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	<title>Fl&#226;neur Textuel</title>
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		<title>Causerie : Barbey d'Aurevilly ou le fumet incomparable d'un monde englouti</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;L&#233;on m'a demand&#233; de dire quelques mots sur Barbey d'Aurevilly. N'&#233;tant pas un sp&#233;cialiste, n'&#233;tant pas un professeur, n'&#233;tant pas un &#233;rudit, je vais vous faire simplement part de quelques-unes de mes impressions de lectures, ce qui est un exercice forc&#233;ment partial et forc&#233;ment incomplet. Tant qu'&#224; &#234;tre incomplet, je le serai plus encore et je me bornerai &#224; mes impressions sur les seuls Diaboliques. Car j'avais 18 ans quand je les ai lues pour la premi&#232;re fois et les empreintes de ces ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; L&#233;on m'a demand&#233; de dire quelques mots sur Barbey d'Aurevilly. N'&#233;tant pas un sp&#233;cialiste, n'&#233;tant pas un professeur, n'&#233;tant pas un &#233;rudit, je vais vous faire simplement part de quelques-unes de mes impressions de lectures, ce qui est un exercice forc&#233;ment partial et forc&#233;ment incomplet. Tant qu'&#224; &#234;tre incomplet, je le serai plus encore et je me bornerai &#224; mes impressions sur les seuls Diaboliques. Car j'avais 18 ans quand je les ai lues pour la premi&#232;re fois et les empreintes de ces ann&#233;es l&#224; sont les plus fortes. Je viens de les relire et le go&#251;t m&#234;me de ces impressions de jeunesse, telle des madeleines de Proust, m'est remont&#233; &#224; l'esprit et m&#234;me &#224; la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les spectres de Valogne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Et je vais commencer assez fort en vous donnant un scoop : Barbey d'Aurevilly est un Normand ! N&#233; &#224; Saint-Sauveur-le-Vicomte dans le Cotentin, Barbey est donc un Normand. Normand, il le restera toute sa vie m&#234;me s'il passe le plus clair de son temps &#224; Paris de 1833 &#224; sa mort en 1889. Mais c'est en Normandie qu'il trouve l'inspiration de la plupart de ses livres, pour ne pas dire tous. Tout d'abord dans la Normandie de son enfance avec les contes normands de la servante de sa grand'm&#232;re Jeanne Roussel. Mais aussi dans cette Normandie de son &#226;ge mur o&#249; il vient se ressourcer p&#233;riodiquement comme tout bon parisien d'aujourd'hui, apr&#232;s &#234;tre &#171; &lt;em&gt;mont&#233;&lt;/em&gt; &#187; &#224; Paris pour y faire ses &#233;tudes. Il indique clairement dans le premier chapitre d'&lt;em&gt;Une Page d'Histoire&lt;/em&gt; o&#249; et comment il trouve la mati&#232;re dont il fait ses livres, ce sont et je le cite : &#171; &lt;em&gt;Toutes ces impressions que je vais chercher, tous les ans dans ma terre natale de Normandie... &#187;&lt;/em&gt; Dans le m&#234;me texte, il &#233;voque Valognes &#171; &lt;em&gt;Cette ville que j'habite dans les contr&#233;es de l'Ouest, veuve de tout ce qui la fit si brillante dans ma prime jeunesse... je l'ai longtemps appel&#233;e la ville de mes spectres... sans ces revenants, je n'y reviendrais pas. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Barbey serait-il donc un &#233;crivain normand, c'est-&#224;-dire un &#233;crivain r&#233;gionaliste ? Pour ma part, je n'en crois rien : les caract&#232;res de ses h&#233;ros sont plus enracin&#233;s dans l'&#233;ternel humain que dans le terreau normand. En ce sens Barbey est un classique. La sc&#232;ne de Barbey, c'est ce vaste th&#233;&#226;tre du monde dont parle Shakespeare. Traiter Barbey d'&#233;crivain r&#233;gionaliste, reviendrait &#224; traiter Montaigne d'&#233;crivain gascon ou Montesquieu d'&#233;crivain girondin et Ronsard de po&#232;te angevin.&lt;br /&gt; Barbey est donc n&#233; Normand et je voudrais revenir sur cette naissance du 2 novembre 1808, le jour des morts. En effet, les p&#233;rip&#233;ties de sa naissance lui paraissaient proph&#233;tiques et annoncer les grands traits de sa vie. &#171; &lt;em&gt;Je suis venu au monde un jour d'hiver sombre et glac&#233;, le jour des soupirs et des larmes que les morts dont ce jour porte le nom, ont marqu&#233; d'une proph&#233;tique poussi&#232;re... J'ai toujours cru que ce jour r&#233;pandrait une funeste influence sur ma vie et ma pens&#233;e... &#187;&lt;/em&gt; Il en d&#233;taillera complaisamment tous les d&#233;tails : Il na&#238;t le jour des morts... de l&#224; son go&#251;t pour les destins tragiques, les morts et les revenants, pour le gothique comme on disait &#224; son &#233;poque. Durant une temp&#234;te... de l&#224; son go&#251;t pour le sombre, la nuit, les temp&#234;tes des sens et des destin&#233;es. Mais ce que ne dit pas Barbey dans la citation que je viens de vous lire, c'est un non-dit quasi freudien qu'il conservera par devers lui toute sa vie, ce qui en dit long sur son importance : il est n&#233; pendant que sa m&#232;re jouait au whist... il le lui reprochera toute sa vie. Pouss&#233;e par l'amour irr&#233;pressible des cartes, elle n'avait pas voulu quitter la table de jeu pour monter dans sa chambre et accoucher tranquillement. Et le petit Jules-Am&#233;d&#233;e naquit pour ainsi dire sur le tapis vert... les parties de whist sont fr&#233;quentes dans son oeuvre et souvent associ&#233;es &#224; des &#233;v&#232;nements funestes. En parlant de non-dit freudien, je constate que le petit Jules-Am&#233;d&#233;e, une fois adulte, tronquera son pr&#233;nom double pour un simple Jules&#8230; Dans la m&#234;me perspective, on peut se demander si certains d&#233;tails ne remonteraient pas &#224; son enfance, comme l'affaire du placard. Dans sa nouvelle &lt;em&gt;&#192; un D&#238;ner d'Ath&#233;es&lt;/em&gt; un mari rentre plus t&#244;t que pr&#233;vu et sa femme pousse ainsi son amant dans un placard : &#171; &lt;em&gt;voil&#224; le Major qui monte, me dit-elle il aura perdu, il est jaloux quand il a perdu. Il va me faire un sc&#232;ne affreuse. Voyons ! Mettez-vous l&#224;&#8230; Et se levant, elle ouvrit un grand placard&#8230; et elle m'y poussa. Je crois qu'il y a bien peu d'hommes qui n'aient &#233;t&#233; mis dans quelque placard, &#224; l'arriv&#233;e du mari ou du possesseur en titre&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Quoiqu'il en soit, Barbey inaugure l'&#232;re du placard, grand ressort comique du XIXe que Feydeau poussera &#224; ses derni&#232;res extr&#233;mit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Barbey, c'est l'enfer vu par un soupirail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; J'ai commenc&#233; &#224; lire Barbey &#224; 18 ans en m&#234;me temps que Bloy et Huymans : pour moi c'&#233;taient des &#233;crivains pr&#233;sentant beaucoup de similitudes : des &#233;crivains catholiques, mais d'un catholicisme intransigeant. Et du reste on pr&#233;tend que Barbey disait de lui : &#171; &lt;em&gt;Catholique, je le suis, mais il n'y a plus que moi&lt;/em&gt; &#187; mais cette citation est contest&#233;e... C'est un catholique qui affiche ses id&#233;es - du moins &#224; partir de 1846 - date &#224; laquelle il fondera la &lt;em&gt;Soci&#233;t&#233; Catholique et la Revue du Monde Catholique.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C'est un catholique intransigeant mais un catholique qui fait scandale par sa vie m&#234;me : pendant son adolescence, son amiti&#233; avec son oncle le m&#233;decin Pontas du M&#233;ril, vieil ath&#233;e et politiquement lib&#233;ral (au sens que ce mot avait en 1820) scandalisera sa famille ; plus tard il aura une liaison passionn&#233;e avec sa cousine Louise du M&#233;ril, la fille du m&#233;decin...&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C'est un catholique qui fait scandale par les th&#232;mes souvent immoraux de son oeuvre qu'il d&#233;finit dans &lt;em&gt;Le Dessous de cartes d'une Partie de Whist&lt;/em&gt; comme &lt;em&gt;L'enfer, vu par un soupirail.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Et on trouve en effet le pire dans l'enfer de Barbey :&lt;br /&gt; Des pr&#234;tres qui sont loin d'&#234;tre des exemples : il y a l'ex Conventionnel r&#233;gicide et d&#233;froqu&#233;, ce pr&#234;tre mari&#233; de la nouvelle &#233;ponyme ; le pr&#234;tre suborneur d'&lt;em&gt;Une Histoire sans Nom&lt;/em&gt; ; le pr&#234;tre d&#233;froqu&#233; et r&#233;gicide d'&lt;em&gt;Un D&#238;ner d'Ath&#233;es...&lt;/em&gt; l'assassinat d'un enfant adult&#233;rin par sa m&#232;re dans &lt;em&gt;Le Dessous d'une Partie de Whist&lt;/em&gt;, l'assassinat de l'&#233;pouse d'un aristocrate provincial par la jeune ma&#238;tresse du mari avec la complicit&#233; de ce dernier. Les deux assassins vivront ensuite &#224; Paris des d&#233;cennies d'un bonheur conjugal sans nuage... (Le Bonheur dans le Crime) ; Un inceste entre un fr&#232;re et sa soeur dans &lt;em&gt;Une Page d'Histoire&lt;/em&gt; fr&#232;re et soeur qui p&#233;riront imp&#233;nitents sur l'&#233;chafaud ; L'horrible pugilat qui oppose un officier imp&#233;rial et sa ma&#238;tresse durant la guerre d'Espagne dans &lt;em&gt;&#192; un D&#238;ner d'Ath&#233;es&lt;/em&gt; o&#249; les deux amants se battent &#224; coups du coeur embaum&#233; de leur enfant mort, r&#233;cit dans lequel l'officier condamnera avec sa cire &#224; cacheter le pertuis par o&#249; sa ma&#238;tresse l'avait tromp&#233; ce qui entra&#238;nera la mort de la dite ma&#238;tresse ; un acte d'anthropophagie dans &lt;em&gt;La Vengeance d'une Femme&lt;/em&gt; o&#249; le duc d'Arcos fait pr&#233;parer et manger &#224; sa femme le coeur de son amant apr&#232;s avoir fait assassiner cet amant par ses sicaires...&lt;br /&gt; Et ceci pour ne vous parler que des &lt;em&gt;Diaboliques,&lt;/em&gt; car sinon la liste serait trop longue.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C'est un catholique qui fait scandale par le caract&#232;re de ses h&#233;ros : des p&#233;cheurs qui meurent pour la plupart sans repentir ni absolution. Ils sont bien dans le sens du titre &#171; &lt;em&gt;Les Diaboliques&#8230; Des h&#233;ros chez lesquels l'ang&#233;lisme apparent dans le monde dissimule le mal absolu qui les anime... On est loin l&#224; de Bernanos et du vrai sens chr&#233;tien de l'esp&#233;rance... &#187; &lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Enfin, c'est un catholique dont &lt;em&gt;Les Diaboliques&lt;/em&gt; seront condamn&#233;s par les tribunaux pour immoralisme en 1874 en pleine p&#233;riode de l'ordre moral du mar&#233;chal de Mac-Mahon et de construction de Montmartre dans le cadre du V&#339;u National. Et Barbey qui avait pris tant de plaisir aux conversations de son ath&#233;e d'oncle, va montrer que ses fr&#233;quentations &#233;taient - Dieu merci ! rest&#233;es &#233;clectiques puisqu'au premier rang des rares personnes &#224; l'avoir d&#233;fendu au proc&#232;s des Diaboliques, se tenait &#224; la barre un avocat nomm&#233; Clemenceau. La soci&#233;t&#233; Normande d&#233;crite par Barbey est une soci&#233;t&#233; m&#234;l&#233;e : &#224; c&#244;t&#233; de la soci&#233;t&#233; brillante des salons de Valognes sous la Restauration, vivent les restes de l'&#233;pop&#233;e R&#233;volutionnaire et Imp&#233;riale : les demi-soldes, les d&#233;froqu&#233;s, les r&#233;gicides, les acqu&#233;reurs de Biens Nationaux, les fant&#244;mes de Chouans et tout un peuple de paysans en arri&#232;re plan... Barbey a aim&#233; les femmes, sa cousine d'abord, puis &#224; partir de 1851, la Baronne de Bouglon, qu'il surnomme son &lt;em&gt;Ange blanc ou son &#233;ternelle fianc&#233;e&lt;/em&gt; et bien d'autres encore, mais il n'en &#233;pousera aucune. La femme, ou plut&#244;t les femmes sont le sujet m&#234;me des Diaboliques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les jupons cramoisis...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1870, dans un projet de pr&#233;face aux Diaboliques qu'il esquisse dans les &lt;em&gt;Disjecta Membra&lt;/em&gt; il fera des femmes le vrai sujet des Diaboliques et je cite : &#171; &lt;em&gt;Pourquoi les Diaboliques ? Est-ce pour les femmes qui sont ici ou pour les femmes de ces histoires ? Qui sait ? &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Il aima les femmes et sut tr&#232;s bien en parler. Ainsi des jeunes filles :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Si mon coeur faisait ses m&#233;moires&lt;br /&gt; Je crois que j'y mettrais ceci :&lt;br /&gt; Elle avait des dentelles noires&lt;br /&gt; Avec un jupon cramoisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais aussi il sut aussi parler tr&#232;s bien des femmes mures :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Oh ! comme tu vieillis ! tu n'en est pas moins belle ;&lt;br /&gt; Ton front au poids des ans refuse de fl&#233;chir,&lt;br /&gt; La rose de ta l&#232;vre est peut-&#234;tre &#233;ternelle&lt;br /&gt; Puisque pleurs ni baisers, rien n'a pu la fl&#233;trir !&lt;br /&gt; Oh ! comme tu vieillis ! Je te retrouve toute,&lt;br /&gt; Comme autrefois, - apr&#232;s deux ans d'amour cueillis !&lt;br /&gt; Mais sur ce coeur &#224; toi ton coeur frissonne et doute...&lt;br /&gt; Pauvre enfant comme tu vieillis !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Un monde englouti &#233;l&#233;gant et cruel...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pour l'homme du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que je suis, en relisant le mois dernier &lt;em&gt;Les Diaboliques&lt;/em&gt;, j'ai respir&#233; le parfum subtil d'un &#233;crivain accompli et d&#233;j&#224; classique et le fumet incomparable d'un monde englouti &#233;l&#233;gant et cruel. Ces personnages que nous venons d'&#233;voquer, ces vers que nous venons de lire, ce sont l&#224; des revenants et des spectres de grande classe qu'il faut &#224; tout prix fr&#233;quenter et conserver bien pr&#233;sent dans nos coeur. C'&#233;tait d'ailleurs l'opinion m&#234;me de Barbey d'Aurevilly qui dit dans son po&#232;me XXII de son recueil &lt;em&gt;Poussi&#232;res&lt;/em&gt; et intitul&#233; &lt;em&gt;Les Spectres :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Vous les connaissez bien, ces amants des clairi&#232;res,&lt;br /&gt; Ces spectres, revenant de la tombe transis,&lt;br /&gt; Sous la lune bleu&#226;tre et ses p&#226;les lumi&#232;res...&lt;br /&gt; Ils dansent dans les cimeti&#232;res,&lt;br /&gt; Mais dans mon coeur ils sont assis.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Legoeuil, mai 2005&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : Maupassant :Vivre enfin, c'est mourir !</title>
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		<dc:date>2014-05-28T15:08:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;&lt; &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis vingt ans, les t&#233;l&#233;films ont fait beaucoup de tort &#224; Maupassant : ils l'ont r&#233;duit au r&#244;le d'un petit ma&#238;tre gentillet des m&#339;urs paysannes normandes, des parties de canotage sur la Seine que nous adorons &#224; cause des impressionnistes, du froissement des crinolines dans les coquelicots, des &#233;mois de jeunes filles en fleurs pianotant dans les salons bourgeois et du troussage de domestiques par les fils de famille jetant leur gourme dans les mansardes provinciales. En somme, un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis vingt ans, les t&#233;l&#233;films ont fait beaucoup de tort &#224; Maupassant : ils l'ont r&#233;duit au r&#244;le d'un petit ma&#238;tre gentillet des m&#339;urs paysannes normandes, des parties de canotage sur la Seine que nous adorons &#224; cause des impressionnistes, du froissement des crinolines dans les coquelicots, des &#233;mois de jeunes filles en fleurs pianotant dans les salons bourgeois et du troussage de domestiques par les fils de famille jetant leur gourme dans les mansardes provinciales. En somme, un Maupassant dans la lign&#233;e de l'Alphonse Daudet des Lettres de Mon Moulin... ou encore, un Maupassant ornement litt&#233;raire des flonflons d'Offenbach et des soir&#233;es chez Maxim's. J'exag&#232;re bien entendu, mais c'est le privil&#232;ge de celui qui tient le micro ! Amis d'Alain, je vous propose d'accomplir ensemble une &#339;uvre salutaire : d&#233;caper cet auteur, comme on enl&#232;ve le vernis craquel&#233; d'un tableau vieilli pour faire appara&#238;tre &#224; l'aide de citations de ses &#339;uvres, de sa correspondance, des endroits qu'il a fr&#233;quent&#233;s, un homme d'exception, tout &#224; la fois auteur &#224; la mode et &#233;ternel potache un rien scatologique, athl&#232;te consomm&#233; et force de la nature emport&#233; tr&#232;s vite par la folie et la maladie, jouisseur couvert de femmes et les m&#233;prisant, paresseux et bourreau de travail, homme du monde et solitaire d&#233;sesp&#233;r&#233; : retrouver en un mot sous toutes ces facettes, le v&#233;ritable Maupassant qui est un homme exprimant totalement son &#233;poque tout en pensant et vivant constamment sur ses marges.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le ch&#226;teau de Miromesnil, la particule et le marquis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Laure Le Poittevin, s&#339;ur d'Alfred le meilleur ami de Flaubert avait &#233;pous&#233; sur le tard &#224; vingt-huit ans Gustave Maupassant, du m&#234;me &#226;ge, &#224; la condition &#8211; dit-on - qu'il ajout&#226;t une particule &#224; son nom. La nouvelle madame de Maupassant loua le ch&#226;teau de Miromesnil, &#224; dix kilom&#232;tres de Dieppe pour que son a&#238;n&#233; naqu&#238;t en 1850 dans un cadre aristocratique. Et de fait, Guy &#8211; qui choisit ce quatri&#232;me pr&#233;nom au lieu des trois premiers Henry, Ren&#233;, Albert &#8211; gardera toujours une tr&#232;s haute id&#233;e de son rang, sans toutefois en adopter les pr&#233;jug&#233;s, mais tout en faisant broder ses v&#234;tements de la couronne de marquis avec ses feuilles et ses perles &#224; laquelle il avait droit, disait-il, depuis le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En 1854, la famille emm&#233;nage dans un nouveau ch&#226;teau &#224; Granville-Ymoville pr&#232;s du Havre, puis se fixe &#224; Paris o&#249; ses parents se s&#233;parent en 1860 ; Guy revient alors avec sa m&#232;re et son fr&#232;re &#224; &#201;tretat dans la villa Les Verguies. &#201;tretat, &#224; cette &#233;poque, n'est pas le bout du monde d'aujourd'hui : c'est une ville &#224; la mode o&#249; se pressent artistes, politiciens et personnalit&#233;s ; Offenbach y baptise sa villa Orph&#233;e et Monet, Courbet, Daudet, y s&#233;journent chaque ann&#233;e... Plus tard, Guy y fr&#233;quentera Monet qu'il invitera aussi &#224; Cannes sur son yacht, le Bel-Ami...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; L'Institution Eccl&#233;siastique d'Yvetot :&lt;br /&gt; livres interdits, potaches et soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; C'est alors que Laure place Guy &#8211; il a dix ans - dans cet internat extr&#234;mement s&#233;v&#232;re o&#249; il souffrira surtout de la privation de ses libres courses interminables dans les bois et sur les plages. C'est en pensant &#224; cette &#233;poque, qu'en 1885 il r&#233;digea pour le journal Gil-Blas cet article intitul&#233; Alma Mater : &#171; &lt;em&gt;J'ai appel&#233; les lyc&#233;es, coll&#232;ges et pensions, des &#233;tablissements de torture morale et d'abrutissement physique. Et si la race humaine est ch&#233;tive, poussive, malade ; si tous nos organes d&#233;bilit&#233;s sont atteints de dix mille sortes de l&#233;sions qui nous tuent avant quarante ans, nous le devons &#224; l'abominable syst&#232;me d'&#233;ducation adopt&#233; par la terre enti&#232;re et qui &#233;tiole le corps en surmenant l'intelligence embryonnaire des enfants... Le lyc&#233;e, le coll&#232;ge, la pension, tels que nous les comprenons, constituent le plus grand mal, la plus grande cause d'affaiblissement, de d&#233;cadence de notre soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; C'est &#224; Yvetot, qu'il prend ce go&#251;t de potache pour le secret, les r&#233;unions d'hommes et leurs plaisanteries scatologiques qui ne le quitteront jamais. En 1867, &#224; dix-sept ans, il y fonde l'Oasis, sa premi&#232;re soci&#233;t&#233; secr&#232;te qui r&#233;unit des pensionnaires choisis, sur les toits la nuit, avec un programme charg&#233; de champagne, de liqueurs et de g&#226;teaux vol&#233;s &#224; la cuisine et surtout d'interminables lectures interdites, dont le divin marquis. Dans sa nouvelle &lt;em&gt;Le Testament&lt;/em&gt;, il &#233;crira en 1882 : &#171; &lt;em&gt;Il savait par c&#339;ur le Contrat social, la Nouvelle H&#233;lo&#239;se et tous ces livres philosophants qui ont pr&#233;par&#233; de loin le futur bouleversement de nos antiques usages, de nos pr&#233;jug&#233;s, de nos lois surann&#233;es, de notre morale imb&#233;cile. &#187;&lt;/em&gt; Il gardera tr&#232;s longtemps ce go&#251;t des r&#233;unions clandestines entre hommes. C'est ainsi qu'&#224; Paris, dans les ann&#233;es soixante-dix, alors commis au Minist&#232;re de la Marine, puis de l'Instruction publique, la lecture de &lt;em&gt;La Tentation de Saint Antoine&lt;/em&gt; de son ma&#238;tre Flaubert, lui r&#233;v&#233;la l'existence de &lt;em&gt;Cr&#233;pitus&lt;/em&gt;, le petit dieu latin du pet. Et dans sa gar&#231;onni&#232;re d'&lt;em&gt;Aspergopolis&lt;/em&gt; &#224; Argenteuil, et &#224; la guinguette &lt;em&gt;La Grenouill&#232;re&lt;/em&gt;, que Monet immortalisera, Maupassant &#8211; sous le nom d'initi&#233; de Joseph Prunier - fondera la &lt;em&gt;Soci&#233;t&#233; secr&#232;te des Cr&#233;pitiens&lt;/em&gt;, r&#233;unissant ses camarades canotiers - &lt;em&gt;les Maquereaux&lt;/em&gt; - qui devaient, pour adh&#233;rer, faire la preuve de leur endurance sexuelle et r&#233;sister au supplice du pal. Exercice que je laisse pudiquement &#224; votre libre imagination... Un de ses coll&#232;gues du Minist&#232;re, voulant int&#233;grer cette soci&#233;t&#233; de &lt;em&gt;maquereaux&lt;/em&gt;, fut victime d'un si abominable bizutage qu'il en tr&#233;passa quatre mois apr&#232;s. La police enqu&#234;ta aupr&#232;s de Maupassant, mais les preuves manqu&#232;rent... Ces Cr&#233;pitiens vont m&#234;me avoir une activit&#233; litt&#233;raire, en montant en 1875 une pochade polissonne de Maupassant intitul&#233;e &lt;em&gt;&#192; la Feuille de Rose, Maison turque&lt;/em&gt; qu'il qualifie &#171; &lt;em&gt;d'absolument lubrique&lt;/em&gt;.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Le parterre est de choix : son p&#232;re Gustave s'y &#233;touffa de rire, ses amis Zola, Tourgueniev et Huysmans trouv&#232;rent cela tr&#232;s dr&#244;le, son ma&#238;tre &#224; penser Flaubert appr&#233;cia tellement qu'il s'esclaffera : &#171; &lt;em&gt;Oui, c'est tr&#232;s frais ! Frais pour cette salauderie, c'est vraiment une trouvaille !&lt;/em&gt; Seul Edmond de Goncourt affirma &#171; &lt;em&gt;ne pouvoir dissimuler son d&#233;go&#251;t.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Le sujet en est scabreux : Le maire de Conville et son &#233;pouse descendent dans une maison close qu'ils prennent pour un h&#244;tel convenable, confondant les pensionnaires d&#233;v&#234;tues avec le harem de l'Ambassadeur de Turquie ; l'intrigue est &#224; la hauteur du sujet et le vocabulaire est &#224; l'unisson. &#192; la lecture, j'ai trouv&#233; que c'&#233;tait du niveau d'une soir&#233;e de bizutage : affligeant ! Maupassant sera convoqu&#233; au Commissariat...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le sodomite britannique d'&#201;tretat&lt;br /&gt; une des sources du go&#251;t du fantastique chez Maupassant.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1867, &#224; dix-sept ans, il aper&#231;oit un homme que la forte mar&#233;e entra&#238;ne sous l'aiguille d'&#201;tretat. Guy se jette &#224; l'eau pour le secourir : il s'agissait du c&#233;l&#232;bre po&#232;te anglais Algernon Charles Swinburne, qui se baignait ivre mort. En remerciement, il est invit&#233; &#224; d&#238;ner chez Swinburne et son ami Powell &#224; La Chaumi&#232;re de Dolmanc&#233;. Guy se souvient de ses lectures au dortoir : Dolmanc&#233; ! Le h&#233;ros flagellatoire et sodomite de &lt;em&gt;La Philosophie dans le Boudoir&lt;/em&gt; du divin Marquis ; tout un programme ! On lui sert des liqueurs fortes, des mets inconnus et r&#233;pugnants servis par un gamin anglais &#171; &lt;em&gt;d'une fra&#238;cheur extraordinaire&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; ; un grand chimpanz&#233; est assis avec eux &#224; table que Powell masturbe de temps &#224; autre. Entre chaque plat, Powell su&#231;ote une &#171; &lt;em&gt;main momifi&#233;e d'&#233;corch&#233;.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Ils lui d&#233;taillent de grands clich&#233;s pornographiques, et lui montrent des tableaux &#233;tranges, dont un le marquera : &#171; &lt;em&gt;une t&#234;te de mort dans une coquille rose navigue sur un oc&#233;an sans limites sous une lune &#224; figure humaine...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Guy se sauve, mais reviendra deux fois encore chez les deux amants, mais sans le singe, pendu entre temps par le petit serveur anglais. Tout cela le fascine et le d&#233;go&#251;te &#224; la fois. Depuis l'Oasis, il conna&#238;t bien Sade et il a peur de devenir leur victime : il ne reviendra plus, mais en gardera un souvenir ineffa&#231;able. En 1887, il assiste &#224; la vente aux ench&#232;res du mobilier de la Chaumi&#232;re Dolmanc&#233; et y ach&#232;te la fameuse main d'&#233;corch&#233; qu'il place, Rue Montchanin, sur sa baignoire en l'appelant La Main de Shakespeare... sa chatte Piroli finira par la fera tomber dans l'eau du bain... Il en fera deux nouvelles : &lt;em&gt;La Main&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Main d'&#201;corch&#233;.&lt;/em&gt; Nul doute que ces trois visites ont confort&#233; chez lui cette flamme de l'&#233;trange qu'il cultivera toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Rouen, Flaubert : l'apprentissage litt&#233;raire.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pour sa Terminale, sa m&#232;re le mit pensionnaire au lyc&#233;e Corneille de Rouen et lui donne pour correspondant Louis Bouillet, biblioth&#233;caire de la ville et po&#232;te alors connu qui le re&#231;oit pour les cong&#233;s, corrige ses premi&#232;res po&#233;sies, lui prodigue ses conseils que Guy qualifiera de &#171; &lt;em&gt;lumineux&lt;/em&gt;.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Bouillet le pr&#233;sentera &#224; son ami Gustave Flaubert qui sera frapp&#233; par la ressemblance avec son meilleur ami &#8211; Alfred Le Poittevin &#8211; alors d&#233;c&#233;d&#233; et qui n'&#233;tait autre que l'oncle de Maupassant. C'est le d&#233;but d'une grande amiti&#233;, lors des week-ends &#224; Croisset entre cette c&#233;l&#233;brit&#233; des lettres, alors &#226;g&#233; de quarante-sept ans et le jeune lyc&#233;en d&#233;butant de dix-huit ans et c'est surtout le d&#233;but d'une initiation litt&#233;raire hors pair. Flaubert le met au travail : &#171; &lt;em&gt;N'oubliez pas ceci, jeune homme, que le talent, suivant le mot de Buffon, n'est qu'une longue patience. Travaillez !&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Il l'invite &#224; se consacrer exclusivement &#224; son &#339;uvre &#224; venir : &#171; &lt;em&gt;Vous vous plaignez du cul des femmes qui est &#8220;monotone&#8221;. Il y a un moyen bien simple, c'est de ne pas vous en servir...&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Maupassant n'oubliera jamais ses ma&#238;tres. &#192; la mort de Bouillet, il &#233;crira : &#171; &lt;em&gt;Pauvre Bouillet ! Lui, mort ! Si bon, si paternel, Lui qui m'apparaissait comme un autre Messie, Avec la cl&#233; du ciel o&#249; dort la po&#233;sie...&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Et de Flaubert, il &#233;crira dans une lettre &#224; Marie-Paule en 1881 : &#171; &lt;em&gt;le seul &#234;tre que j'ai aim&#233; d'une affection absolue et qui sera sans fin, bien que lui soit mort, je parle de Gustave Flaubert...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les horreurs de la guerre et l'horreur du militaire...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Bachelier, il s'inscrit &#224; la Fac de droit de Paris, mais la guerre de 70 le rattrape ; il s'engage comme volontaire. Le temps de se former, les Prussiens sont &#224; Rouen, il m&#232;ne quelques missions de liaison plut&#244;t courageuses. Il est d&#233;mobilis&#233; au Havre lors de l'entr&#233;e des Prussiens. Mobilis&#233; &#224; nouveau pour la lev&#233;e de l'arm&#233;e de la Loire, il se paye un rempla&#231;ant. S'il ne verse pas dans le pacifisme, il gardera toujours une d&#233;testation des militaires : qui, dit-il dans sa nouvelle Fou : &#171; &lt;em&gt;passent fiers, respect&#233;s, aim&#233;s des femmes, acclam&#233;s par la foule uniquement parce qu'ils ont pour mission de r&#233;pandre le sang humain...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Dans sa nouvelle &lt;em&gt;Sur l'Eau&lt;/em&gt;, il stigmatise ces grad&#233;s qui forcent leurs hommes &#171; &lt;em&gt;&#224; ne penser &#224; rien, ni rien &#233;tudier, ne rien apprendre, ne rien lire, n'&#234;tre utile &#224; personne, pourrir de salet&#233;, coucher dans la fange, vivre comme des brutes dans un h&#233;b&#233;tement continu, piller les villes, br&#251;ler les villages, ruiner le peuple...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Dans les ann&#233;es 80, ses nombreux voyages en Afrique du Nord seront le pr&#233;texte pour d&#233;velopper ces th&#232;mes dans ses articles au Gil-Blas ou au Gaulois. Dans Bel-Ami, le h&#233;ros Duroy &#171; &lt;em&gt;se rappelait ses deux ann&#233;es d'Afrique, la fa&#231;on dont il ran&#231;onnait les Arabes dans les petits postes du Sud. Et un sourire cruel et gai passa sur ses l&#232;vres au souvenir d'une escapade qui avait co&#251;t&#233; la vie &#224; trois hommes de la tribu des Ouled Alane et qui leur avait valu &#224; ses camarades et &#224; lui, vingt poules, des moutons et de l'or, et de quoi rire pendant six mois. On n'avait jamais trouv&#233; les coupables qu'on n'avait gu&#232;re cherch&#233;s d'ailleurs, l'Arabe &#233;tant un peu consid&#233;r&#233; comme la proie naturelle du soldat.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Un peu plus loin, le m&#234;me Duroy se pr&#233;parant pour un duel se souvient qu'il &#171; &lt;em&gt;avait &#233;t&#233; soldat, (qu)'il avait tir&#233; sur des Arabes, sans grand danger pour lui d'ailleurs, un peu comme on tire sur un sanglier, &#224; la chasse.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; &lt;/em&gt; Il reprendra ce th&#232;me en 1884 dans &lt;em&gt;Mohamed Fripouille&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le misogyne couvert de femmes.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &#192; seize ans, pensionnaire &#224; Yvetot, son premier amour dans la campagne du Havre avec Ernestine, solide et fra&#238;che paysanne est un &#233;blouissement qui lui inspire ces vers adolescents : &#171; &lt;em&gt;Rien ne peut contenir cet immense bonheur, Car le ciel est trop bas, l'horizon trop &#233;troit, Et l'univers entier est trop petit pour moi !&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; La recherche de cet &#233;blouissement durera toute sa vie. Dans &lt;em&gt;Un Fils (Contes de la B&#233;casse)&lt;/em&gt;, un personnage, qui est son double, dit : &#171; &lt;em&gt;S'il fallait &#233;tablir le compte des femmes que nous avons eues... De dix-huit &#224; quarante ans enfin, en faisant entrer en ligne les rencontres passag&#232;res, les contacts d'une heure, on peut bien admettre que nous avons eu des... rapports intimes avec deux cents ou trois cents femmes.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Jamais, il ne pourra r&#233;sister aux professionnelles : &#171; &lt;em&gt;je suis obs&#233;d&#233; par la femme. Je ne puis me passer de ses caresses. Et quand une femme m'arr&#234;te dans la rue, par hasard, malgr&#233; son souffle f&#233;tide et sa crasse qui me r&#233;pugnent, je ne puis r&#233;sister longtemps &#224; cet appel silencieux et puissant de la chair, qui monte comme des vagues de fond, de la profondeur m&#234;me des entrailles et vous met un bandeau sur les yeux, un b&#226;illon &#224; la conscience, vous r&#233;duisant en un instant &#224; la merci de ces garces...&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Il &#233;voque ainsi dans une lettre &lt;em&gt;La Maison Tellier&lt;/em&gt; : &#171; &lt;em&gt;Ma nouvelle sur les femmes du bordel &#224; la premi&#232;re communion...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; L'une de ces garces lui passera la syphilis en 1877 dont il mourra, fou et solitaire en 1893 &#224; quarante-trois ans. Mais ces garces, dans ses nouvelles, il en fera souvent des h&#233;ro&#239;nes admirables comme &lt;em&gt;Boule de Suif&lt;/em&gt;, patriote au grand c&#339;ur, La Rempailleuse qui se meurt d'amour pour un pharmacien qui ne la vaut pas, ou Madame Baptiste rejet&#233;e par la bonne bourgeoisie pour avoir &#233;t&#233; viol&#233;e. Dans son &#339;uvre, il place beaucoup de femmes du peuple tr&#232;s au- dessus des femmes du monde. Pour suivre une femme, une simple impulsion lui suffit ; dans &lt;em&gt;L'Inconnue&lt;/em&gt;, en 1885, il &#233;crit : &#171; &lt;em&gt;J'imaginais que c'&#233;tait une Juive. Je la suivis.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Mais en g&#233;n&#233;ral, dans sa vie, les femmes du monde ont droit &#224; une approche plus &#233;labor&#233;e, mais tout aussi pressante. En t&#233;moigne cette lettre &#233;crite en 1887 &#224; Hermine Lecomte du Nou&#255;, sa plus proche amie : &#171; &lt;em&gt;Depuis hier soir, je songe &#224; vous, &#233;perdument. Un d&#233;sir insens&#233; de vous revoir, de vous revoir tout de suite, l&#224; devant moi, est entr&#233; soudain dans mon c&#339;ur... Ne le sentez-vous pas, autour de vous, roder, ce d&#233;sir, ce d&#233;sir qui vient de moi qui vous cherche, ce d&#233;sir qui vous implore dans le silence de la nuit...&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Mais lorsque la femme capitule, il devient aussit&#244;t un mufle, comme le montre cette lettre &#224; son ami Tourgueniev : &#171; &lt;em&gt;L'inconnue a c&#233;d&#233; apr&#232;s une lutte de trois heures dont elle aurait pu me faire gr&#226;ce, car elle m'a ensuite avou&#233; qu'elle n'a jamais eu l'intention de r&#233;sister jusqu'au bout. En m&#234;me temps que son cul elle a d&#233;masqu&#233; sa figure. Elle est vraiment gentille. Quelles dr&#244;les de toqu&#233;es que les femmes...&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Je pense que c'est un misogyne, pour lequel seule sa m&#232;re est une vraie Femme : &#171; &lt;em&gt;Si je trouvais une femme comme toi, (&#233;crit-il &#224; sa m&#232;re) avec toutes les vertus que doit avoir une vraie femme, r&#233;unissant, chose tr&#232;s rare, la gr&#226;ce physique &#224; la gr&#226;ce morale, une telle femme je l'&#233;pouserais. J'aime la femme. Elle est le joyau qui anime la vie... Mais vois-tu, d&#232;s qu'elles ouvrent la bouche elles vous d&#233;&#231;oivent toutes. Dieu aurait d&#251; les priver du don de la parole. Leur b&#234;tise les tue d'un coup, &#233;clipse les plus grandes beaut&#233;s. Oui, d&#233;cid&#233;ment les femmes devraient &#234;tre muettes !&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Maupassant restera toute sa vie, fier de sa puissance sexuelle, et ne reculera devant rien pour le d&#233;montrer &#224; la face de ses amis. Par exemple, lors d'un d&#238;ner devant une quinzaine d'amis, dont Flaubert et Huysmans, Maupassant se vante d'arriver &#224; &#171; &lt;em&gt;lasser une femme.