix minutes apr&#232;s, le voil&#224; qui s'am&#232;ne avec deux litres de pinard : on avait chacun un. C'est alors que les Allemands sont arriv&#233;s. Ils ne comprenaient pas le fran&#231;ais, ils nous embarquent jusqu'&#224; Rambouillet. Ils vidaient l'h&#244;pital de Rambouillet et balan&#231;aient tout &#231;a par les fen&#234;tres : ils nous disaient : &#8220;si vous avez besoin de quelque chose, prenez ce que vous voulez&#8221;. Moi j'ai pris une paire de godasses presque neuves. Puis de l&#224;, je suis revenu &#224; Port-Marly. Puis le soir, j'ai repris mon tandem et j'ai pris par l'autoroute par Fourqueux et Feucherolles, et je suis le premier &#224; avoir roul&#233; en tandem sur une autoroute ! C'est l&#224; que j'ai trouv&#233; un copain qui m'a dit : &#8220;ne va pas &#224; Aigremont, il n'y a plus personne l&#224;-bas, tout le village est parti vers le sud.&#8221; C'&#233;tait le 17 juin 1940, l'armistice n'&#233;tait pas encore sign&#233;. &#192; Aigremont, il n'y avait plus que M. Louis Manissier, la Goulue et le Baron ! Tous les autres &#233;taient partis&#8230; J'ai recommenc&#233; &#224; travailler, car on pouvait d&#233;j&#224; cueillir les framboises. Les gens d'Aigremont sont rentr&#233;s, pour les premiers vers le 21 juin&#8230; la premi&#232;re, c'&#233;tait la femme &#224; Guillemette&#8230; Ils &#233;taient partis avec tous les chevaux, les chevaux ne sont pas rentr&#233;s tout de suite. Il y a la m&#234;me qui ne sont rentr&#233;s qu'au d&#233;but de juillet. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Et c'est au tour des troupes fran&#231;aises stationn&#233;es &#224; Chambourcy et &#224; Aigremont&lt;br /&gt; de se &#171; &lt;em&gt;replier &#187;&lt;/em&gt; en catastrophe sans n'avoir jamais affront&#233; les Allemands&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Je reprends le r&#233;cit de Lucien Rebatet (Les D&#233;combres) : &lt;/strong&gt;&#171; Minuit sonnait. C'&#233;tait mon tour de garde sur un carrefour, &#224; l'entr&#233;e de Chambourcy. J'&#233;tais encore hilare de notre promenade Peau-Rouge. Mais &#224; vrai dire, il y avait dans cette nuit printani&#232;re assez de phantasmes flottants pour chavirer une imagination un peu prompte &#224; s'&#233;mouvoir. Des lueurs soudaines, projecteurs, fus&#233;es &#233;tranges, sillonnaient l'immense firmament. Parfois le rai lumineux &#233;tait si violent et fugace qu'on ne pouvait l'identifier. Des avions r&#244;daient, avec cette lourde lenteur, cette insistance malveillante qu'ils semblent prendre lorsqu'on ne les voit pas. Vers Paris, des batteries antia&#233;riennes d&#233;clenchaient leurs &#233;clairs spasmodiques. Un grondement monta et se rapprocha. Une colonne de blind&#233;s d&#233;bouchait &#224; quelques centaines de m&#232;tres plus bas, sur la route de Quarante-Sous. Les chenilles se suivaient &#224; courte distance. Puis venaient de longues files de camions, puis encore des chenilles. L'assourdissant et interminable convoi d&#233;ferlait dans les t&#233;n&#232;bres de toute sa vitesse. Ce ne pouvait &#234;tre qu'un renfort alert&#233; en h&#226;te. Un phare trouait la nuit, le temps de deux tours de roue, je percevais un bref cri d'homme, qui traversait le fracas et semblait pr&#233;cipiter plus vite encore ces masses d'acier et ces soldats vers la bataille. Un brigadier de ronde &#233;tait venu m'avertir que je ne serais pas relev&#233;. Le mar&#233;chal des logis Loewenstein avait donn&#233; l'ordre de doubler toutes les sentinelles. Mon compagnon arriva &#224; pas lents de laboureur. C'&#233;tait un grand diable de cul-terreux picard, dont je ne distinguais pas le visage, avec un accent presque inintelligible. J'&#233;coutais toujours le d&#233;fil&#233; press&#233; des blind&#233;s. Mes paupi&#232;res s'appesantissaient. Cette faction devenait &#233;reintante. Je maudissais Loewenstein et ses lubies. Vers trois heures et demie, un roulement sourd nous fit dresser les oreilles. Il arrivait du fond de l'horizon, ponctu&#233; de d&#233;tonations graves et puissantes.&lt;br /&gt; - &#201;coute, fis-je, la D. C. A. ne fait pas ce bruit-l&#224;. &#199;a vient du Nord. Il y a de grosses pi&#232;ces qui tirent. C'est un vrai bombardement &#187;.&lt;br /&gt; Le Picard eut une esp&#232;ce de rire f&#234;l&#233; : - T'in fais p&#244;, va ! &#199;a, mon gars, c'est cor' les Boch's qu'ont crev&#233; l'front. Tu peux m'cro&#232;re. J'sins d'pr&#232;s d'Avesnes. J'en deviens. J'les &#244; vus &#224; l'ouvrage. Passeront ben partout. Sav' fair' la guerre, ces copains-l&#224;. &#199;a y est, ont crev&#233; l'front.'&lt;br /&gt; Le paisible proph&#232;te, sans plus s'attacher &#224; une aussi parfaite &#233;vidence, encha&#238;na :&lt;br /&gt; - Commencent &#224; nous fair' chier, acque leur putain d'garde. J'ir&#244; ben m'coucher, mou&#233; ! je sins tout refroidi.&lt;br /&gt; J'&#233;tais tendu tout entier vers cette lointaine rumeur. Ce ne pouvait &#234;tre qu'une gigantesque canonnade, que la vall&#233;e de l'Oise apportait jusqu'&#224; nous. La bataille, que cette nuit en travail faisait pressentir, avait d&#251; s'allumer par l&#224;. L'aube se leva. Le canon se tut tout &#224; coup. L'artillerie avait sans doute d&#233;j&#224; termin&#233; sa besogne. L'infanterie devait entrer maintenant dans le combat, &#224; l'heure classique de l'assaut : - Va, est ben s&#251;r qu'ont crev&#233;. &#187;&lt;br /&gt; Quelques heures plus tard, les premi&#232;res nouvelles de l'offensive allemande nous arrivaient, rapidement confirm&#233;es par les communiqu&#233;s. La bataille s'&#233;tendait de la mer jusqu'&#224; Laon. Avec une rapidit&#233; m&#233;thodique et inexorable, les Allemands, sit&#244;t Dunkerque liquid&#233;, avaient retourn&#233; leur &#233;norme machine de guerre, pulv&#233;risant les candides espoirs de contre-attaque. C'&#233;tait cette fois la ru&#233;e certaine et d&#233;cisive, face &#224; Paris, droit sur nous&#8230; &#8230; Il me semblait que je ne serais jamais assez riche de notes, de d&#233;tails, pour faire revivre ces semaines de juin 1940 dont nous sortions effar&#233;s. Apr&#232;s plus d'une ann&#233;e de recul, elles m'apparaissent sous des proportions beaucoup plus modestes, dans le d&#233;roulement de l'immense drame dont elles n'ont &#233;t&#233; que l'une des premi&#232;res sc&#232;nes, vite jou&#233;. Je me sens recru aussi de courtelinades pitoyables&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Le canon de l'attaque allemande avait redoubl&#233; sur-le-champ l'activit&#233; du C.OR.A2. Le brigadier-trompette, une sorte de gros charcutier alsacien couleur de saucisse, d&#233;valait Chambourcy, dress&#233; sur un v&#233;lo, sonnant au rassemblement comme les housards de Lasalle sonnaient la charge. Coudes au corps, nous nous pr&#233;cipitions vers le grand parc devenu notre Champ de Mars, pour nous trouver face au mar&#233;chal des logis Loewenstein, arpentant d'une botte nerveuse un petit tertre, au milieu d'un &#233;tat-major anxieux et muet. Les initi&#233;s arrivaient par petits paquets au bout d'une demi-heure et de deux ou trois autres rappels de trompette. Quand le cercle s'&#233;tait suffisamment &#233;paissi autour de lui, M. Loewenstein, d'un timbre o&#249; retentissait toute la gravit&#233; de l'heure, faisait sortir du rang six hommes et un brigadier pour une corv&#233;e de paille, puis ordonnait de rompre. Dix minutes ne s'&#233;taient pas &#233;coul&#233;es qu'&#233;clatait de nouveau la trompette imp&#233;rieuse : Attention les bleus, &#231;a va ch.... ! et M. Loewenstein, apr&#232;s une m&#233;ditation napol&#233;onienne, d&#233;p&#234;chait six autres hommes sur une camionnette pour chercher &#224; Poissy des marmites qui ne s'y trouvaient pas. Je suis au regret d'&#233;plucher encore ces infimes sottises...&lt;br /&gt; &#8230;.mais ce n'est point ma faute si chacune de nos heures se d&#233;roulait ainsi dans un corps archi-moderne, &#224; deux heures de roues d'une bataille qui achevait de d&#233;cider de la guerre pour la France, o&#249; nous venions d'apporter, dans notre incorrigible candeur, nos images d'une arm&#233;e talonn&#233;e par la plus terrible n&#233;cessit&#233;, se d&#233;terminant aux moyens extr&#234;mes, faisant fl&#232;che de tout bois. Nous d&#233;couvrions que parmi les effectifs pr&#233;sents du C.OR.A2, l'un des rouages essentiels, l'une des r&#233;serves de combat de l'arme automobile, vaste r&#233;giment de camions neufs pour pr&#233;ciser encore, il s'en trouvait pr&#232;s de la moiti&#233; qui n'avaient jamais touch&#233; un volant de leur vie, un dixi&#232;me &#224; peine qui poss&#233;d&#226;t son permis de poids lourds&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Le C.OR.A2 poss&#233;dait dans la for&#234;t, &#224; quatre lieues de ronde, un parc &#233;norme de v&#233;hicules, des files de camionnettes arriv&#233;es tout droit des grandes usines fran&#231;aises, des centaines de camions am&#233;ricains battants neuf, enti&#232;rement &#233;quip&#233;s, acquis et amen&#233;s &#224; prix d'or, des White, des Studebacker, des Dodge, le dernier cri de la m&#233;canique lourde, des mastodontes capables d'enlever quarante hommes ou cinq tonnes de munitions &#224; quatre-vingts kilom&#232;tres dans l'heure. Mais notre &#233;tat-major, et au-dessus de lui toute la hi&#233;rarchie du train des &#233;quipages, &#233;tait devant cet admirable mat&#233;riel comme des Canaques devant une linotype. Pour notre compagnie en tout cas, on avait vite fait, aid&#233; de quelques mots des anciens du &#171; noyau &#187;, d'embrasser son activit&#233;. Nous avions vu notre capitaine dans l'exercice essentiel de ses fonctions, celles d'un de ces vains butors qui trouvent dans le galon l'accomplissement de leur nature, toutes les licences d'une obtuse tyrannie...&lt;br /&gt; ...La compagnie, de notori&#233;t&#233; publique, &#233;tait enti&#232;rement livr&#233;e aux inspirations d'un d&#233;traqu&#233;, le mar&#233;chal des logis Loewenstein&#8230; &#8230; Le capitaine L. T... se composait tour &#224; tour entre ses t&#233;l&#233;phones les personnages du limier infaillible, du diplomate d'ambre, du soldat d'airain. Loewenstein, lui, se jouait le r&#244;le du dur &#224; cuire, du rempil&#233; boucan&#233; de la coloniale, du p&#232;te-sec des hussards, intr&#233;pide et inflexible&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Loewenstein vivait l'&#233;pop&#233;e entre Poissy et Chambourcy, n'ayant au demeurant, depuis le d&#233;but de la guerre, jamais aventur&#233; une heure son h&#233;ro&#239;sme dans la zone des combats. Il avait fallu l'entendre, talons claquants, voix hachante, r&#233;pondre &#224; l'appel des noms de cinq pauvres diables, qu'une bombe du 2 juin venait de tuer &#224; Chatou : &#171; Mort champ d'nheur, mort champ d'nheur &#187;. C'&#233;tait le soir d'Austerlitz&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Deux braves petits bonshommes racontaient leur aventure. Ils &#233;taient partis pour la Belgique avec la compagnie routi&#232;re de la 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; division, la Normande, une de nos plus solides unit&#233;s d'infanterie, engag&#233;e le 11 mai sur la Meuse, &#224; gauche de l'arm&#233;e Corap. D&#232;s les premi&#232;res heures du combat, la, division avait pli&#233; pour se d&#233;sagr&#233;ger bient&#244;t affreusement. Les deux petits tringlots, isol&#233;s dans ce tohu-bohu, &#233;taient parvenus &#224; sauver les archives de leur compagnie disloqu&#233;e, et avaient re&#231;u mission en bonne et due forme de les transporter au d&#233;p&#244;t de Caen, tandis que l'&#233;tat-major de la division d&#233;valait jusqu'&#224; Rouen. &#192; Caen, un intr&#233;pide Ramollot, ignorant tout et ne voulant rien savoir, les avait fait imm&#233;diatement emprisonner comme d&#233;serteurs, avec promesse de les fusiller le lendemain. Vingt-quatre heures apr&#232;s, on les rel&#226;chait, on les exp&#233;diait sur Dreux. &#192; Dreux, ils &#233;taient all&#233;s grossir une compagnie que l'on formait &#224; l'instant pour le camp du Larzac, dans l'Aveyron ! En chemin &#224; Cosne, le d&#233;tachement avait bifurqu&#233; sur Rivesaltes, dans les Pyr&#233;n&#233;es-Orientales. C'&#233;tait l&#224; qu'avaient rejoint les rescap&#233;s de Dunkerque, retour d'Angleterre. De Rivesaltes, on &#233;tait remont&#233; &#224; Caen et de Caen on atterrissait au C.OR.A2. Les gar&#231;ons riaient bonnement de leur extravagant p&#233;riple. Ils &#233;taient frais et sereins, pr&#234;ts &#224; partir o&#249; le leur enjoindrait n'importe quel carr&#233; de papier sign&#233; : illisible. &#171; Sans discussion ni murmure &#187;. Le moral &#233;tait r&#233;glementairement intact. Mais pour l'usage que l'on en faisait, cela n'avait pas grande importance. Sous les ombres du parc, le C.OR.A2 pion&#231;ait, le ventre dans l'herbe, belotait &#224; croupeton, du jus &#224; la soupe, de la soupe aux lettres, des lettres &#224; l'ap&#233;ritif. Les douze ou quinze satellites de Loewenstein, brigadiers, plantons, motocyclistes, traversaient en hurlant, suant, sonnant, sifflant, virant, p&#233;taradant, cette bucolique indiff&#233;rence&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Le drame se rapprochait de nous sournoisement. Deux fois d&#233;j&#224; dans le jardin du t&#233;nor Georges Thill o&#249; nous mangions notre gamelle, Worms s'&#233;tait dress&#233;, d&#233;compos&#233;, tandis qu'un grand avion &#224; croix noire surgissait dans un &#233;clair mugissant &#224; cent m&#232;tres au-dessus de nous. Les grad&#233;s maintenant nous talonnaient tout &#224; coup : &#171; - Alerte ! Alerte ! Planquez-vous. Mettez vos casques ! &#187;&lt;br /&gt; En face, sur la for&#234;t de Saint-Germain, presque au ras des arbres, des bombardiers, longs et renfl&#233;s comme des cigares, fuyaient &#224; tire-d'aile vers le nord, laissant derri&#232;re eux un chapelet d'explosions. Dix, douze secondes au plus.&lt;br /&gt; &#171; - Ah ! Les vaches ! Ils font &#231;a &#224; la sauvette ! &#187;&lt;br /&gt; On en croyait mal ses yeux. Mais des fum&#233;es &#233;paisses montaient des bois, traces irr&#233;futables. La D.C.A., clairsem&#233;e dans la plaine, aboyait maigrement et rageusement quelques salves blanches, tr&#232;s loin derri&#232;re les fauves agiles. Un quart d'heure plus tard, importants, avec une h&#226;te d&#233;risoire, trois avions fran&#231;ais se levaient de l'horizon.&lt;br /&gt; &#171; - Les Fritz cherchent les camions, c'est s&#251;r. Tu penses s'ils doivent &#234;tre renseign&#233;s. Il va y avoir de la casse. &#187;&lt;br /&gt; Les mains dans les poches de nos treillis, nous &#233;tions mont&#233;s sur le coteau voir la d&#233;fense de Chambourcy. Trois camarades b&#226;illaient autour d'une antique et unique mitrailleuse Saint-&#201;tienne, point&#233;e droit vers le ciel, une bande engag&#233;e. Cette brave p&#233;toire tirerait bien, avec de la chance, cinq cartouches avant de s'enrayer. Mais peu importait : nous &#233;tions r&#233;glementairement prot&#233;g&#233;s&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;De Paris, toutes les familles du C.OR.A2 d&#233;ferlaient sur Chambourcy. On s'offrait un joli dimanche &#224; la campagne pour serrer encore une fois sur son c&#339;ur les soldats. Les trains nous apportaient des essaims d'&#233;pouses, de s&#339;urs, des fourn&#233;es de m&#232;res. Il en d&#233;barquait des taxis, des voitures conjugales que ces dames pilotaient cr&#226;nement, petites Fiat pimpantes des Aryennes, orgueilleuses voitures am&#233;ricaines des Juives. On avait mis son dernier chapeau, sa plus fra&#238;che robe, on relevait sa voilette pour go&#251;ter au jus en laissant au bord du quart une petite trace carmin&#233;e. On sautillait sur ses fins talons jusqu'&#224; l'entr&#233;e des &#233;curies, on risquait ses charmants mollets sur les &#233;chelles des greniers pour voir le g&#238;te du cher et tendre. C'&#233;tait donc l&#224; que couchait ce pauvre &#201;douard, lui qui ne pouvait jamais s'endormir qu'avec deux oreillers. Mon Dieu ! que cette guerre &#233;tait donc amusante ! On p&#233;piait, on gloussait, on pouffait. On apportait au tringlot bien-aim&#233; une cravate de soie beige, deux paquets de cigarettes blondes, un cornet de berlingots&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Le ciel cependant vibrait de d&#233;tonations toutes voisines. &#192; travers les cymbales de la D. C. A., les mailloches de l'artillerie lourde frappaient leurs coups graves, plus pr&#232;s encore que la veille. Des bruits de d&#233;part volaient, dans le sillage des sous-offs galopants, Vers trois heures, notre avocat vint nous dire dans la cour du &#171; T&lt;sup&gt;bis&lt;/sup&gt; &#187; :&lt;br /&gt; &#171; - Mes chers amis, ma femme m'a apport&#233; quelques g&#226;teaux et quelques bouteilles de champagne assez pr&#233;sentables. Faites-moi le plaisir de venir go&#251;ter avec nous. C'est bouffon un jour comme celui-ci. Mais tr&#232;s franchement, qu'avons-nous de mieux &#224; faire ? &#187;&lt;br /&gt; Nous grav&#238;mes all&#232;grement le petit coteau, Un peu plus loin que le poste de la fameuse Saint-&#201;tienne, entre les champs de choux et les rang&#233;es de groseilles, un petit carr&#233; de luzerne offrait un tapis propice. Il y avait l&#224; la fine fleur du &#171; T&lt;sup&gt;bis&lt;/sup&gt; &#187;, huit copains qu'aucun miracle dans leur vie d'avant-guerre n'e&#251;t pu r&#233;unir une minute et que d&#233;j&#224; des affinit&#233;s instinctives liaient : notre cher ma&#238;tre, &#226;me et t&#234;te incontest&#233;es de la petite bande naissante ; Poursin, conseil juridique, citoyen du Quartier Latin, moi-m&#234;me, Gallier, le benjamin, restaurateur du boulevard Saint-Marcel, Flamand par sa m&#232;re, biffin rose et t&#234;tu, le vrai cr&#226;ne rond et dur du petit Gaulois, le joyeux D&#233;ga, au visage fleuri et gourmand, employ&#233; de mairie et paysagiste de vocation, &#233;l&#232;ve du bon Mont&#233;zin ; le charmant Mangin, brun, vif et galant, cordonnier &#224; Saint-Mand&#233;, Douat, un peu m&#233;lancolique, comptable &#224; Suresnes, fredonnant &lt;em&gt;Les Bat' d'Af'&lt;/em&gt; d'un ton si justement faubourien, Masson enfin, blond, gaiement philosophe, et comptable &#224; Saint-Ouen. Ces trois derniers surtout, capables d'emporter avec eux jusqu'au bout du monde le plus pur de Paris, dans leur accent d&#233;licieux et railleur... Mme de...., fort distingu&#233;e, faisait en ma&#238;tresse de maison accomplie les honneurs d'une toile de tente raccommod&#233;e, charg&#233;e de tartes et de babas. Rien n'&#233;tait plus exquis que de voir le petit cordonnier et la femme du monde &#233;changeant g&#226;teaux et propos courtois avec une &#233;gale aisance, retrouvant chacun les secrets raffin&#233;s d'une tr&#232;s vieille race.