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	<title>Fl&#226;neur Textuel</title>
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		<title>Fl&#226;neur Textuel</title>
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		<title>Sous le pommier, Augustin&#8230;</title>
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&lt;p&gt;&#171; Si en effet les choses futures et les choses pass&#233;es sont, je veux savoir o&#249; elles sont &#187; nous dit saint Augustin dans ses Confessions (Livre XI) Et en effet, il y a des soirs o&#249;, sans se faire annoncer, des personnages hors du commun rencontr&#233;s au hasard d'une lecture reviennent comme de vieilles connaissances&#8230; chaque fois, l'&#233;motion de la premi&#232;re rencontre se charge d'une nuance nouvelle : car le pass&#233; est tout &#224; la fois si diff&#233;rent, si lointain et pourtant si proche de nous&#8230; C'est ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&#034;introduction&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;i&gt;&#171; Si en effet les choses futures et les choses pass&#233;es sont, je veux savoir o&#249; elles sont &#187; &lt;/i&gt; nous dit saint Augustin dans ses Confessions (Livre XI) Et en effet, il y a des soirs o&#249;, sans se faire annoncer, des personnages hors du commun rencontr&#233;s au hasard d'une lecture reviennent comme de vieilles connaissances&#8230; chaque fois, l'&#233;motion de la premi&#232;re rencontre se charge d'une nuance nouvelle : car le pass&#233; est tout &#224; la fois si diff&#233;rent, si lointain et pourtant si proche de nous&#8230; C'est ce qu'il vient de m'arriver avec Augustin. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une douzaine d'ann&#233;es, un soir d'octobre pluvieux et venteux comme le Perche sait en produire, dans un salon tr&#232;s douillet d'un manoir Renaissance, verre &#224; la main, Lucien Jerphagnion professeur au Coll&#232;ge de France, &#233;l&#233;gant, tr&#232;s vieille France, &#233;voquait avec chaleur, aisance et simplicit&#233; saint Augustin dont il dirigeait alors la publication des &#339;uvres pour la Pl&#233;iade. De retour &#224; Avignon, j'achetai cette nouvelle traduction et me plongeai sans plus attendre dans les Dialogues Philosophiques de Saint Augustin, Livre 1 &#224; III &lt;i&gt;Contre les Acad&#233;miciens&lt;/i&gt;. En rangeant ce livre l'autre jour, ce souvenir est remont&#233; &#224; ma m&#233;moire avec suffisamment de persuasion pour que je me mette aussit&#244;t &#224; le relire. Augustin nous y conte un d&#233;bat philosophique dont le d&#233;roulement devrait servir d'exemple &#224; notre si&#232;cle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L375xH500/Pleiade Augustin-948d9.jpg?1740416526' width='375' height='500' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dix-sept si&#232;cles, en ao&#251;t 386, Augustin vient de se convertir. C&#233;l&#232;bre professeur de rh&#233;torique &#224; Milan alors capitale de l'Empire romain, un ami lui pr&#234;te sa propri&#233;t&#233; sur les hauteurs de la ville pour fuir la fournaise de l'&#233;t&#233; pendant les vacances scolaires en compagnie de quelques anciens &#233;l&#232;ves et parents, tous jeunes philosophes accomplis. Augustin y organise une &#171; disputatio &#187;, ce d&#233;bat r&#233;gl&#233; et polic&#233; invent&#233; par les Grecs et dont le Moyen-&#194;ge raffolera. Les temps &#233;taient alors encore plus troubl&#233;s et sombres qu'aujourd'hui : l'Empire romain allait bient&#244;t dispara&#238;tre sous les invasions barbares et les h&#233;r&#233;sies d&#233;chiraient violemment l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e et le rythme des &#233;changes &#233;tant un gage de qualit&#233;, Augustin d&#233;cide que le d&#233;bat durera deux fois trois jours, coup&#233;s par un entracte d'une semaine : &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s