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Pour appuyer ses dires, il invite tous ses convives &#224; se rendre chez une de ses ma&#238;tresses, et devant eux, il l'honore cinq fois de suite ! Huysmans &#233;crivit que jamais aucun homme n'avait fait montre d'autant d'impudeur avec autant de facilit&#233;. Quant &#224; Flaubert, il jugea, &#224; son habitude, ce genre d'aventure tr&#232;s rafra&#238;chissante ! On ne peut s'&#233;tonner que sur un site f&#233;ministe internet, j'ai trouv&#233; l'autre jour le commentaire suivant : &#171; &lt;em&gt;Il pouvait sembler difficile, dans un num&#233;ro consacr&#233; aux femmes, de laisser une place &#224; Maupassant, tant l'image de misogynie primaire lui colle &#224; la plume et irrite nombre de lectrices modernes, m&#234;me peu concern&#233;es par les combats f&#233;ministes.&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Malgr&#233; sa r&#233;putation qui court tout Paris, il attire les femmes magn&#233;tiquement. Fran&#231;ois, le valet de chambre de Maupassant raconte dans son journal : &#171; &lt;em&gt;une femme arm&#233;e d'un r&#233;volver se pr&#233;sente &#224; son appartement et demande : &#8220;Fran&#231;ois, je vous en prie, donnez-moi M. de Maupassant, donnez-moi M. de Maupassant ou je vais mourir ! Je le veux ! Je vous dis que je le veux ! Je ne lui ferai aucun mal, soyez-en s&#251;r ; je vous le promets... mais donnez-le- moi !&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Du s&#233;ducteur au d&#233;sesp&#233;r&#233; : Vivre enfin, c'est mourir !.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pourtant, cet &#233;crivain adul&#233;, ce mondain, cet &lt;em&gt;homme couvert de femmes,&lt;/em&gt; pour reprendre le mot de Drieu La Rochelle, restera un solitaire d&#233;sesp&#233;r&#233; toute sa vie. La premi&#232;re source de ce d&#233;sespoir, c'est son ma&#238;tre Flaubert. Dans la lettre de 1881 d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e ci-dessus, il &#233;crit : &#171; &lt;em&gt;Je vis dans une absolue solitude de pens&#233;e... Je ne pense comme personne, je ne sens comme personne, et je reste persuad&#233; de l'absolue v&#233;rit&#233; de cette phrase de mon ma&#238;tre... je parle de Gustave Flaubert : &#034;sale invention que la vie d&#233;cid&#233;ment. Nous sommes tous dans un d&#233;sert. Personne ne comprend personne. Je parle, bien entendu pour les natures d'&#233;lite.&#034;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Et dans une nuit de solitude &#224; la Guillette, sa maison d'&#201;tretat, il constate : &#171; &lt;em&gt;J'ai froid, plus encore de la solitude de la vie que de la solitude de la maison...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; &lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La deuxi&#232;me source de ce pessimisme absolu, c'est Schopenhauer qu'il se vantait d'avoir lu, mais dont sa connaissance n'exc&#233;dait probablement pas la chrestomathie. Dans sa nouvelle Le Colporteur, il &#233;voque ainsi le philosophe : &#171; &lt;em&gt;Jouisseur d&#233;sabus&#233;, il a renvers&#233; les croyances, les espoirs, les po&#233;sies, les chim&#232;res, d&#233;truit les aspirations, ravag&#233; la confiance des &#226;mes, tu&#233; l'amour, abattu le culte id&#233;al de la femme, crev&#233; les illusions des c&#339;urs, accompli la plus gigantesque besogne de sceptique qui ait jamais &#233;t&#233; faite. Il a tout travers&#233; de sa moquerie et tout vid&#233;. Et aujourd'hui, m&#234;me ceux qui l'ex&#232;crent semblent porter, malgr&#233; eux, en leur esprit, des parcelles de sa pens&#233;e... (C'est) Le plus grand saccageur de r&#234;ves qui ait pass&#233; sur la terre...&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt; Maupassant d&#233;clarait adh&#233;rer totalement &#224; ce nihilisme int&#233;gral... Toujours dans &lt;em&gt;Le Colporteur&lt;/em&gt;, j'ai trouv&#233; cette anecdote : deux amis de Schopenhauer veillent le philosophe mort, dont la bouche s'est fig&#233;e sur un immortel ricanement... Leurs remontent alors &#224; la m&#233;moire ces deux vers du Rolla de Musset d&#233;di&#233;s &#224; Voltaire, cet autre ricaneur : &#171; &lt;em&gt;Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encore sur tes os d&#233;charn&#233;s ? C'est alors que &#171; ... un petit bruit &#233;tait venu de la chambre du mort.... et nous v&#238;mes, oui, monsieur... quelque chose de blanc courir sur le lit, tomber &#224; terre sur le tapis, et dispara&#238;tre sous un fauteuil. Nous f&#251;mes debout... fous d'une terreur stupide, pr&#234;ts &#224; fuir... et j'aper&#231;us &#224; terre, sous le fauteuil &#224; c&#244;t&#233; du lit, tout blanc sur le sombre tapis, ouvert comme pour mordre, le r&#226;telier de Schopenhauer. Le travail de la d&#233;composition, desserrant les m&#226;choires, l'avait fait jaillir de la bouche.&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; On comprend d&#232;s lors que chez cet ath&#233;e, l'obsession du temps irr&#233;versible le poursuive tout au long de sa vie. Dans sa nouvelle &lt;em&gt;La Chevelure,&lt;/em&gt; il &#233;crit en 1884 : &#171; &lt;em&gt;Le pass&#233; m'attire, le pr&#233;sent m'effraye parce que l'avenir c'est la mort... je voudrais arr&#234;ter le temps, arr&#234;ter l'heure. Mais elle va, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le n&#233;ant de demain. Et je ne revivrai jamais.&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; Ce sentiment s'amplifie au fur et &#224; mesure que sa maladie progresse. Vers la fin de sa vie, l'obsession de la mort deviendra omnipr&#233;sente. Dans Bel-Ami, Norbert de Varennes le vieux critique litt&#233;raire murmure : &#171; &lt;em&gt;il arrive un jour, voyez-vous, et il arrive de bonne heure pour beaucoup, o&#249; c'est fini de rire, comme on dit, parce que derri&#232;re tout ce qu'on regarde, c'est la mort qu'on aper&#231;oit... Moi, depuis quinze ans, je la sens qui me travaille comme si je portais en moi une b&#234;te rongeuse. Je l'ai sentie qui peu &#224; peu, mois par mois, heure par heure, me d&#233;grade ainsi qu'une maison qui s'&#233;croule. Elle m'a d&#233;figur&#233; si compl&#232;tement que je ne me reconnais pas. Je n'ai plus rien de moi, de moi l'homme radieux, frais et fort que j'&#233;tais &#224; trente ans... Elle m'a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu'une &#226;me d&#233;sesp&#233;r&#233;e qu'elle enl&#232;vera bient&#244;t aussi... Respirer, dormir, boire, manger, travailler, r&#234;ver, tout ce que nous faisons, c'est mourir. Vivre enfin, c'est mourir !&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; L'&#233;ternel chant d'amour qu'il a chant&#233; &#224; la vie.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Notre &#233;poque survalorise la face &#233;tincelante de Maupassant, celle des guinguettes et des canotiers, celle de la f&#234;te Impressionniste et du French Cancan, des premiers bains de mer, des plages et de la mer, des belles amours et des jolies filles. Apr&#232;s le d&#233;capage vigoureux que nous venons d'accomplir, Amis d'Alain, pr&#233;cipitez vous pour allez lire et relire le grand Maupassant, celui de &lt;em&gt;Bel-Ami&lt;/em&gt;, celui d'&lt;em&gt;Une Vie&lt;/em&gt;, celui de &lt;em&gt;Pierre et Jean&lt;/em&gt;, celui du &lt;em&gt;Colporteur&lt;/em&gt;, celui de &lt;em&gt;Plus Fort que la Mort&lt;/em&gt;... car il faut aussi aller &#224; la rencontre de cette face sombre qui lui donne une place enti&#232;re dans la lign&#233;e des Barbey d'Aurevilly, des Nerval, des Villiers de L'Isle-Adam, des Huysmans... C'est sa grandeur que d'incarner aussi cette face sombre de la Belle &#201;poque marqu&#233;e par le d&#233;sespoir, la solitude, la crainte de la mort et de la folie, comme il a incarn&#233; la face claire de l'&#233;poque. La vie de Maupassant a inextricablement m&#234;l&#233; la face claire et la face obscure de son temps : son &#339;uvre est le reflet de cette complexit&#233;. Aussi, je terminerai par deux citations &#224; la gloire de chacune de ces deux faces. Pour la face obscure, Norbert de Varennes le vieux journaliste de &lt;em&gt;Bel-Ami&lt;/em&gt; &#233;voqu&#233; plus haut, qui &#171; &lt;em&gt;levant la t&#234;te vers le firmament o&#249; luisait la face p&#226;le de la pleine lune&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &#187;&lt;/em&gt; d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &lt;em&gt;&#171; Et je cherche le mot de cet obscur probl&#232;me&lt;br /&gt; Dans le ciel noir et vide o&#249; flotte un astre bl&#234;me... &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et pour la face claire, le jugement d'&#201;mile Zola : &#171; &lt;em&gt;Et, dans la suite des temps, ceux qui ne conna&#238;tront Maupassant que par ses &#339;uvres, l'aimeront pour l'&#233;ternel chant d'amour qu'il a chant&#233; &#224; la vie.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil Causerie chez les Amis d'Alain 28 mai 2012&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : Avec Montesquieu, respirez l'esprit du 18 eme</title>
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		<dc:date>2013-07-07T15:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;Montesquieu na&#238;t en 1689 au moment o&#249; Bordeaux va toucher au z&#233;nith de sa prosp&#233;rit&#233; avec le vin, le bouchon, la traite des N&#232;gres et le commerce international. Il termine ses &#233;tudes dans la France de la R&#233;gence qui oscille alors &#224; ce point de rupture de civilisation qu'&#233;voque Paul Hasard dans La Crise de la Conscience Europ&#233;enne : &#171; La majorit&#233; des Fran&#231;ais pensaient comme Bossuet ; tout d'un coup les Fran&#231;ais pensent comme Voltaire : c'est une r&#233;volution &#187;. Cette r&#233;volution des mentalit&#233;s, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Montesquieu na&#238;t en 1689 au moment o&#249; Bordeaux va toucher au z&#233;nith de sa prosp&#233;rit&#233; avec le vin, le bouchon, la traite des N&#232;gres et le commerce international. Il termine ses &#233;tudes dans la France de la R&#233;gence qui oscille alors &#224; ce point de rupture de civilisation qu'&#233;voque Paul Hasard dans &lt;em&gt;La Crise de la Conscience Europ&#233;enne : &#171; La majorit&#233; des Fran&#231;ais pensaient comme Bossuet ; tout d'un coup les Fran&#231;ais pensent comme Voltaire : c'est une r&#233;volution &#187;.&lt;/em&gt; Cette r&#233;volution des mentalit&#233;s, Montesquieu va y jouer un r&#244;le majeur que je vais &#233;voquer en quelques trop br&#232;ves touches &#224; travers trois de ses &#339;uvres : &lt;em&gt;Les Lettres Persanes, L'Esprit des Lois, Mes Pens&#233;es.&lt;/em&gt; Pour &#233;gayer mon propos, j'avais pens&#233; y ajouter &lt;em&gt;Le Temple de Gnide,&lt;/em&gt; ce conte qui passe pour libertin et m&#234;me pour &#233;rotique&#8230; Mais je vais vous priver de cette g&#226;terie, car ce fut pour moi une lecture aussi torride qu'un iceberg au Groenland en hiver. Et la temp&#233;rature ext&#233;rieure n'est d&#233;j&#224; pas si chaude. Acteur majeur de cette &lt;em&gt;Crise de la Conscience Europ&#233;enne&lt;/em&gt; que je viens d'&#233;voquer, Charles-Louis de Secondat, baron de La Br&#232;de, baron de Montesquieu, garde un pied dans le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et dans la tradition, et l'autre fermement engag&#233;e dans la modernit&#233; des Lumi&#232;res. C'est par cette complexit&#233; du personnage que nous allons commencer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Montesquieu garde un pied dans le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par son c&#244;t&#233; &#171; h&#233;ritier &#187; enracin&#233; dans la tradition.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Dans &lt;em&gt;M&#233;moires de ma Vie&lt;/em&gt;, il revendique : &lt;em&gt;&#171; 350 ans de noblesse prouv&#233;e &#187;&#8230;&lt;/em&gt; Mais c'&#233;tait un Gascon ! En r&#233;alit&#233;, sa famille payait encore au 17&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle l'imp&#244;t roturier en Haut-Berry. Descendue dans l'Agenais &#8211; les Secondat - proche de Jeanne d'Albret &#224; la Cour de Neirac, b&#233;n&#233;ficient de sa g&#233;n&#233;rosit&#233; pour acheter la terre de Montesquieu &#233;rig&#233;e en baronnie par Henri IV. Lorsque ce dernier abjure, la famille le suit. En 1713, apr&#232;s des &#233;tudes chez les Oratoriens de Jully, et des &#233;tudes de droit &#224; Paris, Charles-Louis h&#233;rite de son p&#232;re la baronnie de La Br&#232;de, bon vignoble des secondes Graves, &#233;pouse une demoiselle Lartigue tr&#232;s riche h&#233;riti&#232;re &#8211; protestante qui lui apporte entre autres la terre de Branne qui produit du Saint-&#201;milion. Il h&#233;rite enfin de son oncle la baronnie de Montesquieu pr&#232;s d'Agen et surtout la charge de Pr&#233;sident &#224; mortier du Parlement de Guyenne &#224; Bordeaux. Avec la vigne, le Parlement, la fortune de sa femme, il acc&#232;de au sommet de la sc&#232;ne bordelaise et entre &#224; l'Acad&#233;mie de Bordeaux. Notons qu'il ne cessera jamais d'acheter des terres nobles pour conforter ses ambitions nobiliaires. N&#233; avec une cuiller en argent dans la bouche, il vivra tr&#232;s confortablement de ses vignobles et du commerce de son vin de Graves, comme on vivait au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, tr&#232;s loin de l'&#233;conomie financi&#232;re naissante de la R&#233;gence et du syst&#232;me de Law qu'il ne comprendra jamais et dans lesquels un Voltaire excellera ; tr&#232;s loin aussi de la vie errante de protecteur en protecteur d'un Rousseau ; tr&#232;s loin enfin des fondateurs industriels du deuxi&#232;me versant du si&#232;cle : les Comt&#233;, les Montgolfier, les Buffon et tant d'autres. &#192; son &#233;poque &lt;em&gt;&#171; Aucune chemin&#233;e ne fumait encore &#224; son horizon &#187;&lt;/em&gt; commente Jean Starobinski dans son Montesquieu. En 1721, la parution anonyme &#224; Amsterdam des &lt;em&gt;Lettres Persanes,&lt;/em&gt; &#233;norme succ&#232;s de librairie, lui apporte &#224; trente-deux ans, avec une &#233;clatante gloire litt&#233;raire, la cons&#233;cration parisienne et europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Cet h&#233;ritier solidement provincial incarne pourtant tout l'esprit du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Il aurait pu se contenter de vivre cette luxueuse vie de notable. Pourtant Charles-Louis ne tarde pas &#224; vendre sa charge de parlementaire, et laisse l'administration de ses domaines &#224; sa femme, qui s'av&#233;rera &#234;tre une gestionnaire de premier ordre. Il se met &#224; voyager &#224; travers l'Europe, pour observer, analyser et comprendre son &#233;poque, comme le faisaient ou le feront tous ses grands contemporains : Voltaire, Rousseau, Diderot, Casanova et tant d'autres. Il s&#233;journe fr&#233;quemment &#224; Paris o&#249; il fr&#233;quente les salons de Mme de Tencin, de Mme Geoffrin, de la duchesse d'Aiguillon&#8230; en profitant pour y vendre son vin&#8230; Il passera pr&#232;s de deux ans &#224; Londres, analysant avec admiration le syst&#232;me politique anglais qu'il proposera en exemple &#224; ses compatriotes dans &lt;em&gt;L'Esprit des Lois.&lt;/em&gt; D'un heureux temp&#233;rament, il se sent bien partout : &lt;em&gt;&#171; Je me connais assez bien. Je n'ai presque jamais eu de chagrin et encore moins d'ennemis. Ma machine est si heureusement construite que je suis frapp&#233; par tous les objets assez vivement pour qu'ils puissent me donner du plaisir, pas assez pour me donner de la peine&#8230; Je m'&#233;veille le matin avec une joie secr&#232;te ; je vois la lumi&#232;re avec une esp&#232;ce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content... Mon &#226;me se prend &#224; tout. &#187;&lt;/em&gt; (Lettre &#224; Maupertuis) Loin d'&#234;tre un passionn&#233;, c'est un homme du juste milieu, &#224; la Montaigne : &lt;em&gt;&#171; J'aime incomparablement mieux &#234;tre tourment&#233; par mon c&#339;ur que par mon esprit&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Les feux de l'amour ne sont pas pour lui : &lt;em&gt;&#171; Les femmes vous amusent et ne vous retiennent pas&#8230; J'ai assez aim&#233; &#224; dire aux femmes des fadeurs et &#224; leur rendre des services qui co&#251;tent si peu&#8230; &#187; (Pens&#233;es 213)&lt;/em&gt; et ajoute : &lt;em&gt;&#171; &#192; l'&#226;ge de trente-cinq ans, j'aimais encore&#8230; &#187;&lt;/em&gt; (Pens&#233;es 213) &#192; premi&#232;re vue misogyne, il trouve surtout leurs d&#233;fauts : (Pens&#233;es XII 1250) &lt;em&gt;&#171; C'est un sexe bien ridicule que les femmes&#8230; il me semble que dans les femmes les plus jolies&#8230; il y a de certains jours o&#249; je vois comment elles seront quand elles seront vieilles&#8230; &#187;&lt;/em&gt; (Pens&#233;es 1084) : &lt;em&gt;&#171; Il faut rompre brusquement avec les femmes ; rien n'est si insupportable qu'une vieille affaire &#233;reint&#233;e&#8230; &#187; (Pens&#233;es 920) : &#171; Les femmes incapables de penser sont des machines qui n'ont jamais fait que sentir&#8230; &#187; Lettres Persanes LV : &#171; Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses&#8230; mais elles &#233;taient toutes si laides qu'il faut &#234;tre un saint pour ne pas ha&#239;r la vertu&#8230; &#187; &lt;/em&gt; Cette misogynie est-elle litt&#233;raire ou r&#233;elle ? En effet, Taine qui rangera les manuscrits de Montesquieu quelques d&#233;cennies plus tard, affirmera que ses tiroirs &#233;taient remplis de brouillons de billets d'amour. Son regard est du reste souvent plus nuanc&#233; et j'ai m&#233;dit&#233; sur sa Pens&#233;e n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;126 : &lt;em&gt;&#171; Tous les maris sont laids &#187;&lt;/em&gt;. Et quel magnifique hymne &#224; la libert&#233; des femmes, dans les &lt;em&gt;Lettres Persanes&lt;/em&gt;, que cette lettre 161 que Roxane &#233;crit &#224; son mari Usbeck avant de se suicider en lui reprochant sa tyrannie : &lt;em&gt;&#171; Comment as-tu pens&#233; que je fusse assez cr&#233;dule pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? Que pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes d&#233;sirs ? Non, j'ai pu vivre dans la servitude, mais j'ai toujours &#233;t&#233; libre : j'ai r&#233;form&#233; tes lois sur celles de la nature, et mon esprit s'est toujours tenu dans l'ind&#233;pendance. &#187;&lt;/em&gt; Son sens de l'amiti&#233; semble loin de celui de Montaigne et de la Bo&#233;tie : &lt;em&gt;&#171; L'amiti&#233; est un contrat par lequel on s'engage &#224; rendre de petits services &#224; quelqu'un afin qu'il nous en rendent de grands&#8230; &#187; (Pens&#233;es 1090) : &#171; Il est bien s&#251;r que l'amour a un caract&#232;re diff&#233;rent de l'amiti&#233; : celle-ci n'a jamais envoy&#233; un homme aux Petites-Maisons. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Son &#339;uvre, r&#233;solument moderne, est la quintessence de l'esprit des Lumi&#232;res.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; De cette &#339;uvre consid&#233;rable, je n'&#233;voquerai bri&#232;vement que &lt;em&gt;Les Lettres Persanes&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;l'Esprit des Lois.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;1721 : &lt;em&gt;Les Lettres Persanes,&lt;/em&gt; immense succ&#232;s.&lt;/span&gt; C'est au premier abord une turquerie libertine. Lisant pour la premi&#232;re fois &lt;em&gt;Les Lettres Persanes,&lt;/em&gt; dans leur int&#233;gralit&#233;, j'ai &#233;t&#233; surpris de d&#233;couvrir qu'il s'agissait en fait d'un roman tr&#232;s libertin, tr&#232;s XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. Sur cette surprise, Montesquieu me donne raison, qui &#233;crit : &lt;em&gt;&#171; Rien n'a plu davantage dans les Lettres Persanes, que d'y trouver, sans y penser, une esp&#232;ce de roman... &#187;&lt;/em&gt; Le sujet : Usbeck, prince Persan, voyage en France avec des amis et &#233;change cent soixante et une lettres avec les femmes et les eunuques de son harem. Ce roman est double et c'est l&#224;, la cl&#233; de son immense succ&#232;s. Les lettres &#233;crites par Usbeck, portent un regard &#233;tranger &#8211; persan &#8211; distanci&#233;, sur les us et coutumes, sur les m&#339;urs politiques, sociales et religieuses du Paris de la R&#233;gence. Et ce regard d&#233;cal&#233; qui relativise tout ce qu'il touche, atteint parfois au pamphlet violent. L'autre versant des &lt;em&gt;Lettres Persanes,&lt;/em&gt; les lettres provenant des concubines et des eunuques du harem, sont le c&#244;t&#233; turquerie licencieuse du roman, pr&#233;texte dans une langue &#233;blouissante &#224; des d&#233;shabillages collectifs, des fess&#233;es, des amours saphiques, du voyeurisme, des d&#233;sirs d'eunuques, des mariages d'eunuques, des rivalit&#233;s de femmes, des billets crypt&#233;s, des amants escaladant les cl&#244;tures, des assassinats. Ce harem, mod&#232;le d'organisation &#224; la premi&#232;re lettre, se d&#233;sorganise au fur et &#224; mesure que le temps passe et finit &#224; la Lettre 161 par le suicide de l'&#233;pouse pr&#233;f&#233;r&#233;e &#8211; Roxane, seul moyen pour elle de se lib&#233;rer de la tyrannie de son seigneur et ma&#238;tre Usbeck. Je vais illustrer le c&#244;t&#233; turquerie licencieuse en vous lisant un court passage de la Lettre N&#176;III : &lt;em&gt;&#171; Nous nous pr&#233;sent&#226;mes devant toi v&#234;tues&#8230; il fallut nous d&#233;pouiller de ces ornements&#8230; il fallut para&#238;tre &#224; ta vue dans la simplicit&#233; de la nature. Je comptai pour rien la pudeur. Heureux Usbek, que de charmes furent &#233;tal&#233;s &#224; tes yeux ! Nous te v&#238;mes longtemps errer d'enchantement en enchantement&#8230; nous f&#251;mes en un moment toutes couvertes de tes baisers ; tu portas tes curieux regards dans les endroits les plus secrets ; tu nous fis passer en un instant dans mille situations diff&#233;rentes : toujours de nouveaux commandements et une ob&#233;issance toujours nouvelle&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Et que penser de la Lettre IV ? o&#249; la concubine Z&#233;lie se plaint qu'on lui a enlev&#233; sa servante, l'amoureuse Z&#233;lide &lt;em&gt;&#171; dont les adroites mains portent partout les ornements et les gr&#226;ces&#8230; &#187;&lt;/em&gt; (Entendez cela comme au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;) et cette punition, c'est l'eunuque noir qui l'a donn&#233; parce que nous dit la perfide Z&#233;lie : &lt;em&gt;&#171; il s'ennuie derri&#232;re la porte o&#249; je le renvoie toujours, et qu'il ose supposer qu'il entendu ou vu des choses que je ne sais pas m&#234;me imaginer&#8230; &#187; Le Bain turc&lt;/em&gt; d'Ingres ou les &lt;em&gt;Femmes d'Alger dans leur appartement&lt;/em&gt; de Delacroix seront les lointains descendants de cette turquerie. Et pour le c&#244;t&#233; pamphlet social et politique, je vous ai choisi un des passages les plus violents, qui porte sur la religion : Lettre XXIV &lt;em&gt;&#171; Il y a un autre magicien plus fort que lui (le Roi)&#8230; (qui s'appelle) le Pape. Tant&#244;t, il lui fait croire (au peuple) que trois ne sont qu'un, que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin&#8230; &#187; Lettre XXIX : &#171; Le Pape&#8230; C'est une vieille idole qu'on encense par habitude&#8230; Il se dit successeur d'un des premiers chr&#233;tiens, qu'on appelle saint Pierre, et c'est certainement une riche succession : car il a un tr&#233;sor immense et un grand pays sous sa domination. &#187; &#171; Dans l'&#233;tat actuel de l'Europe, il ne para&#238;t pas possible que la religion catholique y subsiste cinq-cents ans. &#187;&lt;/em&gt; Notons que &lt;em&gt;L'Esprit des Lois&lt;/em&gt; fera au contraire un tr&#232;s long pan&#233;gyrique du catholicisme au point que Chateaubriand mettra en exergue de son G&#233;nie du Christianisme cette citation de &lt;em&gt;L'Esprit des Lois : &#171; Chose admirable ! La religion chr&#233;tienne, qui ne semble avoir d'objet que la f&#233;licit&#233; de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci &#187; (Esprit des Lois, Livre XXIV)&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;1748 : &lt;em&gt;L'Esprit des lois,&lt;/em&gt; deuxi&#232;me immense succ&#232;s&lt;/span&gt; de librairie pour Montesquieu. Il publie anonymement cet ouvrage, fondamental pour l'histoire du droit et des id&#233;es politiques et dont il dira : &lt;em&gt;&#171; Cet ouvrage est le fruit des r&#233;flexions de toute ma vie &#187;.&lt;/em&gt; Et, conscient de son absolue nouveaut&#233;, il mettra en exergue cette citation des &lt;em&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/em&gt; d'Ovide : &lt;em&gt;&#171; Prolem sine matre creatam &#187;&lt;/em&gt; (enfant n&#233; sans m&#232;re). C'est un ouvrage &#233;norme dont je ne soup&#231;onnais pas le caract&#232;re exub&#233;rant et foisonnant avant d'en faire une lecture exhaustive et passionnante. Partant du fait que la g&#233;ographie et le climat fa&#231;onnent les m&#339;urs, les religions et les institutions politiques des peuples, il passe au crible de ce tamis surprenant, l'histoire gr&#233;co-romaine, l'histoire de France et d'Angleterre et en tire des propositions d'institutions, non pas id&#233;ales, car cela ne peut exister, mais favorisant la libert&#233; (pas au sens d'aujourd'hui) et limitant le despotisme, notamment par le biais de corps interm&#233;diaires souvent &#233;lus dont les pouvoirs, strictement s&#233;par&#233;s se contrebalancent. Son id&#233;al : le r&#233;gime anglais de son &#233;poque. Mais au passage, il aura parl&#233; de la jalousie, des jur&#233;s populaires, de la torture, des femmes, de la proportionnalit&#233; des peines, de l'&#233;ducation, de la politesse (passage exquis) du mariage, de la fid&#233;lit&#233;, de l'amiti&#233; : rien de ce qui fait la vie ne lui sera &#233;tranger. Bref, j'ai d&#233;couvert un monde. Les principes d'organisation politique de &lt;em&gt;L'Esprit des lois,&lt;/em&gt; notamment la s&#233;paration des pouvoirs, les contre-pouvoirs, le bicam&#233;ralisme, les jur&#233;s et les &#233;lections marqueront profond&#233;ment les institutions am&#233;ricaines et les d&#233;buts de la R&#233;volution fran&#231;aise et impr&#232;gneront les institutions fran&#231;aises et nos d&#233;bats politiques jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Avant de conclure, je souhaite m'arr&#234;ter un instant sur un lointain descendant de Montesquieu : Alain.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Tout d'abord, je trouve une convergence avec Montesquieu, sur la fa&#231;on dont ils entendent peser sur les id&#233;es et la r&#233;alit&#233; : ils ne sont pas hommes &#224; b&#226;tir des syst&#232;mes. Montesquieu, loin de discourir sur la libert&#233; ou sur le despotisme, montre comment dans l'Histoire le despotisme s'est d&#233;velopp&#233; et montre quelles r&#232;gles formelles il convient d'adopter pour l'emp&#234;cher de d&#233;vorer la libert&#233;. C'est un pragmatique, un homme du juste milieu. Il est tr&#232;s philosophe donc au sens XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. Aujourd'hui, on le taxerait sans doute de moraliste, ainsi en est-il d'Alain. J'ai encore dans les oreilles les propos sur ce sujet de Louis Van Delft aux Journ&#233;es Alain 2008. Enfin, je vais me contenter de donner trois citations de &lt;em&gt;L'Esprit des Lois&lt;/em&gt;, sur l'essence du pouvoir et sur son organisation qui ont me semble-t-il influ&#233; profond&#233;ment sur l'Alain de 1926, celui du &lt;em&gt;&#171; Citoyen contre les Pouvoirs &#187;.&lt;/em&gt; Le pouvoir tend au despotisme : (&lt;em&gt;Esprit des Lois, Partie II Livre XI. Chap.IV&lt;/em&gt;) La Libert&#233;, &lt;em&gt;&#171; elle n'y est (dans un gouvernement) que lorsqu'on n'abuse pas du pouvoir : mais c'est une exp&#233;rience &#233;ternelle que tout homme qui a du pouvoir est port&#233; &#224; en abuser ; il va jusqu'&#224; ce qu'il trouve des limites&#8230; &#187;&lt;/em&gt; La s&#233;paration des pouvoirs : (II. XI. Chap.VI) &lt;em&gt;&#171; Il y a dans chaque &#201;tat, trois sortes de pouvoirs : la puissance l&#233;gislative, la puissance ex&#233;cutrice et la puissance de juger&#8230; Il n'y a point de libert&#233; si la puissance l&#233;gislative est r&#233;unie &#224; la puissance ex&#233;cutrice&#8230; il n'y a point encore de libert&#233; si la puissance de juger n'est pas s&#233;par&#233;e de la puissance l&#233;gislative et de l'ex&#233;cutrice&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Les contre-pouvoirs : &lt;em&gt;&#171; Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arr&#234;te le pouvoir&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Mais Montesquieu estimait qu'il ne faut jamais aller aux extr&#234;mes de sa pens&#233;e, surtout en politique. Aussi, pour r&#233;veiller mes auditeurs, du moins les al&#233;nistes bon teint, avant ma conclusion, je vais malicieusement glisser le violent reproche que R. Aron faisait &#224; Alain d'avoir d&#233;form&#233; ces maximes de Montesquieu. Raymond Aron &#233;crivait en 194&#8230; dans &lt;em&gt;La France Libre&lt;/em&gt; un article intitul&#233; : &lt;em&gt;&#171; Prestige et Illusion du citoyen contre les pouvoirs &#187; : Alain a form&#233; des g&#233;n&#233;rations de jeunes Fran&#231;ais dans une hostilit&#233; st&#233;rile &#224; l'&#201;tat et dans une ignorance presque volontaire des dangers qui mena&#231;aient la Nation&#8230; &#187; &lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Mesdames et messieurs, j'esp&#232;re que cette pointe vous a r&#233;veill&#233;s, aussi je vais pouvoir conclure :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Montesquieu concentre dans son personnage et dans son &#339;uvre l'esprit de la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, celui de l'examen syst&#233;matique par la raison, du politique, de la religion, des sentiments et des m&#339;urs ; il manifestera au plus haut degr&#233; cette distanciation nouvelle du regard port&#233; sur la soci&#233;t&#233; dans laquelle on vit, dans le but d'&#233;clairer les esprits de ses contemporains, c'est-&#224;-dire pour lui, de les changer. Le temps de Montesquieu, c'est le temps de l'analyse raisonn&#233;e, du d&#233;capage syst&#233;matique du regard qui d&#233;bouchera quelque quarante ans plus tard sur le grand passage &#224; l'acte de la R&#233;volution. R&#233;volution o&#249;, durant la derni&#232;re d&#233;cennie du si&#232;cle, c'est toute la gamme des possibles examin&#233;e par Montesquieu qui sera essay&#233;e : de la monarchie &#233;clair&#233;e &#224; la r&#233;publique, du r&#233;gime repr&#233;sentatif des corps interm&#233;diaires &#224; la tyrannie de l'&#233;galit&#233; extr&#234;me de Robespierre et de Bab&#339;uf, d&#233;bouchant sur la monarchie absolue de l'Empire pour revenir &#224; la monarchie repr&#233;sentative de la Restauration&#8230; Et tout le XIXe rejouera sans cesse cette partition&#8230; Nous venons de le voir, l'influence de cet homme du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; est encore aujourd'hui tr&#232;s pr&#233;sente dans ce cercle que nous formons, nous les lecteurs d'Alain. Pour finir, d&#233;gustons ce clin d'&#339;il &#224; travers les si&#232;cles que fait Montesquieu &#224; notre actualit&#233; tr&#232;s parisienne et qu'Alain n'aurait pas r&#233;cus&#233; :&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; On ne rencontre gu&#232;re, pour se d&#233;clarer satisfaits du pouvoir, que ceux qui y participent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, juillet 2013&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : Rousseau premier &#233;cologiste ?</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je ne vais pas vous infliger le pensum de traiter acad&#233;miquement un sujet aussi singulier que celui que m'a impos&#233; votre distingu&#233;, mais farceur Vice-pr&#233;sident : &#171; Rousseau le premier &#233;cologiste. &#187; Car ceci risquerait de nous entra&#238;ner sur le p&#233;rilleux terrain de la politique au risque de devoir constater lors de ma conclusion, sur le vu de notre assembl&#233;e d&#233;vast&#233;e par nos divergences, ce que l'on disait jadis de l'Affaire Dreyfus : &#171; Ils en ont parl&#233; ! &#187; Je vais donc vous y conduire sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Je ne vais pas vous infliger le pensum de traiter acad&#233;miquement un sujet aussi singulier que celui que m'a impos&#233; votre distingu&#233;, mais farceur Vice-pr&#233;sident : &#171; &lt;em&gt;Rousseau le premier &#233;cologiste.&lt;/em&gt; &#187; Car ceci risquerait de nous entra&#238;ner sur le p&#233;rilleux terrain de la politique au risque de devoir constater lors de ma conclusion, sur le vu de notre assembl&#233;e d&#233;vast&#233;e par nos divergences, ce que l'on disait jadis de l'Affaire Dreyfus : &#171; &lt;em&gt;Ils en ont parl&#233; !&lt;/em&gt; &#187; Je vais donc vous y conduire sur les ailes de la fantaisie et de l'imagination, mais attention, je connais vos exigences ! Je vais vous y conduire, en restant rigoureusement amarr&#233; &#224; la rigueur des textes et des r&#233;f&#233;rences. Et pour brider ma fantaisie d&#232;s mon introduction, laissez-moi choisir pour cet expos&#233;, le tr&#232;s rigoureux plan type en deux parties du parfait petit Sciences-Po, celui-l&#224; m&#234;me que j'ai assimil&#233; en septembre 1960 lorsque j'y entrais en premi&#232;re ann&#233;e, tout confis de respect. Pour retenir l'articulation de ce plan type, nos professeurs nous donnaient un moyen mn&#233;motechnique pour traiter de l'hypoth&#233;tique sujet binaire suivant &#171; &lt;em&gt;Les dents et les pieds&lt;/em&gt;. &#187; Ce qui donnait pour la premi&#232;re partie : &#171; &lt;em&gt;On ne peut pas se laver les pieds dans un verre &#224; dents&lt;/em&gt; &#187; et en deuxi&#232;me partie : &#171; &lt;em&gt;Mais on peut se laver les dents dans un verre &#224; pied&lt;/em&gt;. &#187; C'est gr&#226;ce &#224; la rigueur de cette articulation binaire du raisonnement que notre classe politique, largement issue de cette &#233;cole, a pu enfanter cette magnifique langue de bois que le monde entier nous envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc d'un c&#339;ur l&#233;ger, en souvenir de ma jeunesse folle comme disait Fran&#231;ois, non ! pas les pr&#233;sidentiels auxquels vous pensez, l'autre : Fran&#231;ois Villon naturellement, que je choisis ce plan en deux parties pour traiter ce sujet : &lt;em&gt;Rousseau premier &#233;cologiste.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; On ne peut pas se laver les pieds...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Sur les pr&#233;mices de &#171; &lt;em&gt;On ne peut pas se laver les pieds dans un verre &#224; dents&lt;/em&gt; &#187;, je vais affirmer ma conviction que Rousseau ne peut, en aucun cas, &#234;tre un &#171; &lt;em&gt;&#233;cologiste&lt;/em&gt; &#187; au sens actuel du terme. Rousseau quitta notre vall&#233;e de larmes en juillet 1778, deux cent trente ans avant nous, et &#224; un univers lumi&#232;re de nos pr&#233;occupations. Dans ce merveilleux XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, 90 % de la population &#233;tait rurale et les physiocrates pensaient la richesse des nations en termes uniquement agricoles. 