&lt;br /&gt; La DCA tirait maintenant sans discontinuer. Les &#233;clatements blancs poursuivaient juste au-dessus de nous les points brillants de quelques avions qui n'abandonnaient point la place. Les vall&#233;es de l'Oise et de la Seine, remplies d'explosions, fumaient devant nos yeux comme des usines. Pontoise environn&#233;e de sinistres vapeurs semblait la cible d'un bombardement presque constant. Nous assistions donc au bombardement de Pontoise... L'ennemi arrivait. Son avant-garde a&#233;rienne lui frayait le chemin. Sa man&#339;uvre avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;crite. Les visages de mes camarades s'assombrissaient&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; En bas, dans Chambourcy, le brigadier trompette s'&#233;poumonait &#224; n'en plus finir. Si blas&#233;s que nous fussions sur les appels et les contre-appels, cette obstination devenait troublante. Nous d&#233;gringol&#226;mes le sentier. Un excellent adjudant, qui venait de se battre durement dans une division l&#233;g&#232;re, poussait devant lui les innombrables fl&#226;neurs &#233;gaill&#233;s sur tout le coteau.&lt;br /&gt; &#171; - Allez, d&#233;p&#234;chez, les enfants. On &#233;vacue. &#187; Intr&#233;pide C.OR.A2 ! Il n'avait pas envoy&#233; une seule voiture au combat&#8230; &#8230;Au milieu de notre troupeau rassembl&#233;, Loewenstein connaissait le plus grand jour de sa carri&#232;re. C'&#233;tait le Roncevaux de la 107&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&#8230; Intr&#233;pide C.OR.A2 ! Il n'avait pas envoy&#233; une seule voiture au combat&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Les voix de la radio, tout panache disparu, &#233;grenaient des nouvelles fun&#232;bres : Rouen, Gisors atteints, l'offensive g&#233;n&#233;rale de la mer &#224; l'Argonne, cent divisions allemandes menant l'assaut&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; L'embarquement avait &#233;t&#233; interminable. D&#232;s les premiers tours de roue, sur la route de Quarante sous, nous doubl&#226;mes un convoi d'artillerie lourde couvert de boue et de poussi&#232;re. Les hommes &#233;taient muets, et calme apparemment, mais avec des yeux agrandis et luisants de fi&#232;vre, des faces d&#233;vor&#233;es de barbes hirsutes. Ils venaient de se battre, et pourtant eux aussi, ils refluaient impuissants. Des civils d&#233;valaient sur les bas-c&#244;t&#233;s en voiture, &#224; bicyclette, &#224; motocyclette, portant tous sur eux la lugubre fl&#233;trissure du fugitif. Cependant, ils arrivaient de fort pr&#232;s. Ils avaient quitt&#233; &#224; la pointe de l'aube L'Isle-Adam, Meulan, Magny ou les plus proches cantons de l'Eure&#8230;.&lt;br /&gt; &#8230;Ils criaient que les Allemands &#233;taient aux Andelys, devant Vernon, que Mantes &#233;tait saccag&#233;e par le bombardement. La guerre &#233;tait dans l'Eure, la Seine devait d&#233;j&#224; &#234;tre franchie, Paris allait vivre ses derniers instants de libert&#233;. Nous plongions en pleine d&#233;route. Nous &#233;tions empil&#233;s par dix ou douze, plus le conducteur et un brigadier pr&#232;s de lui, dans des camionnettes bouch&#232;res, dites R. V. F., ravitaillement en viande fra&#238;che, toutes rev&#234;tues &#224; l'int&#233;rieur de zinc, avec des crocs de fer pour pendre les quartiers de b&#234;tes. Nous traversions cette banlieue si placide huit jours avant et que le vent de la d&#233;faite venait brusquement d'atteindre&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Un peu apr&#232;s Saint-Germain, nous d&#233;pass&#226;mes une compagnie d'infanterie Coloniale, d&#233;band&#233;e, les hommes pli&#233;s sous leur barda, h&#233;b&#233;t&#233;s, inond&#233;s de sueur, titubant de fatigue, ayant march&#233; droit devant eux depuis qu'ils avaient l&#226;ch&#233; les lignes. Plusieurs portaient une boule de pain piqu&#233;e dans le canon de leur fusil. Des marsouins ! L'arm&#233;e fran&#231;aise en &#233;tait l&#224;. Nous longe&#226;mes le ch&#226;teau de Versailles. Peut-&#234;tre ne le reverrais-je jamais debout. La France abandonnait ses plus glorieuses reliques&#8230;&lt;br /&gt; Quelques kilom&#232;tres apr&#232;s Versailles, un embouteillage inou&#239; nous arr&#234;ta tout &#224; coup. Nous n'&#233;tions plus en retraite, mais au milieu d'une d&#233;b&#226;cle sans pr&#233;c&#233;dent. Le flux des fuyards vomi de Paris par cinq ou six portes &#233;tait venu se confondre inextricablement &#224; ce carrefour. Tous les aspects de la plus inf&#226;me panique se r&#233;v&#233;laient dans ces voitures, remplies jusqu'&#224; rompre les essieux, des chargements les plus h&#233;t&#233;roclites, femelles hurlantes aux tignasses jaunes &#233;chevel&#233;es se collant dans les tra&#238;n&#233;es de fard fondu et de poussi&#232;re, m&#226;les en bras de chemise, en nage, exorbit&#233;s, les nuques violettes, retomb&#233;s en une heure &#224; l'&#233;tat de la brute n&#233;olithique, pucelles d&#233;poitraill&#233;es &#224; pleins seins, belles-m&#232;res &#224; demi-mortes d'&#233;pouvante et de fatigue, r&#233;pandues parmi les chiens-chiens, les empilements de fourrures, d'&#233;dredons, de coffrets &#224; bijoux, de cages &#224; oiseaux, de bo&#238;tes de camembert, de poup&#233;es-f&#233;tiches, exhibant comme des b&#234;tes, devant la foule, leurs jambons &#233;cart&#233;s et le fond de leurs culottes. Des bicyclettes &#233;taient fich&#233;es entre les garde-boue. Des enfants de douze ans &#233;taient partis, agripp&#233;s aux porti&#232;res de petites neuf chevaux au fond desquelles s'emm&#234;laient dix paires de jambes et de bras. Certains avaient arrim&#233; des lits cages &#224; leur malle arri&#232;re. Des voitures de 200.000 frs portaient sur leurs toits, envelopp&#233;s dans des draps sales, deux ou trois des c&#233;l&#232;bres matelas de juin Quarante, disparaissaient sous des paquets d'on ne savait quoi, ficel&#233;s dans des journaux et de vieilles serviettes &#233;ponges pendant le long des garde-boue. Des ouvri&#232;res s'&#233;taient mises en route &#224; pied, nu-t&#234;te, en chaussons ou en talons Louis XV, poussant deux marmots devant elles dans une voiture de nourrice, un troisi&#232;me pendu &#224; leurs jupes. Des cyclistes &#233;taient parvenus jusque-l&#224;, on ne savait comment, tra&#238;nant sur leurs v&#233;los et leurs &#233;chines, la charge d'un chameau de caravane. Des gens avaient emport&#233; un peignoir de bain, un aspirateur, un pot de g&#233;ranium, des pincettes, un barom&#232;tre, un porte-parapluie, dans l'affolement d'un r&#233;veil de cauchemar, une empilade &#233;perdue, le pillage forcen&#233; d'un logis par ses propres habitants. Cette cohue &#233;tait enchev&#234;tr&#233;e roue &#224; roue, trente voitures de front, press&#233;es sur la chauss&#233;e, d&#233;bordant sur les trottoirs, d'autres convois venant de droite et de gauche s'emboutir stupidement les uns dans les autres, stopp&#233;s &#224; perte de vue dans un grouillement de visages hagards, de poings brandis, d'uniformes d&#233;braill&#233;s, de t&#234;tes platin&#233;es, de blouses multicolores, dans un vacarme de vocif&#233;rations, de trompes, de moteurs vrombissants un nuage d'huile chaude, d'essence et de poussi&#232;re. Il y avait pour tout service d'ordre, trois ou quatre gendarmes &#233;pouvant&#233;s, battant des bras au milieu des flots d'injures que vomissaient sous leurs quatre et cinq galons, d'innombrables officiers, &#233;mergeant jusqu'au ceinturons des porti&#232;res&#8230;&lt;br /&gt; &#8230; Des voix de Belleville ou de Toulouse chantonnaient machinalement une des derni&#232;res goualantes de Tino Rossi : &#171; S&#233;r&#233;nade sans espoir &#187;. Elle est rest&#233;e dans mes oreilles comme le refrain de la d&#233;route.&lt;br /&gt; Fin de citation du livre Les D&#233;combres.&lt;br /&gt; Le soldat Rebatet, parti de Chambourcy accompagnera l'Exode jusqu'en Dordogne, tandis que le caporal Ren&#233; Mesl&#233;, Maire d'Aigremont, d&#233;mobilis&#233; dans le Gers, &#233;crira &#224; sa femme, sur une carte postale, le 28 juillet 1940 : &#171; &lt;em&gt;Sur le chemin du retour &#224; 600 km de Plaisance. Bons Baisers. Je suis &#224; 12 km de Bigny, Mesl&#233;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Juin 1940 L'exode des habitants d'Aigremont&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; Les premiers revers des arm&#233;es belges puis fran&#231;aises, la d&#233;b&#226;cle des troupes qui s'ensuivit vont entra&#238;ner l'exode des habitants. Au d&#233;but, on commence par aller au carrefour de la Nationale 13 regarder passer les civils Hollandais, puis les Belges, puis les habitants du Nord, puis les premiers soldats qui se &#171; &lt;em&gt;replient &#187;&lt;/em&gt;. Le spectacle de cette cohue hagarde, &#233;puis&#233;e, affam&#233;e, va finir par convaincre la population d'Aigremont &#224; prendre &#224; son tour la route de l'exode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le 21 mai, &lt;/strong&gt;Les Nouvelles de Versailles et de Seine-et-Oise rendent tr&#232;s bien compte de cette &#233;volution au cours du mois de mai 1940 : &#171; &lt;em&gt;Depuis quelques jours, les Belges et les Fran&#231;ais des d&#233;partements de la fronti&#232;re, chass&#233;s de leurs maisons par les bombardements sauvages d'un ennemi implacable traversent notre ville pour aller chercher un coin plus calme&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 28 mai, &lt;/strong&gt;le journal &#233;voque : &#171; &lt;em&gt;les milliers et les milliers d'&#233;vacu&#233;s belges et fran&#231;ais qui sont pass&#233;s par la gare de Versailles Chantiers depuis lundi 20 jusqu'&#224; vendredi&#8230; le lundi 20 &#224; 18 h 30, la municipalit&#233; &#233;tait avis&#233;e qu'une heure 30 plus tard, un premier convoi de 1.500 &#233;vacu&#233;s arriverait par autocar venant de Mantes et faisant partie des 25.000 r&#233;fugi&#233;s qui, de Versailles, partiront pour une affectation d&#233;finitive&#8230; on pr&#233;parait avec ardeur des sandwiches, l'eau &#233;tait chaude pour le bouillon&#8230; puis ce fut sans interruption des convois de 30, 40, 50 voitures de toutes grandeurs, transportant leur chargement de mis&#233;rables, femmes, enfant, orphelins de l'Assistance publique, vieillards de l'h&#244;pital de Compi&#232;gne&#8230; d&#232;s l'entr&#233;e en gare, les autobus et les autocars sont dirig&#233;s vers la rame de vingt-cinq wagons composant le train&#8230; dans chaque compartiment, on installe les voyageurs par huit, on entasse les colis et les valises&#8230; Le Chesnay a vu ces derniers jours d&#233;filer l'interminable et douloureux cort&#232;ge des r&#233;fugi&#233;s. Ceux qui ont vu ce spectacle ne l'oublieront jamais&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 28 mai &lt;/strong&gt;est cr&#233;&#233;e une milice anti parachutiste pour le d&#233;partement de Seine et Oise : elle ne verra jamais le jour&#8230;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Puis en juin, &lt;/strong&gt;c'est au tour des habitants de la r&#233;gion parisienne d'&#234;tre gagn&#233;s par l'exode, apr&#232;s les bombardements de Versailles du 3 juin qui, &#224; 13h25 font cinquante-sept morts et une centaine de bless&#233;s.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le mercredi 4 juin, &lt;/strong&gt;&lt;em&gt;Les Nouvelles de Versailles publient &#171; &lt;em&gt;des conseils aux personnes qui quittent momentan&#233;ment leurs habitations : vidanger les conduits, fermer le gaz, l'eau, l'&#233;lectricit&#233;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Pourtant, le 8 juin&lt;/strong&gt; encore, la presse refuse de jouer les alarmistes, et on se berce encore d'illusions : &#171; &lt;em&gt;beaucoup de Versaillais s'en vont. Nous sommes, il est vrai, pr&#232;s de l'&#233;poque o&#249; tous les ans, ces exodes vers la campagne, la mer ou la montagne, se produisent. On ne fait qu'anticiper cette p&#233;riode de quelques semaines. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 8 juin 1940, &lt;/strong&gt;les &#233;coles de Versailles ferment.&lt;br /&gt; &#192; Saint-Germain-en-Laye, Maurice Veillon, dans son journal personnel qui a &#233;t&#233; publi&#233; par la suite, d&#233;crit ainsi l'exode du 18 juin 1940 : &#171; &lt;em&gt;tous les habitants commencent &#224; fuir la ville. Le 9 juin, route de Chambourcy (RN 13)&#8230; un tank fran&#231;ais tout seul, conduit par un seul soldat qui ne savait pas o&#249; il se trouvait et qui venait ainsi de quelque part au front&#8230; d&#233;j&#224;, depuis quelques jours notre ville recevait d'&#233;tranges visiteurs. Ce fut d'abord une longue suite de Belges, les uns en auto, les autres en voitures &#224; cheval&#8230; puis vinrent les militaires belges, soit solitaires, soient group&#233;s en petites formations, avec le gland kaki se balan&#231;ant &#224; droite et &#224; gauche devant leur calot&#8230; bient&#244;t ce furent des Fran&#231;ais qui arrivent&#8230; Paysans du Nord et de l'Aisne, avec leurs chevaux et leurs bestiaux. Tout cela venait par la route des Loges, confluait vers la Place du Ch&#226;teau, y cr&#233;ant des embouteillages indescriptibles. Enfin, ce furent des d&#233;bris de l'arm&#233;e fran&#231;aise par petits groupes disparates, sales et d&#233;braill&#233;s&#8230; beaucoup n'avaient plus d'armes et s'appuyaient en marchant sur une branche d'arbre comme canne&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; J'ai &#233;t&#233; surpris de voir que la presse publiait tous les jours de longues listes d'immeubles pill&#233;s. Le 10 juin, les Allemands font leur entr&#233;e dans Paris et l'occupation de notre r&#233;gion para&#238;t n'&#234;tre qu'une question d'heures. La panique s'empare alors des autorit&#233;s et &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les Nouvelles de Versailles du 13 juin &#233;crivent : &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;La gendarmerie, la police et les chefs des services municipaux quittent la ville. Tout le service des pompes fun&#232;bres avec le personnel et le mat&#233;riel se sont enfuis dans la nuit&#8230; Le commandant des Pompiers, le capitaine Goinaud, s'est enfui avec les pompes et l'ambulance de la ville en r&#233;quisitionnant 2.000 litres d'essence pour s'assurer un plus long parcours&#8230; du lundi 14 au vendredi 18 &#224; 9 h50, ce fut une sorte de folie collective qui alla en s'accentuant d'heure en heure&#8230; les trains sont pris d'assaut&#8230; Des masses de colis non embarqu&#233;s s'empilent sur les quais&#8230; Les conditions &#233;conomiques d&#233;j&#224; touch&#233;es avec l'afflux de r&#233;fugi&#233;s s'aggravent encore avec ces d&#233;parts massifs et l'argent se rar&#233;fie. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 24 juin 1940 &#224; 1h du matin, &lt;/strong&gt;la municipalit&#233; de Versailles d&#233;cide alors de cr&#233;er une monnaie locale. Le conservateur du ch&#226;teau de Versailles, M. Carpsac, restera &#224; son poste et sera oblig&#233; d'ouvrir les grilles du ch&#226;teau aux soldats allemands qui y hisseront le drapeau &#224; croix gamm&#233;e. C'est &#224; cette &#233;poque que les habitants d'Aigremont vont prendre eux-aussi le chemin de l'exode. Certains vont partir en famille, par exemple la famille Dubreuil.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit de madame Dubreuil, &lt;/strong&gt;exploitante agricole &#224; cette &#233;poque, aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;e, m'a racont&#233; le 2 f&#233;vrier 1982, son exode : &#171; &lt;em&gt;On voyait tous les jours des gens de Belgique, du Nord, de partout, qui passaient sur la route (la nationale 13). C'&#233;tait un d&#233;fil&#233; sans arr&#234;t, sans arr&#234;t&#8230; on allait les voir passer et on se disait : ces pauvres gens quand m&#234;me ! Alors ils nous racontaient un tas de choses, que les Allemands tuaient tous les gens&#8230; nous on avait les gosses qui avaient quinze seize ans &#224; l'&#233;poque. Je commen&#231;ais &#224; avoir peur. J'avais des amis &#224; Saint-Germain qui nous disent : on s'en va, on a une s&#339;ur &#224; Ch&#226;teauroux, nous allons emmener votre fille, vous viendrez apr&#232;s nous retrouver. On va bien voir comment &#231;a se passe. Alors ma foi, cette femme emm&#232;ne ma fille, et nous, nous sommes rest&#233;s encore quelques jours &#224; Aigremont. Ma fille avait &#233;crit, elle s'ennuyait, et puis on racontait des histoires m&#234;me pires que la r&#233;alit&#233;&#8230; mais enfin, ce n'&#233;tait quand m&#234;me pas beau &#224; l'&#233;poque&#8230; alors on se dit : on devrait quand m&#234;me partir un jour. Mon mari me dit : - moi je vais rester et garder ma voiture, vous, vous allez partir avec celle au p&#232;re Maillaut. On va voir comment &#231;a se passe et on finira bien tous &#224; se retrouver. Tu vas partir avec eux. Alors on est parti avec les futurs beaux-parents de ma fille. Mon futur gendre n''&#233;pas l&#224;, car il &#233;tait mobilis&#233;. Son fr&#232;re venait de passer son permis de conduire, la veille je crois. On part donc juste le lendemain du permis&#8230; vous pensez comme il &#233;tait habile &#224; mener cette voiture ! On avait les paquets&#8230; Des paquets ! On &#233;tait sept ou huit dans la voiture. Mon mari nous avait dit : surtout, faites bien attention o&#249; vous camperez la nuit, ne vous mettez pas aupr&#232;s d'une ligne de chemin de fer, d'une gare ou d'un terrain d'aviation &#224; cause des bombardements. Il arrive un moment o&#249; il commen&#231;ait &#224; faire nuit. Le petit gars qui conduisait commen&#231;ait &#224; en avoir tant qu'il pouvait ! Forc&#233;ment : c'&#233;tait un nouveau conducteur !