la pr&#233;c&#233;dente discussion&#8230;, nous rest&#226;mes presque sept jours sans discuter ; nous repassons simplement les trois livres de Virgile qui font suite au premier, et nous les examinions quand cela nous paraissait opportun&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intendance ne doit pas perturber les d&#233;bats : c'est sa m&#232;re, la future sainte Monique qui l'assure. Toutefois, chacun devra mettre la main &#224; la p&#226;te, &#224; commencer par l'entretien du domaine : &lt;i&gt;&#171; &#8230;En effet, nous avions commenc&#233; &#224; discuter quand le soleil &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; son d&#233;clin : le jour s'&#233;tait pass&#233; presque en entier, d'une part &#224; organiser les travaux agricoles, d'autre part &#224; revoir le premier livre de Virgile. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin propose ce sujet alors d'actualit&#233; br&#251;lante et qui le reste aujourd'hui : &lt;i&gt;&#171; Qu'est-ce que la V&#233;rit&#233; ? &#187;&lt;/i&gt;. Car les intellos de l'&#233;poque, suivant en cela les th&#232;ses de la Nouvelle Acad&#233;mie pr&#244;naient, tout comme aujourd'hui, un scepticisme de bon aloi&#8230; c'&#233;tait ce que l'on appelle aujourd'hui &#224; France Culture le courant main stream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question pour les d&#233;batteurs de cr&#233;er des diversions, de s'&#233;garer sur d'autres sujets : &lt;i&gt;&#171; Cependant cette &#339;uvre (L'&#201;n&#233;&#239;de) enflamma Licentius d'un tel z&#232;le pour la po&#233;sie qu'il me parut m&#234;me devoir &#234;tre passablement mod&#233;r&#233; &#187;&lt;/i&gt; (rappel&#233; &#224; l'ordre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin d&#233;signe un secr&#233;taire pour dactylographier les d&#233;bats, car il envoie chaque jour &#224; l'ami qui avait financ&#233; ses &#233;tudes le verbatim des discussions :&lt;i&gt; &#171; je t'ai envoy&#233; dans cette lettre, les discussions qu'ont eues entre eux Trygetius et Licentius&#8230; C'est pourquoi ayant eu recours &#224; un st&#233;nographe afin que les vents ne dispersent point les fruits de notre effort, je n'en ai rien laiss&#233; perdre. Dans ce livre, tu liras vraiment les mati&#232;res qu'ils ont trait&#233;es et leurs opinions ainsi que mes paroles et aussi celles d'Alypius &#8230; Mais, &#224; cause de la m&#233;moire, ce gardien infid&#232;le de nos trouvailles, j'ai voulu que soient consign&#233;es par &#233;crit les choses que nous avons souvent approfondies entre nous, de fa&#231;on que ces jeunes gens, &#224; la fois, apprennent &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ces questions et s'essaient &#224; l'attaque et &#224; la riposte. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces intellos passent en effet leur temps &#224; correspondre avec leurs amis, car la poste romaine fonctionne parfaitement : &lt;i&gt;&#171; Le lendemain, bien que le jour n'ait pas brill&#233; moins d&#233;licieux ni moins serein, c'est &#224; peine si nous avons pu nous d&#233;barrasser des occupations domestiques. En effet, nous avons consacr&#233; la plus grande partie de la journ&#233;e &#224; &#233;crire des lettres et comme il restait &#224; peine deux heures de jour, nous nous rend&#238;mes &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat doit &#234;tre &#233;quilibr&#233;, Augustin en sera le mod&#233;rateur : &lt;i&gt;&#171; &#8230; Je crois &#234;tre un arbitre plus s&#251;r, puisqu'en effet mon itin&#233;raire me fait aller &#224; la ville, il faut que je sois d&#233;charg&#233; de la t&#226;che de soutenir une cause. En m&#234;me temps, je pourrai plus facilement d&#233;l&#233;guer &#224; quelqu'un le r&#244;le d'arbitre que celui de d&#233;fenseur de l'une ou l'autre partie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque matin, le mod&#233;rateur ouvre les travaux avec le r&#233;sum&#233; de la veille : &lt;i&gt;&#171; &#8230; le lendemain, quand nous e&#251;mes pris place : exposez-nous, dis-je, ce que vous aviez commenc&#233; de discuter hier ?