1778 : il y avait seulement treize ans que la machine &#224; vapeur perfectionn&#233;e en 1765 par Watt, commen&#231;ait &#224; se r&#233;pandre rapidement ; il y avait quatre ans que Louis XVI venait de se faire vacciner contre la variole avec sa famille alors que son grand-p&#232;re Louis XV en &#233;tait mort ; dans cinq ans, les fr&#232;res Montgolfier allaient ouvrir la voie des airs. Une merveilleuse &#232;re de progr&#232;s mat&#233;riel et moral ind&#233;fini s'ouvrait devant ces Hommes des Lumi&#232;res, l'attrait du Paradis terrestre et de l'&#226;ge d'or commen&#231;ait &#224; d&#233;cliner, en m&#234;me temps que se levait &#224; l'horizon de l'Histoire, l'astre irr&#233;sistible des lendemains qui chantent, mythes sur lesquels nous vivrons jusqu'&#224; la fin des Trente Glorieuses.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; La nature, la fess&#233;e et le pi&#233;ton...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Rousseau, comme beaucoup de ses confr&#232;res, les philosophes des Lumi&#232;res, &#233;tait un nomade. Mais contrairement &#224; Diderot, Voltaire ou Grimm, qui ne concevaient leurs plus courts d&#233;placements qu'en chaise &#224; porteurs ou en carrosse, Rousseau, lui, &#233;tait un nomade &#224; pied, un marcheur acharn&#233; et le restera jusqu'&#224; sa mort. Dans le Livre IV des Confessions, il dira : &#171; &lt;em&gt;J'aime &#224; marcher &#224; mon aise, et m'arr&#234;ter quand il me pla&#238;t. La vie ambulante est celle qu'il me faut. Faire route &#224; pied par un beau temps, dans un beau pays, sans &#234;tre press&#233;, et avoir pour terme de ma course un objet agr&#233;able : voil&#224; de toutes les mani&#232;res de vivre celle qui est le plus de mon go&#251;t.&lt;/em&gt; &#187; Il commence sa vie par des voyages &#224; pied et son &#339;uvre par le r&#233;cit de ses d&#233;ambulations p&#233;destres. &#192; dix ans, en 1722, il quitte Gen&#232;ve &#224; pied pour Bossey et le R&#233;v&#233;rend Lambercier. C'est un tout petit voyage, de deux lieues &#224; peine, mais c'est en arrivant, qu'enthousiasm&#233;, il va d&#233;couvrir la Nature. &#171; &lt;em&gt;&#192; Bossey&#8230; la campagne &#233;toit pour moi si nouvelle que je ne pouvois me laisser d'en jouir. Je pris pour elle un go&#251;t si vif qu'il n'a jamais pu s'&#233;teindre&lt;/em&gt; &#187; ( Les Confessions, Livre IV ) C'est &#224; seize ans, bien apr&#232;s la fameuse fess&#233;e administr&#233;e par Mlle Lambercier, qu'il partira &#224; pied pour Annecy chez Mme de Warrens. L&#224;, c'est une marche un plus s&#233;rieuse, de quarante kilom&#232;tres : &#171; &lt;em&gt;je pars pour Annecy. J'y pouvais &#234;tre ais&#233;ment en un jour mais je ne me pressais pas, j'en mis trois.&lt;/em&gt; &#187; Nous dira-t-il dans Les Confessions, Livre II. Il est fascin&#233; par Mme de Warrens qui en profite pour l'envoyer aussit&#244;t &#224; pied &#224; Turin, en compagnie d'un couple de voyageurs, afin d'y devenir Catholique. Deux cent quarante kilom&#232;tres &#224; pied pour se convertir&#8230; C'est bien ! Le voyage l'enthousiasme : &#171; &lt;em&gt;Si jeune aller en Italie, avoir d&#233;j&#224; vu tant de pays, suivre Annibal &#224; travers les monts, me paraissait une gloire au-dessus de mon &#226;ge&#8230; Je ne me souviens pas d'avoir eu dans tout le cours de ma vie, d'intervalle plus parfaitement exempt de soucis et de peine que celui des sept ou huit jours que nous m&#238;mes &#224; ce voyage car le pas de madame Sabran, sur lequel il fallait r&#233;gler le n&#244;tre, n'en fit qu'une longue promenade. Ce souvenir m'a laiss&#233; le go&#251;t le plus vif pour tout ce qui s'y rapporte, surtout pour les montagnes et les voyages p&#233;destres. Je n'ai voyag&#233; &#224; pied que dans mes beaux jours, et toujours avec d&#233;lices. Bient&#244;t les devoirs, les affaires, un bagage &#224; porter, m'ont forc&#233; de faire le monsieur et de prendre des voitures&#8230;&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; C'est en marchant, qu'il mourra !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Jusque tard dans sa vie, il projettera encore de vastes randonn&#233;es, comme celle propos&#233;e &#224; Diderot et &#224; Grimm, faire avec lui le tour de l'Italie &#224; pied en un an : &#171; &lt;em&gt;Je crus une fois l'affaire faite : le tout se r&#233;duisit &#224; vouloir faire un voyage par &#233;crit, dans lequel Grimm ne trouvait rien de si plaisant que de faire faire &#224; Diderot beaucoup d'impi&#233;t&#233;s, et de me faire fourrer &#224; l'inquisition &#224; sa place.&lt;/em&gt; &#187; raconte-t-il au Livre II des Confessions. C'est &#224; la soixantaine bien sonn&#233;e qu'il fera les dix promenades fameuses dans la r&#233;gion parisienne qui nous vaudront les magnifiques R&#234;veries du Promeneur Solitaire. Il avait commenc&#233; sa vie en marchant, il la terminera de m&#234;me &#224; Ermenonville le 2 juillet 1778, o&#249; il venait &#224; peine de s'installer depuis 68 jours. Gaston Len&#244;tre dans Vieilles maisons, vieux papiers, raconte ainsi cette derni&#232;re promenade : &#171; &lt;em&gt;Le 2 juillet le cabaretier Antoine Maurice aper&#231;ut le philosophe se promenant, d&#232;s cinq heures du matin, malgr&#233; la ros&#233;e il le vit rentrer vers sept heures, apportant du mouron cueilli pour ses oiseaux. Deux heures plus tard, Antoine entendit des cris provenant du pavillon qu'habitaient les Rousseau il y courut. Mme Rousseau appelait au secours son mari &#233;tait tomb&#233; sur le plancher, dans la pi&#232;ce du premier &#233;tage, et s'&#233;tait bless&#233; &#224; la tempe. Presque en m&#234;me temps que le cabaretier, M. et Mme de Girardin arriv&#232;rent suivis de quelques domestiques et d'un chirurgien celui-ci essaya d'une saign&#233;e, mais Jean-Jacques d&#233;j&#224;, ne donnait plus signe de vie&lt;/em&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Initi&#233; aux herbiers par le laquais amant...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Si Rousseau arpente ainsi infatigablement la Nature, c'est parce que le vagabondage ext&#233;rieur g&#233;n&#232;re chez lui le vagabondage int&#233;rieur. La Nature fait jouer en lui toute la gamme des &#233;motions d&#233;licates et des doux &#233;panchements. Et c'est pourquoi il herborise inlassablement. Initi&#233; par Claude Anet, le laquais amant de Mme de Warrens, il y initie &#224; son tour la bonne soci&#233;t&#233; et m&#234;me des c&#233;l&#233;brit&#233;s. C'est ainsi qu'on le voit en 1765, en Angleterre, herboriser en compagnie du philosophe David Hume et aussi avec le R&#233;v&#233;rend Malthus. &#192; tel point, que son protecteur d'alors, Lord Davenport lui &#233;crit : &#171; &lt;em&gt;J'esp&#232;re que vous n'employez pas tout votre temps &#224; chercher des plantes par monts et par vaux, et que vous songez encore &#224; l'&#233;ducation et &#224; l'&#233;dification de l'Humanit&#233;.&lt;/em&gt; &#187; Dans la Septi&#232;me Promenade, il s'en explique ainsi : &#171; &lt;em&gt;La botanique est l'&#233;tude d'un oisif et paresseux solitaire : une pointe et une loupe sont tout l'appareil dont il a besoin pour les observer. Il se prom&#232;ne, il erre librement d'un objet &#224; l'autre, il fait la revue de chaque fleur avec int&#233;r&#234;t et curiosit&#233;, et sit&#244;t qu'il commence &#224; saisir les lois de leur structure il go&#251;te &#224; les observer un plaisir sans peine aussi vif que s'il lui en co&#251;tait beaucoup. Il y a dans cette oiseuse occupation un charme qu'on ne sent que dans le plein calme des passions, mais qui suffit seul alors pour rendre la vie heureuse et douce : mais sit&#244;t qu'on y m&#234;le un motif d'int&#233;r&#234;t ou de vanit&#233;&#8230; qu'on n'herborise que pour devenir auteur ou professeur, tout ce doux charme s'&#233;vanouit&#8230;&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &#212; grand &#202;tre ! &#212; grand &#202;tre !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Mais surtout, la Nature est chez lui le catalyseur de la r&#234;verie, cette r&#234;verie sans laquelle nous n'aurions pas eu Jean-Jacques. Sa Troisi&#232;me Lettre &#224; M. de Malesherbes de 1762 est des plus &#233;clairantes : &#171; &lt;em&gt;L'or des gen&#234;ts et la pourpre des bruy&#232;res frappaient mes yeux d'un luxe qui touchait mon c&#339;ur, la majest&#233; des arbres qui me couvraient de leur ombre, la d&#233;licatesse des arbustes qui m'environnaient, l'&#233;tonnante vari&#233;t&#233; des herbes et des fleurs que je foulais sous mes pieds tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'admiration : le concours de tant d'objets int&#233;ressants qui se disputaient mon attention&#8230; favorisait mon humeur r&#234;veuse et paresseuse&#8230; Mon imagination ne laissait pas longtemps d&#233;serte la terre ainsi par&#233;e. Je la peuplais bient&#244;t d'&#202;tres selon mon c&#339;ur, et, chassant bien loin l'opinion, les pr&#233;jug&#233;s, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature, des hommes dignes de les habiter. Je m'en formais une soci&#233;t&#233; charmante dont je ne me sentais pas indigne. Je me faisais un si&#232;cle d'or &#224; ma fantaisie&#8230; Bient&#244;t de la surface de la Terre j'&#233;levais mes id&#233;es &#224; tous les &#202;tres de la nature, au syst&#232;me universel des choses, &#224; l'&#202;tre incompr&#233;hensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit perdu dans cette immensit&#233;, je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas je me sentais avec une sorte de volupt&#233;, accabl&#233; du poids de cet univers, je me livrais avec ravissement &#224; la confusion de ces grandes id&#233;es, j'aimais &#224; me perdre en imagination dans l'espace, mon c&#339;ur resserr&#233; dans les bornes des &#202;tres s'y trouvait trop &#224; l'&#233;troit, j'&#233;touffais dans l'univers, j'aurais voulu m'&#233;lancer dans l'infini. Je crois que si j'eusse d&#233;voil&#233; tous les myst&#232;res de la nature, je me serais senti dans une situation moins d&#233;licieuse que cette &#233;tourdissante extase &#224; laquelle mon esprit se livrait sans retenue, et qui, dans l'agitation de mes transports, me faisait &#233;crier quelquefois : &#8220; &#212; grand &#202;tre ! &#212; grand &#202;tre ! &#8221; sans pouvoir dire ni penser rien de plus.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le premier qui a dit Romantisme, c'est Jean-Jacques !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Au terme de cette superficielle analyse express, nous pouvons percevoir que chez Jean-Jacques, cette Nature immuable et &#233;ternelle, qu'il peuple &#224; son gr&#233; des brumes et des fant&#244;mes de ses r&#234;veries solitaires, et qui lui renvoie en miroir les ondes de son imaginaire sans cesse en mouvement, cette Nature, donc, annonce le Romantisme. Certes, il s'en faut de vingt-cinq ann&#233;es encore pour que la Nature se fasse l'&#233;cho des plaintes m&#233;lancoliques des &#233;mules de Ren&#233;, d'Alfred, de Lorenzaccio ou d'Alphonse et qu'elle se penche, parfois bonne m&#232;re, parfois mar&#226;tre hautaine, sur l'ingu&#233;rissable Mal du si&#232;cle de tant d'autres jeunes gens. Mais c'est bien Jean-Jacques qui le premier en Europe, emploiera le mot de Romantisme dans la Cinqui&#232;me Promenade : &#171; &lt;em&gt;Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Gen&#232;ve, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus pr&#232;s&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Le pr&#233;-romantisme d'une Nature &#233;ternelle et immuable, complice du philosophe&#8230; cette tr&#232;s provisoire et glissante premi&#232;re conclusion me permet de vous le dire tout net : &#224; premi&#232;re vue, le sujet impos&#233; par notre Vice-pr&#233;sident ( Rousseau premier &#233;cologiste ) me para&#238;t constituer un de ces magnifiques anachronismes que notre &#233;poque inculte affectionne, n'arr&#234;tant pas de projeter sur un pass&#233; qui n'en peut mais, les id&#233;es et les sentiments du pr&#233;sent. L'&#233;cologie a pouss&#233; sur le champignon g&#233;ant d'Hiroshima. Depuis, il s'impose &#224; tous que l'Homme dispose aujourd'hui des moyens de faire sauter la plan&#232;te, ou &#224; tout le moins d'y &#233;radiquer la vie, ou tout simplement d'y empoisonner la Nature pour des milliers d'ann&#233;es. Val&#233;ry souligna dans la premi&#232;re partie du si&#232;cle que les civilisations &#233;taient mortelles les travaux pratiques d'Hiroshima, de Nagasaki et deTchernobyl d&#233;montr&#232;rent dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle que la Nature elle-m&#234;me pouvait &#234;tre mortelle. Le progr&#232;s est devenu suspect, les lendemains d&#233;chantent, la croissance doit pointer le z&#233;ro, et du z&#233;ro au n&#233;ant il n'y a qu'un pas. Nos pouvoirs sont d&#233;sormais sup&#233;rieurs &#224; ceux de la Nature et nous devons la prot&#233;ger : c'est le nouveau et imp&#233;rieux devoir du citoyen &#233;cologique, homme au service de l'intransigeante V&#233;rit&#233;. Mais o&#249; est donc Rousseau dans tout cela ? &#224; moins que, &#224; moins que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie ironise : En 1755, Tout est bien !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Et c'est l&#224; que l'on reparle des dents et des pieds. Rappelez-vous le moyen mn&#233;motechnique du parfait petit Sciences-Po de premi&#232;re ann&#233;e : je viens de vous d&#233;montrer que l'on ne peut pas se laver les pieds dans un verre &#224; dents, autrement dit, Rousseau ne peut &#234;tre un &#233;cologiste il me reste &#224; illustrer le deuxi&#232;me point de l'alternative : on peut se laver les dents dans un verre &#224; pied. Ce qui me permettra de montrer que les &#233;cologistes sont, sur bien des points des h&#233;ritiers de Rousseau. Et c'est un tremblement de terre qui va m'aider &#224; vous le d&#233;montrer. En 1755, Lisbonne est d&#233;truite par un tremblement de terre qui frappe de stup&#233;faction cette soci&#233;t&#233; &#171; &lt;em&gt;perfectionn&#233;e&lt;/em&gt; pour reprendre le mot de Chamfort. &#192; peine le d&#233;sastre est-il connu &#224; Paris, que nos intellectuels, pardon, nos philosophes ! montent au cr&#233;neau. &#192; commencer par Fran&#231;ois-Marie, Fran&#231;ois-Marie Arouet bien s&#251;r, dit Voltaire qui publie aussit&#244;t son fameux Po&#232;me sur le d&#233;sastre de Lisbonne, dont le sous-titre est &#171; &lt;em&gt;Examen de cet axiome : tout est bien !&lt;/em&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; &lt;em&gt;Philosophes tromp&#233;s qui criez : &#8220; Tout est bien ! &#8221;&lt;br /&gt; Accourez, contemplez ces ruines affreuses&lt;br /&gt; Ces d&#233;bris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,&lt;br /&gt; Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entass&#233;s,&lt;br /&gt; Sous ces marbres rompus ces membres dispers&#233;s &lt;br /&gt; Cent mille infortun&#233;s que la Terre d&#233;vore&#8230;&lt;br /&gt; Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,&lt;br /&gt; Direz-vous : &#8220; C'est l'effet des &#233;ternelles lois&lt;br /&gt; Qui d'un Dieu libre et bon n&#233;cessitent le choix &#8221; ?&lt;br /&gt; Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :&lt;br /&gt; &#8220; Dieu s'est veng&#233;, leur mort est le prix de leurs crimes &#8221; ?&lt;br /&gt; Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants &#8230;&lt;br /&gt; Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices&lt;br /&gt; Que Londres, que Paris, plong&#233;s dans les d&#233;lices ?&lt;br /&gt; Lisbonne est ab&#238;m&#233;e, et l'on danse &#224; Paris&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Vous criez : &#8220; Tout est bien &#8221; d'une voix lamentable,&lt;br /&gt; L'univers vous d&#233;ment&#8230;&lt;br /&gt; Il le faut avouer, le mal est sur la Terre&#8230;&lt;br /&gt; Leibnitz ne m'apprend point par quels noeuds invisibles,&lt;br /&gt; Dans le mieux ordonn&#233; des univers possibles,&lt;br /&gt; Un d&#233;sordre &#233;ternel, un chaos de malheurs,&lt;br /&gt; M&#234;le &#224; nos vains plaisirs de r&#233;elles douleurs,&lt;br /&gt; Ni pourquoi l'innocent, ainsi que le coupable&lt;br /&gt; Subit &#233;galement ce mal in&#233;vitable&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Leibnitz professait que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pour lui, l'existence du Mal est la condition sine qua non de l'existence du Bien. Il l'illustre par la peinture dont les couleurs et l'&#233;clairage n'existent que par les ombres et les t&#233;n&#232;bres. Jusqu'alors, c'&#233;tait &#233;galement le point de vue de Voltaire dans Zadig, par exemple, il avait d&#233;montr&#233; que du Mal absolu &#8212; la mort d'un nouveau-n&#233; &#8211; peut devenir le plus grand des Biens si le nouveau-n&#233; n'avait v&#233;cu que pour devenir le pire des criminels. Avec Lisbonne, Voltaire change du tout au tout : il d&#233;nonce Leibnitz et accuse la Nature et &#224; travers elle Dieu, d'&#234;tre inhumains. C'est une r&#233;action que l'on peut qualifier de lieu commun, surtout aujourd'hui. Avec sa Lettre sur la Providence, qui est sa r&#233;ponse &#224; Voltaire, la r&#233;action de Rousseau s'av&#232;re tout &#224; fait passionnante. Son titre pourrait laisser &#224; penser qu'il se place sur le m&#234;me niveau que son rival - la Providence &#8212;, mais pour exon&#233;rer cette derni&#232;re d'&#234;tre cruelle ou &#224; tout le moins indiff&#233;rente. Il commence en effet par s'appuyer sur Pope et sur Leibnitz et il accuse Voltaire de tout noircir et d'enfoncer les victimes au lieu de leur rendre l'espoir : &#171; &lt;em&gt;Vous reprochez &#224; Pope et &#224; Leibniz d'insulter &#224; nos maux en soutenant que tout est bien, et vous amplifiez tellement le tableau de nos mis&#232;res que vous en aggravez le sentiment&#8230; Que me dit maintenant votre po&#232;me ? &#8220; Souffre &#224; jamais, malheureux. &#8221; S'il est un Dieu qui t'ait cr&#233;&#233;, sans doute il est tout-puissant il pouvait pr&#233;venir tous tes maux : n'esp&#232;re donc jamais qu'ils finissent car on ne saurait voir pourquoi tu existes, si ce n'est pour souffrir et mourir.&lt;/em&gt; Mais nous sommes l&#224; dans le domaine ordinaire de la pol&#233;mique. Il y a plus int&#233;ressant et m&#234;me tout &#224; fait novateur. En effet, Jean-Jacques ajoute : &#171; &lt;em&gt;Je ne vois pas qu'on puisse chercher la source du mal moral ailleurs que dans l'homme libre, perfectionn&#233;, partant corrompu et, quant aux maux physiques, ils sont in&#233;vitables dans tout syst&#232;me dont l'homme fait partie la plupart de nos maux physiques sont encore notre ouvrage. Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n'avait point rassembl&#233; l&#224; vingt mille maisons de six &#224; sept &#233;tages, et que si les habitants de cette grande ville eussent &#233;t&#233; dispers&#233;s plus &#233;galement, et plus l&#233;g&#232;rement log&#233;s, le d&#233;g&#226;t e&#251;t &#233;t&#233; beaucoup moindre, et peut-&#234;tre nul. Tout eut fui au premier &#233;branlement, et on les eut vus le lendemain &#224; vingt lieux de l&#224; tout aussi gais que s'il n'&#233;tait rien arriv&#233;&#8230; Combien de malheureux ont p&#233;ri dans ce d&#233;sastre, pour vouloir prendre l'un ses habits, l'autre ses papiers, l'autre son argent ? Vous auriez voulu, et qui ne l'eut pas voulu ! que le tremblement se f&#251;t fait au fond d'un d&#233;sert. Mais que signifierait un pareil privil&#232;ge ? [...] Serait-ce &#224; dire que la nature doit &#234;tre soumise &#224; nos lois ?&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Pour Jean-Jacques, le responsable, c'est la l&#233;g&#232;ret&#233; des Hommes et pour Voltaire la m&#233;chancet&#233; de Dieu...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Nous entendons cela aujourd'hui encore, pour le Tsunami de Tha&#239;lande, pour le tremblement de terre d'Ha&#239;ti, pour la mar&#233;e noire du golfe du Mexique&#8230; Voltaire reste dans la tradition en imputant &#224; Dieu la folie de la Nature, tandis que Rousseau est entr&#233; de plain-pied dans la modernit&#233; : si les hommes avaient r&#233;fl&#233;chi avant d'agir et ensuite construit correctement la ville, rien ne serait arriv&#233;. Il n'&#233;tait pas le seul &#224; le penser &#224; l'&#233;poque puisque le gouvernement portugais cr&#233;a une commission d'enqu&#234;te pour y r&#233;fl&#233;chir. On n'avait pas alors les moyens scientifiques et technologiques pour trouver des explications et proposer des solutions, mais le mouvement qui y parviendrait deux si&#232;cles plus tard &#233;tait lanc&#233; : l'action de l'Homme modifie la Nature, l'action de l'Homme peut la remettre en l'&#233;tat&#8230; Nos &#233;cologistes sont bien les lointains h&#233;ritiers de Jean-Jacques, ou plut&#244;t ils lui doivent quelques unes de leurs racines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_general&#034;&gt; Des racines &#233;colos chez Jean-Jacques ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Et si l'on y regarde de plus pr&#232;s, on en trouve bien d'autres, des racines. Alors, suivez-moi, le voyage vaut le d&#233;tour ! Tout d'abord, la nature chez Rousseau c'est bien autre chose que les arbres ou les fleuves. La Nature c'est tout ce qui s'oppose &#224; la culture. La culture c'est l'art, la technique, la loi, la soci&#233;t&#233;&#8230; L'&#233;tat naturel de l'Homme, c'est quand il revient se mettre au diapason de la Nature. &#171; &lt;em&gt;Posons pour maxime, que les premiers mouvements de l'Homme sont toujours droits : il n'y a point de perversit&#233; originelle du c&#339;ur humain&#8230;&lt;/em&gt; &#187; (&#201;mile livre II) L'Homme perverti par la soci&#233;t&#233; doit faire retour sur lui-m&#234;me pour retrouver l'accord avec la Nature. Le salut, c'est d'imiter Jean-Jacques et se contenter de peu : si les Portugais s'&#233;taient content&#233;s d'un petit logement au lieu de ces orgueilleux et luxueux immeubles, Lisbonne serait encore debout. Ce n'est donc pas la Nature, mais bien la nature humaine qu'il faut accuser. Cet argument est toujours valable pour les &#233;colos d'aujourd'hui, quoiqu'un peu transform&#233; par nos faucheurs de transg&#233;niques ou nos altermondialistes &#224; rouflaquettes : aujourd'hui, les &#171; &lt;em&gt;capitalistes sauvages&lt;/em&gt; &#187; ou les &#171; &lt;em&gt;ultras lib&#233;raux&lt;/em&gt; &#187; sont le pendant actuel de la Nature pervertie de Rousseau ils constituent d'excellents boucs &#233;missaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_general&#034;&gt; Jean-Jacques serait alors &lt;em&gt;Croissance Z&#233;ro&lt;/em&gt; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Examinons l'id&#233;al de Jean-Jacques tel qu'il le d&#233;finit dans sa Troisi&#232;me Lettre &#224; M. de Malesherbes ( 1672 ) : &#171; &lt;em&gt;Il me faut un ami s&#251;r, une femme aimable, une vache et un petit bateau&#8230;&lt;/em&gt; ou encore : &#171; &lt;em&gt;&#8230; &#187; Ces jours rapides, mais d&#233;licieux que j'ai pass&#233;s tout entier avec moi seul, avec ma bonne et simple gouvernante, avec mon chien bien-aim&#233;, ma vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la for&#234;t, avec la nature tout enti&#232;re et son inconcevable auteur&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Nous ne sommes pas loin de &#171; &lt;em&gt;Croissance z&#233;ro&lt;/em&gt; &#187; slogan &#233;colo des ann&#233;es soixante-dix. Et sommes-nous si loin d'Alain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Soulignons une diff&#233;rence radicale entre le Si&#232;cle des Lumi&#232;res et le n&#244;tre : au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, la Nature est lointaine, hautaine, &#171; &lt;em&gt;originelle&lt;/em&gt; &#187; : l'Homme n'a pas les moyens de la mettre en p&#233;ril. C'est l'Homme et non la Nature qui est perverti et il doit faire retour &#224; sa nature originelle. Au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la Nature est gravement mise en p&#233;ril par l'action humaine, l'Homme doit aussi faire retour sur lui-m&#234;me, mais non pour se sauver lui-m&#234;me, mais pour restaurer l'&#233;tat originel de la Nature. &#192; la fois chez Rousseau et chez les &#233;colos, c'est le retour aux origines qui nous est propos&#233;, mais tandis que les Lumi&#232;res y voyaient avec un optimisme &#224; toute &#233;preuve la garantie d'un &#226;ge d'or &#224; venir, nos contemporains y voient avec un sombre pessimisme, la simple possibilit&#233; de revenir en arri&#232;re pour limiter les d&#233;g&#226;ts et &#233;viter ainsi de dispara&#238;tre. Nous venons donc de constater qu'au lieu de remonter le temps, du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; pour faire de Rousseau le fondateur de l'&#233;cologie, il convient au contraire de se laisser glisser sur la pente des si&#232;cles pour aller de l'&#233;branlement initial provoqu&#233; par Rousseau, jusqu'&#224; l'&#233;cologie actuelle : car il s'agit bien d'un &#233;branlement initial et non d'une fondation. Il y aurait bien d'autres directions &#224; explorer chez Jean-Jacques, ne serait-ce que son &#171; &lt;em&gt;Discours sur les Sciences et les Arts&lt;/em&gt; &#187; avec lequel il gagna en 1750, le Concours de l'Acad&#233;mie de Dijon en soutenant que le progr&#232;s est synonyme de corruption. On est toujours en plein dans le sujet ! Mais il y faudrait pour le traiter, plus de temps que les dix minutes imparties par la pr&#233;sidente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_general&#034;&gt; Et revoil&#224; les dents et les pieds&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Nous voici arriv&#233;s au terme de notre enqu&#234;te et comme vous avez &#233;t&#233; sages et attentifs, on va mettre quelques gaiet&#233;s dans notre conclusion. Car pour traiter correctement le sujet type premi&#232;re ann&#233;e de Sciences-Po &#171; &lt;em&gt;Les dents et les pieds&lt;/em&gt; &#187; &#8212; Eh oui, on y revient toujours ! &#8212; nos professeurs recommandaient que toute conclusion ouvr&#238;t une &#233;chapp&#233;e vers le haut. Le 2 juillet 1778, &#224; Ermenonville, Jean-Jacques mourut en rentrant de sa derni&#232;re promenade. Deux jours apr&#232;s, &#224; onze heures du soir, &#224; la lueur des torches des paysans mass&#233;s sur les rives, ses h&#244;tes les Girardins lui font traverser le lac sur une barque jusqu'&#224; la si romantique &#238;le des Peupliers, cette &#238;le dessin&#233;e par le peintre Hubert Robert et ils l'inhument dans la pyramide b&#226;tie par le peintre, avec comme &#233;pitaphe : &#171; &lt;em&gt;Ici repose l'Homme de la Nature et de la V&#233;rit&#233; &lt;/em&gt; &#187;. Rousseau reposait pour l'&#233;ternit&#233; au sein de cette belle Nature qu'il avait tant ch&#233;rie. &#192; dire vrai, il s'agissait d'une nature maquill&#233;e et appr&#234;t&#233;e par un peintre d&#233;corateur &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Allait-il y reposer pour l'&#233;ternit&#233; ? Que nenni !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Car l'admiration de Robespierre et de la Convention l'arrach&#232;rent de son &#238;le, pour le transporter au Panth&#233;on au terme d'une grandiose c&#233;r&#233;monie de trois jours sur la musique du Devin du Village, avec une station de quarante-huit heures sur un bassin du Louvre am&#233;nag&#233; en c&#233;notaphe par l'indispensable Hubert Robert, afin d'y recevoir les innombrables hommages des Parisiens. Et aujourd'hui, triste chose ! cet homme de plein air, cet amateur de fleurs des champs, ce passionn&#233; de petits oiseaux, repose &#224; jamais dans le coin le plus sombre de la sombre crypte du Panth&#233;on. Je lui ai rendu visite, quatre fois dans ma vie. Bien s&#251;r, il a une belle chasse en bois des &#238;les sur laquelle on peut lire : &#171; &lt;em&gt;Ici repose l'Homme de la Nature et de la V&#233;rit&#233;&lt;/em&gt; &#187;. L'avant, figure une porte entrouverte, d'o&#249; le bras du philosophe sort en brandissant la torche allum&#233;e de la Philosophie &#233;clairant le monde. C'est beau, mais c'est dans le noir ! Mais il y a pire pour ce malheureux Jean-Jacques : son voisin et ennemi Fran&#231;ois-Marie !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le terrible voisinage du d&#233;moniaque Fran&#231;ois-Marie !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Car dans l'obscurit&#233;, &#224; quatre pas de l&#224;, Voltaire lui fait face pour l'&#233;ternit&#233;. Quel terrible voisinage ! Car je vous le confie, j'ai entendu clairement, lors de ma derni&#232;re visite, Fran&#231;ois-Marie murmurer &#224; Jean-Jacques toutes les insanit&#233;s qu'il lui avait jet&#233;es en 1766, en Angleterre, dans sa terrible &lt;em&gt;Lettre au docteur Jean-Jacques Pansophe &lt;/em&gt; : &#171; &lt;em&gt;Apr&#232;s avoir pr&#234;ch&#233; et exhort&#233; vos disciples, dans votre style apocalyptique, vous les m&#232;nerez brouter l'herbe dans Hyde-Park, ou manger du gland dans la for&#234;t de Windsor, en leur recommandant toutefois de ne pas se battre comme les autres sauvages, pour une pomme ou une racine&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Je l'ai entendu ajouter dans un ricanement : &#171; &lt;em&gt;Les gazetiers tiendront un registre exact de tous vos faits et gestes, et parleront du grand Jean-Jacques comme de l'&#233;l&#233;phant du roi et du z&#232;bre de la reine&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Et ce d&#233;moniaque Fran&#231;ois-Marie Arouet cracha sa conclusion : &#171; &lt;em&gt;Rousseau n'est pas seulement un fou c'est un m&#233;chant homme, c'est le singe de la philosophie, qui saute sur un b&#226;ton, fait des grimaces et mord les passants. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; &lt;em&gt;Qu'avait donc fait Jean-Jacques pour m&#233;riter tout cela pour l'&#233;ternit&#233; ?&lt;br /&gt; Je vous le laisse m&#233;diter.&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt; &lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;br /&gt; Causerie du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juin 2010&lt;br /&gt; Les Amis du mus&#233;e Alain&lt;/em&gt;&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : La Fontaine ou le lent et &#233;l&#233;gant vagabondaged'un &#233;ternel jeune homme</title>
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		<dc:date>2012-06-20T15:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tallemant des R&#233;aux dans ses Historiettes nous d&#233;crit ainsi La Fontaine : Un gar&#231;on de belles-lettres et qui fait des vers, nomm&#233; La Fontaine, est &#8230; un grand r&#234;veur&#8230; &#187; Et son ami d'enfance Maucroix, dans son &#201;p&#238;tre &#224; La Fontaine ajoute : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La Fontaine est un bon gar&#231;on&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Belle paresse est tout son vice. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Pour d&#233;couvrir ce r&#234;veur paresseux, comme nous sommes en voyage, je vous propose de suivre sa vie en prenant la route, mais pas l'autoroute d'une biographie, plut&#244;t un chemin des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Tallemant des R&#233;aux dans ses Historiettes nous d&#233;crit ainsi La Fontaine : &lt;em&gt;Un gar&#231;on de belles-lettres et qui fait des vers, nomm&#233; La Fontaine, est &#8230; un grand r&#234;veur&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Et son ami d'enfance Maucroix, dans son &lt;em&gt;&#201;p&#238;tre &#224; La Fontaine&lt;/em&gt; ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; La Fontaine est un bon gar&#231;on&#8230;&lt;br /&gt; Belle paresse est tout son vice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour d&#233;couvrir ce r&#234;veur paresseux, comme nous sommes en voyage, je vous propose de suivre sa vie en prenant la route, mais pas l'autoroute d'une biographie, plut&#244;t un chemin des &#233;coliers, tout en faisant n&#244;tre le conseil qu'il donne dans sa fable &lt;em&gt;L'Ane et le Petit Chien &lt;/em&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Ne for&#231;ons point notre talent,&lt;br /&gt; Nous ne ferions rien avec gr&#226;ce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et surtout, n'oubliez pas d'effectuer ce parcours avec cet esprit d'enfance qui &#233;tait le sien :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Et moi-m&#234;me&#8230;&lt;br /&gt; Si Peau d'&#226;ne m'&#233;tait cont&#233;e,&lt;br /&gt; J'y prendrais un plaisir extr&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Notre premi&#232;re &#233;tape sur ce sentier paresseux, nous est donn&#233;e par Diderot dans sa Vie abr&#233;g&#233;e de La Fontaine :&lt;/span&gt; &lt;em&gt;Longtemps apr&#232;s sa mort, les &#233;trangers allaient visiter la chambre qu'il avait occup&#233;. Une fois chaque ann&#233;e, j'irai visiter sa tombe &#187;.&lt;/em&gt; Commen&#231;ons par la maison de La Fontaine &#224; Ch&#226;teau-Thierry : elle existe toujours. C'est l&#224; qu'il vit le jour en 1621 dans une riche famille de la bourgeoisie dont le p&#232;re &#233;tait Ma&#238;tre des Eaux et For&#234;ts du duch&#233; de Ch&#226;teau-Thierry. C'est une belle demeure, de style Renaissance dont malheureusement ne subsistent que quelques &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs de sa d&#233;coration d'origine : Le double perron et sa rampe ancienne, une frise d'oves et de fleurs de lys, des petits chapiteaux et des corniches. Une curiosit&#233; &#224; signaler : sur les piliers d'encadrement, on voit le motif de trois croissants entrelac&#233;s que l'on retrouve dans les ch&#226;teaux d'Anet et de Fontainebleau habit&#233;s par Diane de Poitiers. Avec la date 1559 grav&#233;e &#224; c&#244;t&#233;, quelques biographes se sont permis d'y voir la patte de Philibert de l'Orme qui, en effet, &#233;difia plusieurs maisons et ch&#226;teaux dans la r&#233;gion. Les trois-quarts du cabinet de travail de La Fontaine ont disparu avec la tourelle et l'escalier &#224; vis qui y menait. La porte belle coch&#232;re n'est plus. Mais rassurez-vous, on pourra vous en montrer la clef. Pendant la guerre de 1870, sa transformation en h&#244;pital puis en caserne d'Uhlans a achev&#233; d'en d&#233;grader les d&#233;cors int&#233;rieurs. Vendue par La Fontaine d&#232;s 1676, c'est aujourd'hui un mus&#233;e d&#233;di&#233; au po&#232;te. Si le c&#339;ur vous en dit, cela reste une bien belle maison &#224; visiter&#8230; Accompagnerez-vous Diderot sur la tombe de La Fontaine enterr&#233; le 14 avril 1695 au cimeti&#232;re des Saints-Innocents ? L'Abb&#233; d'Olivet, son biographe au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, dans son &lt;em&gt;Histoire de l'Acad&#233;mie&lt;/em&gt; se trompa et mentionna un autre cimeti&#232;re ; les commissaires de la Convention suivront ses indications erron&#233;es pour exhumer dans ce cimeti&#232;re en 1792 des ossements anonymes afin d'&#233;lever un mausol&#233;e &#224; la gloire du fabuliste. En r&#233;alit&#233; les ossements du po&#232;te ont d&#251; conna&#238;tre le sort commun des Saints-Innocents : le transfert aux catacombes &#224; la veille de la R&#233;volution. Quoi qu'il en soit, vous pourrez toujours aller voir un mausol&#233;e qui porte son nom au P&#232;re Lachaise. Pendant son enfance dans cette maison de Ch&#226;teau-Thierry, il fut &#233;l&#232;ve au coll&#232;ge de la ville &lt;em&gt;&#171; sous des ma&#238;tres de campagne &#187;&lt;/em&gt; au moins jusqu'&#224; douze ans ; ma&#238;tres qui ne lui enseign&#232;rent que le latin dit l'Abb&#233; d'Olivet son biographe d&#233;j&#224; cit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il ne connaissait pas le grec et &#233;tait oblig&#233; de lire Hom&#232;re avec son p&#232;re dans une traduction latine&#8230; On conna&#238;t pire, comme &#233;tudes ! Il partit &#224; seize ans pour la capitale faire son droit et porta le titre &#171; d'avocat en la cour de Parlement &#187;. Les &#233;tudes duraient trois ans pour la licence et M. Buisine, l'unique professeur de droit canon d&#233;livrait les dipl&#244;mes, dit-on, pour vingt &#233;cus. Il fr&#233;quente alors une joyeuse bande d'amis buveurs et rimailleurs : Fureti&#232;re le futur auteur du dictionnaire qui entra &#224; l'Acad&#233;mie vingt ans avant lui, Maucroix son ami de toujours et les fr&#232;res Tallemant des R&#233;aux. Ils se retrouvaient au cabaret &lt;em&gt;La Table Ronde&lt;/em&gt; o&#249; ils avaient fond&#233; une sorte d'Acad&#233;mie au sein de laquelle La Fontaine parfait son &#233;ducation en lisant tous les classiques anciens et les modernes aussi ; Malherbes lui donnera le go&#251;t du beau vers et de la forme parfaite et la fr&#233;quentation par la suite de nouveaux amis comme Moli&#232;re, Boileau ou son jeune cousin Racine, ach&#232;vera sa formation. La vie est alors facile, car La Fontaine, ne l'oublions pas, est un riche fils de famille. &#192; son mariage en 1647, le m&#233;nage disposera de 52.000 Livres de rentes. On ne conna&#238;t que le La Fontaine popularis&#233; par le tableau de Rigaud, un vieillard de soixante-trois ans, charmant et , distrait et pi&#233;ton de jardin. &#192; cette &#233;poque, c'est un &lt;em&gt;&#171; &#233;tudiant fringant et galant qui s'habille chaque jour encavalier pour fr&#233;quenter la soci&#233;t&#233; &#233;l&#233;gante et courtoise, cultiv&#233; et de bel esprit qui se prom&#232;ne aux Tuileries, ce pays du beau monde et des galanteries &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Et pourtant, qui l'eut cru ? Cet &#233;tudiant peu travailleur et amateur de belles filles va entrer en religion, nous proposant ainsi notre deuxi&#232;me &#233;tape sur le chemin des &#233;coliers de la vie de La Fontaine.