&lt;br /&gt; Sa m&#232;re aussi, elle &#233;tait tr&#232;s fatigu&#233;e. Alors &#224; chaque instant on disait au p'tit gars : Fais pas ci ! Fais pas &#231;a ! Alors il nous a dit : moi j'en ai marre, je m'arr&#234;te. Il y avait un h&#244;tel juste l&#224;, alors on va demander&#8230; ils vont bien nous trouver des chambres&#8230; On a couch&#233; l&#224; : on ne s'occupait pas de savoir s'il y avait un champ d'aviation face. Mais dans la nuit, &#231;a ronflait, &#231;a ronflait : on n'entendait que des avions et je me disais : mais enfin qu'est-ce qu'il se passe ? Le matin, on descend, on prend le caf&#233; et je dis : cette nuit qu'est-ce que c'&#233;tait mouvement&#233; ! On n'entendait que les avions. Mais la patronne explique : vous avez le champ d'aviation juste &#224; c&#244;t&#233;, alors forc&#233;ment que vous entendez les avions ! Ils viennent, ils atterrissent, ils repartent, ils l'ont fait toute la nuit. Enfin, il ne nous est rien arriv&#233; pendant ce voyage, on en a eu de la veine ! On n'a pas eu de bombardements, on n'a rien eu&#8230; ceux qui sont partis le lendemain, il y en a qui ont d&#251; coucher dans les foss&#233;s, &#224; cause des bombardements&#8230; il n'y a vraiment qui n'ont pas d&#251; s'amuser pendant l'exode !&lt;br /&gt; On &#233;tait au-dessus d'Uzerche, &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Lubersac. C'&#233;tait en pleine campagne, dans une ferme. Au d&#233;but, on s'&#233;tait arr&#234;t&#233;s dans cette famille, celle du p&#232;re Maillaut. Mais &#224; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait provisoire. On s'&#233;tait dit : on va juste rester quelques jours et puis on va s'orienter. Si les hommes viennent nous retrouver, ils savent qu'on est l&#224;. Au bout de quelques jours forc&#233;ment on &#233;tait un peu &#224; l'&#233;troit, tous dans cette maison. Alors on a cherch&#233; un h&#244;tel et on y rest&#233; deux ou trois jours. Et c'est l&#224; qu'on a trouv&#233; une femme de Chambourcy qu'on est all&#233; voir et puis ma foi, cette personne nous a dit : &#231;a m'emb&#234;te, mais je ne peux pas vous loger puisque c'est r&#233;quisitionn&#233; pour loger les gens du Nord et les Belges. Alors je lui dis : les gens du Nord et les Belges il y a longtemps qu'ils sont tous partis, il n'en viendra plus d'autres maintenant. Son beau-fr&#232;re &#233;tait le Maire d'Uzerche, elle a dit : - je vais aller le voir et lui poser la question. Avec l'autorisation, je veux bien vous loger, car la maison de mes beaux-parents &#224; c&#244;t&#233; n'est pas occup&#233;e. Le maire lui a dit : - logez-les. On est rest&#233; deux mois &#224; peu pr&#232;s avant que l'on puisse repartir. Ces gens &#233;taient tr&#232;s gentils, on correspond toujours avec eux. On vient encore de recevoir une lettre pour le jour de l'an, un vrai journal de quatre &#224; cinq pages. On avait achet&#233; une vieille bicyclette pour aller chercher notre ravitaillement, parce que dans cette ferme, ils ne vendaient rien. Il y avait juste un tas de pommes de terre dans la cave. La femme nous avait dit qu'on pouvait se servir. Mon mari est alors venu nous retrouver. On a entendu dire qu'il y en avait qui s'en allaient et qui rentraient chez eux. Nous, il n'y avait pas moyen, on ne nous laisserait pas passer la ligne de d&#233;marcation. J'allais tous les jours au bureau de la Place &#224; Uzerche pour avoir des papiers : on nous r&#233;pondait : &#8220;il n'a rien &#224; faire, vous reviendrez quand vous reviendrez, on n'a pas d'ordres.&#8221; Alors un beau jour, je commen&#231;ais &#224; trouver le temps long, je dis &#224; ma fille : tu sais pas, on va aller trouver ma tante qui est &#224; Brive, voir si elle peut nous donner un tuyau. On arrive, et ma tante nous dit : demande donc &#224; X., c'est lui qui s'occupe des papiers. Cet X faisait la foire avec elle et avec l'arm&#233;e, alors elle obtenait ce qu'elle voulait. Elle s'est d&#233;brouill&#233;e pour avoir des papiers pour nous : elle avait d&#233;clar&#233; qu'on &#233;tait en panne et qu'il fallait qu'elle nous remorque et qu'on la suive. Mais j'ai alors pens&#233; : la m&#232;re Maillaut qu'est l&#224;-bas &#224; Uzerche, elle ne sait pas que l'on part demain, on n'aura rien de pr&#234;t le matin &#224; 7 heures pour le d&#233;part. Alors on est reparti le soir avec ma fille pour la pr&#233;venir, on &#233;tait bien arriv&#233;es &#224; Uzerche, mais on n'avait plus rien pour revenir &#224; Brive : je demande un taxi, impossible ! Alors nous sommes repartis &#224; pied vers Brive en traversant toute la for&#234;t la nuit en plein orage comme je n'en avais jamais encore vu un pareil. On se disait : heureusement qu'il y a des &#233;clairs pour &#233;clairer notre chemin. Ma belle m&#232;re attendait, elle avait une de ces frayeurs, elle voulait aller r&#233;veiller les fermiers dans leur lit. Alors je lui dis : ce n'est pas le tout, on part demain. Le lendemain, on a pris la route. On a couch&#233; une nuit dans le foin. Je me rappelle qu'il y avait plein de crapauds, de grenouilles, &#231;a sautillait partout dans le foin. On a pass&#233; une dr&#244;le de nuit. On y a du reste pass&#233; une seconde nuit, car vous savez, c'est toujours pareil : il y en avait &#224; &#233;couler des voitures et des voitures, &#231;a ne roulait pas facilement et ils &#233;pluchaient les laissez-passer longuement sur la ligne de d&#233;marcation.&lt;br /&gt; Mais ensuite, on est revenu sans encombre. Arriv&#233;s chez nous, tout &#233;tait barbot&#233; ! Le linge de mon mari&#8230; Mais c'&#233;tait des Fran&#231;ais qui avaient fait &#231;a, pas des Allemands. Il y avait de la troupe fran&#231;aise qui avait log&#233; chez nous : c'&#233;tait sans doute eux. Nous, on n'a pas eu de meubles vol&#233;s, mais il y a eu des maisons sur la route de Mantes o&#249; des meubles avaient &#233;t&#233; vol&#233;s. Je ne sais pas si c'&#233;tait par des Allemands ou par des Fran&#231;ais. Ces gens en ont retrouv&#233; dans le bois de la c&#244;te des Gr&#232;s. Un jour, il y a des gens du pays qui sont all&#233;s faire un tour dans le bois et qui ont dit : Ben c'est dr&#244;le, il y a plein de meubles. Alors vous savez, il y en a qui en ont charri&#233;s&#8230; moi je n'aurais jamais voulu en charrier, car je me disais : quand m&#234;me &#231;a appartient &#224; d'autres personnes. C'est moche d'aller charrier tout &#231;a, quand on sait que &#231;a ne vous appartient pas. Il y en a, de Chambourcy, qui en avaient charri&#233;, je ne sais pas combien de meubles. Alors on disait ensuite : tiens, la table c'est &#224; un tel, le buffet c'est &#224; un tel&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &#192; c&#244;t&#233; de ces d&#233;parts individuels, toute une partie du village va prendre ensemble le chemin de l'exode, comme nous le raconte Odette Leli&#233;gard.&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit d'Odette Leli&#233;gard : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les soldats qui &#233;taient chez nous, nous disaient : - partez, partez ! Alors, on a pr&#233;par&#233; ce qu'il y avait &#224; pr&#233;parer et on a pris le cheval chez Mesl&#233; : il y avait M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Mesl&#233;, Georges Mesl&#233; (enfant &#224; l'&#233;poque). Dans la charrette, il y avait mon p&#232;re, ma m&#232;re, mon neveu, mes cinq gosses et mon mari. Il y en avait aussi une qui travaillait chez les Mesl&#233;, une Polonaise et sa fille. On est partis &#224; 40 &#224; peu pr&#232;s, avec les Penven (voir le r&#233;cit de Lucien Penven ci-dessous), les Dubreuil, le jardinier du ch&#226;teau Aconit et le cheval. Nous n'avions pas d'auto, nousnrsquo ;avions que des chevaux et des charrettes ; il y avait cinq charrettes. On est parti d'Aigremont un mercredi ou un jeudi, &#224; 5 heures du matin. Il y avait un de ces brouillards on n'a jamais su si c'&#233;tait du brouillard artificiel (militaire) ou quoi, on ne voyait rien du tout. Avant de partir, on avait l&#226;ch&#233; les lapins, les pigeons, tous les animaux, dans le jardin. Vers 9 heures du soir, on est arriv&#233;s &#224; Neauphles (8 ou 10 km d'Aigremont), &#224; la gare en haut. On a couch&#233; dans une maison qu'&#233;tait abandonn&#233;e. Mon mari connaissait bien le coin. Avec les hommes, ils ont voulu voir s'ils pouvaient trouver un peu de pain et de lait. On est revenu avec du cidre et les avions sont arriv&#233;s. Tout le monde s'est couch&#233;, moi j'avais mes cinq gosses. Il n'y avait que Lulu Penven (voir son r&#233;cit ci-dessous) qui &#233;tait rest&#233; dans la charrette. Avec sa m&#232;re, on l'a pris chacune par la main et on sautait par dessus les gens, on marchait dessus. Les hommes qui &#233;taient partis aux commissions, ils ont saut&#233; sur une bombe et mon mari est revenu sourd comme un pot : Il y avait des bless&#233;s, il y avait des morts, mais pas chez les gens d'Aigremont. &#199;a a &#233;t&#233; notre premi&#232;re &#233;tape. Partout o&#249; on a &#233;t&#233;, soit c'&#233;tait bombard&#233; avant qu'on passe, soit apr&#232;s. On a eu plusieurs bombardements : quand le pont de Bonneval &#233;t&#233; bombard&#233;, on n'&#233;tait pas loin, dans un champ, dans un trou. Mon mari &#233;tait rest&#233; dans la charrette, parce qu'on n'avait pas eu le temps de descendre les gosses, et il est rest&#233; avec les gosses. On a &#233;t&#233; sur les bords du Loir et l&#224; les Allemands sont arriv&#233;s ; alors on a fait demi-tour. On a &#233;t&#233; partis treize jours en tout. On est revenus plus vite qu'on &#233;tait partis. On a seulement couch&#233; une nuit, &#224; Volte, avec les Allemands. Ils nous ont laiss&#233; coucher dans le hangar, comme on &#233;tait. Ils nous ont donn&#233; &#224; manger, ils donnaient du chocolat aux gosses. On avait peur puisqu'on nous avait tellement dit qu'ils l'empoisonnaient. Alors ils cassaient un bout de chocolat qu'ils mangeaient, puis ils en donnaient aux gosses. Sur la route, il y avait plein de monde, en v&#233;lo, &#224; pied, et quand on a repris la route de Bonneval, il y en avait qui &#233;taient rest&#233;s morts. Nous ; les gens d'Aigremont, on &#233;tait partis &#224; 40 et on est revenu &#224; 40 : on a eu une chance inou&#239;e ! Malheureusement &#231;a n'a pas &#233;t&#233; partout pareil. Il y en a une, elle &#233;tait un peu &#171; &lt;em&gt;dr&#244;le&#8230; comme on dit &#187;&lt;/em&gt; : on l'avait laiss&#233;e &#224; Rambouillet, eh bien, elle est revenue toute seule &#224; Aigremont, avec une brouette ! Rachel qu'elle s'appelait, la demeur&#233;e, elle habitait o&#249; qu'est la maison &#224; Toutain, &#224; c&#244;t&#233; de chez Th&#233;o. On l'avait laiss&#233;e &#224; Rambouillet, parce qu'il fallait bien faire la part des choses, elle avait pas un sou, rien. Nous, en partant, on avait pris un peu de ravitaillement qu'on avait, mais Catherine la Polonaise, elle est sortie de la maison, chez Mesl&#233; o&#249; elle habitait, avec seulement une pile d'assiettes, 2 verres, 2 fourchettes, pas de ravitaillement et rien du tout : il fallait bien leur donner &#224; manger, quand m&#234;me.&lt;br /&gt; On mangeait que ce qu'on volait. Mais c'&#233;tait pas voler, parce que partout, dans les fermes, ils mettaient un &#233;criteau : &#171; &lt;em&gt;servez-vous, mais soignez les b&#234;tes. Bon, on tuait des b&#234;tes et on les mangeait. Parce que, par exemple, les vaches, M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Lemoine savait traire ; bon, et bien on trayait les vaches pour avoir du lait. Mais il y en avait qui disaient : pendant que vous les tenez, on va les attacher et on va les emmener. Alors on tapait sur le cul de la vache et puis va-t'en : il y en a qui sont revenus avec des vaches. M&#234;me, il y en a qui sont partis avec des charrettes vides et qui sont revenus avec des charrettes pleines. Moi, j'avais juste emmen&#233; deux ou trois affaires &#224; mes gosses. Que voulez-vous emmener dans une charrette quand il y a tant de monde ? On pouvait plus marcher &#224; la fin. Moi j'avais perdu un talon &#224; ma chaussure, alors j'ai arrach&#233; l'autre. Comment voulez-vous que je marche avec un seul talon ? Mon mari, il est revenu sourd complet d'avoir saut&#233; avec la bombe. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le m&#234;me r&#233;cit vu par un enfant du m&#234;me groupe : Lucien Penven, 12 ans en 1940 : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;J'ai pass&#233; mon certificat d'&#233;tudes le mardi 12 juin 1940 &#224; Saint-Germain-en-Laye. Nous avons d&#251; partir 2 jours apr&#232;s, le jeudi 14. Nous sommes partis en charrette avec le cheval et le chien ; on avait l&#226;ch&#233; les lapins dans la cour, ils se sont bien d&#233;brouill&#233;s tout seuls pendant notre absence. On en avait emmen&#233; quelques-uns pour les manger en route. Il y avait le chien, M&#233;dor, qui ne voulait pas monter en voiture. Il &#233;tait donc attach&#233; sous la charrette. Quand nous sommes revenus 15-20 jours apr&#232;s, il avait les pattes en sang. Avant, il &#233;tait m&#233;chant comme tout, mais au retour, il &#233;tait doux comme un agneau. On a failli se faire tuer &#224; Neauphles-le-Ch&#226;teau par un bombardement dans une ferme o&#249; on allait chercher du lait. Ces avions, c'&#233;taient pas des Allemands, mais des Italiens. Nous on courrait. Les autres qui avaient plus l'habitude que nous, disaient : - &#171; &lt;em&gt;Couchez-vous ! Couchez-vous ! &#187;&lt;/em&gt; Et nous, on courait, on courait... On &#233;tait parti en groupe : il y avait Mme Mesl&#233; et son fils Georges et leurs ouvriers agricoles, les Leli&#233;gard et Francis Perrot avec le cheval &#224; Camille Loseille. Il n'y avait que des femmes et des vieillards. On &#233;tait parti avec les charrettes et nous sommes tous revenus ensemble, sans s'arr&#234;ter : on a fait demi-tour sur les bords du Loir parce que les Allemands &#233;taient l&#224;. Je me souviens des chevaux crev&#233;s sur les bords de la route, gonfl&#233;s par la chaleur. &#199;a, c'est une chose qu'on ne peut pas oublier. Mon oncle conduisait le cheval ; il &#233;tait de 72, il avait donc 88 ans. Il y avait des soldats sur le bord de la route &#224; qui on disait : - &#171; &lt;em&gt;Eh les gars, vous croyez qu'on va la gagner comme &#231;a ? &#187;&lt;/em&gt; Il fallait bien que les chevaux mangent et nous ramassions du foin. Tu sais que le foin frais &#231;a endort et j'&#233;tais couch&#233; sur le foin dans la charrette. Les avions sont arriv&#233;s et Lulu dormait et il n'est mort pour &#231;a ! Sur les bords du Loir, les Allemands nous ont arr&#234;t&#233;s. Il y en avait un qui parlait tr&#232;s bien le fran&#231;ais et je me souviens de ce qu'il a dit avec son accent allemand : - &#171; &lt;em&gt;Je ne comprends pas pourquoi la France a d&#233;clar&#233; la guerre &#224; l'Allemagne. C'&#233;tait un motard. L&#224;, on a fait demi-tour et on est rentr&#233; fin juin : il y avait Th&#233;o Le Ruyer qui &#233;tait revenu du front et quelques anciens qui n'&#233;taient pas partis. Mon p&#232;re m'avait fait cadeau d'une m&#232;re lapin. Et sous la porte quand je suis rentr&#233;, ce que j'ai vu en premier dans la cour : ma m&#232;re lapin. L'&#233;cole avait ferm&#233; par la force des choses parce qu'en ce temps-l&#224; les vacances ne commen&#231;aient que le 31 juillet ; mais l&#224;, il n'y avait plus personne. Le certificat d'&#233;tudes avait &#233;t&#233; corrig&#233; et j'avais &#233;t&#233; re&#231;u ! &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Un autre r&#233;cit de l'exode vu par un enfant Gaston Laporte, &lt;/strong&gt;&#233;l&#232;ve de l'&#233;cole d'Aigremont, &#233;crit &#224; sa Ma&#238;tresse, Mlle Daussy, depuis Rennes o&#249; l'exode l'avait entra&#238;n&#233; :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Ma ch&#232;re Ma&#238;tresse,&lt;br /&gt; C'est avec un grand regret que j'ai quitt&#233; l'&#233;cole, mais enfin c'est de la faute de la guerre. Je vous dirai que nous sommes arriv&#233;s &#224; bon port, mais nous &#233;tions bien fatigu&#233;s. Nous avons &#233;t&#233; deux jours en voyage, car les trains ne vont pas bien. Je vous dirai que la ville est belle, mais je ne pourrais vous dire si on va s'y habituer, car il n'y a pas assez longtemps. Quand je serai repos&#233;, je vous en mettrai plus long. Je termine ma lettre en vous embrassant bien fort.&lt;br /&gt; Votre &#233;l&#232;ve, Gaston Laporte &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;cit de l'exode par Mlle Daussy, l'institutrice d'Aigremont&lt;/strong&gt; qui prendra la route, toute seule, apr&#232;s le d&#233;part de tous ses &#233;l&#232;ves. Elle date ce d&#233;part du 12 juin, mais Lucien Penven dit qu'il est parti le 14, avant l'institutrice ; il y a donc un l&#233;ger probl&#232;me de date. &#192; son retour, elle &#233;crit au Maire pour lui raconter son odyss&#233;e :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Aigremont, le 12 juillet 1940, Cher Monsieur,&lt;br /&gt; Avec quel plaisir nous avons re&#231;u hier votre carte de Plaisance du 15 juin, cela nous donne &#224; esp&#233;rer que des nouvelles plus r&#233;centes suivront. Que d'&#233;v&#232;nements se sont pass&#233;s et que d'&#233;motions nous avons eues depuis votre d&#233;part. Il me faudrait des pages pour vous en narrer le d&#233;tail, aussi je me bornerai &#224; vous raconter grosso modo notre odyss&#233;e. Tous les gens d'Aigremont avaient fui, m&#234;me votre premier adjoint. Nous restions seuls dans le village avec cinq ou six vieillards bien d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas partir. Le 12 juin au soir, la bataille &#233;tant toute proche, j'ai demand&#233; au Commandant qui &#233;tait au ch&#226;teau d'Aigremont de me signer un ordre d'&#233;vacuation, ce qu'il fit sur le champ. Il mit sa voiture et un chauffeur &#224; ma disposition, et, &#224; 5 heures, nous partions en direction de la vall&#233;e de Chevreuse. Nous nous sommes arr&#234;t&#233;s &#224; Limours (NDLR dans l'Essonne). L&#224;, nous y sommes rest&#233;s trois jours, le temps de chercher une autre voiture pour aller plus loin. O&#249;, on ne savait. Fuyant &#224; l'aventure, sous la mitraille, nous nous sommes arr&#234;t&#233;s &#224; Saint-Aignan- sur-Cher, &#224; 40 km au sud de Blois, o&#249; pendant trois journ&#233;es nous avons connu le calme complet. Mais au quatri&#232;me jour, nous avons d&#251; gagner les abris, Saint-Aignan se trouvant dans le champ de bataille. Nous en sommes sortis sains et saufs. Huit jours apr&#232;s, nous avons pris le train dans l'espoir de regagner Aigremont. H&#233;las ! Que de p&#233;rip&#233;ties dans ce voyage. J'ai perdu mes parents en gare de Vierzon, les laissant avec je ne sais combien de colis lourds et difficiles &#224; transporter. Et ce n'est que huit jours apr&#232;s notre s&#233;paration que nous nous sommes retrouv&#233;s chez nous, &#224; moiti&#233; morts de fatigue et d'ennui. Longtemps encore, nous nous souviendrons de ce p&#233;nible retour. M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Mesl&#233; qui &#233;tait all&#233;e du c&#244;t&#233; de Vend&#244;me en est revenue huit jours avant nous. Presque tous les habitants d'Aigremont sont rentr&#233;s &#224; l'exception de M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Stabat, M. Chabrol, Laporte, Francis, Dubreuil, etc. Depuis pr&#232;s de deux mois, nous sommes sans nouvelles de mon fr&#232;re et de ma s&#339;ur, nous ne savons pas ce qu'ils sont devenus. Ici, c'est le calme absolu, aucune circulation, seule la voiture du magasin arrive sur la place pour apporter des cagettes et les remporter. Cinq ou six &#233;l&#232;ves seulement viennent en classe, les autres vont &#224; Chambourcy faire la queue des heures enti&#232;res pour avoir quelques provisions. De temps en temps j'ai la visite du 1er Adjoint qui vient donner une signature. Les jours s'&#233;coulent bien monotones ; esp&#233;rons qu'il y en aura de meilleurs.