&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lui qui cl&#244;ture la s&#233;ance : &lt;i&gt;&#171; &#8230;Alors, comme la nuit emp&#234;chait d&#233;j&#224; d'&#233;crire, et que je voyais poindre un vaste probl&#232;me &#224; traiter&#8230; Je le remis &#224; un autre jour&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la nuit qui suspend les travaux, mais aussi la d&#233;faite que conc&#232;de un d&#233;batteur : &lt;i&gt;&#171; Malgr&#233; la nuit d&#233;j&#224; tomb&#233;e et l'arriv&#233;e d'un flambeau qui avait permis d'&#233;crire depuis un certain temps, ils attendaient avec une vive attention de savoir si Alipius promettrait de r&#233;pondre, f&#251;t-ce un autre jour&#8230; Alipius dit alors : je me retire vaincu de la discussion d'aujourd'hui &#8230; l&#224;-dessus, nous nous rend&#238;mes aux bains&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats sont champ&#234;tres, dans la prairie sous un pommier, ou si le temps est mauvais, aux bains - l'endroit de sociabilit&#233; des Romains : &lt;i&gt;&#171; Le lendemain, nous &#233;tions assis aux bains. En effet, le temps &#233;tait trop sombre pour qu'il nous pl&#251;t de descendre &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;batteurs doivent &#224; tout moment s'accorder sur les d&#233;finitions : &lt;i&gt;&#171; Trygetius, reprit la parole : accordes-tu que la sagesse est le droit chemin de la vie ? Sans aucun doute, dit Licentius, cependant, je veux que tu me d&#233;finisses la sagesse, pour savoir si tu la vois de la m&#234;me mani&#232;re que moi&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question de se perdre dans des d&#233;tails obscurs : &lt;i&gt;&#171; &#8230;car je t'ai souvent entendu dire qu'il est honteux pour ceux qui discutent, de s'arr&#234;ter &#224; des questions de mots, alors que sur les choses il n'y a plus lieu &#224; d&#233;bat. Mais sans doute est-ce trop subtil pour que je puisse en exiger l'explication ? &#187;&lt;/i&gt; On sent poindre la perfidie&#8230; mais on reste courtois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fuir le d&#233;bat ou hausser le ton est inenvisageable : &lt;i&gt;&#171; Alors Trygetius dit en souriant : j'ai m&#233;rit&#233;, ce qui m'arrive, en faisant de confiance, une concession &#224; l'adversaire sur un point subsidiaire, comme si j'&#233;tais un artiste en d&#233;finitions ou si je pensais que dans les discussions il est des points tout &#224; fait superflus ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite du d&#233;bat revient au mod&#233;rateur : &lt;i&gt;&#171; Ai-je le droit, demanda Trygetius de revenir sur ce que j'ai accord&#233; &#224; la l&#233;g&#232;re ? &#8230; C'est &#224; la l&#233;g&#232;re que j'ai conc&#233;d&#233; que Cic&#233;ron fut un sage&#8230; je (Augustin) pris la parole : ceux-l&#224; seuls n'ont pas coutume de le permettre, que pousse &#224; la discussion, non le d&#233;sir de d&#233;couvrir le vrai, mais la jactance d'une intelligence pu&#233;rile&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#233;rateur veille &#224; m&#233;nager le temps de la r&#233;flexion : &lt;i&gt;&#171; Tandis que Trygetius se demandait longuement ce qu'il devait r&#233;pondre, je pris la parole : je ne pense pas Licentius que notre ami sera &#224; court d'arguments si nous lui permettons d'en chercher &#224; loisir. N'a-t-il pas eu jusqu'ici r&#233;ponse &#224; tout ? &#8230; nous en &#233;tions l&#224;, quand on nous annon&#231;a que le repas &#233;tait pr&#234;t, et nous nous lev&#226;mes&#8230;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rappelle aussi &#224; l'ordre les r&#234;veurs : &lt;i&gt;&#171; &#8230;depuis combien