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Il ne choisit pas le plus facile en entrant en avril 1641 dans la maison m&#232;re de l'Oratoire &#224; Paris, r&#233;put&#233;e pour sa rigueur. Il a alors vingt ans. Son engagement est suffisamment &#233;loquent pour que son fr&#232;re Claude l'y rejoigne. Apr&#232;s dix-huit mois, La Fontaine quittera l'Oratoire en plein accord avec ses ma&#238;tres. Il restera peu prolixe sur ce passage cl&#233;rical, dont il dira qu'il y lut surtout &lt;em&gt;L'Astr&#233;e&lt;/em&gt; &#8211; alors tr&#232;s &#224; la mode - plut&#244;t que la th&#233;ologie. Pourtant il se souviendra toute sa vie de cet entracte inspir&#233;. Par exemple, en 1665, dans une traduction de la &lt;em&gt;Cit&#233; de Dieu&lt;/em&gt; de Saint Augustin, il en versifie en fran&#231;ais les citations po&#233;tiques. En 1671 encore, il r&#233;cidive en composant avec le Comte de Brienne &#224; la demande de Port-Royal le &lt;em&gt;Recueil de Po&#233;sies Chr&#233;tiennes et Diverses,&lt;/em&gt; de forte inspiration jans&#233;niste. Malgr&#233; sa vie agit&#233;e et mondaine, il mourra en bon chr&#233;tien, comme l'on mourrait au si&#232;cle classique, de fa&#231;on consciente et th&#233;&#226;trale. Avant de recevoir l'extr&#234;me-onction, il fit venir quelques membres de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise qui s'install&#232;rent dans des fauteuils, comme au spectacle, pour &#233;couter La Fontaine renier ses merveilleux Contes et Nouvelles et tout particuli&#232;rement les &#233;ditions plus vertes d'Amsterdam, pour l'&#233;couter renoncer &#224; la vie mondaine, promettre de passer le reste de sa vie dans la pri&#232;re et la pi&#233;t&#233; et ne plus rien &#233;crire d'autre que des livres de religion. C'&#233;tait un faux d&#233;part ! Il se remit, v&#233;cut encore dix-huit mois et tint parole en traduisant notamment en vers fran&#231;ais le &lt;em&gt;Dies Irae&lt;/em&gt;. En proc&#233;dant &#224; sa toilette mortuaire, on trouva sur lui un large cilice de crin de ch&#232;vre. C'&#233;tait en 1695, il avait soixante-quatorze ans. On peut pr&#233;f&#233;rer &#224; ce th&#233;&#226;tre la mani&#232;re &#233;l&#233;gante qu'il avait de parler de la mort quand il &#233;tait en bonne sant&#233;, comme dans sa fable &lt;em&gt;Le Cur&#233; et le Mort :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Un mort s'en allait tristement&lt;br /&gt; S'emparer de son dernier g&#238;te ;&lt;br /&gt; Un cur&#233; s'en allait gaiement&lt;br /&gt; Enterrer ce mort au plus vite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Le reniement, &#224; la veille de sa mort, des Contes qui l'avaient pourtant plac&#233; au fa&#238;te de la mode, nous ouvre la troisi&#232;me &#233;tape de notre chemin des &#233;coliers : la lente mont&#233;e de La Fontaine vers le succ&#232;s.&lt;/span&gt; En bon paresseux, il mena, malgr&#233; son mariage en 1647 et malgr&#233; la naissance de son fils Charles en 1653, une vie d'&#233;ternel &#233;tudiant oisif. Ce n'est qu'&#224; trente-trois ans qu'il publia son premier texte d'importance : &lt;em&gt;L'Eunuque&lt;/em&gt;, sans grand succ&#232;s. Il mettra encore deux ans pour publier en 1658 &lt;em&gt;L'Adonis&lt;/em&gt; ainsi que des &lt;em&gt;Ballades&lt;/em&gt; qui lui vaudront ses entr&#233;es au ch&#226;teau de Vaux du fastueux Fouquet qui le pensionnera moyennant l'obligation pour La Fontaine d'honorer chaque terme de la pension d'un bout rim&#233;. Il faut rappeler que Fouquet avait inaugur&#233; la fureur du bout rim&#233; en &#233;crivant sur la mort du c&#233;l&#232;bre perroquet de Mme de Plessis-Belli&#232;re. Il &#233;tait temps, il lui fallait des m&#233;c&#232;nes : dilapidant son important patrimoine et accumulant des dettes, il venait d'&#234;tre oblig&#233; de vendre sa m&#233;tairie. Mais incorrigible et insouciant, menant la belle vie &#224; Vaux-le-Vicomte, en bon courtisan il continue &#224; ne rimailler que des pi&#232;ces de circonstance qui lui construisent toutefois une r&#233;putation d'homme de lettres. Paradoxalement, c'est la chute de Fouquet en 1661 qui va &#234;tre sa chance en l'obligeant &#224; travailler s&#233;rieusement &#224; b&#226;tir une &#339;uvre. Il a d&#233;j&#224; 43 ans, quand pouss&#233; par la duchesse de Bouillon, sa protectrice d'alors &#8211; et qui n'&#233;tait autre que l'ex Marie Mancini ni&#232;ce de Mazarin et rappelez-vous premier amour de Louis XIV - il publie ses premiers &lt;em&gt;Contes et Nouvelles en vers&lt;/em&gt;. C'est la gloire ! Nous sommes en 1664. Il en publiera les cinq tomes pendant vingt ans, avec de nombreuses &#233;ditions &#224; Amsterdam, non censur&#233;es et beaucoup plus lestes. Et il a 47 ans quand il publie ses premi&#232;res fables dont il ne terminera la deux cent quarante troisi&#232;me qu'&#224; la veille de sa mort. Et l&#224; encore, le succ&#232;s est total. Il est d&#233;sormais &#224; la mode, il fr&#233;quente les salons, celui de la duchesse de Bouillon, celui de l'h&#244;tel de Nevers et celui de Mme de La Sabli&#232;re qui le pousse &#224; solliciter l'Acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Ce chemin qui va le mener &#224; l'Acad&#233;mie, vous allez le reconna&#238;trez tout de suite, c'est :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; &#8230;un chemin montant, sablonneux, malais&#233;,&lt;br /&gt; Et de tous les c&#244;t&#233;s expos&#233; au soleil&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entrer &#224; l'Acad&#233;mie lui fut laborieux : il dut s'y reprendre &#224; trois fois. Sa vie, ses Contes plaidaient contre lui. Son ami Benserade fit en sa faveur une campagne de pamphlets :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Soyez d&#233;vot, fr&#233;quentez bien l'&#201;glise&lt;br /&gt; Ecrivez mal mais sur des sujets pieux,&lt;br /&gt; Faites des vers que jamais on ne lise,&lt;br /&gt; Vous entrerez, Rose a dit : je le veux !...&lt;br /&gt; Sonnets, rondeaux, fables, contes plaisants&lt;br /&gt; Sont peu de poids pour cette compagnie.&lt;br /&gt; Mieux sont re&#231;us les d&#233;vots postulants&lt;br /&gt; Portant brevets de bonne et sainte vie&#8230;&lt;br /&gt; Bient&#244;t faudra des lettres de pr&#234;trise,&lt;br /&gt; &#202;tre prof&#232;s dans l'Ordre des Chartreux&lt;br /&gt; Avec cela qu'un moine vous produise&lt;br /&gt; Vous entrerez, Rose a dit : je le veux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il finit par &#234;tre &#233;lu en 1683 &#224; 62 ans au fauteuil de Colbert, apr&#232;s avoir promis de ne plus &#233;crire de Contes&#8230; dont il &#233;crivit imm&#233;diatement un tome nouveau en se disculpant, en pr&#233;face, de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; &#212; combien l'homme est inconstant, divers,&lt;br /&gt; Faible, l&#233;ger, tenant mal sa parole !&lt;br /&gt; J'avais jur&#233; hautement en mes vers&lt;br /&gt; De renoncer &#224; tout conte frivole&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Parall&#232;lement &#224; cette lente mont&#233;e vers la gloire qui le m&#232;ne jusqu'&#224; l'Acad&#233;mie, La Fontaine va conna&#238;tre la lente descente vers la mis&#232;re : ce sera la quatri&#232;me &#233;tape de notre chemin des &#233;coliers.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Bien que riche lors de son mariage, tout se g&#226;ta tr&#232;s vite : Impr&#233;voyant et d&#233;pensier, &#224; peine cinq ans apr&#232;s son mariage, il finit en 1652, contraint et forc&#233; par les dettes, par accepter la charge de &lt;em&gt;Ma&#238;tre Triennal des Eaux et For&#234;ts&lt;/em&gt; du duch&#233; de Ch&#226;teau-Thierry, dont nous dit Perrault, &#171; &lt;em&gt;il avait si peu de go&#251;t &#8230; qu'il n'en fit les fonctions pendant plus de vingt ans que par pure complaisance &#187;.&lt;/em&gt; Il vendra cette charge en 1672. D&#233;sormais il vivra uniquement &#224; Paris : il a plus de cinquante ans et s'installe pour vingt ans, rue Neuve-des-Petits-Champs chez son amie et nouvelle protectrice Madame de La Sabli&#232;re avec g&#238;te, couvert et salon. Ce sont ses plus belles ann&#233;es, c'est le temps de ses plus beaux succ&#232;s litt&#233;raires et mondains. Cependant, les d&#233;boires financiers de sa protectrice finiront par le rel&#233;guer dans un grenier vide et sans chauffage ce qui ne l'emp&#234;chera pas de continuer &#224; courir les salons. &#192; la mort de sa bienfaitrice, il se r&#233;fugie chez son ami le banquier d'H&#233;rart o&#249; il mourra peu apr&#232;s. R&#233;digeant son &#233;pitaphe, il r&#233;sume la fa&#231;on dont il a men&#233; sa vie, construisant comme l'on dirait aujourd'hui, son image pour l'&#233;ternit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Jean s'en alla comme il &#233;tait venu,&lt;br /&gt; Mangea le fonds avec le revenu,&lt;br /&gt; Tint les tr&#233;sors chose peu n&#233;cessaire.&lt;br /&gt; Quant &#224; son temps, bien le sut d&#233;penser :&lt;br /&gt; Deux parts en fit, dont il voulait passer&lt;br /&gt; L'une &#224; dormir, et l'autre &#224; ne rien faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Je vous propose maintenant de quitter la route principale de la vie de La Fontaine pour suivre ce petit sentier qui en est parall&#232;le, &#233;l&#233;gant et pr&#233;cieux, tr&#232;s XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : celui des femmes de La Fontaine. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Commen&#231;ons par sa femme.&lt;/span&gt; Son ami Tallemant, l'&#233;chotier du Grand Si&#232;cle raconte : &lt;em&gt;&#171; &#8230; son p&#232;re l'a mari&#233;, et lui l'a fait par complaisance. &#187;&lt;/em&gt; C'&#233;tait en 1647, il avait vingt-six ans, et &#233;pousait une riche et jeune cousine de Racine qui en avait quatorze et demi. En 1665, vingt ans apr&#232;s son mariage, il pr&#234;te &#224; son h&#233;ros dans &lt;em&gt;Joconde&lt;/em&gt; au d&#233;but de son premier tome des Contes, le jugement suivant qui peut s'appliquer &#224; son propre cas :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Mari&#233; depuis peu : content, je n'en sais rien.&lt;br /&gt; Sa femme avait de la jeunesse,&lt;br /&gt; De la beaut&#233;, de la d&#233;licatesse ;&lt;br /&gt; Il ne tenait qu'&#224; lui qu'il ne s'en trouva bien&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Quoi ! tu me quittes ! disait-elle.&lt;br /&gt; As-tu bien l'&#226;me assez cruelle,&lt;br /&gt; Pour pr&#233;f&#233;rer &#224; ma constante amour,&lt;br /&gt; Les faveurs de la Cour ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et ce fut bien l&#224; le probl&#232;me : il &#233;tait sans cesse par monts et par vaux et plus souvent &#224; Paris que chez lui et quand il &#233;tait l&#224;, il &#233;tait volage. Son ami Tallemant des R&#233;aux commente : &#171; &lt;em&gt;Sa femme dit qu'il r&#234;ve tellement qu'il est parfois trois semaines sans croire estre mari&#233;. C'est une coquette qui s'est assez mal gouvern&#233; depuis quelque temps : il ne s'en tourmente point. On lui dit : mais un tel cajole votre femme. &#8211; Ma foi, r&#233;pond-il, qu'il fasse comme il pourra ; je ne m'en soucie point. Il s'en lassera comme j'ai fait. Cette indiff&#233;rence a fait enrager cette femme ; elle seiche de chagrin : lui est amoureux o&#249; il peut. Une abbesse s'&#233;tant retir&#233;e dans la ville, il la logea et sa femme un jour les surprit. Il ne fit que rengainer, lui faire sa r&#233;v&#233;rence et s'en aller. &#187;&lt;/em&gt; Il n'&#233;tait pas jaloux. Dans &lt;em&gt;Joconde&lt;/em&gt; son premier Conte, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; ...Il monte dans sa chambre et voit pr&#232;s de la Dame&lt;br /&gt; Un lourdaud de valet sur son sein &#233;tendu.&lt;br /&gt; Tous deux dormaient. Dans cet abord, Joconde,&lt;br /&gt; Voulut les envoyer dormir dans l'autre monde :&lt;br /&gt; Mais cependant il n'en fit rien ;&lt;br /&gt; Et mon avis est qu'il fit bien.&lt;br /&gt; Le moins de bruit que l'on peut faire&lt;br /&gt; En telle affaire,&lt;br /&gt; Est le plus s&#251;r de la moiti&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mariage ne fut pas des plus heureux, mais pas des plus mauvais non plus : ce n'est qu'au bout de douze ans, en 1659 qu'ils finirent par se s&#233;parer. Ses conqu&#234;tes furent nombreuses. Tallemant des R&#233;aux raconte ainsi une de ses aventures : &lt;em&gt;Une&#8230; fois, il se saisit d'une petite chienne qui estoit chez la lieutenante-g&#233;n&#233;rale [de Ch&#226;teau-Thierry], parce que cette chienne estoit de trop bonne garde, et le mari estant absent, il se couche sous une table de la chambre, qui estoit couverte d'un tapis &#224; housse. Cette femme [La Lieutenante G&#233;n&#233;rale] avoit retenu &#224; coucher une de ses amies. Quant il vit que cette amie ronflait, il approche du lict, prend la main &#224; la Lieutenante, qui ne dormait pas. Par bonheur elle ne cria point et il lui dit son nom en m&#234;me temps. Elle prit cela pour une marque d'amour, et je crois, quoiqu'il en ayt dit qu'il n'en eut que la petite oye, qu'elle lui accorda toute chose&#8230; &#187;&lt;/em&gt; [ Fureti&#232;re note que petite &#171; oye &#187; se dit des menues faveurs que peut accorder une femme, fors les ultimes&#8230;] Cette histoire est embl&#233;matique des deux personnages : La Fontaine en galant homme raconte qu'il n'a obtenu que la petite oye, alors qu'il a tout eu, et Tallemant des R&#233;aux en vrai paparazzi qu'il est, veut du d&#233;tail et le veutcroustillant ; il en rajoute au besoin.&lt;/br&gt;&lt;br/&gt;
&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les femmes qu'il fr&#233;quenta, ses protectrices jou&#232;rent un r&#244;le majeur dans sa vie.&lt;/span&gt;&lt;br/&gt;
Si son premier et son dernier protecteur furent des hommes &#8211; Fouquet pour le premier et le banquier d'Hervart qui le logera dans ses tous derniers jours, il n'eut que des protectrices et notamment la duchesse de Bouillon qui le poussa &#224; publier ses contes et Mme de Chevreuse qui le recueillera et le poussera vers l'Acad&#233;mie. Attardons-nous sur un cas particulier : celui de la duchesse d'Orl&#233;ans. Le 14 juillet 1664, il pr&#234;te serment entre les mains de sa nouvelle patronne Margueritte de Lorraine, duchesse d'Orl&#233;ans, veuve vieillissante de Gaston d'Orl&#233;ans, le turbulent fr&#232;re de Louis XIII. Il vient d'obtenir la charge de &lt;em&gt;&#171; gentilhomme servant &#187;&lt;/em&gt; de la duchesse. Cette charge consistait plusieurs jours par mois &#224; faire le service de table de la duchesse et &#224; faire ses menues courses. Le principal avantage, outre les introductions mondaines et la haute protection d'une princesse, toujours utile &#224; cette &#233;poque, c'est l'anoblissement pour La Fontaine. Et c'est tr&#232;s utile pour lui, car s'&#233;tant targu&#233; &#224; maintes reprises du modeste titre d'&#233;cuyer, il &#233;tait alors poursuivi par le Parlement pour usurpation de noblesse et encourrait une amende de 3.000 Livres qu'il ne pouvait acquitter. Que n'avait-il suivi les conseils qu'il prodiguait dans sa fable o&#249; il met en sc&#232;ne &lt;em&gt;Le Mulet se vantant de sa g&#233;n&#233;alogie &#187; :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Le mulet d'un pr&#233;lat se piquait de noblesse&#8230;&lt;br /&gt; Etant devenu vieux, on le mit au moulin.&lt;br /&gt; Son p&#232;re l'&#194;ne alors lui revint en m&#233;moire &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre avantage pour lui, c'&#233;tait le luxe de ce palais, aujourd'hui palais du Luxembourg si&#232;ge du S&#233;nat, car notre fabuliste aimait le luxe et n'avait jamais oubli&#233; celui de Vaux chez son ex protecteur Fouquet. Pourtant sa nouvelle charge ne lui offrait que le couvert et encore, seulement quand il &#233;tait de service ; le logement n'&#233;tait pas fourni. Il lui fallait aimer le luxe pour vivre chez la princesse, car l'atmosph&#232;re n'y &#233;tait pas folichonne : La veuve de Gaston d'Orl&#233;ans avait disput&#233; le palais &#224; Mlle de Montpensier, fille d'un premier lit de Gaston&#8230; et cette querelle avait &#233;t&#233; loin&#8230; jusqu'au Parlement, qui en bon Salomon avait attribu&#233; la moiti&#233; Est &#224; la demoiselle et la moiti&#233; Ouest &#224; la belle-m&#232;re. Cette derni&#232;re &#233;leva alors une cloison de pierre entre les deux moiti&#233;s de maison et de jardin pour bien marquer sa propri&#233;t&#233;, et en r&#233;torsion, la demoiselle fit couper les hautes futaies du parc pour g&#226;ter la vue &#224; sa belle-m&#232;re. Les gages de notre nouveau gentilhomme ne compensaient pas la mauvaise ambiance du palais : il s'agissait bien de 1.800 livres, mais comme ils &#233;taient neuf gentilshommes servants &#224; se les partager, cela ne faisait que 200 Livres pour lui : moins &#8211; remarque-t-il que le joueur de fl&#251;te de la duchesse qui en touchait 600 ! Ce chemin que nous venons de faire en compagnie de Jean de La Fontaine nous a permis de suivre la carri&#232;re typique d'un homme de lettres au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mais d'une carri&#232;re d&#233;j&#224; un peu &#224; l'ancienne, celle de l'artiste au service des Grands qui se construit lentement dans le sillage de patrons et de protecteurs puissants. Celle de Racine, par exemple, sera plus moderne, car bas&#233;e sur la recherche du succ&#232;s directement au th&#233;&#226;tre aupr&#232;s du public cultiv&#233; de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Jouons de notre reste...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Ce quart d'heure pass&#233; ensemble nous a permis aussi de musarder avec notre fabuliste national sur le chemin des &#233;coliers de cette vie d'&#233;ternel jeune homme distrait, paresseux, p&#233;tillant, malicieux, &#233;l&#233;gant, sans bouder notre plaisir de c&#244;toyer un peu ce XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle si &#233;l&#233;gant. Car ne l'oublions pas ! C'est pour nous une ardente obligation que de musarder dans les XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Dans sa com&#233;die &lt;em&gt;Clim&#232;ne&lt;/em&gt;, &#233;crite pour Fouquet, Jean de La Fontaine nous l'a rappel&#233; lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Je pr&#233;vois par mon art un temps o&#249; l'Univers&lt;br /&gt; Ne se souciera plus ni d'auteurs, ni de vers,&lt;br /&gt; O&#249; vos divinit&#233;s p&#233;riront, et la mienne.&lt;br /&gt; Jouons de notre reste avant que ce temps vienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je vous remercie d'avoir jou&#233; avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, Causerie chez les Amis d'Alain, 2009&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Causerie : Racineou l'irr&#233;sistible ascension orphelin provincial et pauvre sur la sc&#232;ne litt&#233;raire et sociale du Grand Si&#232;cle</title>
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		<dc:date>2011-06-15T15:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ne cherchez pas &#224; La Fert&#233; Milon la maison o&#249; Jean Racine est n&#233; le 20 d&#233;cembre 1639. Elle a disparu d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle. Sa famille, de moyenne bourgeoisie, occupait de modestes offices dans le grenier &#224; sel local, tant du c&#244;t&#233; paternel que du c&#244;t&#233; maternel. Perdant sa m&#232;re &#224; un an et son p&#232;re &#224; trois ans, il est recueilli par sa grand-m&#232;re paternelle &#8211; Marie Desmoulins et v&#233;cut avec elle &#224; La Fert&#233; Milon de 5 &#224; 9 ans (de 1644 &#224; 1648). On ne sait s'il y fit ses petites classes &#224; l'&#233;cole (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Ne cherchez pas &#224; La Fert&#233; Milon la maison o&#249; Jean Racine est n&#233; le 20 d&#233;cembre 1639. Elle a disparu d&#232;s le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Sa famille, de moyenne bourgeoisie, occupait de modestes offices dans le grenier &#224; sel local, tant du c&#244;t&#233; paternel que du c&#244;t&#233; maternel. Perdant sa m&#232;re &#224; un an et son p&#232;re &#224; trois ans, il est recueilli par sa grand-m&#232;re paternelle &#8211; Marie Desmoulins et v&#233;cut avec elle &#224; La Fert&#233; Milon de 5 &#224; 9 ans (de 1644 &#224; 1648). On ne sait s'il y fit ses petites classes &#224; l'&#233;cole paroissiale, ou s'il les fit &#224; Paris &#224; l'&#233;cole de Port-Royal, la chose est discut&#233;e. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'en 1649 la grand-m&#232;re se retire &#224; Port-Royal des Champs &#224; c&#244;t&#233; de sa fille Agn&#232;s de Sainte-Th&#232;cle qui y est religieuse depuis un an (et qui en deviendra l'Abbesse en 1690) et &#224; c&#244;t&#233; de cinq autres membres &#233;loign&#233;s de la famille. Port-Royal est un endroit o&#249; la famille Racine a ses entr&#233;es ! Elle y emm&#232;ne son petit-fils. Jean Racine a alors dix ans. Port-Royal accueille l'orphelin et lui offre ses &#233;tudes qui le marqueront pour la vie. Quitter La Fert&#233; Milon cette petite ville provinciale sans avenir, pour cet orphelin pauvre, ce sera la chance de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les Petites &#233;coles de Port-Royal des Champs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; D'autant qu'il entre comme &#233;l&#232;ve aux Petites &#201;coles de Port-Royal dont les professeurs comptent parmi les esprits les plus remarquables du temps. Il y est admis comme interne et, en tant qu'orphelin pauvre et parent de religieuses, avec dispense du paiement des 500 Livres de sa pension. Il y acquiert une formation tr&#232;s solide &#8211; notamment litt&#233;raire - dont les principes jans&#233;nistes le marqueront toute sa vie : Id&#233;al de rigueur oppos&#233; &#224; toute spontan&#233;it&#233;, sentiment de la d&#233;ch&#233;ance de l'homme et de la corruption de sa nature, regard omnipr&#233;sent de Dieu. Cette formation th&#233;ologique sera sensible dans son &#339;uvre ; &#201;mile Faguet &#233;crira que &#171; &lt;em&gt;les personnages raciniens sont jans&#233;nistes : ce sont des p&#233;cheurs &#224; qui la gr&#226;ce manque. &#187;&lt;/em&gt; Bruneti&#232;re rel&#232;vera que &#171; &lt;em&gt;la structure th&#233;ologique gouverne le psychisme des personnages de la cr&#233;ation racinienne. &#187;&lt;/em&gt; Racine y apprit non seulement le latin et le grec, mais aussi l'italien et l'espagnol qu'il parlera couramment. Sainte-Beuve affirme que c'est Port-Royal qui lui a donn&#233; la ma&#238;trise de ce fran&#231;ais &#233;l&#233;gant, r&#233;gulier et &#233;pur&#233; qui sera sa marque. Mais il note aussi que le g&#233;nie de Racine s'est d&#233;velopp&#233; sans Port-Royal et peut-&#232;tre &#171; &lt;em&gt;malgr&#233; Port-Royal. &#187;&lt;/em&gt; Par exemple, il lit &#233;norm&#233;ment y compris les ouvrages interdits. Louis son fils raconte ainsi que &#171; &lt;em&gt;Racine trouva par hasard le roman grec des Amours de Th&#233;ag&#232;ne et Charicl&#233;e. Il le d&#233;vorait lorsque le sacristain le surprit, lui arracha le livre et le jeta au feu. Il trouva le moyen d'en avoir un autre exemplaire qui eut le m&#224;me sort, ce qui l'engagea &#224; en acheter un troisi&#232;me&#8230; il l'apprit par c&#339;ur et le porta au sacristain en lui disant : vous pouvez br&#251;ler encore celui-ci comme les autres. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Les d&#233;buts litt&#233;raires prometteurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &#192; Paris en 1660 &#224; vingt ans, au sortir de sa philosophie au coll&#232;ge d'Harcourt, Racine jette sa gourme et commence &#224; &#233;crire dans le go&#251;t du temps. Il rencontre un cousin &#233;loign&#233;, un joyeux drille nomm&#233; La Fontaine, de dix-huit ans son a&#238;n&#233; et d&#233;j&#224; connu dans le monde litt&#233;raire et y fait aussi la connaissance du fid&#232;le ami de ce dernier, un nomm&#233; Boileau ainsi que leur bande de joyeux f&#224;tards d&#233;j&#224; c&#233;l&#232;bres comme Moli&#232;re, Fureti&#232;re ou Chapelle. Il partage leur vie de boh&#232;me, hante les m&#232;mes cabarets surtout celui de &lt;em&gt;La Table Ronde&lt;/em&gt;, fr&#233;quente les m&#232;mes filles et accumule les dettes. Mais on entrevoit d&#233;j&#224; son aisance mondaine car il r&#233;ussit en m&#232;me temps &#224; fr&#233;quenter des salons, notamment celui du duc de Liancourt. Il &#233;crit aussi, beaucoup. &#192; son oncle, il explique : &#171; &lt;em&gt;Je lis des vers et je t&#226;che d'en faire. &#187;&lt;/em&gt; &#192; Port-Royal, il avait d&#233;j&#224; une activit&#233; soutenue de traductions et d'&#233;crits personnels - sept po&#233;sies latines et cinq odes en fran&#231;ais. Son fils Louis Racine raconte qu'il &#171; &lt;em&gt;il &#233;crivit un sonnet&#8230; qui, quoique fort innocent lui attira&#8230; de vives r&#233;primandes de Port-Royal &#187;&lt;/em&gt; o&#249; l'on craignait beaucoup pour lui sa passion d&#233;mesur&#233;e pour les vers&#8230; Il donne dans le genre pr&#233;cieux du temps : par exemple, pour la naissance de sa petite ni&#232;ce Marie-Charlotte Vitart en 1660 il versifie :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Il est temps que la nuit termine sa carri&#232;re&lt;br /&gt; Un astre nouveau vient de na&#238;tre en ces lieux&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais surtout, dans le go&#251;t de l'&#233;poque, il compose une ode &#224; la gloire du mariage de Louis XIV avec Marie-Th&#233;r&#232;se d'Autriche &#171; &lt;em&gt;La Nymphe de la Seine &#224; la Reine &#187;&lt;/em&gt; que son oncle porte &#224; Chapelain et &#224; Perrault les deux grands ma&#238;tres &#224; l'&#233;poques des lettres fran&#231;aises qui mettent le jeune Racine sur la liste des jeunes po&#232;tes pouvant servir la gloire du roi. C'&#233;tait l'antichambre des pensions : il n'avait que vingt et un an.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le s&#233;jour &#224; Uz&#232;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Mais on ne peut rester adolescent toute sa vie, il faut bien chercher un emploi : Racine part pour Uz&#232;s chez un oncle chanoine qui se propose de l'&#233;tablir. Nous sommes en 1661. Une ode au roi, cela est un bon d&#233;but, mais son oncle paternel Vitart qui l'a toujours financ&#233; et suivi de pr&#232;s, pense qu'il est grand temps d'&#233;tablir son jeune neveu avant que la boh&#232;me parisienne ne le g&#226;te ; il l'envoie &#224; Uz&#232;s chez un oncle maternel, le chanoine Antoine Sconin, intendant de l'Ev&#224;que d'Uz&#232;s qui a le grand avantage de pourvoir aux b&#233;n&#233;fices eccl&#233;siastiques et qui se fait fort de l'&#233;tablir.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les voyages formant la jeunesse, Racine trouve en chemin que tout est diff&#233;rent de Paris. D'abord la langue. D&#232;s Lyon, l'on ne le comprend plus : &#171; &lt;em&gt;Ce malheur s'accrut &#224; Valence, et Dieu voulut qu'ayant demand&#233; &#224; une servante un pot de chambre, elle mit un r&#233;chaud sous mon lit. &#187;&lt;/em&gt; &#192; Uz&#232;s, c'est pire : &#171; &lt;em&gt;On y parle un langage m&#234;l&#233; d'italien et d'espagnol&#8230; Je vous jure que j'ai autant besoin d'un interpr&#232;te qu'un Moscovite en aurait besoin dans Paris. &#187;&lt;/em&gt; Ensuite le climat : &#171; &lt;em&gt;Pour les jours, ils y sont les plus beaux du monde&#8230; Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. &#187;&lt;/em&gt; On retrouvera ce vers fameux beaucoup plus tard&#8230;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Enfin, il d&#233;couvre les filles du midi, si belles que les mots lui manquent et qu'il doit appeler au secours ses classiques et pas n'importe lesquels - &lt;em&gt;L'Eunuque de T&#233;rence,&lt;/em&gt; com&#233;die que son cousin La Fontaine venait de traduire en vers fran&#231;ais quelques ann&#233;es auparavant - Il choisit le vers 318 de T&#233;rence pour exprimer son &#233;moi : &#171; &lt;em&gt;Color verus, corpus solidum et succi plenum &#187;&lt;/em&gt; (teint naturel, corps ferme et plein de suc.) Tout un programme ! Mais il ne tardera pas &#224; revenir au fran&#231;ais pour affiner son jugement &#171; &lt;em&gt;il n'y a point de belle catholique, les rares beaut&#233;s locales y sont parpaillotes&#8230; &#187;&lt;/em&gt; La tonsure, l'habit noir ou l'habit blanc ? Tel est le dilemme de Racine dans sa recherche d'emploi. L'oncle Antoine, le chanoine m&#233;ridional ne plaisante pas avec l'&#233;ducation. &#192; peine arriv&#233;, le jeune Jean passe chez le barbier de l'Ev&#224;ch&#233; qui le coiffe d'un bol et coupe sans piti&#233; toutes les belles boucles ! On lui enl&#232;ve ses dentelles et, &#233;crit-il, on &#171; &lt;em&gt;l'habille en noir depuis les pieds jusqu'&#224; la t&#234;te. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le noir, c'est le premier pas dans la carri&#232;re cl&#233;ricale. Mais pour recevoir un b&#233;n&#233;fice il faut aller plus loin que le noir, il faut aussi &#224;tre tonsur&#233; : et l&#224;, c'est r&#233;ellement le premier degr&#233; de la cl&#233;ricature. Racine n'est pas tr&#232;s chaud, mais ses deux oncles se mettent &#224; l'ouvrage. Manque de chance ou, au contraire, chance insigne, c'est exactement &#224; ce moment que l'Ev&#224;que d'Uz&#232;s, Mgr de Grignan, enl&#232;ve &#224; son intendant Sconin - l'oncle chanoine - le pouvoir de nommer aux b&#233;n&#233;fices. L'oncle chanoine doit donc chercher autre chose. Il trouve pour son neveu un b&#233;n&#233;fice en Savoie, mais qui l&#224;, n&#233;cessite l'habit blanc : c'est-&#224;-dire devenir v&#233;ritablement, non seulement pr&#224;tre mais aussi moine. L'habit blanc, c'en est trop ! Notre jeune Racine r&#233;sume ainsi sa position par une litote &#224; son oncle parisien Vitart : &#171; &lt;em&gt;Je ne suis pas ardent pour les b&#233;n&#233;fices. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; Le retour &#224; Paris, l'&#244;de &#224; la Rougeole et la faveur du Roi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Ses deux oncles conviennent sagement qu'il ne faut pas forcer la nature et Racine revient &#224; Paris en &#233;crivant en voyage un po&#232;me sur le malheur des Muses provinciales qui ne pourront trouver le bonheur qu'&#224; Paris et :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Firent le serment que jamais en province&lt;br /&gt; Elles ne feraient leur s&#233;jour&#8230;&lt;br /&gt; Paris, le si&#232;ge des amours&lt;br /&gt; Devint aussi celui des filles de M&#233;moire &lt;br /&gt; Et l'on a grand sujet de croire&lt;br /&gt; Qu'elles y logeront toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une page est tourn&#233;e : Racine rentre &#224; Paris o&#249; une rougeole va lui ouvrir la faveur royale. Nous sommes en 1663. Deux &#233;v&#232;nements marquent la fin de sa p&#233;riode de formation : L'abandon d'une carri&#232;re eccl&#233;siastique &#224; Uz&#232;s et la mort de sa grand-m&#232;re qu'il appelait sa deuxi&#232;me m&#232;re. Racine piaffe d'impatience de d&#233;buter. Cela tombe &#224; pic : le Roi vient d'attraper la rougeole, maladie assez grave alors. Le monarque a n&#233;anmoins assez d'esprit pour se r&#233;tablir promptement. Racine prend sa plume, et compose une Ode sur la Convalescence du Roi qu'il remet &#224; Chapelain po&#232;te officiel en charge de signaler &#224; Colbert les artistes &#224; pensionner. Racine est mis sur la liste et re&#231;oit une pension de 600 Livres qu'il conservera toute sa vie : il n'a que 24 ans et il a mis du premier coup le pied &#224; l'&#233;trier. La qualit&#233; des vers valait-elle les 600 Livres ? Je vous en laisse juge :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Que devant lui [le roi] s'&#233;vanouisse&lt;br /&gt; Toute apparence de douleur :&lt;br /&gt; Qu'aupr&#232;s des beaux yeux de Th&#233;r&#232;se [la Reine]&lt;br /&gt; Son grand c&#339;ur respire &#224; son aise,&lt;br /&gt; Et que de leurs chastes amours&lt;br /&gt; Naisse une famille f&#233;conde&lt;br /&gt; &#192; qui, combl&#233;e d'heurs et de jours&lt;br /&gt; Il puisse partager le monde&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Racine conna&#238;t toutefois les retards de paiement de l'administration, encore plus fr&#233;quents au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; que maintenant, aussi s'empresse-t-il de remercier le roi avec une nouvelle &lt;em&gt;Ode La Renomm&#233;e aux Muses&lt;/em&gt; qu'il appelle &#224; venir entourer &#171; &lt;em&gt;Le nouvel Auguste aux rives de la Seine. &#187;&lt;/em&gt; Il ne l&#226;chera plus le filon des faveurs royales qui ne feront que prosp&#233;rer pendant toute sa vie.&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; 1664 : avec La Th&#233;ba&#239;de, Racine devient une star adul&#233;e...