&lt;br /&gt; Bon courage. Croyez &#224; notre bon souvenir. L. Daussy &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; Le spectacle qui attendait nos Aigremontois rentrant d'exode, &#233;tait bien triste : les ponts et les voies ferr&#233;es ayant &#233;t&#233; un des principaux objectifs de la bataille, les destructions s'&#233;taient accumul&#233;es rendant les d&#233;placements dans la r&#233;gion extr&#234;mement difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; En train de Paris &#224; Saint-Germain-en-Laye : un voyage long et p&#233;rilleux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Septembre 1940 : voici la description que fait le p&#233;riodique L'Illustration&lt;/strong&gt; d'un voyage de Paris &#224; Saint-Germain : &#171; &lt;em&gt;&#192; l'heure actuelle le trafic est redevenu normal dans toute la p&#233;riph&#233;rie Parisienne, &#224; l'exception de certain points. Dans la banlieue ouest, qui, gr&#226;ce &#224; ses ilots de verdure, est en quelque sorte le jardin de la Capitale, on peut faire aujourd'hui un voyage plein d'impr&#233;vus : entre les tron&#231;ons de voie qui s&#233;parent les m&#233;andres de la Seine, se sont cr&#233;&#233;es des routes de fortune sur lesquelles r&#232;gnent une &#233;trange animation, semblable &#224; celle de fourmis brusquement d&#233;rang&#233;es de leur trajet normal ; par les sentiers qui m&#232;nent au rivage, les voyageurs passent en file indienne, m&#234;l&#233;s aux porteurs charg&#233;s de valises et aux ouvriers porteurs de madriers.&lt;br /&gt; L'employ&#233; de la Gare Saint-Lazare &#224; qui l'on demandait r&#233;cemment un billet pour Saint-Germain, ignorait encore les anomalies du parcours et r&#233;pondait invariablement &#8220;pas de renseignements.&#8221;&lt;br /&gt; ...La question cependant l'int&#233;resse et il se met &#224; tourner avec son doigt mouill&#233; les pages de l'indicateur, en &#233;non&#231;ant les t&#234;tes de ligne et les correspondances comme s'il s'agissait d'une randonn&#233;e en Europe Centrale : - &#8220;Billet &#224; destination de Rueil ; passage la Seine en bac ; trajet &#224; pied jusqu'&#224; la gare de Chatou ; utilisation d'un autre tron&#231;on de ligne jusqu'au V&#233;sinet ; nouvelle travers&#233;e du fleuve en bac et mont&#233;e individuelle de la rude c&#244;te de Saint-Germain.&#8221; &#192; l'annonce de ce programme, le voyageur du dimanche se d&#233;couvre aussit&#244;t des allures de grand voyageur... Bezons, la Garenne, Nanterre : des gares modernes se succ&#232;dent jusqu'&#224; Rueil, o&#249; la voie, coup&#233;e, pend au-dessus de la Seine comme les muscles d'un membre arrach&#233;. Les voyageurs descendent, assaillis par une nu&#233;e de porteurs, qui, les uns &#224; dos, les autres sur des charrettes &#224; bras, dans des voitures d'enfants et des brouettes, s'offrent &#224; tra&#238;ner les bagages sur la route qui conduit au pont. Le train a d&#233;vers&#233; dans la grande rue de Rueil une horde de gens tous pouss&#233;s vers un m&#234;me but, de ce pas acc&#233;l&#233;r&#233; qu'adoptent instinctivement ceux qui voyagent. Et voici le pont bless&#233;, avec la petite passerelle m&#233;tallique qui, depuis quelques jours, a remplac&#233;, le bac et qui ressemble &#224; un pi&#232;ge &#224; souris. Mais un pi&#232;ge &#224; l'entr&#233;e duquel les &#233;ventuelles victimes sont pr&#233;venues du danger par maintes pancartes : - &#8220;Prenez &#224; droite de la passerelle ; conservez toujours un espace de deux m&#232;tres entre chaque passager.&#8221; Une affiche &#233;voque m&#234;me le risque de mort. Et les pi&#233;tons en attendant leur tour de passer, &#233;prouvent un certain plaisir &#224; l'id&#233;e du danger qu'ils vont courir. Mais lorsqu'ils s'avancent sur les planches disjointes, leur &#233;motion se mue en piti&#233; pour le pont dont ils d&#233;couvrent les veines de pierre &#224; vif, l'ossature rompue et le syst&#232;me circulatoire r&#233;duit &#224; quelques canalisations de gaz ligatur&#233;es a la h&#226;te. Est-ce parce que l'arche et son reflet, l'un et l'autre bris&#233;s, rompent la cha&#238;ne qui unit les deux rives ? Un pont rompu communique une impression d'infinie tristesse. Sur l'autre rive appara&#238;t une ville aujourd'hui calme et lointaine, un peu coup&#233;e du monde : Chatou, dont la grande rue &#233;tait si souvent nagu&#232;re encombr&#233;e de voitures et qui r&#233;sonnait de l'&#233;cho des klaxons. Le pav&#233; y est libre maintenant ; et la petite place de la gare ne conna&#238;t qu'une animation d'un genre nouveau : celle de caisses mont&#233;es sur roues de bicyclettes et qui s'intitulent Taxis. Une porte de barri&#232;re entr'ouverte permet l'acc&#232;s d'une &#8220;navette&#8221; qui, au bout de dix minutes de trajet, rencontrera un autre obstacle, toujours le m&#234;me : la Seine, au V&#233;sinet. Et c'est de nouveau la marche en troupeau, avec des inconnus qu'on retrouve &#224; chaque &#233;tape, comme dans les grandes tourn&#233;es touristiques ; c'est l'agitation des porteurs, le fr&#244;lement des bicyclettes ; c'est la passerelle, d'un genre un peu diff&#233;rent et affubl&#233;e d'immenses &#233;criteaux portant d'autres conseils : &#8220;Passage limit&#233; &#224; dix personnes dans chaque sens, allure au pas non cadenc&#233; et espac&#233;&#8221;. Il y a plus d'une heure qu'on a quitt&#233; Paris, et Saint-Germain appara&#238;t encore sur l'autre rive, en haut de la c&#244;te du Pecq. Au bord du fleuve, on s'assied, on d&#233;jeune. Jamais on n'avait tant regard&#233; ce paysage familier. L'ascension termin&#233;e, on regagnera Paris en fin de journ&#233;e par une ligne moins accident&#233;e, quoique d&#233;tourn&#233;e : celle de Saint-Nom-la-Bret&#232;che ... C'est ainsi que les habitants d'Argenteuil que ne tentent pas les travers&#233;es en bac, peuvent regagner leur ville &#224; pied sec en empruntant le r&#233;seau du Nord ; mais beaucoup pr&#233;f&#232;rent le trajet plus court, par la gare Stade-de-Colombes et les 500 ou 600 m&#232;tres &#224; pied qui les s&#233;parent de la rivi&#232;re&#8230; ils courent vers les barques pour y entasser leur bicyclette et leur petite valise, pour avoir la meilleure place &#224; l'avant et ne pas risquer de regarder le soleil en face. Mais lorsqu'un voyageur nouveau arrive en vue des quais et qu'il est reconnu &#224; son air h&#233;sitant, deux hommes se pr&#233;cipitent vers lui comme les cochers d'h&#244;tel dans les grandes gares :&lt;br /&gt; - Pour Argenteuil, &#224; droite ! - Pour Paris, &#224; gauche !&lt;br /&gt; - pour la gare, prenez le passeur &#224; droite !&lt;br /&gt; - pour la ville, prenez le passeur &#224; gauche !&lt;br /&gt; Deux &#8220;compagnies&#8221; rivales se disputent de chaque c&#244;t&#233; du pont les 28 sous du client &#233;ventuel qui ira grossir la foule de leurs passagers. Et les flottilles appareillent sous l'&#339;il vigilant d'un agent de police qui, les deux mains derri&#232;re le dos, veille &#224; ce que les embarcations ne soient pas surcharg&#233;es... Mais d'&#233;tranges flottilles en v&#233;rit&#233; dont les nautoniers aux bras luisants de sueur emm&#232;nent des gens assis sagement sur les planches des barques et qui, avec leur parapluie entre leurs jambes et leur chapeau melon, ont l'air de s'en aller r&#233;sign&#233;s vers on ne sait quel triste destin&#8230; toute une animation est n&#233;e sur cette petite plage hier d&#233;serte. Dans quelques semaines ce pittoresque aura disparu. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE III&lt;br /&gt; L'occupation allemande &#224; Aigremont 1940 &#8211; 1944&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; Les Allemands arrivent en Juin 1940 dans la r&#233;gion. Mais &#224; Aigremont, &#224; part une courte p&#233;riode tout au d&#233;but, il n'y en aura pas r&#233;sidant sur place jusqu'en ao&#251;t 1944. Georges Mesl&#233; nous indique qu'une Musique militaire allemande est arriv&#233;e &#224; Aigremont en juin 1940 et s'est install&#233;e &#224; la villa du Clos des Aulnes. Elle aurait fait partie d'un r&#233;giment fait prisonnier par De Gaulle lors de sa contre-attaque de Montcornet et lib&#233;r&#233;e lors de la d&#233;b&#226;cle quelques jours apr&#232;s. Apr&#232;s leur d&#233;part en 1941, la maison sera habit&#233;e par des r&#233;fugi&#233;s belges les Dupont. Les habitants d'Aigremont se souviennent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Odette Leli&#233;gard : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les Allemands sont venus apr&#232;s qu'on soit rentr&#233;s d'exode, c'&#233;tait la musique &#224; la &#8220;villa Goupy&#8221;. Bon, vous savez, on avait un petit peu peur. On n'allait pas trop s'y frotter, malgr&#233; qu'ils ne nous ont jamais rien fait, et on ne leur voyait pas d'armes, ils jouaient seulement de la musique. Tandis que les autres, ceux qui sont venus en 44, il y avait quand m&#234;me les obus. Une fois on &#233;tait couch&#233;s, et la dame d'&#224; c&#244;t&#233;, elle nous tape &#224; la porte, on lui cause par la fen&#234;tre. Elle dit : il y a une voiture l&#224; : les Allemands &#233;taient venus taper &#224; la porte de chez elle et c'est l&#224; qu'elle nous a appel&#233;s. Alors mon mari est sorti, ils voulaient qu'on aille les aider &#224; d&#233;panner leur voiture. Mais c'&#233;taient pas des Allemands, c'&#233;tait peut-&#234;tre des Anglais ou quelque chose comme &#231;a ; c'&#233;tait en 41&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Th&#233;o Le Ruyer : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Quand je suis rentr&#233; en 40, il n'y avait pas d'Allemands &#224; Aigremont ni &#224; Chambourcy. Puis une musique allemande est venue s'installer &#224; la Villa Goupy. On leur disait bonjour, c'est tout : y en avait qui parlaient fran&#231;ais, Ils ont du rester un mois, peut-&#234;tre plus. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Lucien Penven, enfant &#224; l'&#233;poque : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Je ne me souviens pas de l'arriv&#233;e des Allemands dans le pays. Mais je sais que c'&#233;tait une musique militaire. Je me souviens de l'Allemand qui parlait fran&#231;ais et qui venait chercher ce fameux M&#233;dor - mon chien. Il le promenait et lui donnait des bouch&#233;es au chocolat. Leli&#233;gard, qui &#233;tait l&#224;, disait : - il en a de la chance M&#233;dor ! On appelait cet Allemand &#171; &lt;em&gt;Oh-lala ! &#187;&lt;/em&gt;, parce qu'il disait : &#171; &lt;em&gt;Oh-lala ! m&#233;chante Suzanne ! &#187;&lt;/em&gt; Susanne &#233;tait une ouvri&#232;re de Halloche (un agriculteur) qui avait d&#251; le traiter de sale Boche. Th&#233;o Le Ruyer nous disait tout &#224; l'heure que ces Allemands avaient d&#251; rester un mois. Je crois qu'ils sont rest&#233;s une bonne ann&#233;e et qu'ils ont d&#251; partir quand les Allemands ont envahi la Russie vers juin 1941 : cela n'a pas d&#251; &#234;tre la m&#234;me musique, l&#224;-bas, pour ces musiciens. Je me souviens aussi de cet Allemand qui a fait manger de la paille &#224; Ren&#233; Mesl&#233; (le Maire d'alors). Il a attrap&#233; une poign&#233;e de paille et la lui a mise dans la bouche. Il &#233;tait balafr&#233; et on l'appelait &#171; &lt;em&gt;Gueule-de-Travers &#187;&lt;/em&gt; Il a &#233;t&#233; le dernier a quitter le pays. Les hommes ont dit ensuite : &#171; &lt;em&gt;si on avait su que c'&#233;tait le dernier, on lui aurait fait sa f&#234;te. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Georges Mesl&#233;, enfant &#224; l'&#233;poque : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;En1941, j'&#233;tais avec mon ami Lulu Penven et nous allions &#224; l'&#233;cole &#224; Saint-Germain, rue de La Salle. J'avais d&#233;cid&#233; de ne jamais laisser le trottoir aux soldats allemands qui passaient. Ce jour-l&#224;, j'ai m&#234;me dit, et Penven peut en t&#233;moigner : - 'celui-l&#224;, je ne peux pas le laisser passer'. Au coin de la rue Dan&#232;s, il y avait une boutique Nicolas. J'ai accentu&#233; d'un coup d'&#233;paule, au passage de cet officier allemand, et puis je me suis retourn&#233; et je me suis mis &#224; rire. Alors, il n'a pas du tout appr&#233;ci&#233; et j'ai pris une paire de claques qui a assez compt&#233; dans ma vie parce que cela a fini totalement de me former une opinion sur l'occupant &#187;&lt;/em&gt;. &#192; partir de 1941 et jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1944, il n'y a plus eu d'Allemands &#224; Aigremont.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les Allemands, comme partout en France, vont s'organiser ici avec un grand sens de l'administration. Tout d'abord en septembre 1940, ils commencent par faire l'inventaire de leur conqu&#234;te. L'enqu&#234;te de la Feldgendarmerie de Versailles, conserv&#233;e &#224; Aigremont, fait ainsi le tableau du village &#224; cette date :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;- 7 patrons agriculteurs sont prisonniers,&lt;br /&gt; - 3 chevaux r&#233;quisitionn&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; remplac&#233;s,&lt;br /&gt; - 15 hommes et 42 femmes sont employ&#233;s dans l'agriculture, contre 32 hommes et 42 femmes en 1939.&lt;br /&gt; il n'y a plus que deux voitures publiques &#224; Aigremont (appartenant &#224; la mairie), quatre voitures particuli&#232;res et dix camionnettes,&lt;br /&gt; - Ces v&#233;hicules consomment 200 litres d'essence par mois&lt;br /&gt; - L'&#233;cole compte 30 &#233;l&#232;ves dans une classe unique, avec l'institutrice Mlle Daussy. La rentr&#233;e de septembre 1940 s'est bien pass&#233;e&lt;br /&gt; -Un seul &#233;tranger habite le village : un Belge, Jules Touchard, ouvrier agricole habitant chez Mr Aubrun &#187;&lt;/em&gt;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &lt;em&gt;Le presse-papiers du peintre Andr&#233; Derain &lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; &lt;em&gt;Puis les Allemands se mettent &#224; confisquer les armes de chasse. &#192; Chambourcy, soixante personnes d&#233;posent leurs fusils &#224; la Mairie entre le 30 juin et le 6 septembre 1940. Certains d&#233;p&#244;ts d'armes un peu sp&#233;ciales sont plus d&#233;licats &#224; r&#233;aliser. C'est ainsi que le peintre Andr&#233; Derain qui habite alors &#224; Chambourcy, &#233;crit &#224; sa Mairie l'in&#233;narrable lettre suivante : &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;&#171; &lt;em&gt;18 octobre I940,&lt;br /&gt; Monsieur le Maire,&lt;br /&gt; J'ai l'honneur de vous signaler, &#224; toutes fins utiles, que j'ai d&#251; faire enterrer dans mon parc, trois obus allemands de 1914 qui appartenaient &#224; Monsieur Ancelot, pr&#233;c&#233;dent propri&#233;taire et que malgr&#233; ma mise en demeure, jamais M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Ancelot ne les a fait enlever. Je suis certain, &#224; peu pr&#232;s, qu'ils sont inoffensifs, car j'ai vu des enfants jouer avec, lors de ma premi&#232;re visite de la propri&#233;t&#233;, et un d'entre eux servant de presse-papier &#224; Monsieur Ancelot. De plus, on a d&#251; jeter dans le bassin, des bandes de mitrailleuses abandonn&#233;es par les troupes fran&#231;aises. Elles ont &#233;t&#233; vues et mani&#233;es par les troupes d'occupation.&lt;br /&gt; Veuillez agr&#233;er, Monsieur le Maire, l'expression de ma haute consid&#233;ration, Andr&#233; Derain &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La d&#233;tention d'armes est consid&#233;r&#233;e comme un crime par les Allemands et certains paieront de leur vie cette dissimulation, comme Mr Albert Le Bern&#233; cantonnier &#224; Chambourcy qui sera d&#233;port&#233; et mourra &#224; Dachau le 21 d&#233;cembre 1944. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &lt;em&gt;Les Allemands s'installent dans le pays en r&#233;quisitionnant des logements :&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;L'&#201;tat des sommes dues au titre des r&#233;quisitions du 1er janvier 1941 &#224; Chambourcy nous donne une id&#233;e de l'occupation locale :&lt;br /&gt; - Ch&#226;teau de Joyenval : 2 officiers et hommes dans 9 chambres&lt;br /&gt; - 77 Grande-Rue : bureaux et resserres et 30 hommes dans 9 chambres&lt;br /&gt; - 15 rue de Grammont : 60 hommes dans 12 chambres&lt;br /&gt; - Chez Derain : I officier et 30 hommes dans 9 chambres&lt;br /&gt; - Chez Chanteaud, Grande-Rue : bureaux et resserres, 40 hommes dans 13 chambres &#8226;&lt;br /&gt; - 48 Grande-Rue : 1 officier&lt;br /&gt; TOTAL : 11.033 francs.