de temps, Licentius, sommeilles-tu &#224; la faveur de notre expos&#233; qui a &#233;t&#233; plus long que je ne pensais ? Tu as entendu qui sont les acad&#233;miciens ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;t&#233;o r&#232;gle l'emploi du temps : &lt;i&gt;&#171; Or ce jour brillait, si serein qu'il paraissait ne convenir absolument &#224; rien d'autre qu'&#224; donner la s&#233;r&#233;nit&#233; &#224; nos &#226;mes. Aussi quitt&#226;mes-nous les lits plus t&#244;t que d'habitude ; nous nous occup&#226;mes un moment avec les fermiers des travaux urgents&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Pour les philosophes, la sobri&#233;t&#233; est la r&#232;gle : &lt;i&gt;&#171; Il allait poursuivre lorsque ma m&#232;re, car nous &#233;tions d&#233;j&#224; rendus &#224; la maison, se mit &#224; nous prier si vivement de passer &#224; table, que ce n'&#233;tait plus le moment de disserter. Puis, lorsque nous e&#251;mes mang&#233; juste ce qu'il fallait pour apaiser notre faim, nous retourn&#226;mes &#224; la prairie&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En organisant ce d&#233;bat, Augustin pensait certainement &#224; J&#233;sus disant &#224; Pilate trois si&#232;cles auparavant : &lt;i&gt;&#171; Je suis la V&#233;rit&#233; et la Vie. &#187; &lt;/i&gt; Pilate en bon philosophe acad&#233;micien l'examine et dit : &lt;i&gt;&#171; Mais qu'est-ce que la V&#233;rit&#233; ? &#187;&lt;/i&gt; et se lave les mains &#233;vitant pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;bat que reprend Augustin. Pour le passionnant contenu des discussions, il vous restera le plus important &#224; faire : lire les quatre-vingts pages qui les relatent. Pour vous r&#233;compenser de m'avoir suivi jusqu'ici, je vais vous donner la conclusion qu'en tire saint Augustin, la raison est compatible avec l'autorit&#233; de l'&#201;glise et compl&#233;mentaire de la foi : &lt;i&gt;&#171; Il ne fait de doute pour personne que nous sommes motiv&#233;s &#224; apprendre par la double pression de l'autorit&#233; et de la raison ! Or c'est pour moi une certitude que je ne m'&#233;carterai absolument pas de l'autorit&#233; du Christ, car je n'en trouve pas de plus puissante. Quant &#224; ce qu'il faut poursuivre avec toute la subtilit&#233; de la raison (car je suis d&#233;sormais en des sentiments tels que je d&#233;sire avec impatience saisir la v&#233;rit&#233;, non seulement par la foi, mais aussi par l'intelligence), j'ai confiance de pouvoir trouver, pour le moment, chez les platoniciens un enseignement qui ne r&#233;pugne pas un de nos myst&#232;res. &#187;&lt;/i&gt; Huit si&#232;cles plus tard, saint Thomas d'Aquin compl&#233;tera et approfondira avec &#233;clat cet ancrage indissoluble de la raison et de la foi qui ouvrira l'Europe &#224; la science moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque ligne de ma lecture, il m'apparaissait clairement que notre parlement et notre audiovisuel gagneraient &#224; prendre pour mod&#232;le d'organisation de leurs d&#233;bats celui que nous venons d'&#233;voquer &lt;i&gt;&#171; comme il en fut aux jours anciens dans les ann&#233;es d'autrefois &#187;&lt;/i&gt; (Malachie 3 - 1.4).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 5 f&#233;vrier 2025&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et puisque nous avons parl&#233; de saint Thomas d'Aquin, voici cette splendide statue de retour de restauration le 7 octobre 2024 expos&#233;e au Grand couvent de Cavaillon avant de reprendre sa place dans la cath&#233;drale de Cavaillon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L450xH600/Thomas Aquin-c7b12.jpg?1740416523' width='450' height='600' /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Familia grande</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article106</link>