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;La Th&#233;ba&#239;de&lt;/em&gt; en 1664 et &lt;em&gt;Alexandre le Grand&lt;/em&gt; en 1665, placent Racine &#224; vingt cinq ans aux premi&#232;res places de la carri&#232;re litt&#233;raire, rang qu'il ne quittera plus. Il devient une vraie vedette qui d&#233;fraye la chronique. Sa premi&#232;re trag&#233;die lui aurait &#233;t&#233; command&#233;e par Moli&#232;re : &lt;em&gt;La Th&#233;ba&#239;de&lt;/em&gt;, qui, jou&#233;e par la troupe du Palais Royal de Moli&#232;re et soutenue &#224; bout de bras par lui, ne conna&#238;t qu'un succ&#232;s mod&#233;r&#233;. Mais l'ann&#233;e suivante, en 1665 sa nouvelle pi&#232;ce &lt;em&gt;Alexandre le Grand&lt;/em&gt; conna&#238;t un immense succ&#232;s qui cause sa brouille avec Moli&#232;re. Alors qu'elle est jou&#233;e au Palais Royal par la troupe de Moli&#232;re qui l'avait soutenu nagu&#232;re et y conna&#238;t un triomphe, Racine la retire &#224; la sixi&#232;me repr&#233;sentation et la fait jouer dans le th&#233;&#226;tre concurrent de Moli&#232;re, &#224; l'H&#244;tel de Bourgogne. C'en est trop ! Moli&#232;re lance une cabale, mais le scandale de la trahison par Racine de son ami Moli&#232;re ne fait qu'enfler le succ&#232;s de la pi&#232;ce. Au m&#234;me moment se d&#233;cha&#238;ne la col&#232;re de ses anciens ma&#238;tres de Port-Royal qui rappellent que le th&#233;&#226;tre est immoral. Racine entame aussit&#244;t avec eux une pol&#233;mique publique qui conna&#238;t &#233;galement le plus grand succ&#232;s. La double brouille avec Port-Royal et avec Moli&#232;re est donc consomm&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le scandale caus&#233; par ces deux coups d'&#233;clat contre ses anciens amis, inaugure dix ann&#233;es d'une immense gloire litt&#233;raire qui s'accro&#238;tra &#224; chaque saison th&#233;&#226;trale d'un grand succ&#232;s : &lt;em&gt;Les Plaideurs&lt;/em&gt; en 1666 &#8211; sa seule com&#233;die, &lt;em&gt;Andromaque&lt;/em&gt; en 1667, &lt;em&gt;Britannicus&lt;/em&gt; en 1669, &lt;em&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/em&gt; en 1670, &lt;em&gt;Bajazet&lt;/em&gt; en 1672, &lt;em&gt;Mithridate&lt;/em&gt; en 1673, &lt;em&gt;Iphig&#233;nie&lt;/em&gt; en 1675, &lt;em&gt;Ph&#232;dre&lt;/em&gt; en 1677. Pol&#233;mique litt&#233;raire et rivalit&#233; ne sont jamais loin avec Racine. Prenons le cas de &lt;em&gt;B&#233;r&#233;nice,&lt;/em&gt; immense succ&#232;s. En 1670 le Tout-Paris sait que Moli&#232;re ach&#232;ve sa nouvelle trag&#233;die Tite et B&#233;r&#233;nice. Racine se met aussit&#244;t au travail sur le m&#224;me sujet et les deux pi&#232;ces sont mont&#233;es en m&#224;me temps, fin novembre 1670. Auteurs et public enflammeront la capitale de leurs &#233;crits au vitriol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; ...une star &#224; scandales...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Racine est alors une v&#233;ritable vedette &#8211; presque au sens actuel du terme &#8211; vedette qui d&#233;fraye la chronique des faits divers : ses liaisons affich&#233;es avec les plus grandes actrices du temps - la Duparc ou la Champmesl&#233; - courent le Tout-Paris. &#192; la Cour et &#224; la Ville, on commente cette sc&#232;ne : son confesseur arrache &#224; la c&#233;l&#232;bre Duparc agonisante un renoncement public &#224; son &#233;tat de com&#233;dienne et se tourne vers Racine qui assiste &#224; la sc&#232;ne en lui demandant : &#171; &lt;em&gt;Redde animam deo (Rendez cette &#226;me &#224; Dieu) &#187;&lt;/em&gt; ; Racine lui r&#233;torque &#171; &lt;em&gt;Redde dominam (Rendez-moi ma ma&#238;tresse). &#187;&lt;/em&gt; Racine sera &#233;voqu&#233; dans l'affaire des Poisons par la c&#233;l&#232;bre empoisonneuse La Voisin qui l'accusera d'avoir empoisonn&#233; la Duparc par jalousie, mais sera heureusement disculp&#233;. Autre anecdote : on l'accuse de n'&#233;crire que pour ses actrices. Mme de S&#233;vign&#233; &#233;crit : &#171; &lt;em&gt;Racine fait des com&#233;dies pour La Champmesl&#233; et pas pour les si&#232;cles &#224; venir&#8230; Si jamais il cesse d'&#234;tre amoureux, ce ne sera plus la m&#234;me chose. Vive donc notre vieil ami Corneille. &#187;&lt;/em&gt; Et en effet, La Duparc avait jou&#233; Andromaque avec un immense succ&#232;s. Apr&#232;s sa mort, Racine confie dans la m&#232;me pi&#232;ce le deuxi&#232;me grand r&#244;le - celui d'Hermione - &#224; sa nouvelle ma&#238;tresse, la c&#233;l&#232;bre Champmesl&#233;. Mais la nouvelle Hermione, par jalousie r&#233;trospective, ne veut pas avoir de concurrence et entend jouer le dernier acte uniquement avec des second r&#244;les. Qu'&#224; cela ne tienne ! Racine r&#233;&#233;crit les derni&#232;res r&#233;pliques pour supprimer l'apparition d'Andromaque, r&#244;le dans lequel La Duparc avait tant brill&#233;.&lt;br /&gt; Bref, Racine vit &#224; cent &#224; l'heure !&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt; 1673 : &#224; trente-quatre ans, il entre &#224; l'Acad&#233;mie... et se convertit...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En 1673 &#8211; l'ann&#233;e de la mort de Moli&#232;re - il est &#233;lu &#224; l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise : il a &#224; peine trente-quatre ans. Et c'est alors, qu'au fa&#238;te de la gloire litt&#233;raire, devenu riche, Racine se convertit, renonce &#224; sa vie dissip&#233;e, abandonne le th&#233;&#226;tre, avec lequel il ne renouera que vers la fin avec Esther et Athalie qui, du reste, ne seront jou&#233;es qu'en priv&#233; pour les filles de Saint-Cyr. Il &#233;pouse une femme riche, devient un &#233;poux exemplaire et un p&#232;re attentif &#224; ses deux fils et &#224; ses cinq filles. Il renoue en sous-main avec Port-Royal dont il deviendra l'officieux charg&#233; d'affaires. Nous sommes en 1677. On le dit converti et d&#233;vot. Il vient d'avoir 37 ans. On a dout&#233; de la sinc&#233;rit&#233; de cette conversion, m&#232;me &#224; son &#233;poque. En effet, loin de renoncer au monde comme le veut l'id&#233;al de Port-Royal et comme l'a fait Pascal apr&#232;s bien d'autres, il se m&#233;tamorphose au contraire en courtisan parfait. Il re&#231;oit le poste envi&#233; d'historiographe du Roi, qu'il partage avec son plus fid&#232;le ami et comp&#232;re &#8211; Boileau, et devient rapidement le familier de Louis XIV. Il le restera toute sa vie et sera le prot&#233;g&#233; de toutes les ma&#238;tresses successives de son royal patron. Il cumule alors pensions et b&#233;n&#233;fices.&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt; Ainsi, Racine, ce m&#233;t&#233;ore parti de rien ou de peu, a triomph&#233; en un &#233;clair dans tout ce qu'il a successivement entrepris : auteur adul&#233; en son temps comme dans la post&#233;rit&#233;, ma&#238;tre dans l'art de manier le scandale litt&#233;raire comme instrument de r&#233;ussite, vedette de la vie parisienne, courtisan prudent qui n'a jamais connu la d&#233;faveur et pour finir, mari fid&#232;le, p&#232;re attentif, d&#233;vot profond et fid&#232;le malgr&#233; tout &#224; Port-Royal.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;br /&gt; Causerie de juin 2009&lt;br /&gt; Les Amis du mus&#233;e Alain&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : Rimbaud... Charleville... Verlaine</title>
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		<dc:date>2010-06-20T15:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Ah ! saperlipotte de saperlipopette ! Sapristi ! Moi, je serai rentier ; il ne fait pas si bon de s'user les culottes sur les bancs, saperlipopettouille ! &#187; &#187; Arthur est en 4e, il a douze ans, quand il &#233;crit ces mots sur un de ses cahiers. Dr&#244;le de pr&#233;diction ! Car cet aspirant rentier n'arr&#234;tera pas sa vie durant de parcourir la plan&#232;te le plus souvent &#224; pied et presque toujours sans le sous, car &#171; &#192; Chypre, il d&#233;teste Chypre, &#224; Charleville il adore Chypre. Il n'aime que les endroits o&#249; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &#171; &lt;em&gt;Ah ! saperlipotte de saperlipopette ! Sapristi ! Moi, je serai rentier ; il ne fait pas si bon de s'user les culottes sur les bancs, saperlipopettouille ! &#187;&lt;/em&gt; &#187; Arthur est en 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, il a douze ans, quand il &#233;crit ces mots sur un de ses cahiers. Dr&#244;le de pr&#233;diction ! Car cet aspirant rentier n'arr&#234;tera pas sa vie durant de parcourir la plan&#232;te le plus souvent &#224; pied et presque toujours sans le sous, car &#171; &lt;em&gt;&#192; Chypre, il d&#233;teste Chypre, &#224; Charleville il adore Chypre. Il n'aime que les endroits o&#249; il n'est pas. Il est un &#234;tre de d&#233;sir, non de possession&#8230;&lt;/em&gt; &#187; dira l'un de ses biographes. Cet &#233;ternel vagabond se hissera au sommet de la gloire au sortir de l'enfance en trois br&#232;ves et fulgurantes ann&#233;es de g&#233;nie entre 15 ans et 18 ans (1870/1873). Puis, ayant &#233;chou&#233; &#224; changer la vie, le po&#232;te ne survivra pas &#224; l'adolescent : il abandonnera brutalement la rime pour une obscure vie africaine de trafiquant. Apr&#232;s un simple rappel d'une enfance surdou&#233;e, j'&#233;voquerai cette adolescence de po&#232;te g&#233;nial &#224; travers trois chapitres : 1869/1870, la m&#233;tamorphose de la classe de rh&#233;torique ; 1870/1871, R&#233;voltes et Fugues ; 1871/1873, Verlaine, l'&#201;poux infernal et la Vierge folle.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_general&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mais commen&#231;ons par le gamin surdou&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre 1854, na&#238;t Jean Nicolas Joseph Arthur Rimbaud &#224; Charleville, ville de garnison frontali&#232;re. Sa m&#232;re, Vitalie Cuif d'une famille d'agriculteurs de Roche, village &#224; une quarantaine de kms de Charleville ; son p&#232;re Fr&#233;d&#233;ric Rimbaud, capitaine en br&#232;ve garnison &#224; Charleville, jadis officier de bureau Arabe en Alg&#233;rie, cultiv&#233;, parlant plusieurs langues. Le m&#233;nage n'est pas heureux, le capitaine part seul vivre sa vie de garnison, ne revenant que tr&#232;s rarement, chacune ses apparitions &#233;tant suivie d'une naissance. Petit gar&#231;on facile, pieux &#8211; certains copains l'appel&#232;rent un moment le petit cagot pour s'&#234;tre oppos&#233; &#224; une bagarre dans le b&#233;nitier de l'&#233;glise paroissiale. Il fut un &#233;l&#232;ve brillant et pr&#233;coce : en 1868 &#224; 13 ans, Arthur adresse par courrier soixante hexam&#232;tres latins au Prince imp&#233;rial ; &#224; 14 ans en 1869, le Bulletin officiel de l'Acad&#233;mie de Douai publie trois de ses po&#232;mes en latin, dont l'un se termine sur cet oracle de Ph&#339;bus qui lui dit &#171; &lt;em&gt;Tu vates eris &#187; (Tu seras po&#232;te).&lt;/em&gt; Il enl&#232;ve chaque ann&#233;e tous les premiers prix.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_general&#034;&gt;&lt;strong&gt;1869/1870 : La m&#233;tamorphose de la classe de rh&#233;torique :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Le gamin po&#232;te se mue en po&#232;te de g&#233;nie et en voyou&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'Arthur entre en Rh&#233;torique (notre premi&#232;re actuelle) : nous sommes en octobre 1869, il vient juste d'avoir 15 ans. Sa m&#232;re, &#233;pouse difficile et &#233;ducatrice des plus stricte, va d&#233;sormais avoir bien du mal avec son Arthur adolescent : c'est &#224; cette &#233;poque qu'Arthur l'appelle la Bouche d'Ombre en r&#233;f&#233;rence, je suppose, &#224; ce noir po&#232;me &#233;ponyme des Contemplations de Victor Hugo. En milieu d'ann&#233;e, en janvier 1870, arrive un nouveau professeur de lettres, Georges Izambard. Il est tr&#232;s jeune : vingt-deux ans, enthousiaste, dynamique, anticl&#233;rical, cultiv&#233;, r&#233;publicain d&#233;clar&#233;. C'est rare et courageux car nous sommes sous l'Empire : il d&#233;tonne dans cette petite ville si compass&#233;e et traditionnelle. Il ne peut donc que s&#233;duire Rimbaud avide de nouveaut&#233; et de modernit&#233; et cet &#233;l&#232;ve hors du commun s&#233;duit d'embl&#233;e le professeur. Izambard et le proviseur vont pousser leur &#233;l&#232;ve si prometteur. Izambard lui ouvre sa biblioth&#232;que. Rimbaud d&#233;vore des auteurs consid&#233;r&#233;s alors comme sulfureux dans cette ville provinciale et dans cette classe de rh&#233;torique compos&#233;e par moiti&#233; de s&#233;minaristes. Il avale De l'Esprit et De l'Homme d'Helv&#233;tius o&#249; il conforte son anticl&#233;ricalisme naissant. Il d&#233;vore La Sorci&#232;re de Michelet qui alimentera son amour du peuple Il parcourt Rousseau dont il partagera le go&#251;t du vagabondage&#8230; Sa m&#232;re, la &#171; &lt;em&gt;bouche d'ombre&lt;/em&gt; &#187; se plaint au proviseur que l'on fasse lire &#224; son fils Les Mis&#233;rables de Hugo ce proscrit, ce banni. D&#232;s janvier 1870, il commence &#224; &#234;tre publi&#233; &#171; &lt;em&gt;Les &#233;trennes des Orphelins&lt;/em&gt; &#187; para&#238;t dans La Revue pour Tous&#8230; Il envoie trois po&#232;mes &#224; Th&#233;odore de Banville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ao&#251;t 1870&lt;/strong&gt; a lieu la distribution des prix ou Rimbaud &#224; nouveau rafle tous les prix : premier prix d'excellence, de discours latin, de vers latins, de version latine, d'enseignement religieux, deuxi&#232;me prix de r&#233;citation, accessit d'histoire et de g&#233;ographie et premier prix au concours g&#233;n&#233;ral de l'acad&#233;mie de Douai. En quelques semaines, le gamin tranquille se change en un provocateur violent qui &#233;crit Merde &#224; D&#8230; sur les murs de la ville, qui se saoule dans les caf&#233;s, qui &#233;crit une nouvelle violemment anticl&#233;ricale Un C&#339;ur sous la Soutane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi l'&#233;poque o&#249; il se met &#224; m&#233;priser sa ville et ses habitants : &lt;em&gt;&#171; Quelle chierie ! Quels monstres d'innocence, ces paysans ! ... Quelle horreur que cette campagne fran&#231;aise !&lt;/em&gt; Dans la m&#234;me veine, il &#233;crit &lt;em&gt;&#192; La Musique&lt;/em&gt; sous-titr&#233; &lt;em&gt;Place de la Gare, &#224; Charleville :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;poesie&#034;&gt;Sur la place taill&#233;e en mesquines pelouses,&lt;br /&gt;
Square o&#249; tout est correct, les arbres et les fleurs,&lt;br /&gt;
Tous les bourgeois poussifs qu'&#233;tranglent les chaleurs&lt;br /&gt;
Portent, les jeudis soirs, leurs b&#234;tises jalouses.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orchestre militaire, au milieu du jardin,&lt;br /&gt;
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :&lt;br /&gt;
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin &lt;br /&gt;
Le notaire pend &#224; ses breloques &#224; chiffres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des rentiers &#224; lorgnons soulignent tous les couacs :&lt;br /&gt;
Les gros bureaux bouffis tra&#238;nent leurs grosses dames&lt;br /&gt;
Aupr&#232;s desquelles vont, officieux cornacs,&lt;br /&gt;
Celles dont les volants ont des airs de r&#233;clames &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur les bancs verts, des clubs d'&#233;piciers retrait&#233;s&lt;br /&gt;
Qui tisonnent le sable avec leur canne &#224; pomme,&lt;br /&gt;
Fort s&#233;rieusement discutent les trait&#233;s,&lt;br /&gt;
Puis prisent en argent, et reprennent : &#034;En somme !...&#034;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&#201;patant sur son banc les rondeurs de ses reins,&lt;br /&gt;
Un bourgeois &#224; boutons clairs, bedaine flamande,&lt;br /&gt;
Savoure son onnaing d'o&#249; le tabac par brins&lt;br /&gt;
D&#233;borde &#8722; vous savez, c'est de la contrebande ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le long des gazons verts ricanent les voyous &lt;br /&gt;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,&lt;br /&gt;
Tr&#232;s na&#239;fs, et fumant des roses, les pioupious&lt;br /&gt;
Caressent les b&#233;b&#233;s pour enj&#244;ler les bonnes... &#187;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 juillet 1870&lt;/strong&gt;, la France d&#233;clare la guerre &#224; la Prusse. Rimbaud, qui se veut r&#233;publicain, s'affiche comme antimilitariste et antipatriote &#224; cause de l'Empire, il s'indignera dans &lt;em&gt;Morts de 92 et de 93 :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,&lt;br /&gt; Qui, p&#226;les du baiser fort de la libert&#233;,&lt;br /&gt; &#8230;. Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d'Italie,&lt;br /&gt; O million de Christs aux yeux sombres et doux ;&lt;br /&gt; &#8230; Nous vous laissions dormir avec la R&#233;publique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vilipende ses compatriotes cocardiers, il &#233;crit &#224; Izambard : &lt;em&gt;&#171; Ma ville natale est sup&#233;rieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus d'illusions. Parce qu'elle est &#224; c&#244;t&#233; de M&#233;zi&#232;res, - une ville qu'on ne trouve pas, - parce qu'elle voit p&#233;r&#233;griner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette beno&#238;te population gesticule, prud'hommesquement spadassine, &#8230;C'est effrayant, les &#233;piciers retrait&#233;s qui rev&#234;tent l'uniforme ! C'est &#233;patant comme &#231;a a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au c&#339;ur, font du patrouillotisme aux portes de M&#233;zi&#232;res ; ma patrie se l&#232;ve !... Moi j'aime mieux la voir assise : ne remuez pas les bottes ! C'est mon principe.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_general&#034;&gt;1870/1871 : R&#233;voltes et fugues&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1870, c'est l'ann&#233;e des fugues avort&#233;es.&lt;/strong&gt; Le 29 ao&#251;t 1870 apr&#232;s la distribution des prix, il prend le train pour Paris, sans billet, sans argent. Arr&#234;t&#233; dans le compartiment pour vagabondage, mis en prison, il &#233;crit &#224; son professeur Izambard qui le fait lib&#233;rer. Il passe 3 semaines chez lui &#224; Douai. Il cherche &#224; s'engager dans la Garde Nationale car la R&#233;publique vient d'&#234;tre proclam&#233;e. Il est refus&#233;, n'ayant que 15 ans. Le 6 octobre 1870 il vient d'avoir 16 ans il quitte Charleroi &#224; pied : il veut devenir journaliste. Accueilli &#224; nouveau &#224; Douai chez Izambard, il est rapatri&#233; par les gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1871, c'est l'ann&#233;e des deux fugues parisiennes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1871 : 25 F&#233;vrier/10 mars, 1&lt;sup&gt;ere&lt;/sup&gt; fugue parisienne,&lt;/strong&gt; juste avant la Commune, alors que les Prussiens viennent de d&#233;filer dans Paris (1er mars). Rimbaud a 16 ans, il gagne Paris o&#249; il visite les librairies et cherche &#224; prendre contact avec certains milieux journalistiques et litt&#233;raires. Il zone un peu ; il est d&#233;&#231;u et il a faim ; il rentre &#224; Charleville &#224; pied.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;17 avril 1871, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; fugue parisienne,&lt;/strong&gt; en pleine Commune, Arthur arrive &#224; pied et s'engage dans la C&lt;sup&gt;ie&lt;/sup&gt; Franche des Tirailleurs de la R&#233;volution &#224; la Caserne de Babylone. Seul en t&#233;moignera son ami Delaye. Les historiens en discutent encore (mais Delahaye, Nouveau, Verlaine l'ont soutenu). Il y reste 15 jours. &#233;c&#339;ur&#233; par la vulgarit&#233; de ses compagnons et persuad&#233; de l'&#233;crasement par les Versaillais, il rentre &#224; pied &#224; Charleroi. Il rend compte de cette &#233;quip&#233;e dans ce d&#233;chirant po&#232;me &lt;em&gt;Le C&#339;ur supplici&#233;&lt;/em&gt;, qu'on appelle aussi &lt;em&gt;Le C&#339;ur pitre&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &lt;em&gt;Le C&#339;ur supplici&#233;.&lt;br /&gt; Mon triste c&#339;ur bave &#224; la poupe ...&lt;br /&gt; Mon c&#339;ur est plein de caporal !&lt;br /&gt; Ils y lancent des jets de soupe,&lt;br /&gt; Mon triste c&#339;ur bave &#224; la poupe...&lt;br /&gt; Sous les quolibets de la troupe&lt;br /&gt; Qui lance un rire g&#233;n&#233;ral,&lt;br /&gt; Mon triste c&#339;ur bave &#224; la poupe,&lt;br /&gt; Mon c&#339;ur est plein de caporal !...&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il stigmatise les Versaillais qui viennent d'&#233;craser la Commune dans &lt;em&gt;Chant de Guerre Parisien :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &lt;em&gt;Le Printemps est &#233;vident, car&lt;br /&gt; Du c&#339;ur des Propri&#233;t&#233;s vertes&lt;br /&gt; Le vol de Thiers et de Picard&lt;br /&gt; Tient ses splendeurs grandes ouvertes&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;Ecoutez donc les bienvenus&lt;br /&gt; Semer les choses printani&#232;res !...&lt;br /&gt; &#8230;Dans des aubes particuli&#232;res.&lt;br /&gt; Thiers et Picard sont des Eros&lt;br /&gt; Des enleveurs d'h&#233;liotropes&lt;br /&gt; Au p&#233;trole ils font des Corots&#8230;&lt;br /&gt; &#8230;La Grand-Ville a le pav&#233; chaud&lt;br /&gt; Malgr&#233; vos douches de p&#233;trole&#8230;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 et 15 mai 1871 :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Il d&#233;finit son art po&#233;tique dans les deux Lettres capitales du VOYANT &#224; Izambard son professeur et &#224; Demeny son ami. En po&#233;sie, il proclame la modernit&#233; des Parnassiens, Gauthier, Banville et surtout le prince d'entre eux : Baudelaire. Avec eux, il r&#233;cuse le lyrisme du Romantisme : &#171; &lt;em&gt;Je est un autre&lt;/em&gt; &#187; affirme-t-il ; il r&#233;clame une po&#233;sie &#171; &lt;em&gt;objective contre le subjectivisme ambiant&lt;/em&gt; &#187; et il explique &#171; &lt;em&gt;Le Po&#232;te se fait voyant par un long, immense et raisonn&#233; d&#233;r&#232;glement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-m&#234;me, il &#233;puise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. Ineffable torture o&#249; il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, o&#249; il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Ce programme de d&#233;r&#232;glement syst&#233;matique de sa vie, il va d&#233;sormais le mettre en pratique de fa&#231;on &#233;galement syst&#233;matique, dans la derni&#232;re partie de sa vie de po&#232;te que j'intitule d'apr&#232;s un titre tir&#233; de &lt;em&gt;Saison en Enfer :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_general&#034;&gt;1871/1873 : L'&#233;poux infernal et la vierge Folle&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;poque o&#249; il &#233;crit &#224; Izambard : &#171; &lt;em&gt;je m'encrapule de plus en plus. Pourquoi ? Je veux &#234;tre po&#232;te, et je travaille &#224; me rendre voyant&#8230;&lt;/em&gt; &#187; En septembre 1871, Arthur va avoir 17 ans, il envoie plusieurs po&#232;mes &#224; Verlaine qu'il admire. Verlaine lui r&#233;pond par retour : &#171; &lt;em&gt;Venez, venez vite, ch&#232;re grande &#226;me... on vous d&#233;sire, on vous attend !.&lt;/em&gt; &#187; Paul Verlaine a 27 ans, fils d'un officier, parisien, po&#232;te extr&#234;mement pr&#233;coce ; il a eu une enfance choy&#233;e m&#234;me si sa m&#232;re conservait dans des bocaux sur une &#233;tag&#232;re les f&#339;tus de ses deux fausses couches. Verlaine fr&#233;quente les salons litt&#233;raires et vient de conna&#238;tre la notori&#233;t&#233; avec La Bonne Chanson. Mari&#233; depuis 2 ans &#224; une fille de la bonne bourgeoisie, tout r&#233;cent p&#232;re d'un b&#233;b&#233;, il est fonctionnaire au Budget de Paris. Mais c'est un boit-sans-soif qui n'h&#233;site pas &#224; se saouler &#224; l'enterrement d'une parente en 1869, et essaye peu de temps apr&#232;s par deux fois d'assassiner sa m&#232;re. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour se douter que deux temp&#233;raments pareils ne tarderont pas &#224; faire des &#233;tincelles. Verlaine, jeune mari&#233; et jeune p&#232;re loge Arthur chez lui et l'int&#232;gre au Cercle des Zutistes de Charles Cros qui r&#233;unit l'avant garde po&#233;tique parisienne et l'admet aux d&#238;ners des Vilains Bonhommes . Arthur y fait la lecture du Bateau Ivre : il est reconnu imm&#233;diatement dans ces c&#233;nacles d'avant-garde comme un tr&#232;s grand po&#232;te parmi les plus grands. Son art po&#233;tique o&#249; l'objectif doit remplacer le sentiment fait sensation avec ses images qui prennent le contrepied de celles des romantiques :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'on dit aux po&#232;tes &#224; propos des fleurs :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Ainsi, toujours, vers l'azur noir&lt;br /&gt; O&#249; tremble la mer des topazes,&lt;br /&gt; Fonctionneront dans ton soir&lt;br /&gt; Les Lys, ces clyst&#232;res d'extases !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#192; notre &#233;poque de sagous,&lt;br /&gt; Quand les Plantes sont travailleuses,&lt;br /&gt; Le Lys boira les bleus d&#233;go&#251;ts&lt;br /&gt; Dans tes proses religieuses !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#8230;Toujours les v&#233;g&#233;taux Fran&#231;ais,&lt;br /&gt; Hargneux, phtisiques, ridicules,&lt;br /&gt; O&#249; le ventre des chiens bassets&lt;br /&gt; Navigue en paix, aux cr&#233;puscules &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#8230;En somme, une Fleur, Romarin&lt;br /&gt; Ou Lys, vive ou morte, vaut-elle&lt;br /&gt; Un excr&#233;ment d'oiseau marin ?&lt;br /&gt; Vaut-elle un seul pleur de chandelle ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Voil&#224; ! c'est le Si&#232;cle d'enfer !&lt;br /&gt; Et les poteaux t&#233;l&#233;graphiques&lt;br /&gt; Vont orner, - lyre aux chants de fer,&lt;br /&gt; Tes omoplates magnifiques&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Surtout, rime une version&lt;br /&gt; Sur le mal des pommes de terre !&lt;br /&gt; - Et, pour la composition&lt;br /&gt; De po&#232;mes pleins de myst&#232;re...&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est loin de Musset ! C'est l'&#233;poque o&#249; Fantin-Latour peint &lt;em&gt;Le Coin de Table&lt;/em&gt; o&#249; l'on reconna&#238;t Rimbaud &#224; c&#244;t&#233; de Verlaine, o&#249; Verlaine le croque &#224; plusieurs reprises et o&#249; Carjat le photographie. Mais Rimbaud se met &#224; appliquer son syst&#232;me de d&#233;r&#232;glement de sa vie : il se consacre &#224; toutes les provocations, &#224; commencer par l'Absinthe :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt; &lt;strong&gt;Com&#233;die de la soif :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Nous sommes tes Grands-Parents.&lt;br /&gt; Les Grands !&lt;br /&gt; Couverts des froides sueurs&lt;br /&gt; De la lune et des verdures.&lt;br /&gt; Nos vins secs avaient du c&#339;ur !&lt;br /&gt; Au Soleil sans imposture&lt;br /&gt; Que faut-il &#224; l'homme ? boire.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Viens, les Vins vont aux plages,&lt;br /&gt; Et les flots par millions !&lt;br /&gt; Vois le Bitter sauvage&lt;br /&gt; Rouler du haut des monts !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Gagnons, p&#232;lerins sages,&lt;br /&gt; L'Absinthe aux verts piliers...&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se rend odieux &#224; tous, on lui reproche de d&#233;voyer Verlaine dont il devient l'amant : le compte rendu d'une pi&#232;ce donn&#233;e &#224; l'Od&#233;on signale : &#171; &lt;em&gt;Le po&#232;te saturnien Paul Verlaine donnait le bras &#224; une charmante jeune personne, M&lt;sup&gt;lle&lt;/sup&gt; Rimbaud.&lt;/em&gt; Il s'agit d'une passion violente comme en t&#233;moignera R&#233;my de Gourmont : &#171; &lt;em&gt;Rimbaud &#233;tait de ces femmes dont on n'est pas surpris d'entendre dire qu'elles sont entr&#233;es en religion dans une maison publique ; mais ce qui r&#233;volte encore davantage, c'est qu'il semble avoir &#233;t&#233; une ma&#238;tresse jalouse et passionn&#233;e&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Le scandale est &#233;norme : un po&#232;te renomm&#233;, mari&#233; et p&#232;re d'un b&#233;b&#233;, qui fugue, se saoule et se compromet avec un mineur&#8230; Matilde la femme de Verlaine le met dehors il loge chez les uns et les autres, puis dans la rue Mouffetard avec les clochards. On le recueille &#224; l'H&#244;tel des &#233;trangers, si&#232;ge social des Zutiste o&#249; il devient aide-barman du pianiste Cabaner. Les deux amants continuent de se saouler et de se livrer &#224; la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En janvier 1872,&lt;/strong&gt; Verlaine tente d'&#233;trangler sa femme et jette son b&#233;b&#233; de trois mois contre le mur. Puis il tentera d'incendier la maison conjugale. Mathilde se r&#233;fugie chez ses parents, &#224; P&#233;rigueux. Le 2 mars, au cours d'un d&#238;ner des Vilains-Bonshommes, Rimbaud blesse le photographe Carjat avec la canne-&#233;p&#233;e de Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mai 1872,&lt;/strong&gt; au caf&#233; du Rat-mort, Place Pigalle, Rimbaud taillade avec un canif, par jeu, les poignets et les cuisses de Verlaine, le blessant s&#233;rieusement. En juin, Verlaine ivre, menace Mathilde d'un couteau dans un restaurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux amis choisissent alors de se faire oublier &#224; Bruxelles. Matilde accompagn&#233;e de sa m&#232;re s'y rend et convainc Verlaine de rentrer avec elles &#224; Paris. Rimbaud monte secr&#232;tement dans le m&#234;me train, et convainc Verlaine sur le quai de la fronti&#232;re fran&#231;aise d'abandonner sa famille pour le suivre en Angleterre. Ils s&#233;journent &#224; Londres de &lt;strong&gt;septembre 1872 &#224; mars 1873&lt;/strong&gt; et fr&#233;quentent les milieux des exil&#233;s communards. Puis Rimbaud retourne &#224; Charleville et &#224; Roche dont sa m&#232;re fait marcher l'exploitation agricole familiale. Verlaine est tout &#224; c&#244;t&#233; &#224; Luxembourg ; les deux amis se voient tr&#232;s souvent, font scandale dans les caf&#233;s de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet 1873,&lt;/strong&gt; Rimbaud a 19 ans et va rejoindre Verlaine &#224; Bruxelles. Il lui annonce qu'il le quitte. Verlaine ach&#232;te un r&#233;volver, &#233;crit &#224; sa femme, &#224; sa m&#232;re et &#224; la m&#232;re de Rimbaud : &#171; &lt;em&gt;Je vais me crever&#8230;&lt;/em&gt; &#187; Au cours d'une entrevue, Rimbaud confirme sa d&#233;cision de partir ; Verlaine perd la t&#234;te et tire deux coups, l'un dans le plancher et l'autre dans le bras de son ami. Il est arr&#234;t&#233; et condamn&#233; &#224; deux ans de prison pour coup et blessures, homosexualit&#233; et d&#233;tournement de mineur. Ces coups de feu marquent la fin de deux ann&#233;es d'une passion extr&#234;me, deux ann&#233;es d'une production litt&#233;raire inou&#239;e, pour l'un et pour l'autre, deux ann&#233;es qui sont un des sommets de la po&#233;sie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une Saison en Enfer&lt;/em&gt; que Rimbaud terminera &#224; Roche o&#249; il s'est r&#233;fugi&#233; apr&#232;s Bruxelles &#233;voque &#224; travers un texte en prose fulgurant, br&#251;lant, terrible, le contenu profond de ces deux ann&#233;es de &#171; d&#233;r&#232;glement syst&#233;matique &#187; qui devaient faire de Rimbaud le Voyant de son temps. Permettez-moi de vous lire un paragraphe d'&lt;em&gt;Une Saison en Enfer, D&#233;lires 1, La Vierge Folle, L'&#233;poux infernal&lt;/em&gt; : o&#249; Rimbaud l'&#201;poux infernal met ces mots dans la bouche de Verlaine la Vierge folle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;&#233;coutons, la confession d'un compagnon d'enfer :&lt;br /&gt; &#212; divin &#233;poux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis sao&#251;le. Je suis impure. Quelle vie !&lt;br /&gt; Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encor plus tard, j'esp&#232;re !&lt;br /&gt; Plus tard, je conna&#238;trai le divin &#233;poux ! Je suis n&#233;e soumise &#224; Lui. L'autre peut me battre maintenant !&lt;br /&gt; Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, charg&#233;e du m&#233;pris des plus m&#233;prisables c&#339;urs...&lt;br /&gt; ...Je suis esclave de l'&#201;poux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce d&#233;mon-l&#224;. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fant&#244;me. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damn&#233;e et morte au monde&#8230; Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fra&#238;cheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !&lt;br /&gt; Je suis veuve... &#8212; J'&#233;tais veuve... &#8212; mais oui, j'ai &#233;t&#233; bien s&#233;rieuse jadis ... &#8212; Lui &#233;tait presque un enfant... Ses d&#233;licatesses myst&#233;rieuses m'avaient s&#233;duite. J'ai oubli&#233; tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie ! La vraie vie est absente&#8230; C'est un D&#233;mon, vous savez, ce n'est pas un homme.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie r&#233;elle, cette Saison, ces dix-huit mois avec Verlaine, Rimbaud y voit une impasse : sa tentative de changer la vie est un &#233;chec. Il quitte alors la sc&#232;ne litt&#233;raire. Il n'a que 21 ans et va d&#232;s lors courir le monde. En 1874 on le retrouve &#224; Londres avec Germain Nouveau, puis on le signale &#224; Stockholm, en Allemagne, en Autriche, en Italie, et m&#234;me &#224; Sumatra engag&#233; comme mercenaire des Hollandais pendant une semaine pour briser une r&#233;volte indig&#232;ne. En 1881, c'est l'aventure des trafics &#224; Chypre, puis &#224; Aden, enfin &#224; Harar qu'il ne quittera plus que pour revenir mourir d'une amputation de la jambe dans la salle commune de l'h&#244;pital de Marseille en 1891&#8230; apr&#232;s un ultime retour &#224; Charleville.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;titre_general&#034;&gt;Conclusion :&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre &lt;em&gt;Mauvais sang&lt;/em&gt; tir&#233; d'&lt;em&gt;Une Une saison en Enfer,&lt;/em&gt; il pr&#233;voit ce d&#233;part d&#233;finitif et sa vie future : &#171; &lt;em&gt;Me voici sur la place armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journ&#233;e est faite ; je quitte L'Europe. L'air marin br&#251;lera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du m&#233;tal bouillant, -comme faisaient ces chers anc&#234;tres autour des feux. Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'&#339;il furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serais oisif et brutal. Les femmes soignent ces f&#233;roces infirmes retours des pays chauds. Je serai m&#234;l&#233; aux affaires politiques. Sauv&#233;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Chers amis, je viens de vous parler de deux immenses po&#232;tes Rimbaud et Verlaine - en me vautrant dans je que j'appelle l'orni&#232;re Eve Ruggieri, vous savez, celle qui parle de musique sur Radio classique en &#233;voquant les amours des pianistes. Eh bien, je l'ai suivie sans vergogne dans cette orni&#232;re : j'ai parl&#233; des po&#232;tes, au lieu de me contenter de vous en lire leurs vers&#8230; Ce faisant, je vous prie de me pardonner d'avoir ce faisant, illustr&#233; cette maxime de Barbey d'Aurevilly :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; Aux historiens d'haleine courte, il reste la biographie.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;br /&gt; Causerie de juin 2014&lt;br /&gt; Les Amis du mus&#233;e Alain&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie :Alain et la religion &#224; travers les Propos de 1913</title>