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce m&#234;me document nous renseigne sur le tarif des r&#233;quisitions :&lt;br /&gt; - chambre d'officier : 9 fr,&lt;br /&gt; - chambre pour 4 hommes : 8 fr,&lt;br /&gt; - chambre pour 3 hommes : 5 fr,&lt;br /&gt; - bureau : 3 fr,&lt;br /&gt; - grange 3 : fr, &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les Allemands se pr&#233;occupent m&#234;me de faire am&#233;nager leurs cantonnements r&#233;quisitionn&#233;s. L'&#201;tat du 4 avril 1941 &#187; concernant le Ch&#226;teau de Joyenval (NDLR : actuellement d&#233;moli pour laisser la place au golf de Chambourcy) pr&#233;voit que &#171; pour abriter les 19 voitures et camions, les 4 canons, les 6 caissons &#224; munitions, les 2 voitures d'officier, et loger les 2 officiers, leurs 33 hommes et sous-officiers, on a am&#233;nag&#233; :&lt;br /&gt; - I salle de jeux&lt;br /&gt; - I salle de rapport&lt;br /&gt; - I r&#233;fectoire&lt;br /&gt; - I magasin&lt;br /&gt; - I garage pour 8 voitures et ateliers - I garage de 8 voitures - I magasin &#224; munitions, &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Bien que l'on soit &#224; la campagne,&lt;br /&gt; le ravitaillement sera difficile,&lt;br /&gt; surtout pour ceux qui n'ont pas de terres et pour les moins fortun&#233;s.&lt;br /&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Souvenirs d'Odette Leli&#233;gard : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Je suis de 1909. J'avais donc alors 30 ans et j'avais cinq enfants, plus un neveu que j'avais &#233;lev&#233; ; puis j'avais mon p&#232;re et ma m&#232;re &#224; charge. Ma m&#232;re &#233;tait impotente et mon p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233; en 41. Et j'avais la dame d'&#224; c&#244;t&#233; qui &#233;tait toute seule, qui &#233;tait comme la grand-m&#232;re de la famille ; elle &#233;tait toujours ici. J'avais encore un Monsieur que j'avais pris chez moi, qui avait &#233;t&#233; bless&#233; &#224; Orl&#233;ans avec une bombe, il n'avait plus qu'un oeil, il n'avait plus qu'un bras. Il faisait des t&#226;ches chez X. Il mangeait ici. Nous &#233;tions 10 et la guerre c'&#233;tait pas tous les jours facile. D&#233;j&#224;, aller chercher &#224; manger &#224; Chambourcy : on arrivait, il n'y avait plus rien. Le No&#235;l 1940, j'ai &#233;t&#233; au boucher qui avait pas mal bu : pour lui, il y avait encore du vin. Comme il avait bu, il &#233;tait pas ouvert, alors on a fait le No&#235;l 40 avec des bo&#238;tes qu'on appelle des bo&#238;tes de singes. C'&#233;taient des bo&#238;tes de corned-beef que les soldats fran&#231;ais avaient laiss&#233;es en partant dans le grenier &#224; Mimile. On a fait No&#235;l avec &#231;a. Puis apr&#232;s, &#231;a a suivi : aucun ravitaillement. Je descendais &#224; Poissy deux fois par semaines chercher des choux. Pour avoir des choux, il fallait &#234;tre au march&#233; vers 6h/ 6h30, quand on faisait les &#233;tals et que les grossistes arrivaient. On avait un petit terrain, on faisait pousser un peu de pommes de terre ; mais il fallait en faire pousser&#8230; pour tout le monde. Question de viande, on avait deux, trois poules et deux, trois lapins ; tant que les lapins ont v&#233;cus&#8230; parce qu'apr&#232;s, ils ont eu la maladie. Apr&#232;s, on a fait des moutons. Mais quand on tuait un mouton, on le tuait d&#233;j&#224; avec la voisine qui en avait donc la moiti&#233;, car elle faisait venir ses fr&#232;res pour le tuer ; moi j'avais mes deux beaux-fr&#232;res et mes deux belles s&#339;urs &#224; Chambourcy. Ils venaient manger le gigot et ils en emportaient chacun un morceau. Qu'est ce qu'il me restait ? pas grand-chose. Les moutons, on les montait au bois. Les gosses, ils en avaient marre de monter les moutons au bois, surtout avec leurs sabots en bois qu'&#233;taient toujours cass&#233;s. Mon dernier, il laissait ses sabots en bas de la sente et il montait pieds nus pour ne pas casser ses sabots. Parce que quand ils &#233;taient cass&#233;s, il se faisait encore attraper. Si bien que quand on a voulu lui mettre des chaussures, il a fallu lui faire tremper ses pieds et les gratter je ne sais combien de fois : c'&#233;tait de la corne qu'il avait en dessous. Ah ! on n'a pas mang&#233; tous les jours de la viande ! On a mang&#233; ce qu'on trouvait, des h&#233;rissons&#8230; C'&#233;tait le fou rire, pour les tuer. On les mettait sur la table de la cuisine, alors ils s'allongeaient et avec le crochet du po&#234;le on leur tapait sur la t&#234;te. Apr&#232;s, il fallait les &#233;bouillanter pour tirer les piques. Ah ! Quand il faut en arriver &#224; manger &#231;a ! Le h&#233;risson, tout est dans la sauce ! On faisait une sauce comme pour le lapin, &#231;a donnait un petit peu de go&#251;t, mais c'&#233;tait pas grand-chose. Sans quoi, ici, on pouvait rien avoir. Les pommes de terre, vous pouviez toujours courir pour en avoir. On s'est d&#233;brouill&#233;s. On n'a pas mang&#233; tous les jours. On comptait m&#234;me les pommes de terre quand il y en avait. Mon mari en avait cinq dans son assiette, il les donnait aux gosses, et lui, il n'en mangeait pas. On a mang&#233; des choses que&#8230; On allait chercher du bl&#233;, j'avais un cousin &#224; Feucherolles, en v&#233;lo qu'il allait, &#224; condition de pas se faire prendre. Mais on avait le bl&#233;, mais pas de moulin &#224; caf&#233; pour le moudre. Moi j'ai fait cuire du bl&#233; entier pour le manger. Je savais qu'il y en avait un qui avait un moulin. J'ai lui ai dit : - tu me pr&#234;tes ton moulin ? - Ah non ! -J'ai dit : tu me pr&#234;tes ton moulin ou tu auras des histoires ! Alors il me l'a pr&#234;t&#233;. Le neveu a mis le moulin en route sans le fermer et toute la farine s'est envol&#233;e, il y en avait partout. Mais que voulez-vous ? Il y en avait qui vivaient bien. Malheureusement, ils sont presque tous partis, alors paix &#224; leurs &#226;mes ! Il y en a qui ont mang&#233; du pain blanc. Moi, j'ai un gar&#231;on qui est d&#233;c&#233;d&#233; : il allait &#224; Chambourcy, chez le boulanger et demandait : un pain de 4 livres pour D. F. (NDLR quelqu'un de Chambourcy) et Hop ! il a fait &#231;a 2 ou 3 fois, apr&#232;s il ne pouvait plus y aller. Alors, certains, ils avaient ce qu'ils voulaient. Et au march&#233; noir, il y avait tout, mais il fallait avoir les sous et comme on n'en avait pas, on pouvait pas acheter. On mangeait des &#233;pinards&#8230; Mes enfants en ont p&#226;ti quand m&#234;me : il y en a un qui est &#8220;parti&#8221;, l'autre est un peu malade, il a &#233;t&#233; greff&#233;. On y peut rien : la guerre c'est une chose qui ne devrait jamais exister. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Souvenirs de M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Maillaut : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Pour se nourrir la premi&#232;re ann&#233;e, &#231;a &#233;t&#233; tr&#232;s difficile, parce qu'on a manqu&#233; de viande, on a manqu&#233; de tout puisqu'il y avait des tickets. On s'est mis &#224; &#233;lever des lapins et on a mang&#233; uniquement du lapin pendant un an. On allait chercher du lait dans les fermes plus haut, sur Feucherolles. Et puis apr&#232;s, il y a eu du march&#233; noir et on a pu de temps en temps aller chercher un peu de viande au noir. Mais nous, on avait quand m&#234;me les l&#233;gumes pour nous&#8230; c'est pour le pain surtout que c'&#233;tait dur : ma m&#232;re de temps en temps, quand elle pouvait trouver de la farine, elle nous faisait du pain dans une cocotte. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les prisonniers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Tous les soldats d'Aigremont n'ont pas eu, comme Th&#233;o Le Ruyer (voir ci-dessus), la chance de rentrer au pays apr&#232;s la d&#233;faite : certains sont morts au front, et plusieurs sont rest&#233;s prisonniers. Le rapport de la Feldgendarmerie signalait en octobre l940 que 7 patrons agriculteurs sont prisonniers. Y en avait-il d'autres prisonniers en dehors des patrons ? Pour ma part, j'ai retrouv&#233; &#224; la Mairie, une liste de prisonniers tr&#232;s &#233;mouvante, griffonn&#233;e au crayon sur un bout de papier, sans doute par la secr&#233;taire de Mairie. Vous trouverez, un peu plus loin la photocopie un peu r&#233;duite de cette liste, sur laquelle ne figure pas, par exemple, Julien Guillain, ouvrier agricole et prisonnier lui aussi.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;La Municipalit&#233; d'Aigremont va se pr&#233;occuper de leur sort : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Le 20 d&#233;cembre l940, &#224; 20h, le Conseil Municipal d'Aigremont d&#233;cide de pr&#233;lever une somme de 700 fr, (Article 28, d&#233;penses impr&#233;vues, Budget additionnel 1940), &#224; l'effet de venir en aide mat&#233;riellement aux prisonniers de guerre de la Commune d'Aigremont. &#187;&lt;/em&gt; Cette mesure sera renouvel&#233;e r&#233;guli&#232;rement. Par exemple, le 13 d&#233;cembre 1941, le Conseil Municipal vote &#233;galement un cr&#233;dit de 700 fr, pour envoyer des colis de No&#235;l aux prisonniers. J'ai retrouv&#233;, gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Georges Mesl&#233;, deux lettres de Julien Guillain, ouvrier agricole chez son p&#232;re. Elles sont &#233;crites au crayon, comme toutes les lettres de prisonniers. Les voici, sans correction :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;2 f&#233;vrier 1941,&lt;br /&gt; Cher Patron, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes. Je pense que vous &#234;tes de m&#234;me ainsi que Marcel Bourel et Fifine. Je vous est d&#233;j&#224; envoy&#233; une carte, mais j'ai pas eut de r&#233;ponse. Je travaille dans une usine. Nous avons de la neige depuis deux mois. Je vois plus rien &#224; vous dire pour aujourd'hui. Bonjour &#224; tout le monde. Recevez mes meilleures amiti&#233;s, Julien Guillain, prisonnier N&#176; 31.711 Stalag VIII A &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;27 avril 1942,&lt;br /&gt; Cher Patron, Je suis toujours en bonne sant&#233;. Je pense que vous &#234;tes de m&#234;me. J'ai bien re&#231;u votre carte que vous m'avez envoy&#233;e. Je pense souvent &#224; vous vous, car vous devez avoir du travaille. Il ferait meilleur &#234;tre avec le cheval dans les champs que d'&#234;tre &#224; l'h&#244;pital. Bonjour &#224; tout le monde et recevez mes meilleures amiti&#233;s et bient&#244;t le retour parmi vous.&lt;br /&gt; Julien Guillain, prisonnier N&#176; 31.711 Stalag VIII A &#187;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Quant aux jeunes gens d'Aigremont embrigad&#233;s dans le STO (Service du travail obligatoire), vous trouverez sur ce site internet &#224; la page Histoire d'Aigremont, le t&#233;moignage de Raoul Aubrun qui passa une partie de la guerre &#224; Berlin et n'en revint que bien apr&#232;s l'Armistice.&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE IV&lt;br /&gt; Les bombardements et le d&#233;barquement&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; C'est &#224; partir de la fin 1943 que les bombardements vont perturber la vie et les d&#233;placements des banlieusards. Dans son livre &#171; &lt;em&gt;Le Feu et La Foi &#187;&lt;/em&gt;, pr&#233;fac&#233; par Kessel, Rolande Auffret-Follain nous raconte le trajet en train Paris / Saint-Germain-en-Laye sous les bombardements du 31 d&#233;cembre 1943 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &#171; &lt;em&gt;Ce jour-l&#224;, la sir&#232;ne d'alarme avait refoul&#233; le personnel de son &#201;tablissement dans les sous-sols, en attendant que les bombardiers anglais - ou am&#233;ricains- aient d&#233;vers&#233; leur provision d'explosifs sur les points strat&#233;giques de la p&#233;riph&#233;rie... L'heure de partir sonnait enfin. &#192; l'instar de la majorit&#233; de ses compagnes, Yvonne se pr&#233;cipitait vers la Gare Saint-Lazare o&#249;, comme &#224; l'accoutum&#233;e, elle s'entasse avec une foule morne et r&#233;sign&#233;e dans une rame 'Paris-Saint-Germain-en-Laye'. Combien portaient au c&#339;ur ce pincement d'angoisse : o&#249; les projectiles &#233;taient-ils tomb&#233;s aujourd'hui ? Le train partit, roulant &#224; l'allure mod&#233;r&#233;e devenue habituelle &#224; cause de l'exc&#233;dent permanent de voyageurs depuis que le nombre de trains avait &#233;t&#233; r&#233;duit par d&#233;cision de l'Occupant. La rame atteignait le pont d'Asni&#232;res. Soudain les sir&#232;nes ! De nouveau, leur lugubre avertissement retentissait. Le train n'en continua pas moins d'avancer. D'ailleurs qui aurait pu pr&#233;voir dans quelle direction irait le danger ? &#192; l'approche de la gare de B&#233;cons-les-Bruy&#232;res, de terrifiantes explosions secou&#232;rent le convoi. Des immeubles s'&#233;croulaient dans des nuages de poussi&#232;re et de fum&#233;e ; le ciel s'obscurcit. On ne voyait plus derri&#232;re le dernier wagon, que des rails qui se dressaient &#224; la verticale. Tout le train tituba, secou&#233; par la d&#233;flagration. Et pourtant (cela tenait du miracle), la rame &#233;lectrique ne s'&#233;tait pas arr&#234;t&#233;e ! Au contraire, elle avait sensiblement augment&#233; sa vitesse. Les passagers, eux, se confiaient au conducteur de la motrice qui, voyant les d&#233;g&#226;ts, avaient pris la d&#233;cision de fuir en avant. Les Vall&#233;es, La Garenne-Bezons et La Folie &#233;taient &#8220;grill&#233;es&#8221; et l'on fon&#231;ait toujours. &#192; Nanterre, le calme paraissant revenu, ce fut le stop tant attendu. Alors les voyageurs se bouscul&#232;rent pour entourer leur sauveur, qu'ils f&#233;licitaient, embrassaient &#224; l'envie. Il se passa un long moment avant que le courageux cheminot puisse reprendre la route qui n'existait plus que devant lui. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Mais c'est en 1944, &lt;/strong&gt;avec l'approche du d&#233;barquement que ces bombardements vont vraiment s'int&#233;grer dans la vie quotidienne des Parisiens et des banlieusards. Par chance, le petit village d'Aigremont ne sera jamais touch&#233;, mais leurs habitants seront aux premi&#232;res loges pour voir tomber les bombes sur toutes les usines de la r&#233;gion, surtout sur les usines d'automobiles de Poissy. Les habitants d'Aigremont se souviennent&#8230;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le bombardement du 10 mai 1944, de minuit &#224; minuit et demi sur Poissy et Argenteuil : &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Ce sont les ponts et les grandes usines de la r&#233;gion qui sont le plus souvent vis&#233;s : les usines d'automobiles et le pont de Poissy, les usines Gnomes-et-Rh&#244;ne d'Argenteuil. Dans son livre &#171; &lt;em&gt;Le Feu et La Foi &#187;&lt;/em&gt; d&#233;j&#224; cit&#233;, Rolande Auffret-Follain &#233;voque le t&#233;moignage de Raymond X., ouvrier &#224; Argenteuil, pendant ce fameux bombardement : &#171; &lt;em&gt;Raymond vient de prendre son service. Soudain retentit la modulation stridente des sir&#232;nes... D&#233;j&#224; le poste de DCA allemand, install&#233; pr&#232;s de l'usine, ouvre le feu, particuli&#232;rement acharn&#233;, et le bourdonnement qui s'enfle d'instant en instant laisse pr&#233;voir un raid d'envergure&#8230; des fus&#233;es &#233;clairantes pleuvent encerclant l'ensemble des b&#226;timents. On y voit comme en plein jour. &#8220;-Tout le monde aux abris !&#8221; hurle le gardien. On ne l'&#233;coute plus. Chacun ayant compris que la mort va frapper, prends ses responsabilit&#233;s, courant &#231;a, l&#224;, pour pr&#233;server ses jours : les abris n'inspirent pas confiance contre un bombardement comme celui qui va coiffer l'objectif&#8230; Raymond enfourche son v&#233;lo. Sans discontinuer, la DCA canonne. &#192; son roulement rageur r&#233;pond la ronde infernale des avions qui descendent en piqu&#233;. Les &#233;clats retombent, pluie meurtri&#232;re. Raymond fonce : il sait que ses chances tiennent &#224; la rapidit&#233; de sa fuite. Le sifflement des premi&#232;res bombes l'environne de son sinistre suspense. Un &#233;clair l'aveugle : le phosphore ! Sourcils et cils br&#251;l&#233;s, il ferme les yeux sur une douleur aigu&#235; qui l'oblige &#224; s'arr&#234;ter... La foudre qui tombe du ciel remonte des entrailles de la Terre dans un tonnerre d'Apocalypse. Il faut repartir. Le vieux pont n'est pas loin... Fuir. Fuir... Ruisselant de sueur, il atteint le vieux pont et voit s'approcher un groupe de bombardiers. L'un d'eux se d&#233;tache et pique droit sur lui. Un fracas terrifiant le transit. Sur la masse sombre de l'appareil, il reconna&#238;t l'embl&#232;me de la RAF, l'alli&#233; qu'il appelait de tous ses v&#339;ux et qui va le tuer !... M&#251; par un r&#233;flexe qu'il ne contr&#244;le plus, il se reprend et bondit de toutes ses forces. Le pont est vis&#233;. Les bombes &#233;clatent de plus en plus pr&#232;s, faisant rejaillir des gerbes d'eau &#233;cumantes. Passera-t-il ? Encore quelques m&#232;tres - 22 secondes. Une formidable d&#233;flagration &#233;branle l'atmosph&#232;re : le pont a saut&#233;. Raymond, projet&#233; &#224; bas de son v&#233;lo, se retrouve allong&#233; sur le sol, durement &#233;corch&#233;, mais bien vivant !&#8230; Tout semble crouler autour d'eux : les bombes s'appesantissent maintenant sur leur quartier -tragique erreur comme il s'en produit si fr&#233;quemment. La terre tremble les immeubles s'effondrent... &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le bombardement du pont de Poissy. Th&#233;o Le Ruyer : j'&#233;tais &#224; travailler au cimeti&#232;re. &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;&#199;a faisait du bruit ! Je me rappelle quand le pont de Poissy a &#233;t&#233; saut&#233; : j'&#233;tais &#224; travailler l&#224;, au cimeti&#232;re, dans la pi&#232;ce au Piqueur (surnom de Mr Aubrun), on voyait les morceaux de pont sauter et on voyait bien les bombes tomber et les gerbes d'eau monter quand la bombe tombait l&#224;-haut. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le bombardement du pont de Poissy. Lucien Peven : j'&#233;tais avec mon cheval sous le pommier&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;J'&#233;tais &#224; 500 m&#232;tres, derri&#232;re, l&#224;-bas (&#224; la Maladrerie c&#244;t&#233; Poissy), et le pont de Poissy &#224; vol d'oiseau &#231;a fait 1 km. Je voyais les bombes tomber : j'&#233;tais avec mon cheval sous un pommier et j'avais peur. Le cheval avait aussi peur que moi. Je me souviens d'un autre bombardement : celui de l'&#233;cole militaire de Saint-Cyr, parce que g&#233;n&#233;ralement les bombardiers volaient en ordre, bien group&#233;s tandis que l&#224;, ils sont venus en ordre dispers&#233;. Ils &#233;taient bien 40 ou 50, comme un essaim d'abeilles. On les a vus passer, revenir et on a su ensuite que Saint-Cyr &#233;tait d&#233;truit. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le bombardement de Chambourcy : Odette Leliegard, mon mari s'en est tourn&#233; les sangs. &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Tant que je n'avais pas tous mes gosses autour de moi, je n'&#233;tais pas tranquille. Il y en avait deux qui ont fait leur communion le dimanche 4 juin. Le jour du D&#233;barquement, c'&#233;tait le mardi d'apr&#232;s. Et bien le dimanche d'apr&#232;s, il y a deux bombes qui sont tomb&#233;es sur les p&#233;troles &#224; Chambourcy. Alors mes deux gosses, au lieu d'aller &#224; la messe, ils sont all&#233;s voir o&#249; la bombe &#233;tait tomb&#233;e. Nous, on les cherchait partout. Ils ont re&#231;u une vol&#233;e tous les deux, quand ils sont rentr&#233;s. Il y en a une qui &#233;tait tomb&#233;e par Continent (le super march&#233;). M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Lemoine et mon mari qui travaillaient l&#224;-bas, ils l'ont vu partir l'avion, mais ce n'&#233;tait pas un avion allemand. Mon mari a eu peur, il a cru qu'elle &#233;tait tomb&#233;e sur la maison. Il a tellement couru qu'il a &#233;t&#233; malade : il s'&#233;tait tourn&#233; les sangs. Le jour de la Communion aux gosses, il a fallu lui faire une piq&#251;re. &#192; la Confirmation des gosses, le jour du D&#233;barquement, ils sont descendus dans les caves du ch&#226;teau de Saint-Germain, les enfants et M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Mesl&#233; qui les avaient amen&#233;s, parce que moi, j'&#233;tais rest&#233;e avec mon mari qui &#233;tait encore bien malade. Il n'y a pas eu de bombardement, mais il y avait des avions qui tournaient et &#231;a faisait peur. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;barquement : Lucien Penven, j'&#233;tais en train de labourer&#8230; &lt;/strong&gt; Lucien m'a emmen&#233; en1988 sur les lieux o&#249; il a appris la grande nouvelle du D&#233;barquement, &#224; &lt;em&gt;La Maladrerie&lt;/em&gt;, c&#244;t&#233; Poissy, au pied des HLM qui &#224; l'&#233;poque n'&#233;taient que des champs. &#171; &lt;em&gt;Ici, le 6 juin 44 au matin, j'&#233;tais en train de labourer avec mon cheval. Il y avait une brave dame, Mme Moette, qui me connaissait tr&#232;s bien et qui m'attendait au bout du sillon. Elle avait ouvert sa fen&#234;tre, parce qu'il faisait tr&#232;s beau ce jour-l&#224;. Elle m'a dit en levant les deux bras au ciel : -&#8220;Lulu, ils sont d&#233;barqu&#233;s !&#8221; C'&#233;tait fantastique : pour moi, ils &#233;taient d&#233;barqu&#233;s, ils &#233;taient arriv&#233;s ! J'avoue franchement - j'avais 18 ans &#224; l'&#233;poque, alors qu'il y avait des gars qui avaient deux ou trois ans de plus que moi qui &#233;taient &#233;tal&#233;s sur des plages de Normandie, eh bien, moi, pas un instant je n'ai pens&#233; &#224; cela : J'ai &#233;t&#233; discuter avec cette brave dame, puis j'ai continu&#233; mon travail. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le d&#233;barquement : Odette Leli&#233;gard, j'&#233;tais dans mes ouat&#232;res&#8230; &lt;/strong&gt; Odette m'a racont&#233; ce qui lui est arriv&#233; dans la soir&#233;e du 6 juin 1944, soir du D&#233;barquement : &#171; &lt;em&gt;Si je vous disais&#8230; mais c'est peut-&#234;tre pas beau &#224; voir, comment j'ai &#8220;entendu&#8221; le d&#233;barquement. &#192; cette &#233;poque, les &#8220;ouat&#232;res&#8221; &#233;taient d&#233;j&#224; l&#224;, dans le coin. Je vais aux ouat&#232;res : et c'est l&#224; que j'entends un grondement sous mes pieds sans arr&#234;t. Je me dis : qu'est-ce qui se passe ? C'est fou ce que &#231;a peut r&#233;sonner par terre. Ensuite, le docteur est arriv&#233; pour mon mari qui &#233;tait malade, et il me dit : c'est le d&#233;barquement, c'est le canon de Normandie qui fait trembler le sol des ouat&#232;res. Vous savez, on entend bien par le sol... Par exemple, quand les Allemands sont partis, ils avaient laiss&#233; une roulante chez &#8220;Mesl&#233; d'en bas&#8221;. Alain, &#8220;le Mesl&#233; d'en haut&#8221;, dit &#224; mon mari : il faut que tu prennes Bayard (le cheval) et que tu emm&#232;nes cette roulante &#224; Saint-Germain-en-Laye au Lyc&#233;e International. Et mon mari ne revenait pas : toute la famille &#233;tait dans la rue &#224; l'attendre. Mon dernier des gar&#231;ons &#233;tait assis par terre ; tout d'un coup, il dit : le vl&#224;, j'entends les sabots &#224; Bayard. Couch&#233; par terre, il entendait les pas du cheval r&#233;sonner. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE V&lt;br /&gt; Les Allemands s'installent &#224; nouveau &#224; Aigremont :&lt;br /&gt; 13 ao&#251;t &#8211; 23 ao&#251;t 1944 : la prise d'otages&lt;/h2&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &#192; la mi-ao&#251;t 44, on commence &#224; attendre les Am&#233;ricains. Les maquisards multiplient leurs actions et les Allemands deviennent tr&#232;s nerveux. Des troupes prennent position &#224; Aigremont, dans le ch&#226;teau, et des batteries de flak (antia&#233;riennes) et antichars sont install&#233;es, comme dans toute la r&#233;gion. Le livre &#8220;Histoire d'Orgeval&#8221; donne ces int&#233;ressantes pr&#233;cisions : &lt;em&gt; &#171; 11 ao&#251;t 1944, les Allemands installent des nids de mitrailleuses &#224; Maison-Blanche et de la DCA dans le parc de la Tour de B&#233;themont. 16 ao&#251;t, les Allemands installent des canons dans les bois d'Aigremont et de Chambourcy. &#187; &lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; C'est dans ce contexte que les Allemands vont prendre des jeunes en otages &#224; Aigremont, pour pr&#233;venir d'&#233;ventuels attentats. Je n'ai pu avoir confirmation de la date exacte de cette prise d'otages, sans doute le dimanche 13 ao&#251;t 1944 et il semble qu'ils furent lib&#233;r&#233;s par le Commandant allemand du ch&#226;teau, le mercredi 23 ao&#251;t, la veille du d&#233;part des Allemands d'Aigremont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'apr&#232;s les souvenirs de Gilbert Prunier, de Lucien Penven, de Georges Mesl&#233; et de Th&#233;o Le Ruyer, il y a eu 10 otages. Six otages : Roger Laporte, &#201;mile Marbouty, Gilbert Prunier, Francis Perot, Marcel Buain, Marcel Daubigny, sont enferm&#233;s dans l'&#233;curie de Roland Dubreuil. Trois autres otages sont des &#171; &lt;em&gt;otages libres &#187;&lt;/em&gt; c'est-&#224;-dire qu'ils peuvent rester chez eux, mais &#224; la disposition des Allemands : Roland Dubreuil (qui &#233;tait alors malade), Marcel Inderbitzen et D&#233;d&#233; Maillaut (dont l'&#233;pouse allait accoucher). Plus une femme : &#201;mile Marbouty (dit Mimile) s'&#233;tait cach&#233; dans la paille de son grenier au 29 Grande-Rue pour &#233;chapper aux Allemands. Ils ont fouill&#233; le grenier &#224; coups de ba&#239;onnettes, mais ne l'ont pas trouv&#233;. &#192; sa place, ils ont emmen&#233; sa femme et il a donc d&#251; se rendre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Ancien otage, Gilbert Prunier se souvient : &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - &#171; &lt;em&gt;&#202;tre otage qu'est ce que cela signifiait ? - Cela signifie qu'on a &#233;t&#233; emmen&#233;s par les Allemands d'une dr&#244;le de fa&#231;on. Lorsqu'ils arrivent, deux de mes camarades sont pris, alors &#233;videmment je sens que mon tour va venir. On discute avec mes parents : qu'est ce qu'on fait ? je me sauve ou je me laisse arr&#234;ter ? Difficile... mes parents veulent que je me sauve. Moi je dis que c'est pas la peine : ils prendront quelqu'un d'autre de la famille. Je reste. Alors ma m&#232;re me pr&#233;pare une musette : casse-cro&#251;te, changement de linge, de quoi faire sa toilette. Et quand les Allemands sonnent &#224; la porte, je suis pr&#234;t devant la porte, devant eux&#8230; et on s'en va tous ensemble, les soldats me suivant. On s'en va jusqu'&#224; la prison : enfin si on peut appeler cela une prison ? C'&#233;tait une &#233;curie. &#199;a se trouve dans la Grande- Rue, juste un peu plus bas que l'ancienne mairie, sur la gauche en descendant. - Vous &#233;tiez combien ? - Eh bien, si mes souvenirs sont &#224; peu pr&#232;s exacts, on devait &#234;tre 7 ou 8, dont une femme. Eh oui, dr&#244;lement ! Justement, ce monsieur ne veut pas se faire arr&#234;ter, il se camoufle dans une grange &#224; foin et quand les Allemands se pr&#233;sentent, il est camoufl&#233;. Les Allemands n'h&#233;sitent pas, ils emm&#232;nent sa femme. Et au lieu de voir arriver un copain, qu'est ce qu'on voit arriver : sa femme, dans l'&#233;curie avec nous. &#199;a fait bizarre quand m&#234;me ? Dans cette &#233;curie &#231;a a &#233;t&#233; dr&#244;le : interdit de sortir. Pour les besoins, on allait dans un coin de l'&#233;curie. Bien s&#251;r, il n'y avait pas de lits, c'&#233;tait juste de la paille &#224; terre ; et c'&#233;tait une porte &#224; deux battants et les deux battants &#233;taient ferm&#233;s. Quelque chose me revient en m&#233;moire : cet officier allemand qui arrive, qui compte dans sa main des balles et qui nous fait comprendre que si on essaye de se sauver, c'est pour nous. Nous avions &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s parce que souvent des officiers allemands &#233;taient tu&#233;s : on &#233;tait arr&#234;t&#233;s pour &#231;a. Si jamais un officier allemand &#233;tait tu&#233;, hop ! on nous prenait et on &#233;tait fusill&#233;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Les otages, M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Maillaut se souvient : &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Les otages c'&#233;tait pour la naissance de ma fille (20 ao&#251;t 44). Je devais aller &#224; Saint-Germain pour accoucher en clinique et j'ai du rester chez moi &#224; cause des &#233;v&#232;nements. Heureusement, il y avait une sage-femme de Chambourcy qui est venue coucher ici, pour m'aider. Le Major m&#233;decin allemand s'&#233;tait m&#234;me propos&#233; pour venir m'accoucher. J'ai pas voulu, car ils avaient pris des otages et mon mari devait &#234;tre dans les otages, mais ils l'ont laiss&#233;. Ils ont quand m&#234;me &#233;t&#233; assez humains&#8230; Comme &#231;a, moi je n'ai pas souffert de cette chose-l&#224;, j'ai pas su ce qui se passait. J'ai su tout &#231;a apr&#232;s. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Les otages, M&lt;sup&gt;me&lt;/sup&gt; Sergeant raconte : &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;J'ai &#233;videmment &#233;t&#233; tr&#232;s marqu&#233;e, puisque les otages &#233;taient -si je puis dire- tous ceux de ma 'classe', puisqu'ils avaient &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me &#226;ge que moi et je sais qu'on tremblait tout le temps qu'il arrive quelque chose. En particulier, comme &#224; la maison il n'y avait pas d'Allemands &#224; ce moment-l&#224;, il y avait beaucoup de jeunes qui se r&#233;unissaient chez nous pour jouer tranquillement et on faisait beaucoup de bruit. Et mes parents &#233;taient affol&#233;s parce qu'ils disaient qu'une bande d'Allemands allait nous tomber sur la t&#234;te ; les enfants au contraire &#233;taient plus jeunes et ils faisaient un bruit terrible. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE VI&lt;br /&gt; La lib&#233;ration dans la r&#233;gion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Pour les &#233;v&#232;nements du mois d'ao&#251;t 1944 autour d'Aigremont, &lt;/strong&gt;&#224; Saint-Germain, &#224; Chatou, au Pecq, j'utiliserai largement les t&#233;moignages publi&#233;s apr&#232;s la guerre et notamment &#171; &lt;em&gt;La Lib&#233;ration de Saint-Germain-en-Laye &#187;&lt;/em&gt; de Maurice Veillon, l'ouvrage &#171; &lt;em&gt;Le Feu et la Foi &#187;&lt;/em&gt; de Rolande-Auffret Follain et les souvenirs du Cur&#233; du Pecq &#171; &lt;em&gt;Les Derniers Jours du Pont du Pecq, mai-ao&#251;t 1944. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;5 juin 1944. &lt;/strong&gt;Trois avions piquent vers le pont (du Pecq) venant de Bougival, rasent les eaux (de la Seine) mitraillent la DCA du terrain des sports et l&#226;chent quelques bombes. L'un d'eux est si bas qu'il endommage le parapet et fauche une jeune fille de 19 ans, Monique Raoult, qui sera enterr&#233;e le 8. Quelques maisons d&#233;truites. Alors on envahit les grottes (sous le ch&#226;teau de Saint-Germain) pour y installer des dortoirs ; dans le sous-sol de l'&#233;glise, trente personnes y couchent sans avis de prise de possession. Au fond, c'est tr&#232;s bien ainsi, la maison de Dieu est la maison du p&#232;re de famille.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;6 juin &lt;/strong&gt;Enfin c'est fait, il a eu lieu le d&#233;barquement, en Normandie. On se bat d&#233;j&#224; dans Caen, para&#238;t-il. Le t&#233;l&#233;phone est coup&#233;, les rues sont barricad&#233;es ; des sentinelles avec des mitraillettes sous le bras attendent. Des pr&#233;voyants ach&#232;tent tout le pain de leur carte. Les derniers de la queue n'en ont plus et crient. Journ&#233;e de grand affolement, car la Normandie c'est la route traditionnelle des invasions vers Paris, vers nous. Pour la premi&#232;re fois, on parle de torpilles volantes. Aussit&#244;t, on pr&#233;tend en ou&#239;r Rue Victor-Hugo. Non ce sont les Allemands qui jouent au football.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;7 Juin &lt;/strong&gt;Les arm&#233;es allemandes d&#233;filent du c&#244;t&#233; de Versailles, foncent sur la route de Fourqueux, vers la Normandie. Arr&#234;t&#233; du Maire qui interdit les cort&#232;ges fun&#232;bres : la famille seule doit suivre le convoi. Les porteurs placent quand m&#234;me les couronnes mortuaires, la foule suit le convoi qui s'en va tout calmement.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;8 juin &lt;/strong&gt;Un troupeau de vaches traverse le pays, en route vers Paris. Les rues sont macul&#233;es de bouses inattendues et de sang, car les pauvres b&#234;tes saignent du pied.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;10 Juin &lt;/strong&gt;on annonce que la route de Houdan est tr&#232;s bombard&#233;e, qu'elle est jonch&#233;e de camions incendi&#233;s avec leurs morts au volant. Entre deux alertes, les &#233;vacu&#233;s de la cit&#233; courent &#224; leurs maisons o&#249; volaille et linge disparaissent. Les voleurs sont vraiment sans peur. Quant aux reproches ils s'en moquent...&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;12 Juin &lt;/strong&gt;apparaissent les avions mitrailleurs. Parfois, ils rasent les toits ; le tac-tac vous fait rentrer les &#233;paules.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;13 Juin &lt;/strong&gt;le march&#233; de Saint-Germain est vid&#233; par les Parisiens. On entend parler de famine possible. On recommande de garder de l'eau dans des bouteilles. Quelques nourrices se plaignent de n'avoir plus de lait, par suite des &#233;motions. Les municipalit&#233;s ont-elles pr&#233;vu &#231;a ?&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;23 Juin &lt;/strong&gt;la vente au march&#233; se fait sur pr&#233;sentation de la carte d'alimentation, de 9 &#224; 11 heures. &#192; la tomb&#233;e de la nuit, des vagues d'avions passent pr&#232;s du pays. Tout tremble, c'est Saint-Cyr qui prend.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;24 Juin &lt;/strong&gt;violents bombardements du c&#244;t&#233; de Versailles.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;25 Juin &lt;/strong&gt;Les Allemands arr&#234;tent les cyclistes qui sont all&#233;s chercher du beurre en Normandie, &#224; 30 francs le kilo. Ils leur en confisquent une partie, sans tenir compte de leur bravoure.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;2 juillet &lt;/strong&gt;aucun train. Le syndicat des voyageurs ne proteste pas.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;27 juillet &lt;/strong&gt;&#224; 9 heures, des terroristes enl&#232;vent les feuilles d'alimentation &#224; la Marie.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;31 Juillet &lt;/strong&gt;en bref, un mois calme. On ne s'imaginerait pas &#234;tre si pr&#232;s du front.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;ler ao&#251;t 1944&lt;/strong&gt; Les bombardements alli&#233;s se multiplient, alertes &#224; Saint-Germain &#224; 14h, 17h 25, 18h 45.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;2 ao&#251;t&lt;/strong&gt; quatre alertes, tandis que l'on entend le bruit des bombardements sur les d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers de Paris.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;5 ao&#251;t&lt;/strong&gt; le gaz de ville ne fonctionne plus &#224; Saint-Germain que de 12h30 &#224; 12h45 et de 19h 20 &#224; 20h 20.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;6 et 7 ao&#251;t&lt;/strong&gt; les d&#233;p&#244;ts de p&#233;trole de Paris, Gennevilliers et Saint-Denis sont bombard&#233;s &#224; de multiples reprises.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;10 ao&#251;t&lt;/strong&gt; les Allemands &#8220;piquent&#8221; les v&#233;los. Donc les v&#233;los se cachent aussit&#244;t.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Vendredi 11 ao&#251;t &lt;/strong&gt;gr&#232;ve des chemins de fer. On parle de fusiller&#8230; Pas de train. Les gens reviennent de Paris &#224; pied ou en camion. Tout le monde est sur le pas des portes et surveille la route. On dit en effet que la Pr&#233;fecture de Versailles attend les Am&#233;ricains pour ce soir ou pour demain matin. On a m&#234;me dit qu'un char &#233;tait arriv&#233; &#224; Saint-Germain. On entend par moment le bruit du canon. Plus d'&#233;lectricit&#233;. T&#233;l&#233;phone tr&#232;s difficile. Nous avons encore de l'eau. Comme il n'y a plus d'&#233;lectricit&#233;, il n'y a plus de TSF, aussi ne peut-on rien v&#233;rifier des bruits qui courent. On est &#233;tonn&#233; de ne voir passer sur la route de Saint-Germain aucune troupe, aucun camion allemand, ni dans un sens ni dans l'autre, mais on voit beaucoup de voitures avec la Croix-Rouge qui transportent, debout, de nombreux bless&#233;s l&#233;gers&#8230; &#187;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Samedi 12 ao&#251;t&lt;/strong&gt; un panneau est accroch&#233; &#224; la gare de Saint-Germain : la circulation des trains est suspendue jusqu'&#224; nouvel ordre. Le m&#234;me jour, un barrage antichar est construit par les Allemands rue du Vieil-Abreuvoir &#224; Saint-Germain. La ration de pain est r&#233;duite d&#233;sormais &#224; 200 gr par personne&#8230; Vu un concombre &#224; 74 frs, des haricots &#224; &#233;cosser &#224; 50 francs.