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&lt;p&gt;La familia grande ParCamille Kouchner Chez : Seuil, 208 pages, 18&#8364; L'avocate Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner le bon French Doctor et d'&#201;velyne Pisier (s&#339;ur de l'actrice) r&#233;v&#232;le dans ce livre les actes incestueux impos&#233;s pendant des ann&#233;es &#224; son fr&#232;re jumeau alors adolescent (pr&#233;nomm&#233; Victor dans son r&#233;cit), par le second mari de sa m&#232;re, Olivier Duhamel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camille Kouchner a un talent litt&#233;raire certain qui nous immerge, nous ses lecteurs, au sein du monde luxueux, intelligent, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;La familia grande&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;ParCamille Kouchner&lt;br /&gt;Chez : &lt;em&gt;Seuil, 208 pages, 18&#8364;&lt;/em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L342xH499/kouchner-f2732.jpg?1740468687' width='342' height='499' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avocate Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner le bon French Doctor et d'&#201;velyne Pisier (s&#339;ur de l'actrice) r&#233;v&#232;le dans ce livre les actes incestueux impos&#233;s pendant des ann&#233;es &#224; son fr&#232;re jumeau alors adolescent (pr&#233;nomm&#233; Victor dans son r&#233;cit), par le second mari de sa m&#232;re, Olivier Duhamel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille Kouchner a un talent litt&#233;raire certain qui nous immerge, nous ses lecteurs, au sein du monde luxueux, intelligent, cultiv&#233; et raffin&#233;, mais aussi, pervers, &#233;crasant et terrifiant qui fut celui de son enfance. Elle le fait avec une plume alerte et d&#233;li&#233;e qui en recr&#233;e l'atmosph&#232;re et nous la fait partager, une plume qui restitue avec aisance la complexit&#233; des caract&#232;res et l'ambivalence des situations sans jamais s'abandonner &#224; la facilit&#233; de la simplification. Ce n'est pas une &#339;uvre de vengeance taill&#233;e &#224; coups de serpe, ni un r&#233;quisitoire ass&#233;n&#233; &#224; coups de maillet, c'est un r&#233;cit objectif et nuanc&#233; de la face sombre et perverse d'un environnement libertaire apparemment &#233;galitaire et enchanteur, mais qui cache derri&#232;re cet id&#233;al de libert&#233;, la dictature impitoyable et terrifiante du d&#233;sir &#233;go&#239;ste qui ne se connait aucune limite. En somme, &#224; la fois la face lumineuse et la face noire de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers chapitres, Camille expose son admiration de fillette et son amour pour sa grand-m&#232;re, sa m&#232;re, son beau p&#232;re Olivier Duhamel qui fut longtemps pour elle, le h&#233;ros qu'elle adorait : &lt;i&gt;&#171; Mon beau-p&#232;re m'emmenait avec lui chez ses amis et me pr&#233;sentait comme sa fille. Il m'encourageait pour tout. Il me portait, me rassurait, me donnait confiance. &#187;&lt;/i&gt; Aux premi&#232;res pages, il m'est arriv&#233; d'envier le caract&#232;re si ouvert et si compr&#233;hensif de cette &#233;ducation donn&#233;e par les parents et leurs amis et bas&#233;e sur la libert&#233;, ce mot d'ordre qui r&#233;git les relations de cette famille - toutes g&#233;n&#233;rations confondues - et qui revient &#224; chaque page, de fa&#231;on si lancinante qu'il en devient obsessionnel. Au fil des chapitres, cette obsession deviendra si imp&#233;rieuse qu'elle finira en tsunami d&#233;truisant tout et tous sur son passage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ducation donn&#233;e aux enfants par cette grande communaut&#233; des parents et des amis, &lt;i&gt;La Familia Grande &lt;/i&gt; : car c'est tout un monde familial et amical qui se r&#233;unit &#224; chaque vacances dans la grande propri&#233;t&#233; d'Olivier Duhamel &#224; Sanary, le monde des &#171; intellectuels &#187; parisiens, de gauche bien entendu : les Kouchner, les Duhamel, les Guigou, les Lang, et tant d'autres, ce monde que leurs adversaires qualifient de &#171; &lt;i&gt;gauche caviar &lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire cette gauche directement issue de 68 et devenue &#233;lite dirigeante, cette gauche guid&#233;e par cet imp&#233;ratif cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;Il est interdit d'interdire&lt;/i&gt; &#187;, alpha et om&#233;ga de cette humanit&#233; enfin lib&#233;r&#233;e de tout : de la tradition, de la religion, de l'oppression familiale, patronale, politique, syndicale, enseignante, en un mot lib&#233;r&#233;e de toute autorit&#233;, et r&#233;duite &#224; ce seul dieu, l'individu d&#233;sirant, titulaire de tous les droits, ne se reconnaissant aucune limite, aucun devoir. Ce livre, c'est enfin le regard port&#233; sur ce monde, sur cette libert&#233;, sur cette &#233;ducation par une enfant qui v&#233;cut et grandit dans cet univers, ou plut&#244;t le regard port&#233; par une adulte - Camille Couchner - qui se souvient de l'enfant qu'elle &#233;tait et qui estime avoir &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e et son jumeau d&#233;truit par ce monde et cette &#233;ducation &#224; premi&#232;re vue guid&#233;e par la libert&#233; et le respect de l'autre et de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de cette tribu de gauche sur plusieurs g&#233;n&#233;rations, guid&#233;e par la lumi&#232;re du d&#233;sir libertaire sans limites est passionnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre au fil des pages comment un monde aussi ouvert peut engendrer l'exclusion et peut-&#234;tre m&#234;me l'engendre-t-il n&#233;cessairement&#8230; ce monde qui commence par exclure Georges Pisier, le grand-p&#232;re, impitoyablement ray&#233; des conversations et des souvenirs de la saga familiale : car c'&#233;tait un maurassien et de plus, gouverneur des colonies en Indochine, et cerise sur le g&#226;teau, de 1940 &#224; 1942 sous Vichy ! Quelle honte, pour une famille de gauche, comme le r&#233;p&#232;tera &#201;velyne sa fille &#224; sa propre fille Camille : &lt;i&gt;&#171; Il est rest&#233; en poste durant toute la p&#233;riode p&#233;tainiste, il a refus&#233; de s'en excuser. Mon p&#232;re &#233;tait maurrassien. Un sale facho. Tu te rends compte ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans cette famille, le tamis qui s&#233;pare le bon grain de l'ivraie c'est la politique, &#224; gauche naturellement. &#201;velyne Pisier la m&#232;re de Camille, jeune &#233;tudiante dans les ann&#233;es soixante, se rend &#224; Cuba avec des &#233;tudiants communistes - dont Bernard Kouchner. Ils sont fascin&#233;s par ce nouveau r&#233;gime si s&#233;duisant, qu'ils jugent &#234;tre un mod&#232;le pour l'Occident si d&#233;cadent ! Staline &#233;tait pass&#233;e mode, c'&#233;tait alors le temps de Fidel, avant de devenir celui de Mao, et enfin de Lula, ces mod&#232;les politiques qui fascinent de tout temps nos intellectuels : La Gauche est imp&#233;nitente&#8230; &#201;velyne passera quatre ans &#224; La Havane comme ma&#238;tresse du Lider maximo, le s&#233;duisant Fidel en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme &#233;tonnante cette &#201;velyne, qui apr&#232;s l'aventure Fidel, devient professeur de droit et &#233;pouse Bernard Kouchner, ex-adh&#233;rent des jeunesses communistes, puis militant socialiste, puis radical-socialiste qui deviendra plusieurs fois ministre de B&#233;r&#233;govoy et Jospin, puis des deux Gouvernements Fillon&#8230; On a beau &#234;tre de gauche, la s&#233;duction du pouvoir &#233;largit la conscience ! Ils auront trois enfants, d'abord un gar&#231;on Colin, puis les jumeaux Camille et Victor. Et bien entendu, on embauche des nurses afin que la libert&#233; d'&#201;velyne, la jeune m&#232;re, ne soit en aucun cas