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&lt;p&gt;Attention ! Les panneaux de la SNCF l'affirment : &#171; Un titre peut en cacher un autre ! &#187; Ne pensez pas que je vais exposer la pens&#233;e d'Alain sur la religion telle qu'elle appara&#238;tra plus tard dans Les Dieux, ou dans Les Entretiens au bord de la mer. Pas du tout ! Revenons &#224; notre titre : il pr&#233;cise qu'il s'agit des Propos sous-titr&#233;s Prom&#233;th&#233;e et publi&#233;s au cours de l'ann&#233;e 1913. On serait en droit de penser qu'il s'agit d'une coupe verticale de la pens&#233;e d'Alain &#224; ce moment pr&#233;cis. Est-ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Attention ! Les panneaux de la SNCF l'affirment : &#171; Un titre peut en cacher un autre ! &#187;&lt;/span&gt; Ne pensez pas que je vais exposer la pens&#233;e d'Alain sur la religion telle qu'elle appara&#238;tra plus tard dans &lt;em&gt;Les Dieux&lt;/em&gt;, ou dans &lt;em&gt;Les Entretiens au bord de la mer.&lt;/em&gt; Pas du tout ! Revenons &#224; notre titre : il pr&#233;cise qu'il s'agit des &lt;em&gt;Propos &lt;/em&gt;sous-titr&#233;s &lt;em&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/em&gt; et publi&#233;s au cours de l'ann&#233;e 1913. On serait en droit de penser qu'il s'agit d'une coupe verticale de la pens&#233;e d'Alain &#224; ce moment pr&#233;cis. Est-ce bien le cas ? Que non pas ! Car les Propos sont des textes &#233;crits chaque jour pour un journal &#224; propos des &#233;v&#232;nements du jour. Ce sont des textes de combat dont le ton et l'argumentation sont &#233;tudi&#233;s pour la pol&#233;mique ; on est assez loin de la nuance, de la complexit&#233; ou de la d&#233;licatesse de l'expos&#233; ex cathedra d'une pens&#233;e philosophique. Toutefois, de leur lecture, se d&#233;gagent clairement, sinon une doctrine, du moins quelques lignes de force que je vais &#233;voquer ci-apr&#232;s et qui sont repr&#233;sentatives de sa mani&#232;re de mener son combat quotidien contre le cl&#233;ricalisme. Bien entendu, je vais vous en parler en mettant en pratique ce qu'Alain recommande &#224; chacun : ne jamais consentir et approuver sans r&#233;flexion personnelle, m&#234;me s'il s'agit des Propos, et en pratiquant toujours l'irr&#233;v&#233;rence et l'impertinence qu'il exigeait, ce dont je ne vais pas me priver.&lt;br /&gt; Je commencerai par vous exposer comment le sous-titre choisi pour ces Propos nous &#233;claire sur la d&#233;marche philosophique d'Alain en mati&#232;re de religion. Ensuite, je montrerai que si Alain admire le message &#233;vang&#233;lique, il combat la religion qui l'incarne, essentiellement le catholicisme. Nous verrons ensuite que ce combat se concentre encore en 1913 autour de la question scolaire. Enfin, en conclusion, nous laisserons Alain nous exposer comment en 1913 l'approche in&#233;luctable de la Grande Guerre le conduit &#224; &#233;largir son combat.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;I. Mais pour commencer, examinons le sous-titre - &lt;em&gt;Prom&#233;th&#233;e&lt;/em&gt; - que Marie Monique Morre Lambelin en accord avec Alain, a donn&#233; &#224; la plupart des &lt;em&gt;Propos&lt;/em&gt; traitant de religion, mais pas &#224; tous.&lt;/span&gt; Ce sous-titre n'a pas &#233;t&#233; choisi au hasard. Le mythe de Prom&#233;th&#233;e me semble r&#233;sumer la d&#233;marche philosophique suivie par Alain en mati&#232;re de religion. Le Titan Prom&#233;th&#233;e donne le feu aux hommes, c'est-&#224;-dire qu'il leur apporte la connaissance et leur permet ainsi, par l'usage de la raison de se d&#233;gager progressivement de la glaise des superstitions, des croyances, de tous ces contes qu'Alain appelle la religion. En suivant ce parcours de lib&#233;ration, les hommes deviennent semblables aux dieux, c'est-&#224;-dire qu'ils deviennent libres. Ce parcours d&#233;crit par Auguste Comte qui fait passer l'Humanit&#233; de l'&#233;tat th&#233;ologique &#224; l'&#233;tat m&#233;taphysique, puis &#224; l'&#233;tat positif, est largement d&#233;velopp&#233; par Alain dans plusieurs de ses Propos. Le 19 f&#233;vrier 1913 et le 6 mars, il nous montre les d&#233;buts de l'Humanit&#233; englu&#233;s dans la superstition : &lt;em&gt;&#171; Quand on pense aux peuplades les plus arri&#233;r&#233;es et m&#234;me aux anciens Grecs, on est &#233;tonn&#233; de la puissance des songes&#8230; &#187; &#171; Les dieux d'Hom&#232;re me g&#226;tent l'Iliade&#8230; leurs passions m&#234;me sont r&#233;gl&#233;es au Conseil des dieux&#8230; Ainsi, est d&#233;j&#224; dessin&#233;e cette th&#233;ologie accablante pour l'esprit&#8230; l'Homme s'agite et Dieu le m&#232;ne&#8230; La belle histoire quand on l'aura tout &#224; fait purifi&#233;e, sera la nouvelle Iliade. &#187;&lt;/em&gt; Cette purification, c'est tout le combat philosophique, un combat que chacun de nous doit mener pour sortir de l'enfance et de son environnement primitif. Alain en a fait l'exp&#233;rience comme il nous le r&#233;v&#232;le dans un Propos du 15 d&#233;cembre : &lt;em&gt;&#171; Et pour mon compte, quoique j'ai servi la messe &#224; 10 ans, d&#232;s mes 14 ans, j'&#233;tais bien loin de toute leur mythologie&#8230; &#187;&lt;/em&gt; On imagine Alain sourire en &#233;voquant dans &lt;em&gt;&#171; Portraits de famille &#187; : &#171; j'&#233;tais un champion dans l'art de r&#233;pondre vite et de faire voltiger le Missel&#8230; avec l'abb&#233; Richer le jour de la f&#234;te du Principal, nous galopions une messe&#8230; et les s&#339;urs &#233;taient perdues&#8230; dans les choux. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;II. Ce combat que l'on doit mener contre toutes les croyances pour se d&#233;gager de l'Humanit&#233; primitive,&lt;/span&gt; c'est un combat sans cesse recommenc&#233; contre la religion. Mais qu'est-ce que la religion pour Alain ?&lt;br /&gt; Pour Alain, la religion n'est pas le message &#233;vang&#233;lique d'amour, de justice, d'&#233;galit&#233;. Ce message, au contraire, il l'admire. Mais laissons-lui la parole. Le 11 mars, le 11 f&#233;vrier et encore le 7 juin, il affirme : &lt;em&gt;&#171; Il est bien facile de rendre justice &#224; l'&#201;glise. L'id&#233;e d'une doctrine morale universelle, devant laquelle les riches et les puissants ne p&#232;sent pas plus qu'une pauvre bonne femme est certainement la plus haute id&#233;e qui se soit montr&#233;e sur cette plan&#232;te&#8230; Aucun r&#233;volutionnaire n'a exprim&#233; plus fortement l'&#233;galit&#233; des droits et le fond de la v&#233;ritable dignit&#233;. &#187; &#171; J'ai souvent dit, et je vois clairement que dans toute religion il y a une revendication d'ordre moral, une protestation de c&#339;ur contre la guerre, contre tout le d&#233;sordre humain&#8230; &#187; &#171; &#8230; toujours contre les puissances, toujours &#233;galitaire, toujours r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Ce message, Alain constate qu'il est confisqu&#233; par le clerg&#233;&lt;/span&gt; qui n'est compos&#233; que de puissants, de riches, d'importants, tout ce qu'Alain appelle &#171; &lt;em&gt;les Forces&lt;/em&gt; &#187;. Et ce clerg&#233; a d&#233;natur&#233; ce message &#233;vang&#233;lique parce qu'il ne pouvait en supporter le caract&#232;re r&#233;volutionnaire contraire &#224; ses int&#233;r&#234;ts. Le 11 mars, Alain &#233;crit : &lt;em&gt;&#171; &#8230; les catholiques tiennent pour les forces, pour les puissances, pour les riches... Le catholicisme se nie lui-m&#234;me&#8230; &#187; &lt;/em&gt;Et le 7 juin et encore le 20, il ajoute : &lt;em&gt;&#171; C'est m&#234;me assez inexplicable que des hommes nourris de bons principes, comme le m&#233;pris des richesses, du luxe et des vanit&#233;s, et l'estime des seules valeurs morales, s'accordent comme d'instinct avec toutes les forces tyranniques de ce monde&#8230; alors que ce clerg&#233;, par la force des maximes &#233;vang&#233;liques, devrait &#234;tre &#233;galitaire, pacifiste et socialiste&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Le clerg&#233; a r&#233;duit le message &#233;vang&#233;lique r&#233;volutionnaire &#224; une gentille religion tranquille&lt;/span&gt; qui ne se pr&#233;occupe plus du pr&#233;sent, mais seulement de l'au-del&#224; : Le Propos du 4 juillet intitul&#233; La Religion tranquille est explicite : &#171; &lt;em&gt; &#8230; les jeunes religions attaquent l'ordre &#233;tabli&#8230; (puis) la tranquille croyance remplace la Foi&#8230; Voil&#224; la religion selon le j&#233;suite. C'est une &#233;ducation, c'est une politesse&#8230; Je parierais qu'un j&#233;suite encore jeune a &#233;crit un trait&#233; &#034;De ne pas trop croire&#034;&#8230; &#187; &lt;/em&gt;Le 11 mars dans son Propos intitul&#233; &lt;em&gt;&#171; La Vraie Foi &#187; &lt;/em&gt;Alain &#233;crit &lt;em&gt;&#171; &#8230; le mythe a charm&#233; et endormi les fid&#232;les&#8230; L'in&#233;galit&#233; ? L'injustice ? La guerre ? Ce sont des d&#233;sordres d'un instant qui ne comptent gu&#232;re en regard des sanctions &#233;ternelles&#8230; &#187; &lt;/em&gt;et le 1er avril : &lt;em&gt;&#171; Esp&#233;rer en contemplant, au lieu d'esp&#233;rer en agissant, voil&#224; l'erreur du moine. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Le 16 f&#233;vrier, il pr&#233;cise que c'est la Transcendance, l'existence de Dieu lui-m&#234;me qui d&#233;samorce le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de l'&#201;vangile : &lt;em&gt;&#171; Ce qui g&#226;te la religion, c'est la croyance en Dieu et l'id&#233;e d'une vie future aupr&#232;s de laquelle celle-ci n'est qu'une &#233;preuve et une pr&#233;paration. Ces croyances conduisent &#224; tout accepter et &#224; ne rien faire. &#187;&lt;/em&gt; Et le 6 mars, il va jusqu'&#224; la&#239;ciser totalement l'&#201;vangile afin de le cantonner au seul pr&#233;sent : &lt;em&gt;&#171; Nul destin&#8230; nul Dieu dans les nuages. Le h&#233;ros seul sur sa petite plan&#232;te, seul avec les dieux de son c&#339;ur&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;La religion pour Alain, c'est tout ce que le clerg&#233; a ajout&#233; au fil des si&#232;cles au message &#233;vang&#233;lique :&lt;/span&gt; ce qu'il appelle cette &#171; &lt;em&gt; th&#233;ologie accablante pour l'esprit&#8230; &#187; &lt;/em&gt;avec ses rites, ses pratiques, ses superstitions de toutes sortes qui &#233;vacuent la raison et jouent exclusivement sur les sentiments et sur les passions avec une violence qui finit estime-t-il par menacer la soci&#233;t&#233; ; pour d&#233;crire ce processus, Alain emploie le mot d'effervescence. Les deux Propos du 7 janvier et du jour de No&#235;l montrent pourquoi il estime que cette effervescence religieuse peut mener tr&#232;s loin : &lt;em&gt;&#171; Ce qui est redoutable, c'est le consentement, l'enthousiasme, l'adoration&#8230; la religion elle-m&#234;me qui n'est qu'un recueil de contes pu&#233;rils&#8230; seulement, cela n'est qu'un pr&#233;texte pour une prodigieuse Effervescence. &#187; &#171; &#8230; ces moyens, emprunt&#233;s &#224; la Sauvagerie ne servent pas seulement &#224; prouver le Paradis, l'Enfer, l'Eucharistie. Ils sont ferments de guerre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; C'est l&#224;, pour Alain, la justification du combat qu'il m&#232;ne contre toutes les religions effervescentes, essentiellement la catholique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;L'&#201;glise a trahi l'&#201;vangile, vient de nous d&#233;montrer Alain.&lt;/span&gt; Et vous savez qui sont, d'apr&#232;s lui les nouveaux cur&#233;s, les vertueux qui portent et vivent cet &#201;vangile de justice, d'&#233;galit&#233; et d'amour ? Amis auditeurs, ouvrez grand vos oreilles, ce que vous allez entendre est &#233;tonnant : Ce sont les radicaux, les libres penseurs, les mat&#233;rialistes nous affirme-t-il le 8 octobre dans ce Propos intitul&#233; &lt;em&gt;Les Vertus du Pr&#234;tre&lt;/em&gt; que je me fais une joie de vous citer : &lt;em&gt;&#171; Oui, tout ce qui est respectable dans l'&#201;glise, c'est nous qui le conservons et le portons comme un drapeau. L'&#201;glise ne s'en soucie gu&#232;re&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Si elle s'en souciait : &#171; les patronages catholiques seraient tout aussi r&#233;volutionnaires d'esprit que les coop&#233;ratives socialistes&#8230; &#187; &#192; mon avis, il n'y a aucune raison d'en rester l&#224;. C'est aussi l'avis d'Alain. Le 22 juillet dans son Propos intitul&#233; &lt;em&gt;L'id&#233;e Mat&#233;rialiste&lt;/em&gt; il ne laisse aucun doute : &lt;em&gt;&#171; c'est le hardi mat&#233;rialiste qui neuf fois sur dix, ose vouloir la justice et annoncer les forces morales&#8230; &#187;&#8230; &#171; Mais dans le fait, qui enseigne aujourd'hui une telle doctrine ? L'instituteur lui-m&#234;me&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;III. Alain vient de me fournir la transition. Avec l'instituteur, on arrive au c&#339;ur de cette partie de bras de fer&lt;/span&gt; qui a dur&#233; trente ans entre l'&#233;glise et le radicalisme : la question scolaire. L'&#233;cole, c'est le terrain privil&#233;gi&#233; o&#249; les hussards noirs de la R&#233;publique sont en premi&#232;re ligne pour mener le combat contre les Forces et contre l'Effervescence, en un mot contre le catholicisme. &#201;coutons Alain le 11 mars : &lt;em&gt;&#171; Ce n'est pas l'&#233;cole qui est sans Dieu, c'est l'&#201;glise qui est sans Dieu. &#187; &lt;/em&gt;Et le 10 octobre, il ajoute : &#171; &lt;em&gt; L'&#201;glise n'est pas juge de la neutralit&#233;. Un pr&#234;tre et un &#233;v&#234;que sont suspects lorsqu'ils la r&#233;clament&#8230; Par exemple, les &#233;v&#234;ques crieront si l'&#233;cole est sans Dieu comme ils disent, mais si l'&#233;cole en revenait aux devoirs envers Dieu selon Voltaire ou selon Jean-Jacques, ce serait d'autres cris. &#187;&lt;/em&gt; Le 21 juin, avec son Propos intitul&#233; &lt;em&gt;Neutralit&#233;&lt;/em&gt;, il revient sur ce th&#232;me : &lt;em&gt;&#171; Ils crient parce que l'on ne veut pas enseigner la religion &#224; l'&#233;cole. Mais si on l'enseignait, qu'est-ce qu'ils diraient ? Car Dieu n'est pas conservateur, Dieu est r&#233;volutionnaire et &#233;galitaire. Pharisiens, Pharisiens, ne souhaitez pas trop que l'instituteur se mette &#224; aimer Dieu&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;IV. Amis d'Alain, vous avez &#233;t&#233; sages ! Il est temps de siffler une r&#233;cr&#233;ation.&lt;/span&gt; Pour vous d&#233;lasser un peu avant de conclure, je vous rappellerai que le style, c'est l'homme. J'avoue avoir eu grand plaisir &#224; lire ces Propos de 1913 la plume &#224; la main. J'y ai constat&#233; &#224; maintes reprises, que le combat anticl&#233;rical passionne Alain &#224; tel point, qu'il emprunte souvent le langage de l'adversaire. Chez lui, comme chez beaucoup d'&#233;crivains de l'&#233;poque - je pense &#224; A. France, &#224; A. Gide, ou encore &#224; Renan ou au &#034;petit p&#232;re Combe - la sacristie n'est jamais tr&#232;s loin et ils finissent par en emprunter les termes, le ton, et parfois l'argumentaire. Non pas parce que Renan ou Combe sont des ex-s&#233;minaristes ou parce qu'Alain a servi la messe de 10 &#224; 14 ans. Non, pour cette g&#233;n&#233;ration, c'est plut&#244;t une question de culture : on connaissait alors ce que l'on combattait. Pour en revenir &#224; Alain, Un Propos est intitul&#233; &lt;em&gt;L'&#201;vangile nouveau &lt;/em&gt;(2542), un autre La Vraie foi (2547). Dans L'&#201;vangile nouveau, il &#233;voque les trois Vertus th&#233;ologales : La Foi, l'Esp&#233;rance et la Charit&#233;. S'il le fait, c'est &#224; la fois qu'il les connaissait, mais c'est aussi que ses lecteurs comprenaient ces mots. Aujourd'hui, qui les conna&#238;t ? Dans La Vraie Foi, il &#233;crit : &#171; &lt;em&gt; C'est la perfection humaine que nous devons adorer et servir &#187;&lt;/em&gt;, pour les connaisseurs que vous &#234;tes, c'est l&#224; une transparente paraphrase du 1er des 10 commandements. Juste apr&#232;s, il pr&#233;cise : &lt;em&gt;&#171; c'est ce qu'il faut se mettre &#224;&#8230; r&#233;aliser par la pens&#233;e, par la parole et par l'action. &#187; &lt;/em&gt;Toujours pour les amateurs que nous sommes, c'est l&#224; une r&#233;miniscence exacte du Confiteor. Certains titres de Propos &#233;voquent des paraboles, Le Moissonneur (2613) ou Le Pharisien (2632). Le 9 juillet, il reprend l'injonction du Christ &#224; Lazare : &#171; &lt;em&gt; Il y a un sens profond dans ce mot qui a retenti par toute la terre : L&#232;ve-toi et marche. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Parfois, il se montre si passionn&#233; par son sujet qu'il frise le proph&#233;tique et l'&#233;pique. Je retrouve quelque chose du ton de P&#233;guy ou de L&#233;on Bloy dans le Propos 2600 intitul&#233; &lt;em&gt;Jeanne d'Arc : &#171; La Foi contre la Religion&#8230; tout un peuple inspir&#233; ; la justice affirm&#233;e ; la R&#233;v&#233;lation directe par toutes les voix du Ciel et de la terre&#8230; La Paix &#233;crasant la guerre sans un &#233;clair de haine&#8230; La Cr&#233;dulit&#233; contre la Foi&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Quant &#224; la conclusion, est-ce Alain ou Victor Hugo qui l'&#233;crit ? &#171; &lt;em&gt; Saintet&#233; du travail, clairvoyance du peuple, perfidie des grands, Splendeur du Droit ; Guerre &#224; la guerre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Le temps est h&#233;las ! venu de conclure.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Comme on vient de le voir, le combat religieux a mobilis&#233; les &#233;nergies d'une &#233;lite politique et intellectuelle du tournant du si&#232;cle. En ce d&#233;but du XXe si&#232;cle, les &#233;nergies doivent pourtant se porter massivement sur un autre front. Car depuis 1870, une autre &lt;em&gt;&#171; effervescence &#187;&lt;/em&gt;, un &lt;em&gt;&#171; &#201;vangile nouveau &#187; &lt;/em&gt;beaucoup plus inqui&#233;tant que la religion ancienne se d&#233;veloppe sans frein en entra&#238;nant vers l'ab&#238;me toute une soci&#233;t&#233; consentante : le nationalisme. Le Propos 2681 intitul&#233; pr&#233;cis&#233;ment &lt;em&gt;&#171; La Religion nouvelle &#187;&lt;/em&gt; braque le projecteur sur ce p&#233;ril imminent et nous r&#233;v&#232;le toute l'inqui&#233;tude d'Alain : &lt;em&gt;&#171; Les religions dont on parle dans les livres, personne n'y croit plus gu&#232;re, si ce n'est par raffinement d'historien. Et nous baignons jusqu'au cou dans la religion nouvelle qui a la Patrie pour dieu&#8230; Les religions des temps modernes furent toutes, au fond, des revendications de l'Id&#233;e contre la Force&#8230; c'&#233;tait l'affirmation que la destin&#233;e de l'Homme est au-dessus de ses besoins animaux&#8230; l'Id&#233;e r&#233;sistait aux forces, et la Fraternit&#233; Universelle, utopie sans doute, &#233;tait du moins un noble r&#234;ve, objet principal du culte. L'irr&#233;ligion a triomph&#233; et sans pr&#233;caution on peut le dire, elle en est bien punie. Car par une esp&#232;ce d'Utilitarisme id&#233;alis&#233;, nous en sommes venus &#224; diviniser les mesures de police, la violence n&#233;cessaire, la Force enfin&#8230; le Temporel s'est par&#233; des plus brillantes d&#233;pouilles du Spirituel. Les plus mod&#233;r&#233;s parmi les croyants disent bien encore que la guerre est une dure n&#233;cessit&#233;, comme la prison ou l'&#233;chafaud. Mais la mystique de la guerre les tient. Malgr&#233; eux, par une contagion irr&#233;sistible, ils ne parlent point de d&#233;fense nationale&#8230; sans une &#233;motion religieuse, comme si le meilleur d'eux-m&#234;mes attendait et esp&#233;rait, comme dans une pri&#232;re, l'&#233;preuve du sang, l'&#233;preuve r&#233;g&#233;n&#233;ratrice &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;commentaire&#034;&gt; Alain &#233;crivait ces lignes le 24 juillet 1913, &#224; propos du d&#233;fil&#233; du 14 juillet, un an et neuf jours avant le 2 ao&#251;t 14.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;signature&#034;&gt; Le fl&#226;neur Textuel&lt;br /&gt; devant les Amis du Mus&#233;e Alain&lt;br /&gt; octobre 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Causerie : Richelieu, L'&#233;p&#233;e, la mitre, le chapeau, l'argent, la plume : </title>
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		<dc:date>2008-04-16T10:03:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Marie Legoeuil</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un destin fulgurant &#224; l'&#226;ge baroque &lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTIONJ.L. B&#233;nel m'avait demand&#233; un sujet historique. Je ne pouvais choisir un sujet d'Histoire relatif &#224; N&#238;mes, car c'est vous qui en &#234;tes les sp&#233;cialistes. Mais il me fallait quelqu'un qui avait quand m&#234;me un rapport avec N&#238;mes&#8230; un peu comme moi n&#233; de l'autre c&#244;t&#233; du pont de Vierne, rue Adrien, mais qui n'ai jamais v&#233;cu &#224; N&#238;mes&#8230; Il m'est alors revenu un tr&#232;s vieux souvenir : il y a 30 ans, je passais quelques jours de vacances du c&#244;t&#233; de Langogne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique22" rel="directory"&gt;Causeries&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 style=&#034;text-align: left;&#034;&gt;&lt;em&gt;Un destin fulgurant &#224; l'&#226;ge baroque&lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;J.L. B&#233;nel m'avait demand&#233; un sujet historique. Je ne pouvais choisir un sujet d'Histoire relatif &#224; N&#238;mes, car c'est vous qui en &#234;tes les sp&#233;cialistes. Mais il me fallait quelqu'un qui avait quand m&#234;me un rapport avec N&#238;mes&#8230; un peu comme moi n&#233; de l'autre c&#244;t&#233; du pont de Vierne, rue Adrien, mais qui n'ai jamais v&#233;cu &#224; N&#238;mes&#8230; Il m'est alors revenu un tr&#232;s vieux souvenir : il y a 30 ans, je passais quelques jours de vacances du c&#244;t&#233; de Langogne &#224; La Bastide et dans un des hameaux tr&#232;s recul&#233;s de ce village, je consid&#233;rais les quatre ou cinq maisons, bien b&#226;ties, en bonne pierre et visiblement du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; qui m'intriguaient. Un cur&#233; sort de nulle part&#8230; c'&#233;tait au bon vieux temps o&#249; il y avait toujours un cur&#233; pouvant sortir de nulle part... &#224; qui je fis part de mon &#233;tonnement. Et il me raconta que lorsque Louis XIII signa la Paix de Montpellier le 18 octobre 1622, on envoya dans toutes les C&#233;vennes des crieurs charg&#233;s de proclamer cette excellente nouvelle : les bourgeois des villes huguenotes sont condamn&#233;s &#224; payer en bons et loyaux &#233;cus royaux la d&#233;molition de leurs remparts, dont ceux de N&#238;mes. On remit cela en 1629. Des hordes de jeunes et solides va-nu-pieds descendirent en masse de leurs montagnes C&#233;venoles et s'en revinrent au pays avec des salaires qui, dans ces endroits d&#233;laiss&#233;s (c'est le Parisien qui parle), passent pour des fortunes et s'en servirent pour reb&#226;tir leurs maisons en dur. J'avais &#8211; gr&#226;ce &#224; ce cur&#233; - trouv&#233; mon sujet&#8230; ce serait Richelieu : un personnage qui avait un peu s&#233;journ&#233; &#224; N&#238;mes ou &#224; c&#244;t&#233; &#224; deux reprises et y avait laiss&#233; un souvenir marquant pour ne pas dire cuisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'attendez pas un cours d'Histoire de ma part, sinon vous auriez choisi un historien. N'&#233;tant qu'un amateur, je m'en vais simplement &#233;clairer quelques-unes des facettes qui m'ont fascin&#233; dans ce personnage si caract&#233;ristique de cette &#233;poque que l'on qualifie habituellement de baroque et qui va en gros du sacre d'Henri IV (1594) &#224; la prise de pouvoir de Louis XIV &#224; la mort de Mazarin en 1661. Toute cette &#233;poque est une &#233;poque tr&#232;s troubl&#233;e, domin&#233;e par de puissantes personnalit&#233;s et par deux p&#233;riodes de r&#233;gence : Henri IV, puis la R&#233;gence de cette forte femme que fut Marie de M&#233;dicis, un duo d'exception avec Louis XIII et Richelieu, puis &#224; nouveau une R&#233;gence, celle de Anne d'Autriche avec le cardinal Mazarin au pouvoir que Richelieu avait pris &#224; son service avant sa mort. Notre personnage de ce soir occupe le mitan de cette p&#233;riode : je rappelle que Richelieu na&#238;t en 1585 et meurt en 1642 et que Louis XIII n&#233; en 1601, meurt l'ann&#233;e suivant son ministre en 1643.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Richelieu, nous allons &#233;voquer un personnage dont la personnalit&#233; et la vie illustrent le gouffre qui s&#233;pare notre si&#232;cle de l'&#233;poque baroque et l'ab&#238;me qui s&#233;pare notre mentalit&#233; de celle des hommes et des femmes de ces temps pr&#233;classiques. &lt;br/&gt;Dans un si&#232;cle comme le n&#244;tre, o&#249; l'on pratique syst&#233;matiquement l'anachronisme en voulant &#224; tout prix juger l'Histoire selon nos crit&#232;res actuels et soupeser leurs acteurs &#224; l'aune de nos morales, il est particuli&#232;rement d&#233;capant de jeter un &#339;il sur ces temps baroques tout en laissant nos pr&#233;jug&#233;s au parking o&#249; nous avons laiss&#233; nos voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, nous n'allons pas suivre un plan rigoureux. Je vous propose seulement de gambader dans la vie de Richelieu, de fl&#226;ner dans cette &#233;poque baroque, non pas en suivant une ligne droite chronologique, mais au contraire sur ces &#171; chemins aux sentiers qui bifurquent &#187; qui &#233;taient si chers &#224; Jorge Luis Borges.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;I. &#201;voquer Richelieu, c'est emprunter un chemin qui traverse la majeure partie de l'&#233;poque baroque.&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On qualifie cette &#233;poque de baroque. Baroque, on peut donner la d&#233;finition suivante : &#171; une esth&#233;tique caract&#233;ris&#233;e par le mouvement, la profusion, la tension, le bouillonnement et la recherche permanente de la libert&#233;, de la grandeur et du panache. &#187; L'&#233;poque exprime bien tous ces qualificatifs que nous verrons sans cesse revenir dans notre causerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, on a l'impression que tout est th&#233;&#226;tre, que tout est mis en sc&#232;ne, m&#234;me les choses les plus s&#233;rieuses, m&#234;me les choses les plus sacr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi de plus sacr&#233; qu'une &#233;glise ? Surtout &#224; l'&#233;poque. Eh bien, prenons un exemple local : la chapelle des P&#233;nitents blancs de Valr&#233;as, la fameuse &#171; enclave des Papes &#187; dans le Vaucluse : &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/VALREAS 1-dcb99.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;Comme on le voit sur cette photo, on entre dans cette longue salle rectangulaire au d&#233;cor exub&#233;rant. Au bout, le ma&#238;tre autel, zone centrale du Myst&#232;re Eucharistique trait&#233; comme un plateau de th&#233;&#226;tre : une grille (la table de communion) &#8211; sorte de fosse d'orchestre - s&#233;pare l'espace ; ensuite, trois marches acc&#232;dent au ma&#238;tre autel sur&#233;lev&#233;. La cloche vient de sonner annon&#231;ant le divin Myst&#232;re Eucharistique ; deux anges ont ouvert le rideau rouge qui descend du plafond sur l'autel et le tabernacle ; au-dessus de l'autel, une gloire dor&#233;e jette un flot de lumi&#232;re sur la sc&#232;ne. C'est une trag&#233;die qui va se jouer.&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/VALREAS 2-e05a0.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt; Le programme vous est clairement annonc&#233; : cela se passe au Ciel, le d&#233;cor peint sur le fond tout autour de l'autel c'est un ciel nocturne azur&#233;en &#233;toil&#233; d'or. Il y aura le sacrifice et la mort vous indique le grand crucifix pos&#233; sur le sol &#224; droite ; il y aura la R&#233;surrection et la compassion comme le montre au plafond le c&#339;ur rouge transperc&#233; surmont&#233; d'un dais d'or. La Messe peut commencer&#8230; lorsque le Sacrifice est accompli, lorsque le rideau va tomber sur l'autel, vous vous retournez pour sortir : la porte qui donne sur l'ext&#233;rieur est encadr&#233;e elle aussi d'un double rideau rouge. Les rideaux sont tenus par des embrasses, il n'y a pas d'anges pour les entrouvrir : car vous quittez le th&#233;&#226;tre du Ciel pour entrer dans le vaste th&#233;&#226;tre du monde. La porte &#233;blouissante de lumi&#232;re montre que le monde n'est que tentation de Lucifer le porteur de Lumi&#232;re&#8230; et pourtant, au-dessus de la porte, le s&#233;v&#232;re crucifix et le tableau du Christ mort vous rappellent les Paroles de l'Eccl&#233;siaste : Vanitas, Vanitatis, tout n'est que vanit&#233; ici-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH141/VALREAS 3-b4fec.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='141' /&gt;Dans cette chapelle, on est bien sur la sc&#232;ne d'une trag&#233;die de Shakespeare qui faisait dire &#224; Macbeth en 1605 : &lt;br/&gt; &lt;i&gt;&#171; La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s'agite durant son heure sur la sc&#232;ne et qu'ensuite on n'entend plus. C'est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une esth&#233;tique de &#171; grandeur, de tension, de bouillonnement, de panache &#187; cela ne vous rappelle rien ? Le Corneille de vos &#233;tudes ? Le Cid et le conflit un brin emphatique entre l'honneur et le devoir filial d'une part et l'amour d'autre part. Rappelez-vous ces vers fameux, Acte I sc&#232;ne VI qui exposent le fond du probl&#232;me : le Comte &#8211; p&#232;re de Chim&#232;ne- vient de souffleter Don Di&#232;gue p&#232;re de Rodrigue. Don Di&#232;gue trop vieux vient de demander &#224; son fils de le venger. Rodrigue, fianc&#233; de Chim&#232;ne expose ainsi son dilemme :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;Contre mon propre honneur, mon amour s'int&#233;resse : &lt;br/&gt;Il faut venger un p&#232;re, et perdre une ma&#238;tresse. &lt;br/&gt;L'un m'anime le c&#339;ur l'autre retient mon bras. &lt;br/&gt;R&#233;duit au triste choix ou de trahir ma flamme, &lt;br/&gt;Ou de vivre en inf&#226;me, &lt;br/&gt;Des deux c&#244;t&#233;s mon mal est infini. &lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Nous reparlerons plus loin de la fameuse Querelle du CID qui agita Paris en 1637. La trag&#233;die, c'est bien la grande affaire de l'&#233;poque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi la le&#231;on du bon La Fontaine, comme il l'&#233;crit dans sa Fable &#171; Mercure et le B&#251;cheron &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; C'est une ample com&#233;die &#224; cent actes divers&lt;br/&gt;Et dont la sc&#232;ne est l'Univers&#8230; &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;poque o&#249; vivait notre Cardinal est bien un th&#233;&#226;tre, tragique&lt;/strong&gt; bien s&#251;r, une &#233;poque o&#249; la vie et la mort sont mises en sc&#232;ne avec une recherche du panache qui fr&#244;le l'emphase, la grandiloquence, l'enflure m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prenons un exemple, c&#233;l&#232;bre qui frappa les contemporains : le complot de De Thou et de Cinq-Mars : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en 1642 : dans un an, Richelieu, Marie de M&#233;dicis et Louis XIII seront morts. &lt;br/&gt;Deux jeunes hommes, Jacques Auguste De Thou 38 ans, Conseiller d'&#201;tat, Ma&#238;tre de la Librairie, favori de Gaston d'Orl&#233;ans fr&#232;re du Roi et Henri Coiffier de Ruz&#233; d'Effiat marquis de Cinq-Mars 22 ans, favoris du Roi ; on l'appelait &#171; Monsieur Grand &#187;, car il &#233;tait Grand &#201;cuyer de France. Ces deux hommes, riches, puissants, au sommet de la pyramide sociale ourdissent avec Gaston Duc d'Orl&#233;ans, fr&#232;re du Roi, un complot pour abattre Richelieu. Pour perdre le Cardinal dans l'esprit du Roi, ils signent un Trait&#233; secret avec l'ennemi jur&#233; de la France, la Cour d'Espagne. Trahison et l&#232;se-majest&#233;. D&#233;masqu&#233;s, ils sont condamn&#233;s &#224; mort, et d&#233;capit&#233;s sur la Place des Terreaux &#224; Lyon le 12 septembre 1642.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;cit du proc&#232;s et du supplice exprime la quintessence de l'esprit baroque o&#249; la mort est le prix &#224; payer pour la recherche effr&#233;n&#233;e de la libert&#233;.&lt;/strong&gt; Libert&#233; des Grands contre l'absolutisme royal en train de se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premier Acte :&lt;/strong&gt; La sc&#232;ne s'ouvre sur le ch&#226;teau de Tarascon. Louis XIII et le Cardinal y sont tous deux malades et alit&#233;s et communiquent par messagers. Ils sont au plus mal : Richelieu mourra trois mois plus tard et le Roi le suivra peu apr&#232;s. Comme dans un vaudeville, le 11 juin 1642, le Cardinal re&#231;oit une copie du Trait&#233; des conjur&#233;s. C'est la Reine Anne d'Autriche la femme de Louis XIII &#8211; princesse espagnole - qui en aurait re&#231;u l'information de la Cour d'Espagne. Le proc&#232;s aura lieu &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte 2 : &lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;Le Cardinal remonte le Rh&#244;ne en bateau hal&#233; par des b&#339;ufs. &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH157/De Thou rhone-4f8cf.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='157' /&gt;Cet &#233;quipage remorque une barque avec de Thou gard&#233; par des Mousquetaires. Cinq-Mars, quant &#224; lui, apr&#232;s avoir fait une tentative d'&#233;vasion, est transf&#233;r&#233; &#224; Lyon en carrosse escort&#233; par 600 gardes &#224; cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte 3 Proc&#232;s et sentence.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;Apr&#232;s la lecture de la sentence, les deux condamn&#233;s se confessent pendant une heure chacun, puis De Thou demande de l'encre et du papier et r&#233;dige un legs de 300 livres &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/Cinq MArs De Thou Rhone c-7f535.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;pour construire une chapelle dans l'&#233;glise des Cordeliers de Tarascon pour rappeler qu'il y avait fait dans la un v&#339;u pour sa d&#233;livrance et il en r&#233;dige ainsi l'inscription : &lt;br/&gt;&lt;em&gt; &#171; Au Christ Lib&#233;rateur, selon le v&#339;u fait pour &#234;tre lib&#233;r&#233; de prison, je m'en acquitte le 12 septembre 1642 au moment d'&#234;tre lib&#233;r&#233; de la prison de la vie, je crois en toi Seigneur qui m'a exauc&#233;&#8230; &#187;&lt;/em&gt; (selon ma traduction tr&#232;s libre&#8230;) Ce monsieur ne manque pas d'humour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L360xH270/Cinq MArs de Thou Supplice-8f6fd.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='360' height='270' /&gt;Pendant ce temps, les deux condamn&#233;s &#233;changent entre eux ou avec leurs confesseurs j&#233;suites des sentences en latin tir&#233;es des &#233;vangiles ou des po&#232;tes. Un exemple : de Thou un peu amer, explique &#224; son confesseur que favori du Roi, il s'&#233;tait fait d'excellents amis dont il n'a plus entendu parler depuis son arrestation, et le J&#233;suite lui r&#233;pond en citant Ovide :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt; &lt;i&gt;&#171; Heureux, vous trouverez des amiti&#233;s nombreuses,&lt;br/&gt;Si le temps se couvre, vous serez seul. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Ce que Rutebeuf avait traduit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;&lt;i&gt; &#171; Ce sont amis que vent emporte&lt;br/&gt;Or il ventait devant ma porte&lt;br/&gt;Les emporta&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les Stances du Cid dont on vient de parler, Cinq-Mars et de Thou d&#233;lib&#232;rent pour savoir qui serait le premier &#224; mourir : Cinq-Mars r&#233;clame de mourir en premier, car il &#233;tait le plus coupable, notamment d'avoir pouss&#233; son ami &#224; le rejoindre dans ce complot ; De Thou estime qu'en tant qu'a&#238;n&#233;, la premi&#232;re place lui revient de droit&#8230; Le J&#233;suite trancha &#224; la j&#233;suite : de Thou en tant qu'a&#238;n&#233; se devait &#234;tre le plus g&#233;n&#233;reux et donc il devait arr&#234;ter de disputer la pr&#233;s&#233;ance &#224; Cinq-Mars. De Thou accepta ce jugement &#224; la Salomon en disant &#224; Cinq-Mars : &#171; Bien, Monsieur, vous voulez m'ouvrir le chemin &#224; la gloire. &#187; Puis ils mont&#232;rent dans le carrosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;De Thou, fort civil, d&#233;clare &#224; ses gardes : &#171; Messieurs, quel exc&#232;s de bont&#233; de nous conduire &#224; la mort en carrosse, nous qui m&#233;ritons d'&#234;tre charri&#233;s sur un tombereau ou d'&#234;tre tra&#238;n&#233;s sur une claie. &#187; &lt;br/&gt;Parvenus sur le lieu de l'ex&#233;cution Cinq-Mars et de Thou font &#171; un beau compliment &#224; leurs juges &#187;, et saluent la foule, qui se presse &#171; devant le palais, aux fen&#234;tres et sur les toits des maisons &#187;. &lt;br/&gt;Cinq-Mars entreprend de monter l'&#233;chelle de l'&#233;chafaud &lt;i&gt;&#171; avec une adresse et une gaiet&#233; majestueuse &#187; lorsqu'un archer lui enl&#232;ve son chapeau. Cinq-Mars proteste, le pr&#233;v&#244;t r&#233;primande l'archer et lui remet son chapeau. Prenant pied sur l'estrade, il &#171; se met en une bonne posture, ayant avanc&#233; un pied et mis la main au c&#244;t&#233;, il consid&#233;ra haut et bas cette vaste assembl&#233;e d'un visage assur&#233; et avec un beau maintien ,[fait] un autre tour et saluant de tous cot&#233;s le peuple, fort profond&#233;ment, et avec des souris et une douceur charmante &#187;. Il salua son confesseur&#8230; l'embrassa&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alfred de Vigny dans son Cinq-Mars ou une conjuration sous Louis XIII &lt;/strong&gt; ajoute : &lt;br/&gt;&lt;i&gt;En ce moment, une voix claire et pure comme celle d'un ange entonna l'Ave, maris Stella. Dans le silence universel, je reconnus la voix de M. de Thou, qui attendait au pied de l'&#233;chafaud. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;Les habits font partie de la mise en sc&#232;ne. Cinq-Mars porte &lt;i&gt;&#171; un manteau d'&#233;carlate &#187; couvert de &#171; galons d'argent avec de gros boutons &#187;. &lt;/i&gt; En dessous, on peut voir &lt;i&gt;&#171; son habit couleur de m&#251;re &#187;, avec &#171; des dentelles d'or &#187;, et des &#171; bas de soie verte &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une famille royale elle aussi tr&#232;s th&#233;&#226;trale avec, comme dans les meilleures com&#233;dies, le Cardinal comme deus ex machina toujours en coulisse&#8230;&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;Avec cette famille royale si peu banale, on assiste &#224; une v&#233;ritable saga qui durera vingt ans. Nous sommes en plein feuilleton&#8230; Il suffit de se souvenir que trois si&#232;cles plus tard, cette famille et ses d&#233;m&#234;l&#233;s fourniront la mati&#232;re hautement romanesque de ces volumes d'Alexandre Dumas qui r&#233;gal&#232;rent notre jeunesse : Les Trois Mousquetaires, Vingt apr&#232;s, le Vicomte de Bragelonne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Reine m&#232;re, Marie de M&#233;dicis &lt;/strong&gt; (1575 /1642 fille du Grand-duc de Toscane) &#233;tait venue d'Italie pour &#233;pouser Henri IV qui rappelons-le avait fait annuler son mariage avec celle que l'on surnomme la Reine Margot, Margueritte de Valois fille de Henri II s&#339;ur d'Henri III). La M&#233;dicis &#233;tait donc venue d'Italie, avec toute sa cour, c'est-&#224;-dire son entourage italien comme c'&#233;tait alors la coutume. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici le portrait qu'en fait Michelet au tome XI de son Histoire de France :&lt;em&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L101xH180/Marie de MEdicis-bccf0.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='101' height='180' /&gt;&#171; Marie de M&#233;dicis, qui avait vingt-sept ans quand Henri IV l'&#233;pousa (1600), &#233;tait une grande et grosse femme, fort blanche, qui, sauf de gros bras, une belle gorge, n'avait rien que de vulgaire. Sa taille &#233;lev&#233;e ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre fort bourgeoise et la digne fille des bons marchands ses a&#239;eux&#8230; D'italien, elle n'avait que la langue ; de go&#251;t, de m&#339;urs et d'habitude, elle &#233;tait Espagnole ; de corps, Autrichienne et Flamande&#8230; Flamande par son grand-p&#232;re, l'empereur Ferdinand, fr&#232;re de Charles-Quint. Donc, cousine de Philippe II, de Philippe III, de ces rois bl&#234;mes et blondasses, aux yeux de fa&#239;ence, tristes personnages que Titien et V&#233;lasquez gardent encore sur leurs toiles dans toute la triste v&#233;rit&#233; &#187;. &lt;/em&gt;Je pense que Michelet a fait cette description &#224; partir du portrait fait Rubens en 1622&#8230; elle avait 47 ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenue veuve d'Henri IV, le Dauphin &#233;tant mineur, elle exerce la R&#233;gence assist&#233;e de son compatriote&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L249xH316/CONCINO Concini-24eda.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='249' height='316' /&gt; Concino Concini qu'elle a fait Mar&#233;chal d'Ancre et qui a &#233;pous&#233; La Caliga&#239; s&#339;ur de lait de Marie de M&#233;dicis. On l'appelait La Caliga&#239; car c'&#233;tait la fille d'un menuisier florentin et d'une blanchisseuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est son fils, Louis XIII,&lt;/strong&gt; qui, devenu majeur, et pour acc&#233;der au pouvoir, sur les conseils du duc de Luynes son favori fait assassiner le ministre et le favori de sa m&#232;re Concino Concini au guichet du Louvre par le capitaine de ses gardes le baron de Vitry le 24 avril 1617. Puis il fera juger la Caliga&#239; &#171; pour &#171; juiverie &#187; (sorcellerie) : elle sera d&#233;capit&#233;e et br&#251;l&#233;e en Place de Gr&#232;ve. Cela aurait pu fournir une analyse passionnante pour notre ami Freud !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Reine m&#232;re est alors exil&#233;e &#224; Blois le 3 mai 1617. En 1619, elle s'en &#233;vade en descendant sur une &#233;chelle de corde le rempart de 40 m&#232;tres : elle a 42 ans. Elle se r&#233;fugie &#224; Angoul&#234;me o&#249; elle l&#232;ve une arm&#233;e pour imposer sa volont&#233; &#224; son fils. Richelieu, alors ministre de la Reine m&#232;re, fait la paix avec le Roi qui commencera ainsi &#224; l'appr&#233;cier&#8230; Elle l&#232;ve alors une nouvelle arm&#233;e avec Gaston duc d'Orl&#233;ans son second fils, le petit dernier (ensuite il y aura une s&#339;ur), son fils pr&#233;f&#233;r&#233;, et c'est la guerre qu'on a appel&#233;e &#171; Guerre de la m&#232;re et du fils. &#187; Ses troupes seront battues aux Ponts-de-C&#233; dans la banlieue d'Angers, et le Roi pardonnera &#224; tous gr&#226;ce, encore, &#224; l'entremise de Richelieu qui obtiendra m&#234;me en 1622 le retour de la Reine au Conseil du Roi. C'est de cette fa&#231;on, en proposant ses solutions dans les rapports de la m&#232;re et du fils, que Richelieu se fera remarquer de Louis XIII qui le fera entrer &#224; son Conseil en 1624&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fr&#232;re du Roi, Gaston duc d'Orl&#233;ans. &lt;br/&gt;&lt;/strong&gt;C'&#233;tait un vrai personnage de th&#233;&#226;tre, section com&#233;die&#8230; dont on vient de voir le r&#244;le dans la guerre de la m&#232;re et du fils. &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L267xH381/Gaston d Orleans-07fad.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='267' height='381' /&gt;Il fut de toutes les conspirations contre Louis XIII ou Richelieu, mais Prince du Sang, h&#233;ritier potentiel de la Couronne, ses peines les plus lourdes furent ses exils alors que tous ses complices qu'il laissa toujours tomber sans exception, furent d&#233;capit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire de son mariage est en elle-m&#234;me une tragi-com&#233;die : Henri IV avait pr&#233;vu que son fils Gaston &#233;pouserait &#224; sa majorit&#233; Mlle de Montpensier, princesse de sang, fille du duc Henri de Bourbon. C'&#233;tait une affaire politique puisque Gaston pouvait devenir Roi si son fr&#232;re n'avait pas d'h&#233;ritier. Lorsque ce mariage fut d'actualit&#233; en 1625, voil&#224; Gaston amoureux de la duchesse de Chevreuse qui est du parti des Guises et des Luynes tr&#232;s oppos&#233;s &#224; Richelieu ; il ne veut plus de Mlle de Montpensier. Son opinion rassemble les m&#233;contents qui forment le &#171; parti de l'aversion au mariage &#187;. L'opinion s'enflamme et Richelieu le 4 mai 1626 fait arr&#234;ter le Mar&#233;chal d'Ornano, ami et ex-pr&#233;cepteur de Gaston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comme avec Gaston tout finit en complot, &lt;/strong&gt; il rejoint Henri de Talleyrand-P&#233;rigord comte de Chalais qui se propose d'assassiner Richelieu lors du d&#238;ner du lendemain au ch&#226;teau de Fleury-en-Bi&#232;re pr&#232;s de Fontainebleau o&#249; r&#233;side le Cardinal. Celui-ci va assister au lever de Gaston, lui pr&#233;sente sa chemise et lui reproche de ne pas l'avoir pr&#233;venu qu'il s'&#233;tait invit&#233; &#224; souper chez lui. Gaston comprend qu'il est d&#233;couvert, aussit&#244;t il charge les conjur&#233;s&#8230; et surtout leur chef, Henri de Talleyrand-P&#233;rigord comte de Chalais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH296/CHALAIS-f5ef4.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='296' /&gt;Challais &#171; est condamn&#233; &#224; avoir la t&#234;te tranch&#233;e en la Place du Bouffau &#224; Nantes, sa t&#234;te mise au bout d'une pique sur la Porte de Sauvetou, son corps mis en quatre quartiers, chaque quartier attach&#233; &#224; des potences aux quatre principales avenues de la ville et auparavant l'ex&#233;cution mis &#224; la torture, ses biens confisqu&#233;s, sa post&#233;rit&#233; d&#233;chue de noblesse &#187; Louis XIII fait gr&#226;ce de toutes les peines sauf la mort. Pour emp&#234;cher l'ex&#233;cution, la famille Chalais fait dispara&#238;tre le bourreau. On le remplace par un condamn&#233; &#224; mort qui &#224; l'aide d'une doloire de tonnelier s'y prend &#224; 36 reprises pour trancher la t&#234;te. Quant &#224; Gaston, pour le calmer et lui faire avaler la pilule de son mariage, Michelet dira que Richelieu &#171; l'a &#233;touff&#233; dans l'or &#187; : on lui donne en apanage les duch&#233;s d'Orl&#233;ans et de Chartres, le Comt&#233; de Blois et une &#233;norme pension annuelle. Et le 5 ao&#251;t, le Cardinal c&#233;l&#232;bre &#224; Nantes &#8211; lieu de l'ex&#233;cution de Chalais, l'ami de Gaston- le mariage de Gaston d'Orl&#233;ans et de Marie de Bourbon duchesse de Montpensier&#8230; Ainsi &#233;tait Richelieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il sera dit que les mariages de Gaston seront toujours des vaudevilles&lt;/strong&gt;. Car Gaston devenu veuf de la Montpensier en 1627, Gaston toujours oppos&#233; &#224; la politique ext&#233;rieure de Louis XIII part se r&#233;fugier &#224; Nancy chez le duc de Lorraine. Et ne voil&#224;-t-il pas qu'il tombe amoureux de la fille du duc Margueritte de Vaud&#233;mont-Lorraine. &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH215/Margueritte de Lorraine-7608d.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='215' /&gt;Il pr&#233;tend se marier avec elle, Richelieu s'y oppose. Gaston &#233;pouse secr&#232;tement sa dulcin&#233;e dans un couvent de Nancy en 1632. Le Parlement de Paris refuse d'enregistrer le mariage. Gaston se r&#233;fugie &#224; Malines chez sa m&#232;re en exil et se fait une deuxi&#232;me fois marier avec Margueritte de Vaud&#233;mont-Lorraine cette fois par l'Archev&#234;que de Malines ! Richelieu r&#233;ussit &#224; faire invalider ce mariage par l'Assembl&#233;e du Clerg&#233; de France. Sur ces entrefaites, Richelieu meurt et Louis XIII accepte de recevoir Gaston et sa femme &#224; Paris. Le couple se remarie donc une troisi&#232;me fois en mai 1643. Ils v&#233;curent heureux et eurent 5 enfants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la grande &#233;poque des conspirations auxquelles participera Gaston : apr&#232;s celle de Chalais en 1626 dont on vient de parler, c'est au tour du duc de Montmorency de conspirer contre Richelieu ; il sera d&#233;capit&#233; en 1632 ; Puis en 1642 c'est au tour de Cinq-Mars et de Thou&#8230; d&#233;capit&#233;s en 1642 ; enfin, apr&#232;s la mort de Louis XIII, Gaston participera &#224; la Fronde sous la r&#233;gence d'Anne d'Autriche et du Cardinal Mazarin&#8230; avant de finir sa vie en exil&#8230; &#224; Blois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces quelques exemples nous donnent bien le ton de cette &#233;poque baroque en recherche de Libert&#233; : c'est une &#233;poque de complots. Mais ce fut aussi une &#233;poque de guerres civiles qui marquent la liquidation des Guerres de religion&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henri IV avait marqu&#233; l'arr&#234;t des guerres de Religion en abattant par ses victoires la puissance militaire catholique de la Sainte Ligue. Henri III avait d&#233;j&#224; bien sap&#233; la puissance des Ligueurs en faisant assassiner le Duc de Guise leur chef charismatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le parti protestant, des &#233;dits successifs : St-Germain (1570), Beaulieu (1576), Bergerac (1577), N&#233;rac (1579) Nantes (1598) avaient accord&#233; aux Protestants pour 8 ans de tr&#232;s nombreuses places avec garnison d&#233;nomm&#233;es ordinairement Places de S&#251;ret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les places octroy&#233;es ou occup&#233;es par les huguenots &#224; cette &#233;poque, il faut distinguer quatre cat&#233;gories : &lt;br/&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;1&#176;) Les 64 Places dites &#171; de s&#251;ret&#233; &#187; : &lt;/strong&gt; la garnison est prise en charge financi&#232;rement par le roi qui - de plus- nomme le gouverneur. &lt;br/&gt;Dans notre r&#233;gion, j'ai not&#233; Montpellier (Garnison 128 hommes), Aigues-Mortes (Garnison 128 hommes) Lunel (Garnison 10 h.), Sommi&#232;res (Garnison 39 h.), Clermont de Lod&#232;ve (Garnison 32 h.) Aymargues&lt;br/&gt;&lt;strong&gt;2&#176;) Les 18 Places de mariage :&lt;/strong&gt; sont des annexes des premi&#232;res. Ch&#226;teaurenard&#8230;&lt;br/&gt;&lt;strong&gt;3&#176;) Les villes sans garnison royales et administr&#233;es par une municipalit&#233;&lt;/strong&gt; dans le cadre des privil&#232;ges octroy&#233;s par le Roi. Un exemple c&#233;l&#232;bre La Rochelle, N&#238;mes&#8230; mais les statuts &#233;voluaient avec le temps&#8230;&lt;br/&gt;&lt;strong&gt;4&#176;) Les places, villes ou ch&#226;teaux &lt;/strong&gt; simplement tenus par des seigneurs r&#233;form&#233;s. Aigues-Mortes, Uz&#232;s, Alais l'avait &#233;t&#233; mais son seigneur s'&#233;tait converti et donc &#233;tait r&#233;put&#233;e catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention : sur la p&#233;riode 1560/98 &#8211; 1626 les modifications des listes et des statuts sont &#233;minemment variables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait en effet, mettre le vers dans le fruit. Jean Delumeau estime que cette politique avait permis &#224; beaucoup d'esp&#233;rer instaurer une sorte de &#171; Provinces Unies du Midi &#187;, sur le mod&#232;le des Province-Unies des Pays-Bas. Ces Provinces-Unies du Midi, c'&#233;taient le Poitou (Henri de Rohan Gouverneur), l'Aunis et la Saintonge (La Rochelle), le B&#233;arn et le Languedoc. Le duc Henri II de Rohan va largement contribuer &#224; structurer et &#224; mailler ce vaste espace huguenot en cr&#233;ant les Cercles (circonscriptions administratives), et dirigera largement la r&#233;sistance dans le Midi&#8230; Au XVIIe appellera ces guerres : &#171; Les guerres de Monsieur de Rohan &#187; un vrai titre de roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Places avaient &#233;t&#233; accord&#233;es pour 8 ans en 1598. Mais les dates de restitution avaient &#233;t&#233; prorog&#233;es plusieurs fois, ce qui compliquait le probl&#232;me et instaurait une id&#233;e de permanence. Sous Louis XIII, les Protestants devaient les rendre et refusaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1622, Louis XIII descendit vers le Poitou, puis le B&#233;arn pour r&#233;duire les villes et les Places &#224; l'ob&#233;issance et, apr&#232;s Montauban et N&#233;rac, le 31 ao&#251;t 1622 il met le si&#232;ge devant Montpellier avec 10.000 hommes. Louis XIII y fera son entr&#233;e solennelle le 19 octobre 1622.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne notre r&#233;gion, je vais vous lire une page de l'&#171; &lt;i&gt;Histoire Abr&#233;g&#233;e de la Ville de N&#238;mes&lt;/i&gt; &#187; publi&#233;e &#224; Amsterdam en 1767 largement d'inspiration protestante : &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; &lt;i&gt; Les troubles du B&#233;arn r&#233;pandant l'alarme chez les protestants du Languedoc, la haine des deux partis s'alluma. &#8230; les ducs de Rohan et de Soubise &#233;taient les moteurs de la r&#233;volte. L'ont fortifiait N&#238;mes et l'on y v&#233;rifiait le nombre des chevaux propres &#224; la cavalerie, d'apr&#232;s les ordres de Ch&#226;tillon. C'est alors que le projet des protestants de former une r&#233;publique reparue avec plus de force et que la France par eux divis&#233;e en huit Cercles devait &#234;tre la copie des provinces unies&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;Marguerite, qui &#233;tait alors une place importante, enlev&#233;e aux protestants par le duc de Montmorency, fut reprise par le duc de Ch&#226;tillon et ras&#233;e. L'on augmenta les fortifications de N&#238;mes ; l'on en chassa le seul j&#233;suite qui y &#233;tait alors &#233;tabli et les R&#233;collets&#8230; et le couvent de ces derniers fut d&#233;truit et pill&#233; et un bastion fut &#233;lev&#233; sur les ruines de leur &#233;glise... Cependant le Cercle avait rendu une ordonnance pour la d&#233;molition des &#233;glises catholiques. On ne tarda pas &#224; l'ex&#233;cuter &#224; N&#238;mes. La cath&#233;drale, nouvellement reb&#226;ti fut encore abattue ; on ne laissa que&#8230; le clocher, dont on avait besoin pour y placer des sentinelles. Les autres &#233;glises eurent le m&#234;me sort et les maisons des chanoines furent pill&#233;es et saccag&#233;es. L'on finit par enjoindre &#224; tous les catholiques de sortir de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/Ville Nimes-ecaa8.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;Louis XIII&#8230; s'avan&#231;ait dans le Languedoc &#224; la t&#234;te d'une arm&#233;e consid&#233;rable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il formait le si&#232;ge de Montpellier, et les habitants de N&#238;mes, malgr&#233; leurs pr&#233;cautions, malgr&#233; l'augmentation faite &#224; leurs fortifications&#8230; furent intimid&#233;s par les forces qui les mena&#231;aient. Ils all&#232;rent &#224; Montpellier se jeter aux pieds du roi, et re&#231;urent les lettres de pacification de ce prince, qui (&#224; ce qu'on doit remarquer) &#233;tait scell&#233;es en cire jaune comme toutes les lettres de pardon. Bient&#244;t le mar&#233;chal de Lesdigui&#232;res vient faire ex&#233;cuter l'&#233;dit de paix, et remettant les eccl&#233;siastiques en possession de ce qu'ils avaient perdu, il ordonna la d&#233;molition de la moiti&#233; des fortifications, ainsi qu'il en avait &#233;t&#233; convenu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de La Rochelle en octobre 1628, et m&#234;me ensuite, les troubles continueront &#224; N&#238;mes et dans les campagnes. Par exemple en 1629, Rohan fortifia &#224; nouveau Alais et y tint garnison. Louis XIII et Richelieu all&#232;rent l'assi&#233;ger avec succ&#232;s et sa reddition d&#233;boucha sur la Gr&#226;ce d'Alais, le 28 juin 1629. Pour le plaisir, voici la relation de l'&#233;v&#232;nement &#233;crite &#224; l'&#233;poque par Pierre Chutin (voir bibliographie) premier Consul de N&#238;mes : &lt;i&gt;&#171; Le vendredi sixi&#232;me jour de juillet 1629, &#224; une heure apr&#232;s-midi, l'ordonnance de la gr&#226;ce de Sa Majest&#233;&#8230;, a &#233;t&#233; lue et publi&#233;e, &#224; son de trompe, &#224; la place publique, devant le logis de Sa Majest&#233;, et partout les carrefours et lieux accoutum&#233;s de la ville de N&#238;mes, par moi Pierre Chutin, conseiller de Sa Majest&#233;, et Lieutenant en la pr&#233;v&#244;t&#233; de son h&#244;tel, accompagn&#233; de deux archers de ladite pr&#233;v&#244;t&#233;, avec l'assistance de Messieurs Antoine Anjouin, Paul Reynaud, et Jean Fayolle, second, troisi&#232;me, et quart consul, suivi du conseil de ladite ville ; et par tous lesdits re&#231;us avec acclamation de joie de tout le peuple, suivi de cris de r&#233;jouissances de Vive le roi. Sign&#233; Pierre Chutin. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La journ&#233;e des Dupes : une v&#233;ritable sc&#232;ne de boulevard avec porte d&#233;rob&#233;e pour le tra&#238;tre jou&#233; par le Cardinal.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 10 novembre 1630, Marie de M&#233;dicis retient Richelieu &#224; l'issue d'un Conseil Restreint et lui annonce qu'il est disgraci&#233; totalement. La nouvelle se r&#233;pand dans toute la Cour et Michel de Marillac Garde des sceaux prend ses dispositions pour remplacer le Cardinal. Louis XIII n'arrive pas &#224; calmer sa m&#232;re. Le lendemain matin, la Reine-m&#232;re est en conf&#233;rence dans sa chambre du Luxembourg avec le Roi son fils a&#238;n&#233;. Elle a fait fermer au verrou toutes les portes y donnant acc&#232;s et a interdit &#224; ses gardes de laisser entrer le Cardinal. Celui-ci finit par trouver une porte d&#233;rob&#233;e non condamn&#233;e qui m&#232;ne de la chapelle &#224; la chambre de la Reine. Il entre ! Et dit : &#171; &lt;i&gt; Leurs Majest&#233;s parlent de moi ?&lt;/i&gt; &#187; Marie de M&#233;dicis &#233;clate de col&#232;re l'insulte en italien. Madame de Motteville racontera dans ses M&#233;moires : &lt;i&gt;&#171; La reine-m&#232;re dit qu'il est inou&#239; pour ce Cardinal de se permettre ainsi d'interrompre un entretien entre le roi et sa m&#232;re ; elle ajoute qu'il n'est qu'un perfide, un ingrat, un fourbe. Elle l'accuse de se conduire de fa&#231;on honteuse alors qu'elle lui a donn&#233; 1 million en or et fait sa carri&#232;re. Elle lui jette &#224; la figure les ragots qui circulent en disant que tout le monde sait qu'il veut enlever la couronne au roi, marier sa ni&#232;ce &#224; Gaston d'Orl&#233;ans, mettre ce dernier sur le tr&#244;ne en faisant d&#233;clarer b&#226;tards Louis XIII et son fr&#232;re Gaston. Elle ajoute c'en est fini avec le Cardinal et finit par sommer son fils de choi&lt;/i&gt;sir en elle et ce valet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XIII dit &#224; sa m&#232;re que le protocole interdit d'insulter quelqu'un devant le Roi ! Puis il demande au Cardinal de sortir. Toute la Cour a confirmation de la disgr&#226;ce. En fait, le Roi fait demander &#224; Richelieu de le rejoindre le soir au Louvre et lui envoie son carrosse. Un courtisan le voyant arriver dans cet &#233;quipage d&#233;clare au salon : &#171; &lt;i&gt; C'est la journ&#233;e des Dupes ! &#187;&lt;/i&gt; Plus tard Richelieu dira que c'est Dieu lui-m&#234;me qui a ouvert le verrou pour le sauver. Marie de M&#233;dicis dira aussi :&lt;i&gt; &#171; Si je n'avais pas n&#233;glig&#233; de fermer un verrou, le Cardinal &#233;tait perdu ! &#187;&lt;/i&gt; Richelieu, comme &#224; son habitude ne perdra pas de temps. Deux jours apr&#232;s, le Garde des Sceaux, Michel de Marillac qui se sentait d&#233;j&#224; ministre &#224; la place du ministre cardinal est arr&#234;t&#233; et exil&#233; quasiment emprisonn&#233; au ch&#226;teau de Ch&#226;teaudun. Son fr&#232;re le Mar&#233;chal Louis de Marillac est arr&#234;t&#233; en Italie o&#249; il dirigeait les op&#233;rations avec les deux autres Mar&#233;chaux La Force et Schomberg. Ils &#233;taient tous les trois en train de d&#233;jeuner quand le messager arrive de Paris demandant &#224; La Force et Schomberg d'arr&#234;ter Marillac. Condamn&#233; &#224; mort il terminera la t&#234;te tranch&#233;e en Place de Gr&#232;ve. Trois mois apr&#232;s (f&#233;vrier 1631), la Reine-m&#232;re est &#224; nouveau exil&#233;e &#224; Moulins&#8230; Mais elle prend la poudre d'escampette et se rend &#224; Avesnes dans le nord alors territoire espagnol et ne reviendra plus jamais en France et mourra &#224; Cologne en 1642 six mois avant le Cardinal.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;II. Apr&#232;s avoir d&#233;crit largement cette &#233;poque baroque, il est temps de passer &#224; Richelieu : &lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On a souvent dit que la famille de Richelieu &#233;tait obscure. C'est loin d'&#234;tre vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plut&#244;t que de parler de famille, &#224; cette &#233;poque, il vaut mieux parler de lignage. &lt;/strong&gt; Un lignage suppose la longue dur&#233;e avec l'h&#233;ritage d'un pass&#233; que l'on fait fructifier dans le pr&#233;sent en vue de l'avenir en mettant en &#339;uvre une politique d'ascension sociale &#224; travers des services rendus et des mariages qui am&#232;nent des terres, des fiefs, des titres et des alliances. C'est la politique lignag&#232;re qu'il est du devoir pour les chefs de famille de pratiquer avec opini&#226;tret&#233; de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Richelieu illustrent parfaitement une telle politique lignag&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'h&#233;ritage du pass&#233; : &lt;/strong&gt; Les Du Plessis de Richelieu &#233;taient de noblesse, certes modeste, mais d'ancienne extraction : c'est-&#224;-dire remontant avec preuves indiscutables au moins au XVe : pr&#233;cis&#233;ment en 1388, o&#249; un certain Sauvage du Plessis de la Vervoli&#232;re &#233;pouse une certaine Isabau Le Groing de Belarbre et dont le fils lui am&#232;nera par mariage la seigneurie de Richelieu. Et cette patiente recherche de terres, de titres et d'alliances flatteuses avec de puissantes Maisons va se poursuivre dans une v&#233;ritable politique lignag&#232;re qui va hausser peu &#224; peu la famille vers la Cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le projet lignager : &lt;/strong&gt; Ainsi, un si&#232;cle apr&#232;s, en 1489 Fran&#231;ois II du Plessis &#233;pouse en premi&#232;re noce Guyonne de Laval apparent&#233;e aux Montmorency et en seconde noce Anne Le Roy du Chillou fille de Guyon vice-amiral de France. En 1542, le grand-p&#232;re du Cardinal &#233;pouse Fran&#231;oise de Rochechouart. Cela explique le commentaire lapidaire et flatteur d'un expert, le Cardinal de Retz : &#171; &lt;i&gt; Richelieu avait de la naissance. &lt;/i&gt; &#187; C'est aussi l'opinion du m&#233;disant et tr&#232;s concierge Tallemant des R&#233;aux : &lt;i&gt;&#171; Le p&#232;re du Cardinal de Richelieu &#233;tait un parfait gentilhomme. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, disons quelques mots de son p&#232;re qui avait hiss&#233; la famille au seuil de la Cour : Fran&#231;ois III de Richelieu (1548-1590) devint Grand-Pr&#233;v&#244;t de France de Henri III, en charge notamment de la s&#251;ret&#233; du Roi et de la Cour, disposant de tous pouvoirs de police pour les voyages du Roi. Il est aussi Conseiller d'&#201;tat, Capitaine des Gardes du Corps et re&#231;oit en 1585 le si recherch&#233; et rare cordon bleu du Saint-Esprit. Rappelons que cette distinction ne touchera sur tout l'Ancien r&#233;gime que 90 familles.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne lui reprochera pas l'assassinat d'Henri III qu'il ne put &#233;viter et Henri IV le maintiendra dans toutes ses charges. Toutefois, il mourra &#224; 42 ans, couvert de dette si bien qu'on dut vendre son collier du Saint-Esprit pour payer ses obs&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique lignag&#232;re sera continu&#233;e apr&#232;s la mort du Cardinal qui aura hiss&#233; la famille au premier rang social ce qui expliquera son avidit&#233; de titres et de richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re du Cardinal laissait 6 enfants, dans l'ordre une fille Fran&#231;oise (1578), Henri le futur marquis (1580) Alphonse-Louis le futur Cardinal de Lyon (1582), Isabelle (1583), puis le troisi&#232;me gar&#231;on Armand Jean, notre Richelieu (1585), Nicole en 1586.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;III. Le sentier que nous allons suivre maintenant dans la vie de Richelieu pourrait s'intituler : &lt;i&gt;&#171; Du cheval &#224; la calotte &#187;&lt;/i&gt; &#224; moins que vous ne pr&#233;f&#233;riez la formule : &#171; &lt;i&gt; du sabre au goupillon &#187;&lt;/i&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re, Suzanne de La Porte envoya l'a&#238;n&#233; de ses gar&#231;ons, Henri comme page &#224; la Cour. Le second, Alphonse-Louis devint pr&#234;tre, car on le destinait &#224; l'&#233;v&#234;ch&#233; de Lu&#231;on qu'Henri III r&#233;servait &#224; la famille en remerciement des services rendus. Quand &#224; notre jeune Armand Jean du Plessis de Richelieu, troisi&#232;me gar&#231;on de la famille, on le disait &#171; ch&#233;tif, malingre et souffreteux &#187;. Mais il fallait bien en faire quelque chose. On le destina au m&#233;tier des armes. On l'envoya &#224; l'Acad&#233;mie de cavalerie d'Antoine de Pluvinel, rue Saint-Honor&#233; &#224; Paris que fr&#233;quentaient les enfants de la noblesse. C'&#233;tait l'acad&#233;mie &#224; la mode, Pluvinel &#233;tait gentilhomme, premier &#233;cuyer d'Henri III et &#233;cuyer principal de Louis XIII. Il &#233;crivit un manuel d'&#233;quitation qui fut un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : &#171; L'instruction du Roy en l'exercice de monter &#224; cheval. &#187; Le jeune Armand, sous le nom de marquis du Chillou (nom d'un fief de la famille), il y mena la vie insouciante d'un cadet de famille. Il disposait de deux laquais et d'un pr&#233;cepteur-secr&#233;taire. Il y devint rapidement bon danseur, bon cavalier, bon duelliste et bon lutteur&#8230; Pluvinel lui attribuera les qualificatifs de &#171; prudent&#8230; sage&#8230; raison&#8230; vertu&#8230; &#187; Apparemment, cela ne l'emp&#234;chait pas de courir le guilledou, puisqu'il y contracta une &#171; Gonorrhoea inveterata &#187; (Blennorragie) dont r&#233;ussira &#224; le d&#233;barrassera Jean de la Rivi&#232;re m&#233;decin d'Henri IV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que son fr&#232;re, Alphonse-Louis, ordonn&#233; pr&#234;tre ne veut rien entendre : il ne sera pas &#233;v&#234;que, il sera moine ! Et il entre en 1602 &#224; la Grande Chartreuse comme novice ! Ce fameux &#233;v&#234;ch&#233; de Lu&#231;on &#8211; que l'on disait &#171; crott&#233; &#187;, mais qui faisait vivre la famille, risquait d'&#233;chapper aux Richelieu. On retire donc dare-dare Armand Jean de la cavalerie et on le met &#224; la th&#233;ologie. Il semble que son cursus d'&#233;tudes &#171; sera plus personnel qu'institutionnel &#187; comme dira un biographe, mais les historiens manquent sur ce point de renseignements pr&#233;cis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exit donc l'&#233;quitation, la danse, la lutte et le sabre et vive la calotte et le goupillon ! Nous sommes alors en 1606, sous le r&#232;gne du vert B&#233;arnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais comment devenir &#201;v&#234;que ?&lt;/strong&gt; Richelieu va nous d&#233;montrer que le chemin le plus tortueux est parfois le plus court. Henri IV nomme le jeune Armand Jean &#233;v&#234;que &#224; seulement 21 ans et 3 mois en d&#233;cembre 1606. Notre ex-cavalier &#233;tait alors seulement bachelier en th&#233;ologie apr&#232;s un an d'&#233;tude et venait seulement d'&#234;tre ordonn&#233; diacre ! Mais pour &#234;tre r&#233;ellement &#233;v&#234;que, c'est-&#224;-dire consacr&#233;, il fallait l'investiture du Pape et en plus satisfaire &#224; trois conditions : &#234;tre pr&#234;tre, docteur en th&#233;ologie et avoir 25 ans. Avec Armand Jean, on est loin du compte ! Henri IV demande alors &#224; son ambassadeur extraordinaire &#224; Rome le cardinal du Perron d'intervenir en faveur de son prot&#233;g&#233; aupr&#232;s du pape Paul V auquel il &#233;crit personnellement que &#171; &lt;i&gt; ledit du Plessis&#8230; n'a atteint du tout l'&#226;ge requis par les saints d&#233;crets&#8230; &#187;&lt;/i&gt; mais se dit&lt;i&gt; &#171; tr&#232;s assur&#233; que ses m&#233;rites et suffisances peuvent ais&#233;ment suppl&#233;er &#224; ce d&#233;faut. &lt;/i&gt; &#187; Armand prend la route de Rome pour d&#233;fendre lui-m&#234;me son dossier : 20 jours de voyage difficiles et hasardeux &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cardinal ambassadeur le pr&#233;sente au Pape Paul V qui lui demande affectueusement son &#226;ge. Armand lui jure qu'il a bien l'&#226;ge requis et pour appuyer ses dires, produit &#224; la Chancellerie l'acte de bapt&#234;me de son fr&#232;re a&#238;n&#233; apr&#232;s en avoir soigneusement gratt&#233; le nom et mit le sien &#224; la place. Sur ce mensonge &#233;hont&#233; et au vu de ce faux en &#233;criture publique, le Pape lui accorde la dispense d'&#226;ge d'un an et lui donne l'investiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes le 17 avril 1607. D'apr&#232;s ce concierge de Tallemant des R&#233;aux, Richelieu se confessera le soir m&#234;me de son double forfait au pape qui aurait donn&#233; ce commentaire : &lt;strong&gt;&#171; Ce jeune homme sera un tr&#232;s grand fourbe &#187;. &lt;/strong&gt; Et le Pape, comme la mule du m&#234;me nom, s'en souviendra et, toujours selon Tallemant, se fera tirer l'oreille en 1620 pour le nommer Cardinal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet apprenti soldat devenu pr&#234;tre par accident, a-t-il fait un bon clerc ? Autrement dit, qu'en est-il de la religion de Richelieu ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Abb&#233; Henri Br&#233;mond dans son Histoire Litt&#233;raire du sentiment religieux en France, la religion de Richelieu est de type populaire, avec une grande peur de l'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fit reproche &#224; Richelieu d'&#234;tre devenu &#233;v&#234;que pour simplement remplacer son fr&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut pourtant un bon &#233;v&#234;que : Il commencera par r&#233;sider pendant 8 ans dans son &#233;v&#234;ch&#233; comme le voulait le concile de Trente. Richelieu y cr&#233;era un des premiers S&#233;minaires de France (qui ne durera cependant pas longtemps) il fera r&#233;diger un cat&#233;chisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On disait aussi : &lt;i&gt;&#171; son br&#233;viaire, chacun sait &#171; qu'il estoit aussi neuf que &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH194/BREVIAIRE Richelieu-14c90.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='194' /&gt;quand il sortoit de la presse &#187;&lt;/i&gt; le cardinal avait en effet obtenu d&#232;s 1624 une dispense du pape Urbain VIII le d&#233;chargeant de sa lecture quotidienne. Toutefois, durant toute sa vie, ce br&#233;viaire fut pos&#233; sur sa table de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, on lui reprochait son hostilit&#233; radicale &#224; l'Autriche et &#224; l'Espagne catholiques et on lui supposait par cons&#233;quent une coupable mansu&#233;tude envers les Calvinistes. Le si&#232;ge de la Rochelle et sept ann&#233;es de lutte contre les vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance des protestants ne suffiront pas &#224; modifier radicalement cette opinion. Car le parti dit &#171; &lt;i&gt;d&#233;vot &lt;/i&gt; &#187; continuera &#224; le ha&#239;r &#224; cause de sa politique &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le soup&#231;onna aussi de Gallicanisme pour n'avoir pas fait enregistrer les d&#233;crets du Concile de Trente. Mais ce serait une trop longue affaire &#224; exposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, on glosa sur le d&#233;sir que Richelieu manifesta de devenir &lt;i&gt;&#171; L&#233;gat perp&#233;tuel du Saint-Si&#232;ge en France &#187;.