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Toute la nuit du Mardi 15 ao&#251;t&lt;/strong&gt; et toute la matin&#233;e du 18, les chars allemands traversent Saint-Germain par la Grande-Rue et la rue de Mareil en refluant du Front&#8230;. &#171; &lt;em&gt;Le couvre-feu est ramen&#233; &#224; 22h15. Plus de charbon. Le gaz va &#234;tre supprim&#233;. Plus de M&#233;tro. &#201;lectricit&#233; seulement de 22h30 &#224; 24h. Les trains remarchent un petit peu, I ou 2 trains par jour dans chaque sens entre Saint-Germain et Paris. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Vendredi 16 ao&#251;t&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;deux grands troupeaux de b&#339;ufs rafl&#233;s par les Allemands traversent Saint-Germain. &#187;&lt;/em&gt;&#8230; &#171; &lt;em&gt;&#192; propos de questions alimentaires, j'&#233;voquerai aussi cette vache trouv&#233;e au carrefour du Puits-d'Angle, juste apr&#232;s le d&#233;part des Allemands. La pauvre b&#234;te &#233;tait tomb&#233;e d'&#233;puisement, incapable de poursuivre sa route comme le troupeau dont elle faisait partie et qu'ils menaient &#224; l'abattoir. Des amis et moi la tra&#238;n&#226;mes avec une corde jusqu'au laboratoire du Dr Hepp, assez proche, o&#249; nous l'abatt&#238;mes. D&#233;bit&#233;e, elle fut distribu&#233;e &#224; la population et les gendarmes soup&#231;onneux que des mauvaises langues avaient alert&#233;s, se montr&#232;rent satisfaits d'en recevoir leur part. &#187;&lt;/em&gt; Saint-Germain rempli de camions d&#233;m&#233;nageurs via Nancy : les &#171; &lt;em&gt;souris grises &#187;&lt;/em&gt;, soldates allemandes si arrogantes, nous quittent avec des valises pleines. Les convois allemands d&#233;filent : camions, bicyclettes, tombereaux, guimbardes. Sous une b&#226;che peintur&#233;e d'une grande croix rouge, une vache rumine son foin et sur la fragilit&#233; des puissants de la terre.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dimanche 17 ao&#251;t&lt;/strong&gt; les Allemands font sauter leurs d&#233;p&#244;ts de munitions de la for&#234;t de Marly.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;18 ao&#251;t&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Pillage des maisons abandonn&#233;es par les Allemands : charbon, bois, literie, tableaux, volailles. Une femme traverse le pays, avec deux superbes oies sur sa bicyclette. Elle se d&#233;fend : &#8220;pensez, je reviens de les chercher du c&#244;t&#233; de Lisieux&#8221;. On rit, personne n'en doute&#8230; &#192; 18h 30, deux bombes : une dans l'&#238;le, une dans la Seine, les derni&#232;res&#8230; mais personne ne se l'imagine. Pas de victimes&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Samedi 19 ao&#251;t : &lt;/strong&gt;&#171; &lt;em&gt;la ration de pain est r&#233;duite &#224; 100 gr par personne. Des barricades sont construites, avec des rails, par les Allemands, rue Gr&#233;ban et rue Voltaire. 0h30, coups de mitrailleuses, chocs, cris. Est-ce les Tommies ? Non, un camion allemand est entr&#233; dans un barrage antichar, en haut de la route des Grottes : un Allemand a les jambes coup&#233;es. Des Russes (prisonniers) fortifient le barrage, rue de Saint-Germain un Alsacien les commandes. On aura vu beaucoup d'Alsaciens pendant cette guerre, contrema&#238;tresses, etc. Le soir, on a deux heures de courant. Cela semble bon comme une friandise. D'un camion allemand tombe un superbe lapin vivant. La femme qui l'a ramass&#233; va r&#233;galer ses trois enfants. Les abris ont retrouv&#233; leur grande client&#232;le, les troupes allemandes ayant dit : &#171; &lt;em&gt;vous allez voir ce que sont les SS ! &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dimanche 20 ao&#251;t&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;les Allemands apr&#232;s avoir r&#233;quisitionn&#233;s les autos, r&#233;quisitionnent aussi les v&#233;los. Mr Lachenaud de Chambourcy, qui se rendait &#224; la pharmacie &#224; Saint-Germain en bicyclette se fit d&#233;pouiller par les Allemands, devant l'IRSID &#224; l'entr&#233;e de la ville. Des bagarres &#233;clatent &#224; la sortie de la messe &#224; I0h45, les Allemands tirent : une femme est tu&#233;e, plusieurs bless&#233;s&#8230; Des SS, les terribles sections d'assaut allemandes, arrivent ; la plupart des rues sont barr&#233;es. &lt;strong&gt;Les Allemands installent des batteries d'artillerie lourde sur les hauteurs de Chambourcy et d'Aigremont. 12 chars Tigre de la Division Adolf Hitler patrouillent en for&#234;t et dans les environs d'Orgeval et de La Maladrerie.&lt;/strong&gt; Dans la nuit du 20 ao&#251;t &#224; 20h, 23h et minuit, les Allemands firent sauter les 60 tonnes de poudre &#224; V1 qu'ils avaient entrepos&#233;es &#224; Rocquencourt. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Lundi 21 ao&#251;t&lt;/strong&gt; nouvelles explosions de d&#233;p&#244;ts de munitions &#224; Saint-Germain. Affiche des Allemands : Couvre-feu du coucher du soleil au lever du soleil. Interdiction des groupes de plus de trois personnes. Interdiction de fermer les portes &#224; cl&#233;.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;22 ao&#251;t&lt;/strong&gt; Les FFI apparaissent partout&#8230; On distribue I00 grammes de beurre. On mange du pain blanc, la fabrique Saldo ayant distribu&#233; sa farine. Violente canonnade tout le jour. Tout le monde est dans les rues. Plus de protocole. On annonce la prise de Paris. Alors que devenons-nous dans l'affaire ? Nuit agit&#233;e. Portes et fen&#234;tres tremblent.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Mercredi 23 ao&#251;t&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;la population de Saint-Germain commence &#224; fabriquer des drapeaux tricolores, et une femme prom&#232;ne ses trois enfants, l'un v&#234;tu de bleu, l'autre de blanc et le troisi&#232;me de rouge. En ville, l'odeur est tr&#232;s forte : on ne ramasse plus les ordures depuis plusieurs jours. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dimanche 24 ao&#251;t&lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les Allemands font sauter le viaduc de Saint-L&#233;ger sur la ligne de banlieue Grande-Ceinture. Mais ils ne savaient pas alors qu'au m&#234;me moment les premiers Am&#233;ricains arrivent &#224; la bretelle de l'Autoroute de l'Ouest, &#224; Orgeval, &#224; 6 km de Saint-Germain. Au m&#234;me moment, &#224; 17h30, une &#233;norme explosion casse les vitres &#224; Bougival. C'est une p&#233;niche charg&#233;e de 75 tonnes de cheddite qui vient de sauter. Nombreux bless&#233;s sur les bords de la Seine&#8230; L'arm&#233;e Leclerc est &#224; Paris. Batterie allemande prend position rive droite du pont. Toute la nuit, ru&#233;e des troupes allemandes en route vers le pont. Quelques Allemands d&#233;valisent des maisons, pourvu qu'ils ne s'arr&#234;tent pas ici. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Minuit, 24/25 ao&#251;t&lt;/strong&gt; nuit &#233;toil&#233;e. Tirs en direction de Fourqueux et de Chambourcy. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Vendredi 25 ao&#251;t vers 4 h du matin&lt;/strong&gt; les Allemands quittent Saint-Germain-en-Laye. Une affiche FFI est placard&#233;e &#224; Saint-Germain proclamant &#8220;la mobilisation imm&#233;diate de la population&#8230;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&#192; 9h&lt;/strong&gt; le Maire de Saint-Germain fait hisser le drapeau tricolore sur l'H&#244;tel de Ville&#8230;F&#234;te de saint Louis. Derniers passages d'isol&#233;. Un tout jeune Allemand de seize ans, erre dans les rues du Pecq, sur son grand cheval, &#224; la recherche du pont. On mine le pont. Les Alli&#233;s ne viendront donc pas. La DCA, install&#233;e sur le stade saute toute la journ&#233;e ; des d&#233;p&#244;ts d'essence, un tank en panne br&#251;lent. La vie sociale est arr&#234;t&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;17 heures &lt;/strong&gt; vive fusillade. Une barque fran&#231;aise tente de franchir la Seine (venant de Saint-Germain). Du pont, du stade, les Allemands tirent en rafale. Un enfant de dix ans, Charles Chollet est bless&#233; mortellement, plusieurs personnes sont bless&#233;es. Le feu dure vingt minutes avec une courte accalmie au cours de laquelle l'abb&#233; Brochet emporte le bless&#233; grave. Les gens occup&#233;s &#224; vider les casemates du stade se sauvent, mais sans leurs brouettes, leurs sacs, leurs paniers.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&#192; 19h&lt;/strong&gt; la premi&#232;re Jeep US entre dans St-Germain et &#224; 20h15, des cris &#233;clatent rue du Veil-Abreuvoir : 'Les voil&#224; !' et quelques motocyclistes US arrivent venant de Chambourcy.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&#192; 20 heures&lt;/strong&gt; la sir&#232;ne du Pecq hurle dr&#244;lement. Chatou, para&#238;t-il attend ce signal pour attaquer les dynamiteurs (allemands) du pont. Nos FFI se placent en ordre de combat avec un fusil-mitrailleur et quelques armes simples.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&#192; 21 heures&lt;/strong&gt; un homme parcourt les rues : 'les Allemands sont au pont !' Tous les drapeaux sont enlev&#233;s en un clin d'&#339;il. Restent seuls, claquant au vent, celui du clocher et un autre rue Saint-Germain. Pour plus de s&#251;ret&#233;, les F.F.I. font venir un tank am&#233;ricain face au pont. &#192; z&#233;ro heure, bombardement de Paris par les Allemands.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&#192; 23h28&lt;/strong&gt; le pont saute. Vitres, tuiles, portes, devantures en fer des maisons alentours claquent, volent en l'air&#8230; Aussit&#244;t, &#224; l'abri de ce barrage, les arrestations de collaborateurs, r&#233;els ou suppos&#233;s, commen&#231;aient, pendant qu'un side-car am&#233;ricain apparaissait aux San-Germanois d&#233;lirants&#8230; L'apr&#232;s-midi les Am&#233;ricains arrivent &#224; Saint-Germain pavois&#233;e comme une salle des f&#234;tes un jour de gala.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Nuit du 25 au 26&lt;/strong&gt; le d&#233;tachement allemand de Poissy, 50 hommes, un char Tigre et 4 pi&#232;ces de 105, firent sur Poissy.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;27 ao&#251;t&lt;/strong&gt; Les Am&#233;ricains r&#233;parent le pont en trois heures.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;30 ao&#251;t&lt;/strong&gt; La division Leclerc vient de Versailles &#224; pied ; elle se loge &#224; Saint-Germain.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; La lib&#233;ration de Saint-Germain-en-Laye vue par Marc Toledano&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; Revenons au 22 ao&#251;t, et faisons de larges emprunts au r&#233;cit de la Lib&#233;ration d'Aigremont et de Saint-Germain r&#233;dig&#233; par un romancier de chez nous - Marc Tol&#233;dano qui est n&#233; &#224; Chambourcy et fut &#233;lev&#233; au D&#233;sert de Retz avant la Guerre. Marc Tol&#233;dano deviendra c&#233;l&#232;bre quelques ann&#233;es apr&#232;s, avec un r&#233;cif de guerre 'Le Franciscain de Bourges' et bien d'autres livres. Dans la deuxi&#232;me partie de son roman 'L'Officier de Magdebourg' que vous trouverez facilement en librairie ou &#224; la Biblioth&#232;que, il rend parfaitement le climat qui r&#233;gnait dans la r&#233;gion, en ces jours de lib&#233;ration de la fin ao&#251;t 1944 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &#171; &lt;em&gt;Fallait-il que je fusse inconscient en ce matin du 22 ao&#251;t 1944 pour rev&#234;tir mon uniforme de Saumur - ou ce qu'il en restait - et pour traverser ma bonne ville de Saint-Germain-en-Laye en bicyclette ? Non content de m'exhiber en tenue militaire, je poussais la bravade en portant ostensiblement &#224; mon bras gauche le brassard tricolore des FFI (compte tenu des autres t&#233;moignages que nous avons lus plus haut, je pense que Marc Tol&#233;dano fait une l&#233;g&#232;re erreur de date et qu'en fait il doit s'agir du 24 ou 25 ao&#251;t, NDLR). On disait que les Allemands &#233;vacuaient la ville en catastrophe, et rendez-vous m'avait &#233;t&#233; donn&#233; au commissariat de police fra&#238;chement 'lib&#233;r&#233;' et promu pour la circonstance 'si&#232;ge de l'&#233;tat-major', nom pompeux qui ne recouvrait rien du tout. Le commissariat grouillait de gens bizarres et excit&#233;s, r&#233;sistants de la 25&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; heure pour la plupart, affubl&#233;s de semi-uniformes naphtalin&#233;s, de blousons de chasse, de leggins, de bandes molleti&#232;res, et bard&#233;s d'armes h&#233;t&#233;roclites. Dans cette atmosph&#232;re vocif&#233;rante et braillante, dans cette agitation extr&#234;me, les contre-ordres succ&#233;daient aux ordres, car, comme il se doit, personne ne commandait. Un brigadier de police natif de Montpellier, du nom de Cazalou, se voulait la t&#234;te pensante. Lui qui avait collabor&#233; all&#232;grement avec l'occupant pendant quatre ans, il voulait &#224; pr&#233;sent bouffer du Boche. Des armes nous furent distribu&#233;es, et je fus dot&#233; d'un pesant r&#233;volver &#224; barillet sans munitions. Ce f&#251;t au milieu de ce tohu-bohu, de cette aimable pagaille, qu'une patrouille motocycliste allemande, sans doute &#233;gar&#233;e, vint p&#233;tarader devant le commissariat. La panique fut &#233;pique : tout ce beau monde se rue &#224; la cave apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;barrass&#233; des p&#233;toires sous les armoires. Les Allemands l&#226;ch&#232;rent une rafale dans les fen&#234;tres du commissariat et d&#233;guerpirent sans insister. Nous sommes fichus, s'exclama Cazalou, ils vont revenir nous attaquer : il faut nous d&#233;mobiliser (sic). Toutefois parmi cette troupe d&#233;pareill&#233;e se trouvait un noyau dur, la quinzaine de jeunes gens de mon groupe, amis de longue date du Lyc&#233;e et du scoutisme, avides de panache et d'actions d'&#233;clat, car jusqu'&#224; pr&#233;sent nous avions &#233;t&#233; plut&#244;t frustr&#233;s &#224; cet &#233;gard. Nous abandonn&#226;mes nos h&#244;tes de l'H&#244;tel de Police &#224; leur agitation inconsistante et nous nous rend&#238;mes au Quartier Gramont, qu'une unit&#233; allemande venait de quitter. La moisson fut fructueuse : grenades &#224; manche et fusils Mauser. Nous d&#233;couvr&#238;mes m&#234;me une chenillette Renault en bon &#233;tat de marche et au r&#233;servoir rempli. Nous nous juch&#226;mes sur l'engin, nous donnant l'illusion de chevaucher un char de combat. Les Allemands s'&#233;taient retranch&#233;s &#224; Andr&#233;sy, sur la rive droite de la Seine, &#224; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest de Saint-Germain. Avec leurs mortiers et leurs mitrailleuses lourdes, ils arrosaient tout ce qui bougeait sur la route de Poissy. Sans complexes et avec beaucoup de candeur, nous d&#233;cid&#226;mes de les d&#233;loger. Drapeau tricolore au vent, notre joyeux &#233;quipage traverse la for&#234;t &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, pour le plus grand plaisir des populations. Nos positions, face &#224; celles des Allemands, &#233;taient des plus pr&#233;caires : les champs d'&#233;pandage d'Ach&#232;res formaient un glacis d&#233;nud&#233; le long du fleuve et n'offraient qu'un fr&#234;le rempart de buissons rachitiques. Le combat ne pouvait &#234;tre qu'in&#233;gal, car nos Mausers, nos grenades, voire notre fusil mitrailleur, ne pesaient pas lourd devant l'armement de l'ennemi, bien &#224; l'abri dans les b&#226;timents de l'autre c&#244;t&#233;. Chacun s'observait et les tirs sporadiques ne signifiaient pas grand-chose. Ce fut alors qu'un imprudent de chez nous, impatient de faire parler la poudre, tira une longue rafale de fusil mitrailleur. La riposte ne se fit pas attendre, les balles se mirent &#224; siffler, quelques obus de mortier nous &#233;clabouss&#232;rent de terre, et un &#233;clat vint frapper en plein front un de nos jeunes au nom pr&#233;destin&#233;, Claude Bonenfant. Ce fut notre premier tu&#233; au combat et le seul,' (NDLR : la rue Bonenfant &#224; Saint-Germain comm&#233;more cette action d'&#233;clat). &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;titre_general&#034;&gt; CHAPITRE VII&lt;br /&gt; La lib&#233;ration d'Aigremont&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'arriv&#233;e des Am&#233;ricains vue par 'Histoire d'Orgeval' d&#233;j&#224; cit&#233; : 20 ao&#251;t, &#224; 9 heures, &lt;/strong&gt; un r&#233;giment de parachutistes allemands s'installe &#224; Tressancourt. Ce m&#234;me jour arrive une Jeep avec quatre Am&#233;ricains &#224; Montamets, o&#249; ils boivent un coup au restaurant Boucher.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 21 &#224; 6h 30 du matin, &lt;/strong&gt;cent Allemands avec trois gros canons tract&#233;s traversent Orgeval vers l'Ouest.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 22 Ao&#251;t &#224; 5h 30, &lt;/strong&gt;un char Tigre prend position sur la route des Alluets &#224; la ferme Rougemont.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;23 Ao&#251;t vers 14 heures, &lt;/strong&gt;les Allemands &#233;vacuent Orgeval vers Mantes-la-Jolie.