entrav&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons &#224; ce premier mari d'&#201;velyne, le bon French doctor Kouchner si politiquement correct, si doux envers le tiers monde, en r&#233;alit&#233; tyran absolu chez lui, qui ne s'adresse &#224; sa femme &#201;velyne qu'en hurlant, terrorisant au passage ses trois enfants - dont les jumeaux Camille et Victor- &#224; qui il n'adresse absolument jamais la parole et les met en pension d&#232;s qu'il en a la garde pendant les vacances apr&#232;s son divorce d'avec &#201;velyne&#8230; &lt;i&gt;&#171; C'est sa libert&#233; ! &#187;&lt;/i&gt; n'arr&#234;tera pas de plaider &#201;velyne sa femme m&#234;me apr&#232;s son divorce&#8230; et qui &#233;pousera alors Olivier Duhamel. Libert&#233; v&#233;cue dramatiquement par le petit Victor qui entre en crise de larmes violente chaque fois qu'il doit aller voir ce p&#232;re &#224; la fois violent et absent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bon doctor se remariera avec la vedette de la T&#233;l&#233; Christine Ockrent qui n'h&#233;site jamais, elle aussi, &#224; se d&#233;barrasser &#224; chaque vacance scolaire des trois enfants du premier lit de son mari en les envoyant en stages de cheval, de ski&#8230; Dans cette famille recompos&#233;e si libertaire, la libert&#233; c'est d'abord de ne pas s'occuper des enfants de l'autre. Il faut lire cette visite des jumeaux accompagn&#233;s par leur nurse &#224; la clinique o&#249; vient d'accoucher Ockrent cette autre bonne conscience de gauche. On les refoule dans la salle d'attente : priorit&#233; absolue &#224; Bernard et Christine pr&#233;sentant leur nouveau-n&#233; au photographe des stars et aux journalistes de Paris-Match ; car la vraie vie n'est pas la vie de famille, mais son image, retouch&#233;e, maquill&#233;e, vendue aux m&#233;dias people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette tribu, la libert&#233; est l'&#233;talon de la vie. Magnifique, ai-je pens&#233; aux premi&#232;res pages ! Mais on ne tarde pas &#224; d&#233;couvrir que c'est une libert&#233; obligatoire et impos&#233;e dont toutes les issues sont cadenass&#233;es et encadr&#233;es par le politiquement correct. Ce n'est pas la libert&#233; du vent du large, mais celle confin&#233;e des cellules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Camille veut faire du piano. C'est d'un bourgeois ! Mais c'est sa libert&#233; ! Alors, sa m&#232;re et son beau-p&#232;re ne s'y opposeront donc pas, mais en revanche ils ne manqueront jamais une occasion de moquer publiquement, &#224; table devant tout le monde, les go&#251;ts de midinette de Camille&#8230; Et lorsque Camille aura &#224; son tour une petite fille qu'elle voudra allaiter et &#233;lever tout en continuant son m&#233;tier d'avocate, sa m&#232;re &#201;velyne s'en offusquera et lui fera longuement la le&#231;on : la dignit&#233; de la Femme est incompatible avec l'allaitement et s'occuper de ses enfants, contraire &#224; la libert&#233; de la Femme. La libert&#233; de Camille, n'est pas de suivre son c&#339;ur et ses propres inclinations, mais bien de suivre le canon f&#233;minin impos&#233; par les ligues f&#233;ministes. La libert&#233;, c'est l'obligation de se conformer &#224; l'image de la libert&#233; v&#233;hicul&#233;e par son milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette la libert&#233; des adultes dans le respect des &#171; valeurs &#187; de gauche, c'est surtout la libert&#233; du chef de la tribu : Olivier Duhamel dont le charme, le charisme, le r&#233;el entregent, l'attraction incontest&#233;e et de plus en plus universelle qu'il exerce sur le monde de la gauche parisienne lui ouvrent les postes les plus influents et en font un arbitre incontournable : la pr&#233;sidence du si influent Cercle du Si&#232;cle, celle de la Fondation des Sciences-Politiques, il est l'invit&#233; de tous les d&#233;bats, de toutes les