&lt;/i&gt; On lui reprocha d'avoir envisag&#233; de se faire nommer &#171; &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral des B&#233;n&#233;dictins fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt; dont il aurait alors regroup&#233; les nombreuses branches. On le brocarda sur le d&#233;sir qu'il exprima de se faire attribuer en 1639 le titre de &#171; &lt;i&gt; Patriarche des Gaules&lt;/i&gt; &#187;. Bien entendu, toutes ces pr&#233;tentions aussi fantaisistes que m&#233;galomanes n'eurent aucun succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la majorit&#233; des historiens r&#233;&#233;value plut&#244;t les convictions chr&#233;tiennes de Richelieu qui dans son fameux Testament Politique consacra tout un chapitre &#224; &#171; De l'ob&#233;issance que l'on doit au Pape &#187; et o&#249; il &#233;crivit : &#171; &lt;i&gt;Les princes sont oblig&#233;s &#224; reconna&#238;tre l'autorit&#233; de l'&#201;glise, se soumettre &#224; ses saints d&#233;crets. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprocha enfin &#224; Richelieu, son opposition qui confina &#224; l'acharnement contre deux personnages religieux majeurs du si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH258/BERULLE-c0347.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='258' /&gt;&lt;strong&gt;Tout d'abord le Cardinal de B&#233;rulle &lt;/strong&gt; qui cr&#233;a l'Oratoire en France. B&#233;rulle dirigea longtemps le Conseil de La reine-m&#232;re et passait pour inspirer le Parti D&#233;vot qui ex&#233;crait Richelieu &#224; cause de sa politique ext&#233;rieure contre les Habsbourg. B&#233;rulle fut finalement disgraci&#233; en 1628, il a eu le bon go&#251;t de mourir en 1629 en disant sa messe, un an avant la journ&#233;e des Dupes qui lui aurait sans doute &#233;t&#233; fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce qui concerne l'Abb&#233; de Saint-Cyran,&lt;/strong&gt; ce fut de l'acharnement. Il le fit embastiller et le malheureux y resta 5 ans jusqu'&#224; la mort de Richelieu. &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L187xH230/Saint Cyran-1f139.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='187' height='230' /&gt;&#192; la base, il y avait une querelle religieuse que le Cardinal expliqua ainsi au Prince de Cond&#233; : &lt;i&gt;&#171; Vous voyez mon cat&#233;chisme qui est sur la table, il a &#233;t&#233; imprim&#233; 22 fois. J'y dis que l'attrition suffit pour la confession et lui Saint-Cyran croit que la contrition est n&#233;cessaire &#187; &lt;/i&gt; Le Concile de Trente s'&#233;tait bien gard&#233; de trancher ce point d&#233;licat. Mais il y avait aussi une raison politique : Saint-Cyran trouvait valide le fameux mariage de Gaston d'Orl&#233;ans avec Catherine de Lorraine. Le Cardinal dit : &lt;i&gt;&#171; Dans qui regarde le mariage de Monsieur, toute la France s'&#233;tant rendue &#224; mon d&#233;sir, lui seul Saint-Cyran a eu la hardiesse d'y &#234;tre contraire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Cyran disait avec humour qu'il comptait jusqu'&#224; 17 motifs d'&#234;tre embastill&#233; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, &#224; sa mort, innombrables furent les folliculaires anonymes qui le vou&#232;rent &#224; l'Enfer. Pour comprendre les vers immortels suivants, il est indispensable de savoir que le Cardinal souffrit toute sa vie d'h&#233;morro&#239;des :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un libelle proclamait &lt;i&gt;&#171; Que son cul est d&#233;j&#224; le partage des vers,/Et que l'&#226;me d'Armand est le prix des Enfers &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre c&#233;l&#233;brait un : &lt;i&gt;&#171; Cardinal au cul pourri, excr&#233;ment des Enfers/dont le corps infect&#233; sert de p&#226;ture aux vers &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Explorons maintenant le chemin qui m&#232;ne : &#171; De la calotte &#233;piscopale au Chapeau Cardinalice et &#224; l'armure du chef de guerre &#187; &lt;/strong&gt; C'est un parcours dont la rapidit&#233; n'a d'&#233;gale que son caract&#232;re accident&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut donc par les talents oratoires de ses discours aux &#201;tats g&#233;n&#233;raux de 1614 qu'il attira l'attention de la R&#233;gente, la Reine-m&#232;re Marie de M&#233;dicis. Elle le fit appeler &#224; son Conseil en 1616 dont il devient le chef et son Garde des Sceaux en 1617.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1617, c'est l'ann&#233;e o&#249; Louis XIII prend le pouvoir en faisant assassiner en avril le Mar&#233;chal d'Ancre Concino Concini le principal conseiller et favori de la r&#233;gente, et br&#251;ler sa femme la Galiga&#239; comme sorci&#232;re et l&#232;se-majest&#233;. Richelieu, alors chef du Conseil de Reine est condamn&#233; &#224; suivre la Reine m&#232;re dans sa retraite &#224; Blois, puis le Roi exile l'&#233;v&#234;que &#224; Avignon en avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revient appel&#233; en mars 1619 par Louis XIII pour conclure la paix entre le Roi et sa m&#232;re, ce qui lui vaudra le chapeau Cardinalice en 1622 et le poste de chef du Conseil du Roi en 1624.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/richelieu/SaiRichelieu2.JPG' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' /&gt;Devenu Cardinal et ministre, l'ancien cadet de l'Acad&#233;mie de cavalerie Pluvinel n'oubliera pas sa formation premi&#232;re et son go&#251;t des armes et accumulera les succ&#232;s militaires en commandant r&#233;ellement sur le terrain et en payant de sa personne : le si&#232;ge de La Rochelle, la conqu&#234;te de Pignerol sont ses &#339;uvres ; il dirigera efficacement les arm&#233;es royales en Saintonge, en Poitou, en Angoumois, en Italie et passera une grande partie de sa vie &#224; cheval et en cuirasse aux c&#244;t&#233;s de Louis XIII sur les champs de bataille de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on dit passer sa vie, ce n'est pas une figure de style. Prenons par exemple l'ann&#233;e 1642, ann&#233;e de sa mort. Voici son emploi du temps : &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier : Rueil-Malmaison. 3 f&#233;vrier Fontainebleau. 8 f&#233;vrier La Charit&#233; sur Loire. 10 fevrier Nevers. 20 f&#233;vrier Lyon. 28 Valence.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 mars Beaucaire. 14 mars Agde. 5 juin Marseillan. Frontignan. 10 juin Arles. 13 juin et juillet ao&#251;t Tarascon. 20 ao&#251;t Mornas. 30 ao&#251;t Valence. 3 sept Condrieu. 4 sept Vienne. Du 6 au 9 sept Lyon. 13 sept Lentilly ( pr&#232;s de St Etienne) le 15 Tarare, le 18 Roanne, le 20 sept &#224; Digoin, le 21 &#224; Montargis. Le 7 octobre Briare, le 13oct Fontainebleau, du 17 au 23 Paris, 26 Rueil, 4 novembre Paris et le 4 d&#233;cembre mort de Richelieu &#224; Paris&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Un chemin de richesse : &#171; Noblesse oblige ! &#187; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallait &#224; cette &#233;poque tenir son rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cardinal aime l'argent et la gloire sous tous ses aspects ; son obsession : &#233;blouir ! Pour y arriver, il se montrera un cumulard insatiable dans tous les domaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;En politique&lt;/strong&gt; : entr&#233; au Conseil du Roi en avril 1624, il en devient le chef en ao&#251;t et va s'appliquer &#224; cumuler les charges et les b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1626 il sera nomm&#233; &#171; Grand-ma&#238;tre, Chef et Surintendant g&#233;n&#233;ral de la Navigation et du Commerce de France. &#187; Puis en 1627 : gouverneur de Brouage ; en 1630 gouverneur de l'Aunis, de La Rochelle et de l'ile de R&#233; ; le 4 septembre 1631 gouverneur et amiral de Bretagne et en mars 1632, gouverneur de Nantes. F&#233;vrier 1640, il devient gouverneur du Havre de Gr&#226;ce. Toutes ces fonctions sont extr&#234;mement lucratives et vont lui rapporter gros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais attention : ce cumul lui permettra aussi et surtout de mettre en &#339;uvre la premi&#232;re politique maritime de la France. &lt;/strong&gt; Le si&#232;ge de La Rochelle en 1627 lui avait montr&#233; la n&#233;cessite d'une marine : pour bloquer le port de la ville rebelle on avait d&#251; acheter des navires &#224; la Hollande. Dans chacune de ces charges, il place ses oncles, ses neveux et des hommes &#224; lui. Avec leur aide, il va cr&#233;er ou d&#233;velopper des ports : Brouage pour concurrencer La Rochelle ; il va fortifier les c&#244;tes, cr&#233;er des arsenaux au Havre, &#224; Brest. En 9 ans de cette politique, la France pourra aligner dans la guerre contre l'Espagne 35 vaisseaux de ligne, 24 gal&#232;res, 3 fr&#233;gates et 12 navires de soutien, 5.000 marins sur l'Atlantique et 10.000 en M&#233;diterran&#233;e. En 1635 Pont-Courlay son neveu, G&#233;n&#233;ral des Gal&#232;res du Levant &#233;crase les 15 gal&#232;res espagnoles pr&#232;s de G&#232;nes avec ses 14 gal&#232;res et Sourdis reprendra les Iles du L&#233;rins aux Espagnols qu'il &#233;crasera &#224; nouveau &#224; Guetaria en 1638.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il modifia le recrutement des marins : lettre du 30 juin 1627 &#224; son oncle le commandeur Amador de La Porte qu'il avait fait Gouverneur du Havre de Gr&#226;ce : &#171; Je d&#233;sire plut&#244;t de gros mariniers vaillans, nourris dans l'eau de mer et la bouteille que des chevaliers fris&#233;s, car ces gens-l&#224; servent mieux le roi. &#187; Ce qui ne l'emp&#234;chera pas d'utiliser aussi les jeunes nobles fris&#233;s chevaliers de Malte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1627 - 1 janvier : Fondation de la Compagnie de la Nouvelle-France ou des Cents associ&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons l'examen du cumulard Richelieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les titres nobiliaires : le 4 septembre 1631, il devient duc et pair (rappelons que 3 jours apr&#232;s il sera fait gouverneur et amiral de Bretagne) ; Nomm&#233; dans l'Ordre du Saint-Esprit le 14 mai 1632, il en devient Commandeur en 1633. Et en 1634, il devient Duc de Fronsac, titre qui sera ensuite utilis&#233; dans la famille comme titre d'attente pour l'a&#238;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il accumulera les b&#233;n&#233;fices eccl&#233;siastiques et les pr&#233;bendes ; Joseph Bergin dans son ouvrage Pouvoir et Fortune de Richelieu, lui attribue 31 b&#233;n&#233;fices eccl&#233;siastiques, parmi lesquels Saint-Beno&#238;t-sur-Loire, Cluny, Saint-Riquier, La-Chaise-Dieu, Saint-Martin-de-Tour, C&#238;teaux, Pr&#233;montr&#233;, Marmoutier&#8230; En 1635, Richelieu est nomm&#233; G&#233;n&#233;ral de Pr&#233;montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous un instant sur sa promotion de duc et pair, car c'est dans de duch&#233; de Richelieu, que le Cardinal va le mieux nous r&#233;v&#233;ler sa qu&#234;te &#233;perdue de distinctions, de splendeurs et de gloire&lt;br class='autobr' /&gt;
La seigneurie de Richelieu, qui, lorsqu'il en h&#233;rite en 1621, est simplement un petit manoir. Pendant dix ans, il va patiemment acheter tout ce qui est &#224; vendre dans le coin, en tout six fiefs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/Ville RICHELIEU1-a6fb6.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;En m&#234;me temps, il entreprend de faire reb&#226;tir son manoir en un immense ch&#226;teau digne d'un duch&#233; par un architecte en renom Jacques Le Mercier. Si bien que lorsque le Roi en 1631 &#233;rigea la terre de Richelieu en Duch&#233; Pairie, sa seigneurie familiale pouvait d&#233;sormais dignement servir d'&#233;crin &#224; cet honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait encore trop peu pour Richelieu. Il obtient du Roi le privil&#232;ge d'y construire une ville fortifi&#233;e, lui le grand pourfendeur de remparts et de tours. Il en confie le projet &#224; Le Mercier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/Ville RICHELIEU3-33859.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;Cr&#233;er de toutes pi&#232;ces une ville &#224; son nom ! Il obtient pour les futurs bourgeois des privil&#232;ges fiscaux, la cr&#233;ation d'un march&#233; et d'une foire ; il y d&#233;m&#233;nage le grenier &#224; sel de Loudun et le Bureau d'&#233;lection de Mirebeau. Il fait pression sur des officiers royaux &#8211; notamment les financiers - pour qu'ils y construisent leurs h&#244;tels. Et comme surveillant des travaux, il prend un archev&#234;que, celui de Bordeaux Mgr de Sourdis. La construction de l'&#233;glise est confi&#233;e &#224; Le Mercier et la partie spirituelle &#224; Monsieur Vincent le c&#233;l&#232;bre &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH188/Ville RICHELIEU4-35723.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='188' /&gt;St Vincent de Paul qui en devint le Cur&#233; officiel, mais non r&#233;sident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, le Cardinal, bourreau de travail, ne trouvera gu&#232;re le temps de visiter le chantier de son immense ch&#226;teau, d'en admirer les splendides collections d'art de sa grande galerie ; il ne verra ni son grand canal, ni son parc, ni sa belle ville fortifi&#233;e dans les r&#232;gles par ses ing&#233;nieurs militaires. On dit que Fouquet et Louis XIV s'en inspireront, mais confisqu&#233;e &#224; la R&#233;volution, cette splendeur sera livr&#233;e &#224; la pioche des d&#233;molisseurs en 1832.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH183/Chateau Richelieu1-4faa5.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='183' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Richelieu se fera construire ou embellir de tr&#232;s nombreux ch&#226;teaux. &#192; Paris, tout d'abord : le Palais Cardinal b&#226;ti par l'architecte Jacques Le Mercier, qui br&#251;lera en 1763. Ce palais qui s'&#233;tendait au nord du Louvre avec des jardins qui allaient jusqu'aux remparts, avait frapp&#233; les contemporains. Corneille dans le Menteur en 1644 &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; Et l'univers entier ne peut rien voir d'&#233;gal&lt;br/&gt;Au superbe dehors du palais Cardinal.&lt;br/&gt;&#8230;&lt;br/&gt;Tout nous fait pr&#233;sumer &#224; ses superbes toits&lt;br/&gt;Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois. &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;C'est dans sa salle de spectacle que fut jou&#233; le Cid en 1637. Les travaux dureront toute la vie de Richelieu qui prit la pr&#233;caution de le l&#233;guer au Roi dans son testament de 1636&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L250xH234/CHATEAU DE RUEIL-07143.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='250' height='234' /&gt; C'est aussi le ch&#226;teau de Rueil o&#249; il fit cr&#233;er les fameux jardins sur le mod&#232;le de la Villa d'Este &#224; Tivoli. On dit que Versailles s'en inspirera. Il avait choisi Rueil, car c'&#233;tait sur la route &#224; mi-chemin du Louvre et de Saint-Germain o&#249; r&#233;sidait la Cour en g&#233;n&#233;ral. Toutefois, les travaux n'&#233;taient pas achev&#233;s &#224; sa mort, si bien qu'&#224; Rueil, il habitait plut&#244;t dans une des fermes du ch&#226;teau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera aussi le ch&#226;teau de Fronsac dans son deuxi&#232;me duch&#233; que Richelieu embellira. Enfin on ne peut quitter le sujet sans &#233;voquer la reconstruction de la Sorbonne avec sa chapelle &#339;uvre de Le Mercier qui abrite son tombeau. Ce &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L373xH250/Fronsac-dbbc5.png?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='373' height='250' /&gt;tombeau sculpt&#233; par Fran&#231;ois Girardon ne sera construit qu'&#224; la fin du si&#232;cle. Long de 5 m il repr&#233;sente le cardinal &#224; moiti&#233; allong&#233; sur un baldaquin, assist&#233; par l'all&#233;gorie de la Pi&#233;t&#233; au moment d'affronter le jugement dernier. &#192; ses pieds, l'all&#233;gorie de la Doctrine chr&#233;tienne est en pleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;IV. Richelieu fr&#233;quenta assid&#251;ment les chemins litt&#233;raires &#171; De la calotte &#224; la plume &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on croit commun&#233;ment, Richelieu n'&#233;tait pas un triste. Ce concierge, cette pipelette de Tallement des R&#233;aux que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233;, &#233;crit dans ses Historiettes : &lt;i&gt;&#171; Le Cardinal se chatouillait souvent pour se faire rire&#8230; &#187; &lt;/i&gt; Mais il n'&#233;tait pas pour autant facile &#224; d&#233;rider, car la pipelette ajoute : &lt;i&gt;&#171; Le Cardinal envoyait chercher Boisrobert (le fondateur de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise) et les autres qui le pouvait divertir et il leur disait : - r&#233;jouissez-moi, si vous en savez le secret&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Cardinal ne d&#233;daignait pas les histoires l&#233;g&#232;res, voire scatologiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
En cela, c'&#233;tait un homme de son temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, Tallement des R&#233;aux raconte : &lt;i&gt;&#171; Pour montrer la toute-puissance du Cardinal, on faisait ce conte dont Boisrobert divertit son &#201;minence. Le colonel Hailbrun, &#201;cossais, homme qui &#233;tait consid&#233;r&#233;, passant &#224; cheval dans la rue Tictonne, se sentit press&#233;. Il entre dans la maison d'un bourgeois et d&#233;charge son paquet dans l'all&#233;e. Le bourgeois se trouve l&#224; et fait du bruit&#8230; Son valet dit au bourgeois : &#171; Mon Ma&#238;tre est &#224; Monsieur le Cardinal &#8211; Ah ! Monsieur &#187; dit le bourgeois, &#171; vous pouvez chier partout puisque vous &#234;tes au Cardinal. &#187;&lt;/i&gt; Et Richelieu &#233;clatait chaque fois de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tallement des R&#233;aux (Historiettes) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Richelieu, &lt;i&gt;&#171; Un jour qu'il &#233;toit enferm&#233; avec Desmarest, que Bautru avoit introduit chez lui, il lui demanda : &#171; &#192; quoi pensez-vous que je prenne le plus de plaisir ? &#8212; &#192; faire le bonheur de la France, lui r&#233;pondit Desmarest &#8212; Point du tout, r&#233;pliqua-t-il, c'est &#224; faire des vers. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il adorait les jeux litt&#233;raires qu'il poussait parfois tr&#232;s loin parce qu'il pensait avoir un certain talent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la politique, m&#234;me en litt&#233;rature, n'&#233;tait jamais loin chez lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple, le Cardinal passait pour ne pas appr&#233;cier le Cid qui crevait les planches en ce tout d&#233;but d'ann&#233;e 1637. Il faut dire que la pi&#232;ce exaltait la vaillance et l'esprit chevaleresque des Espagnols alors que la France du Cardinal &#233;tait en plein conflit avec l'Espagne. Les Parisiens n'en avaient cure et faisaient chaque soir un triomphe &#224; Corneille. Boileau donna ce commentaire :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; En vain contre le Cid un ministre se ligue,&lt;br/&gt;Tout Paris pour Rodrigue a les yeux de Chim&#232;ne&#8230; &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Richelieu, pour plaire au Roi qui adorait le Cid fit repr&#233;senter la pi&#232;ce deux fois chez lui ; mais, pour faire bonne mesure, il en commanda &#224; Boisrobert une version burlesque qu'il fit jouer par ses marmitons et ses valets. C'est dans ce pastiche que Boisrobert &#233;crivit cette r&#233;plique immortelle qui fit la joie de nos r&#233;cr&#233;ations de potache :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Rodrigue as-tu du c&#339;ur ?&lt;br/&gt; &#8211; Je n'ai que du carreau ! &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mairet, prot&#233;g&#233; du Cardinal, passant alors pour le plus grand auteur dramatique fran&#231;ais, publia que le Cid &#233;tait un simple plagiat de l'Espagnol Guilhem de Castro. Corneille r&#233;pliqua que la Muse de Mairet &lt;i&gt;&#171; fr&#233;quentait le bordel &#187;.&lt;/i&gt; Scud&#233;ry publia ses &lt;i&gt;&#171; Observations sur le Cid &#187;&lt;/i&gt; o&#249; il d&#233;non&#231;a une pi&#232;ce totalement immorale : le Comte est un Matamore, Don Sanche un sot, Chim&#232;ne une &#171; parricide&#8230; prostitu&#233;e&#8230; vivant dans l'impi&#233;t&#233;&#8230; &lt;i&gt;en un mot&lt;/i&gt; un monstre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Scud&#233;ry sugg&#233;ra alors que l'Acad&#233;mie juge le Cid, id&#233;e qui plut &#224; Richelieu. Chapelain r&#233;digea donc Les Sentiments de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise sur la tragi-com&#233;die du Cid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion, le Cardinal &#233;crivait des arguments de com&#233;dies et de trag&#233;dies qu'il faisait versifier par le gratin litt&#233;raire de l'&#233;poque, comme Chapelain ou cette fameuse &#233;quipe toute d&#233;vou&#233;e au Cardinal et que l'on appelait &#171; les cinq &#187; : Corneille, Boisrobert, Rotrou, Colletet et l'&#201;toile qui versifiaient chacun un acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Corneille prit la libert&#233; de modifier l'argument d'une sc&#232;ne &#233;bauch&#233; par Richelieu. L'&#201;minence se f&#226;cha. Notre &#233;crivain avait la nuque raide ; il pr&#233;texta des probl&#232;mes de famille et quitta Paris pour Rouen. Loin de s'y tenir tranquille, il publia une &#233;p&#238;tre vengeresse &#171; Excuse &#224; Ariste &#187; o&#249; il &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;&#171; &#8230; Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit&lt;br/&gt;Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue&#8230;&lt;br/&gt;Mon travail, sans appui, monte sur le th&#233;&#226;tre&#8230;&lt;br/&gt;Je ne dois qu'&#224; moi seul toute ma renomm&#233;e&#8230; &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L139xH229/Richelieu2-b0353.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='139' height='229' /&gt;N'oublions pas qu'&#224; l'&#233;poque, les artistes &#233;taient des sortes de courtisans attach&#233;s &#224; de grands seigneurs, &#224; qui ils devaient une forme d'ob&#233;issance et de louange en &#233;change de leur protection et de leur pension. Cette &#171; trahison &#187; litt&#233;raire, cette d&#233;fection et cette &#233;p&#238;tre &#224; Ariste bless&#232;rent le Cardinal dans sa dignit&#233; de &#171; protecteur des lettres &#187;, mais peut-&#234;tre aussi dans son ego de l'homme de lettres qu'il estimait &#234;tre. Ceci explique sans doute en partie ses prises de position dans la querelle du Cid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Cardinal &#233;tait trop grand seigneur pour s'acharner sur un po&#232;te : il mit fin &#224; la querelle du Cid en donnant l'ordre au grand acteur et &#233;crivain Mairet de se r&#233;concilier avec son rival Corneille. Et l'ann&#233;e suivante, il anoblit la famille de Corneille et continua &#224; le pensionner et &#224; le prot&#233;ger. Si bien qu'&#224; la mort du Cardinal, Corneille refusa de rejoindre la cohorte des d&#233;tracteurs qui se d&#233;cha&#238;naient contre Richelieu, et se contenta d'&#233;crire sur son &#171; rival &#187; en litt&#233;rature :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Qu'on parle mal ou bien du fameux Cardinal,&lt;br/&gt;Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien :&lt;br/&gt;Il m'a fait trop de bien pour en dire du mal,&lt;br/&gt;Et m'a fait trop de mal pour en dire du bien &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Alors que Benserade &#233;galement prot&#233;g&#233; de Richelieu ne se priva pas &#224; la mort de son protecteur d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt; &#171; Ci-g&#238;t un fameux cardinal&lt;br/&gt;Qui fit plus de mal que de bien :&lt;br/&gt;Le bien qu'il fit, il le fit mal&lt;br/&gt;Le mal qu'il fit, il le fit bien. &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Si la litt&#233;rature, pour Richelieu, &#233;tait un divertissement, elle contribuait comme nous venons de le voir, directement &#224; sa gloire sous ce titre de Protecteur des Lettres et des Arts qu'il se donnait et contribuait surtout &#224; la gloire de son patron le Roi. C'est tout le sens de la cr&#233;ation de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, destin&#233;e &#224; rassembler tous les grands esprits du royaume pour en aur&#233;oler la Majest&#233; royale. Chez Richelieu, tout finit en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout chez lui finit en politique : on le voit tr&#232;s bien, dans cette com&#233;die intitul&#233;e &#171; Europe &#187; que l'on dit &#234;tre de la main de Richelieu et que commente &#201;ric Zemmour, dans son essai historique intitul&#233; M&#233;lancolie Fran&#231;aise et dont voici l'argument : &lt;em&gt;&#171; Une jeune fille nomm&#233;e Europe est ardemment courtis&#233;e par un matamore arborant une fraise superbe, nomm&#233; Ib&#232;re. Mais elle lui pr&#233;f&#232;re Francion, v&#234;tu &#224; l'antique, un coq gaulois sur son casque et qui lui susurre galamment :&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;poesie&#034;&gt;Ib&#232;re est-il bien constant ? Il voit la nymphe Afrique&lt;br/&gt;Il court la belle Indie, il poss&#232;de Am&#233;rique : &lt;br/&gt;Puis il veut vous avoir ; rien ne peut l'assouvir&lt;br/&gt;Pour moi je ne pr&#233;tends que l'heur de vous servir&#8230; &#187;&lt;/h5&gt;&lt;/em&gt;
&lt;p&gt;On a dans cette com&#233;die, nous dit Zemmour, un r&#233;sum&#233; de la politique europ&#233;enne anti-espagnole et anti-autrichienne men&#233;e par la France, c'est-&#224;-dire par Richelieu. Tout le Cardinal est l&#224; : m&#234;me ses passions, m&#234;me ses passe-temps finissent en politique et concourent &#224; la gloire du Roi son ma&#238;tre et donc par ricochet &#224; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitons-en pour souligner ce trait : Si le Cardinal est avide de gloire, tout doit d'abord concourir &#224; la gloire du Roi qui passe toujours en premier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une anecdote illustre bien ce fait : On raconte que, Louis XIII et Richelieu se rencontrant au seuil d'une porte, le roi d'un ton rev&#234;che et grognon dit &#224; son ministre : &lt;em&gt;&#171; Passez, monsieur le cardinal, n'&#234;tes-vous point ici le ma&#238;tre ? &#187; Sur quoi, Richelieu saisit &#224; l'instant un flambeau des mains d'un domestique et, prenant le pas, r&#233;pondit : &#171; A vos ordres, sire, mais pour ob&#233;ir &#224; Votre Majest&#233; et remplir l'office du plus humble de ses valets. &#187;&lt;/em&gt; Il y a de ces anecdotes qui d'un trait caract&#233;risent toute une situation ; celle-ci me semble donner la juste mesure des rapports de ce roi et de ce ministre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre_centre&#034;&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la moustache du Cardinal sera ma conclusion. &lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
Et pour cela, revenons-en au tombeau princier de Richelieu dans la chapelle de la Sorbonne. Jusqu'&#224; la R&#233;volution, pas de probl&#232;me : Armand Jean repose &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L153xH230/Richelieu Moustache-122ee.jpg?1741311268' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='153' height='230' /&gt;tranquille sous sa vasque de marbre blanc de la Sorbonne. Pendant cent cinquante ans, son gisant en tenue cardinalice, par Girardon, restera soutenu par la Religion en pleurs, tandis que la Doctrine Chr&#233;tienne continuera &#224; lui baigner les pieds de ses larmes. Mais le 5 d&#233;cembre 1793, sur les dix heures du matin, les r&#233;volutionnaires brisent les portes de la Sorbonne, saccagent son tombeau, en extirpent son corps, le d&#233;capitent &#224; la scie, jettent ses restes dans une fosse commune et jouent au foot avec sa t&#234;te dans la rue Saint-Jacques qui de la Sorbonne descend vers la Seine. La t&#234;te du Cardinal est finalement emport&#233;e par un d&#233;nomm&#233; Cheval, &#233;picier rue de La Harpe. Apr&#232;s un long s&#233;jour dans un presbyt&#232;re de Bretagne (&#224; Tr&#233;guier, il me semble), la t&#234;te est l&#233;gu&#233;e en 1866 &#224; l'&#201;tat, qui la r&#233;- inhume solennellement en Sorbonne. Le proc&#232;s-verbal de la c&#233;r&#233;monie contient une superbe collection de perles dont j'ai extrait celle-ci pour votre plaisir : Le l&#233;giste, un nomm&#233; de Quatrefages, &#233;crit : &lt;em&gt;&#171; J'ai aussi &#233;tudi&#233; la t&#234;te de Richelieu. Je ne suis pas convaincu que le cr&#226;ne fut dolichoc&#233;phale&#8230; Sur la statue (du tombeau) le cr&#226;ne est brachyc&#233;phale&#8230; &#187;&lt;/em&gt; C'&#233;tait la grande &#233;poque des bosses de Gall&#8230; En 1895, le grand historien de Richelieu, Gabriel Hanotaux, alors ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, ouvre &#224; son tour le tombeau, s'empare du cr&#226;ne pour l'examiner une derni&#232;re fois, au cours d'une c&#233;r&#233;monie mondaine en pr&#233;sence de la princesse de Monaco (1875-1952). Cette Alice Heine &#233;tait la fille de Michel Heine, un banquier richissime R&#233;gent de la Banque de France, son parrain avait &#233;t&#233; Napol&#233;on III. Elle &#233;pousa en premi&#232;re noce le dernier Duc de Richelieu, puis devenue veuve elle &#233;pouse Albert 1er de Monaco. Elle assistait donc &#224; cette c&#233;r&#233;monie en tant que veuve du duc de Richelieu. C'&#233;tait une reine de la mode. La Presse est subjugu&#233;e par sa &lt;em&gt;&#171; toilette d'exhumation suave, printani&#232;re, avec un chapeau fleuri de toutes les fleurs de la saison et des bracelets jusqu'aux coudes &#187;.&lt;/em&gt; Un ouvrier ouvre la cassette de fer de 1866, et ouvrez grandes vos oreilles, car je cite le proc&#232;s-verbal : &lt;em&gt;&#171; nous distinguons une face momifi&#233;e, une pauvre t&#234;te mutil&#233;e, &#224; laquelle adh&#232;rent encore des cheveux, et une moustache embarrass&#233;e de filaments de coton. &#187;&lt;/em&gt; Surprise ! La fameuse double moustache n'a plus qu'un c&#244;t&#233; et Hanotaux, son historien en profite pour souligner : &lt;em&gt;&#171; l'exactitude de ses r&#233;cits sur la mort du Cardinal, et comment - pour administrer les derniers rem&#232;des au mourant - la moustache fut coup&#233;e, d'un c&#244;t&#233;, d'un maladroit coup de ciseaux donn&#233; de travers sur la l&#232;vre du mourant. &#187;&lt;/em&gt; Fier de constater que ses &#233;tudes sur le Cardinal avaient dit vrai, le ministre fait photographier et dessiner &#224; nouveau le c&#233;l&#232;bre chef, avant de le mettre dans un coffret scell&#233; et de le faire recouvrir d'une chape de ciment arm&#233;, dans un lieu tenu secret &#224; proximit&#233; du tombeau afin d'&#234;tre le dernier &#224; l'avoir vu pour les si&#232;cles des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'&#233;voquer largement de nombreuses facettes du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; s. et de certains de leurs acteurs. J'esp&#232;re que vous voudrez bien me pardonner de ne pas avoir trait&#233; de l'extraordinaire homme d'&#201;tat que fut Richelieu. Mais ce n'&#233;tait ni le lieu ni l'heure de faire un cours d'Histoire. Il y a des &#233;coles pour cela. Ou plut&#244;t, il n'y en a plus, si j'&#233;coute la rumeur publique. &#192; la place, je vous ai propos&#233; une r&#233;cr&#233;ation sur des chemins buissonniers ! Mais pour me racheter, en guise d'hommage au Cardinal homme politique, je passe la parole &#224; un expert en la mati&#232;re : le tsar de toutes les Russies, Pierre Le Grand en personne qui, lors de l'unique s&#233;jour qu'il fit en France en 1718, alla s'incliner &#224; la Sorbonne sur la tombe du Cardinal. Il y prononcera ces paroles d'admiration dans le style pompeux de l'&#233;poque : &lt;em&gt;&#171; Grand ministre, que n'es-tu n&#233; de mon temps ! Je t'aurais donn&#233; la moiti&#233; de mon Empire, pour m'apprendre &#224; gouverner l'autre. &#187;&lt;/em&gt; C'est Saint-Simon, qui s'y connaissait en hommes, qui nous rapporte cette anecdote.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;br /&gt; Conf&#233;rence faite &#224; N&#238;mes le 9 avril 2019&lt;br /&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monsieur M&#233;nard : &lt;/strong&gt; &#171; Histoire Civile Eccl&#233;siastique et Litt&#233;raire de la Ville de Nismes &#187; &#224; Paris 1754&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme : &lt;/strong&gt; &#171; Histoire Abr&#233;g&#233;e de la Ville de N&#238;mes &#187; publi&#233;e &#224; Amsterdam en 1767&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fontrailles&lt;/strong&gt; (BNF Gallica) : &#171; Relation des choses particuli&#232;res de la cour arriv&#233;es pendant la faveur de Monsieur de Cinq-Mars, grand &#233;cuyer, avec sa mort et celle de Monsieur De Thou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme &lt;/strong&gt; BNF Gallica : &#171; Supplice de Cinq-Mars et de Thou d&#233;capit&#233;s &#224; Lyon Place des Terreaux Relation d'un t&#233;moin &#187; (publi&#233; en 1876)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alfred de Vigny :&lt;/strong&gt; Cinq-Mars, ou une conjuration sous Louis XIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme,&lt;/strong&gt; &#233;dit&#233; &#224; Cologne en 1696 : &#171; Le Tableau de la Vie et du Gouvernement de M. les Cardinaux Richelieu et Mazarin &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. de V***, &lt;/strong&gt; Amsterdam 1717 : &#171; Anecdotes du Minist&#232;re de Richelieu &#187; 2 tomes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anonyme,&lt;/strong&gt; Avignon, 1704 : &#171; Le V&#233;ritable P&#232;re Joseph, Capucin &#187; 2 tomes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tallement des R&#233;aux&lt;/strong&gt; in &#171; Historiettes &#187; (&#233;dition La Pl&#233;iade)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abb&#233; Henri Br&#233;mond &lt;/strong&gt; : Histoire Litt&#233;raire du sentiment religieux en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Zemmour&lt;/strong&gt; in &#171; M&#233;lancolie Fran&#231;aise &#187;. Citation de Pierre Le Grand en Conclusion et la com&#233;die Europe par Richelieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laurent Avezou :&lt;/strong&gt; Le tombeau litt&#233;raire de Richelieu, Gen&#232;se d'une h&#233;ro&#239;sation (Hypoth&#232;ses 2002, 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roland Mousnier &lt;/strong&gt; in &#171; L'Homme Rouge &#187;, vie du Cardinal de Richelieu. Point I. et II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Carmona&lt;/strong&gt; in &#171; Richelieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mentine Portier-Kaltenbach&lt;/strong&gt; in &#171; Histoire d'Os et autres illustres abattis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marie Constant &lt;/strong&gt; : La Folle libert&#233; des baroques 1600-1661&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Hildsheimer : &lt;/strong&gt; Richelieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Bluche : &lt;/strong&gt; Richelieu&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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