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;24 Ao&#251;t, &lt;/strong&gt;&#224; la tomb&#233;e de la nuit&#8230; les coups partent d'un peu partout, mais surtout de la c&#244;te des Gr&#232;s (&#224; la limite d'Aigremont). Vers minuit le vacarme redouble. Ce sont bien les canons d'Aigremont, du Poux et de l'Autoroute, auxquels &#233;taient venues se joindre d'autres batteries arriv&#233;es vers 20 heures&#8230; on voit passer les obus dont les bourres enflamm&#233;es suivent un moment la trajectoire&#8230;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Le 25, &lt;/strong&gt;vers 5 heures du matin, une explosion formidable secoue les maisons du Champ-des-Biens et de la Chapelle, cassant les carreaux et ouvrant des portes et des fen&#234;tres. C'&#233;tait le d&#233;p&#244;t de munitions de la Maladrerie que les Allemands faisaient sauter. Vers 6h 30, nouvelle et tr&#232;s forte explosion : c'&#233;tait le pont de la route de Feucherolles sur l'Autoroute qui sautait &#224; son tour. 10 heures : d&#233;part d&#233;finitif des Allemands. &#192; 17h 45 : des gens courent devant l'&#233;glise en criant : 'Les Voil&#224; !'. Quelques secondes plus tard, commen&#231;ait le d&#233;fil&#233; des Am&#233;ricains arrivant par la c&#244;te de la Tuilerie Il dura plus de deux heures. Des centaines de voitures, tanks, blind&#233;s, jeeps, ont pass&#233; aux acclamations de tout le monde accouru sur la place. C'&#233;tait du d&#233;lire, on pleurait, on passait &#224; boire&#8230; une autre colonne arriva en m&#234;me temps par le GC 45&#8230; Le soir les tanks ont camp&#233; un peu partout, bien align&#233;s dans les rues, sur les places, sur la route nationale, des hommes couchant &#224; bord, ou &#224; c&#244;t&#233;, Ils avaient tout avec eux et ne demandaient rien, sauf de l'eau&#8230;&#8221; Le lendemain 25 ao&#251;t, de leurs campements d'Orgeval et d'Aigremont les Am&#233;ricains vont remonter la Nationale 13 vers Saint-Germain que les Allemands ont quitt&#233; la nuit pr&#233;c&#233;dente. &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 ao&#251;t : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Minuit, 30 ao&#251;t, nuit &#233;toil&#233;e. Tirs en direction de Fourqueux et de Chambourcy. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'arriv&#233;e des Am&#233;ricains vue par Rolande Auffret-Follain dans &#171; &lt;em&gt;Le Feu et la Foi &#187;&lt;/em&gt; : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Les jeudi 24 et vendredi 25 ao&#251;t 1944 &#224; Poissy, toute la journ&#233;e, et surtout le soir et la nuit, on entendit des explosions. Les Allemands faisaient sauter leurs pi&#232;ces de canons et leurs caisses de munitions en vue de leur retraite. D&#232;s le matin, de bonne heure, je partis &#224; bicyclette &#224; la Maladrerie o&#249; je rencontrai Mr Joseph Baudin, de chez Ford. Des gens nous disaient : &#171; &lt;/em&gt;Les Am&#233;ricains doivent arriver et les Allemands ont pos&#233; des mines sur la route de Quarante-Sous, &#224; mi-c&#244;te, &#224; 150 m&#232;tres plus haut que la petite gare de la Maladrerie. Apr&#232;s quelques mots de consultation, Mr Baudin et moi, nous d&#233;cid&#226;mes d'y aller. Nous avons enlev&#233; trois champs de mines, nous les avons transport&#233;s avec mille pr&#233;cautions, dans l'herbe, jusqu'au petit foss&#233;, droit en allant vers Mantes. J'ai confectionn&#233; deux &#233;criteaux avec la mention : Danger de mort ! et nous les avons plac&#233;s devant les mines. Puis nous sommes all&#233;s retirer et d&#233;samorcer les cordons Bickford pos&#233;s sur un important d&#233;p&#244;t de munitions qui se trouvait dans les communs de la propri&#233;t&#233; Van-Houten. Ce d&#233;p&#244;t contenait des grenades, des mines, des torpilles et une r&#233;serve d'essence. Il allait exploser d'un instant &#224; l'autre. Ensuite nous part&#238;mes fouiller les bois de Poncy et la plaine voisine. Nous trouv&#226;mes plusieurs canons hors de service, des voitures abandonn&#233;es et des munitions de toutes sortes. Un petit canon antichar, intact, fut r&#233;cup&#233;r&#233; pr&#232;s d'Aigremont et il nous servit &#224; tirer sur la Reine-Blanche occup&#233;e par les Allemands. Le canon avait &#233;t&#233; install&#233; derri&#232;re le mur de l'usine &#224; gaz, c&#244;t&#233; Seine o&#249;, par une br&#232;che, nous avions un champ de tir suffisant. L'apr&#232;s-midi, nous n'avions plus de munitions. J'avais en outre appris qu'il y en avait une r&#233;serve dans la for&#234;t de Saint-Germain, sur le petit chemin qui conduit chez le garde de la Porte de Chambourcy. Mon gendre, Mr Boisard, le chauffeur Godard et moi, dans son camion, y all&#226;mes et pour essayer de ramener des caisses et des bo&#238;tes pleines de cartouches que nous d&#233;pos&#226;mes au garage Van Beveren. Un char Tigre, abandonn&#233; dans une propri&#233;t&#233; des environs d'Aigremont, est r&#233;cup&#233;r&#233; par les FFI du Groupe Raymond Massier (NDLR je crois que cette propri&#233;t&#233; &#233;tait l'Abbaye de Joyenval). &#187; Le Dimanche 24 ao&#251;t, un d&#233;tachement de chars d'assauts de la 5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Division blind&#233;e U.S. command&#233;e par le Colonel Hamberg arrive &#224; Orgeval, &#224; la bretelle de l'Autoroute de l'Ouest, au lieu-dit Maison-Blanche.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'arriv&#233;e des Am&#233;ricains &#224; Orgeval et Aigremont vue par Marc Toledano. &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Nous avions laiss&#233; Marc Tol&#233;dano dans son attaque des Allemands vers Andr&#233;sy, au moment o&#249; il &#233;tait parti essayer de rencontrer les Am&#233;ricains pour leur demander de bombarder les positions allemandes d'Andr&#233;sy. Nous reprenons ici le r&#233;cit de Marc Toledano dans son roman &#171; &lt;em&gt;L'Officier de Magdebourg &#187;&lt;/em&gt;, pour le laisser nous raconter cette arriv&#233;e des premiers Am&#233;ricains &#224; Orgeval. Il nous dit les rencontrer le 23 ao&#251;t, mais l&#224; encore je pense qu'il se trompe d'un jour, car nous savons qu'il s'agit au moins du 24 ao&#251;t :&lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;Il apparut &#233;vident que nos positions allaient vite devenir ind&#233;fendables, pour peu que les Allemands d&#233;cidassent de traverser la Seine de vive force en barque. On disait que les avant-gardes am&#233;ricaines avaient d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; Mantes-la-Jolie et s'approchaient de Poissy et de Saint-Germain. J'entrepris donc d'aller &#224; leur rencontre pour leur demander d'&#233;craser de leur artillerie les Allemands d'Andr&#233;sy. Je repris mon v&#233;lo et, passant par des chemins de traverse o&#249; j'&#233;tais s&#251;r de ne pas faire de mauvaises rencontres, arrivai &#224; Orgeval, sur la route de Mantes. Une chose grandiose, extraordinaire, m'apparut : une Jeep ! Deux jeunes capitaines am&#233;ricains, Mark Lillard et Jack Weber, s'aventuraient en reconnaissance vers Saint-Germain. Ils se rendirent compte, &#224; la vue de mon &#233;quipement de fantaisie que je ne pouvais pas &#234;tre Allemand ; ce fut une aubaine pour eux de pouvoir s'adresser dans leur langue &#224; un r&#233;sistant fran&#231;ais (&#8230;) Je faillis m'&#233;trangler de stupeur devant tout ce mat&#233;riel am&#233;ricain, d'une richesse inou&#239;e, d'un luxe invraisemblable qui s'entassait dans la plaine : &#224; vous couper le souffle (&#8230;) Quoi qu'il en soit, je d&#233;couvris l'American way of Life au PC du colonel Hamberg (...) Le v&#233;hicule de commandement du Colonel Hamherg, un half-track blind&#233;, &#233;tait une merveille du genre : une v&#233;ritable centrale radio, un poste de transmission ultra-moderne bourr&#233; de cadrans, de boutons, de touches, de claviers, de fils et de lampes multicolores, et h&#233;riss&#233;s d'antennes. Des plantons, des estafettes entraient et sortaient sans cesse, apportant des plis. Un t&#233;l&#233;scripteur ronronnait sur un fond bourdonnant de machines &#224; &#233;crire. Tous ces appareils de radio cr&#233;pitaient de bruits les plus vari&#233;s, chuintements, sifflements, gr&#233;sillements, miaulements, tandis que des voix nasillardes &#233;grenaient des chiffres et des mots en des onomatop&#233;es incompr&#233;hensibles, o&#249; les pr&#233;noms de Charlie et de Roger revenaient sans cesse. &#187;&lt;/em&gt; (...) Ensuite, Marc Tol&#233;dano passe la nuit avec les Am&#233;ricains dans un bivouac &#224; c&#244;t&#233; d'Aigremont vers La Maladrerie, et d&#233;crit ainsi le campement : &#171; &lt;em&gt;Je viens de passer ma premi&#232;re nuit &#8220;d'Am&#233;ricain&#8221;, ou plut&#244;t &#8220;&#224; l'am&#233;ricaine&#8221;, roul&#233; dans un sac de couchage de l'US Army, et berc&#233; -si j'ose dire- par des odeurs nouvelles, savon au goudron, tabac blond, caf&#233; fumant, essence... Au petit matin, un orage formidable s'abat sur le verger o&#249; nous bivouaquons. Le ciel illumin&#233; par des &#233;clairs prend des teintes de Jugement Dernier. Nous pataugeons &#224; la recherche de nos affaires &#233;parpill&#233;es dans le magma. Puis nous sommes attaqu&#233;s par un bataillon de gu&#234;pes que les Am&#233;ricains appellent les &#8220;yellow jackets&#8221;, les &#8220;vestes jaunes&#8221; sans doute &#233;nerv&#233;es par les vapeurs d'alcool &#233;manant des centaines de poires pourries &#233;cras&#233;es par les chenilles des chars. Les Am&#233;ricains qui sont dot&#233;s d'un mat&#233;riel sophistiqu&#233;, d'armes les plus modernes et d'une logistique &#224; toute &#233;preuve, semblent terroris&#233;s par les gu&#234;pes europ&#233;ennes. Alors pour se d&#233;fendre, ils emploient les grands moyens : la lampe &#224; souder. Ils br&#251;lent tout ce qui bouge... &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;citation&#034;&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; Les habitants d'Aigremont se souviennent aujourd'hui du d&#233;part des Allemands et de l'arriv&#233;e des Am&#233;ricains au carrefour de la bretelle de l'Autoroute de Normandie (qui avait &#233;t&#233; inaugur&#233;e au d&#233;,but de la guerre) et de la Nationale 13 dans le bas d'Aigremont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Th&#233;o Le Ruyer : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Vers la fin de la guerre, il y a des Allemands qui sont venus s'installer au Ch&#226;teau en juin ou juillet 44, c'&#233;taient des SS. Il y avait des canons partout ici, dans la c&#244;te des Gr&#232;s, dans les champs, dans les granges. Ils ne sont pas rest&#233;s longtemps parce qu'apr&#232;s les Am&#233;ricains sont arriv&#233;s. Les Allemands sont partis dans la nuit : je les ai entendus. Quand les Am&#233;ricains sont arriv&#233;s, tous les habitants sont all&#233;s les voir sur l'autoroute. Il y avait pas mal de chars. On est mont&#233; dans les chars, &#231;a tirait encore. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Lucien Penven : &lt;/strong&gt; &#171; &lt;em&gt;Un matin on s'est r&#233;veill&#233; et on a vu qu'il n'y avait plus d'Allemands et puis on nous a dit que les Am&#233;ricains &#233;taient &#224; Orgeval &#224; l'Autoroute. Je me souviens ensuite du d&#233;fil&#233; des chars sur la Nationale. Qu'est-ce qu'il a pu en passer ! Il y avait des paysans sur le bord qui lan&#231;aient des poires aux soldats am&#233;ricains qui &#233;taient sur leurs chars. Ils &#233;taient &#224; touche-touche, &#231;a a d&#233;fil&#233; pendant une journ&#233;e. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Odette Leli&#233;gard&lt;/strong&gt; &#233;voque le passage de quelques Am&#233;ricains sur la Grand-Rue d'Aigremont, quelques jours apr&#232;s leur arriv&#233;e dans le pays : &#171; &lt;em&gt;Vers le 27 ou 28 ao&#251;t 1944, les Am&#233;ricains ont pass&#233; dans la Grand-Rue d'Aigremont. On a &#233;t&#233; les voir comme de juste. J'avais une fille de 15 ans, elle &#233;tait comme beaucoup, elle voulait aller les voir. Son p&#232;re lui a dit : non, tu n'iras pas courir apr&#232;s les Am&#233;ricains, c'est des hommes comme les autres ! On &#233;tait &#224; la porte quand ils ont pass&#233;s, il y a en un qu'a descendu de son char, qui a pris mes deux filles dans ses bras et qui les a embrass&#233;es. C'&#233;taient des petits chars, trois ou quatre, les soldats n'&#233;taient pas nombreux, peut-&#234;tre une centaine. On a commenc&#233; &#224; revivre un petit peu quand m&#234;me. Mais on n'avait pas encore beaucoup &#224; manger. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la nuit du 25 au 26, le d&#233;tachement allemand de Poissy, 50 hommes, un char Tigre et 4 pi&#232;ces de 105 tirent sur Poissy. D&#232;s le matin, des battues sont organis&#233;es &#224; Fourqueux et dans la for&#234;t de Marly, pour traquer les derniers soldats allemands. Marc Toledano, raconte cet &#233;pisode dans L'Officier de Magdebourg :&lt;br /&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &#171; &lt;em&gt;Dans le courant de l'apr&#232;s-midi, Mark Lilliard me dit : - on vient de nous donner un renseignement. il semblerait que des d&#233;serteurs allemands se cacheraient en for&#234;t de Marly, du c&#244;t&#233; du ch&#226;teau de la Moelle. Tu connais ? Tu sais o&#249; c'est. Tu peux nous y conduire ? - Tu parles si je connais ! Je suis n&#233; tout pr&#232;s. Nous allons voir cela. C'est une v&#233;ritable exp&#233;dition qui s'&#233;branle en pleine canicule. La jeep est bourr&#233;e d'armes avec, en plus, un quatri&#232;me larron, un caporal nomm&#233; Bob. Il transpire, il souffle, il rote, il renifle sans arr&#234;t. De plus, c'est un vrai limier : la for&#234;t, parcourue en tout sens, semble &#234;tre son &#233;l&#233;ment. Du ch&#234;ne-Capitaine &#224; la Route des Princesses, de la Route-Dauphine &#224; l'&#201;tang-la-Ville, de Saint-Nom-la-Bret&#232;che &#224; Sainte-Gemme, nous ne voyons pas l'ombre d'un Allemand. Bob l'aurait s&#251;rement d&#233;busqu&#233;. Ni non plus dans les ruines du ch&#226;teau de la Monjoie, b&#226;ti vers le milieu du X&#232;me si&#232;cle et qui eut ses jours de gloire du temps de la Guerre de Cent Ans. On ne distingue dans un fouillis d'arbustes que quelques pans de murs &#233;croul&#233;s, une &#233;bauche de douves en grande partie combl&#233;es et une vague entr&#233;e de souterrain. C'est tout. Sur le chemin de retour, nous passons &#224; c&#244;t&#233; d'une plaque indicatrice des Eaux et for&#234;ts portant la mention : D&#233;sert de Retz. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &#201;t&#233; 1944 &#224; Aigremont : Les obus de Lulu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; De cette d&#233;bandade des Allemands et de ces &#233;normes campements am&#233;ricains, il est longtemps rest&#233; dans la r&#233;gion un v&#233;ritable et dangereux arsenal, dont Lucien Penven, que nous avons d&#233;j&#224; entendu &#224; de nombreuses reprises, nous donne le t&#233;moignage suivant :&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#171; &lt;em&gt;J'en ai d&#233;bard&#233; des munitions pendant des journ&#233;es et des journ&#233;es, parce que le Service de D&#233;minage, il fallait le demander et il &#233;tait si occup&#233;&#8230; alors on le faisait soi-m&#234;me&#8230; c'&#233;tait dans les framboisiers, l&#224;-bas o&#249; tu vois ma vieille cabane (rue de Feucherolles &#224; Aigremont), Il y en avait plein les framboisiers parce qu'il y avait des Vandales qui croyaient certainement que les bo&#238;tes &#224; munitions contenaient des conserves. Ils attrapaient les bo&#238;tes et les vidaient, et ensuite ma m&#232;re et moi nous ramassions tout &#231;&#224; dans des tabliers o&#249; on mettait d'habitude les &#339;ufs, puis on arrivait au bout du champ et on en faisait des tas. De quoi se faire p&#233;ter la gueule ! Ce n'&#233;taient pas des obus, c'&#233;taient des balles de mitrailleuses qu'ils sont venus chercher 15 jours ou 3 semaines apr&#232;s. Les obus il y en avait aussi, pour des canons de 88 autrichiens. Il faut &#234;tre gosses pour faire &#231;a : on prenait l'allumeur, une esp&#232;ce de gros macaroni noir qui fait exploser la poudre et nous les gosses, on tapotait les obus tout autour, on enlevait la douille et on en retirait le macaroni pour le faire br&#251;ler. Cela a demand&#233; un an et demi pour tout nettoyer &#224; Aigremont. Longtemps apr&#232;s, quand on ramassait des tailles de poiriers et qu'on les br&#251;lait, de temps en temps : Boum ! Heureusement qu'on n'&#233;tait pas &#224; c&#244;t&#233; ! Une fois, mon beau-p&#232;re &#233;tait en train de remuer un feu de tailles de poiriers, quand &#231;a a explos&#233; et il a pris des &#233;clats dans le bras : c'&#233;tait une sacr&#233;e p&#233;riode ! &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; L'armistice &#224; Aigremont : le mannequin d'Odette&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Odette Leli&#233;gard, que nous avions beaucoup interrog&#233;e avant son d&#233;c&#232;s, nous a laiss&#233; ce t&#233;moignage de l'Armistice du 8 mai 1945 &#224; Aigremont et Chambourcy : &#171; &lt;em&gt;L'Armistice, vous savez, on l'attendait, pour l'Armistice qu'on avait achet&#233; le premier poste de radio que j'ai eu : on l'attendait cet Armistice. Quand &#224; 11 heures les cloches d'Aigremont ont sonn&#233;, il n'y avait plus personne &#224; la maison. &#192; Aigremont, &#224; cette &#233;poque, on ne montait plus dans le clocher, il &#233;tait devenu trop dangereux (NDLR : l'&#233;glise s'est du reste effondr&#233;e en 1947). Mais on a fait quand m&#234;me sonner la cloche. Des jeunes sont mont&#233;s dans le clocher avec un marteau, ils ont tap&#233; la cloche : il fallait bien qu'on fasse du bruit ! Il y en avait un de Chambourcy qui avait fait un Hitler habill&#233;, un mannequin. On l'a promen&#233; partout et puis on a &#233;t&#233; le br&#251;ler vers la Place &#224; Chambourcy. Moi j'ai &#233;t&#233; trois jours sans manger : j'avais pas le temps de faire &#224; manger. On &#233;tait trop heureux de courir partout en libert&#233;. J'ai dormi pendant deux jours apr&#232;s. Apr&#232;s on a repris sa vie. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h6 class=&#034;signature&#034;&gt; &#171; Les Chroniques des ann&#233;es am&#232;res &#187;&lt;br /&gt; sont parues &#224; Aigremont de 1989 &#224; 1992&lt;br /&gt; dans les 8 num&#233;ros des Cahiers de l'ARCH&lt;br /&gt; de l'Association d'Histoire d'Aigremont&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, Aigremont 1992 &lt;/span&gt;&lt;/h6&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class=&#034;autobr&#034; /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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