plates-formes&#8230; Il co-fonde la revue Pouvoirs&#8230; tout un programme : Olivier Duhamel est l'incarnation de la gauche bien pensante et l'arbitre de toutes les vertus et valeurs r&#233;publicaines. Le Monde, Lib&#233;ration, M&#233;diapart, les plateaux T&#233;l&#233; ne s'y trompent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette influence, ce prestige agglutinent autour de lui le Tout-Paris de la gauche caviar. Une v&#233;ritable Cour qu'il r&#233;unit chaque &#233;t&#233; dans sa propri&#233;t&#233; de Sanary autour de sa grande famille recompos&#233;e, &lt;i&gt;&#171; la familia grande &#187;&lt;/i&gt; comme il l'appelle avec une r&#233;sonance quelque peu mafieuse et qui inclut aussi les nurses des enfants, les actuelles et m&#234;me les anciennes de toutes nationalit&#233;s&#8230; C'est ce cadre luxueux, mondain, intellectuel et libertaire o&#249; Olivier Duhamel r&#232;gne en ma&#238;tre absolu qui constitue le d&#233;cor du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y r&#232;gne un climat de libert&#233; absolue, notamment sexuelle, qui appara&#238;t d'abord dans le livre par une histoire de petite culotte. La famille enterre &#201;velyne, la m&#232;re - ex-ma&#238;tresse de Fidel, ex-&#233;pouse de Kouchener et femme d'Olivier Duhamel. Et dans le cort&#232;ge fun&#232;bre, les enfants - comme on fait souvent dans ces circonstances pour exorciser son chagrin - plaisantent un peu en se demandant si les croque-morts se sont bien abstenus de mettre une culotte &#224; cette d&#233;funte qui ne les supportait pas, qui n'en mettait jamais et qui appelait ses filles le soir : &lt;i&gt;&#171; Les enfants, c'est l'heure du pipi dans l'herbe ! &#187;, pour dire &#171; On va se coucher &#187;. Sur le chemin de la Ferme, toujours au m&#234;me endroit, &#171; le cul &#224; l'air, toutes ensemble, quel d&#233;lice ! Profitez des brindilles, les filles ! Quelle chance de ne pas &#234;tre un mec ! &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le sexe affleure partout &#224; Sanary. Olivier aime &#224; l'ap&#233;ritif plonger nu dans sa grande piscine devant la nombreuse assistance : garder un maillot est r&#233;actionnaire. On n'oblige personne &#224; l'&#244;ter, mais l'on brocarde les r&#233;ticents, surtout les enfants et les adolescents - prudes comme le sont les ados - car ils doivent pouvoir vivre librement leur sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette libert&#233; est m&#234;me une obligation comme on le leur rappelle constamment. &#192; table, les parents s'inqui&#232;tent devant leurs invit&#233;s de savoir si Camille - douze ans &#224; l'&#233;poque - a enfin &lt;i&gt;&#171; vu le loup &#187;&lt;/i&gt;. &#192; la r&#233;ponse n&#233;gative de la petite adolescente, parents et amis se moquent, lui reprochent son manque de libert&#233;. &#171; Ma m&#232;re m'expliquait :&lt;i&gt; &#171; Tu comprends, j'ai fait l'amour &#224; l'&#226;ge de 12 ans. Faire l'amour, c'est la libert&#233;. Et toi, qu'est-ce que tu attends ? &#8230; Quelques ann&#233;es plus tard, c'&#233;tait au tour de ma tante (Marie-France Pisier) de se moquer : &#171; Comment ? &#192; ton &#226;ge ! Tu n'as toujours pas vu le loup ? &#8230; et elle organisait des rencontres avec des gar&#231;ons improbables qui avaient pour mission de me s&#233;duire et de me d&#233;niaiser &#187;&lt;/i&gt; Camille &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Je connais bien leur jeu. &#192; Sanary, certains des parents et enfants s'embrassent sur la bouche. Mon beau-p&#232;re chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus &#226;g&#233;es&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#201;velyne la m&#232;re commente : &lt;i&gt;&#171; Il n'y a rien de mal &#224; &#231;a, mon Camillou. Je suis au courant. La baise, c'est notre libert&#233; &#187; &lt;/i&gt; Camille s'interroge : &lt;i&gt;&#171; &#202;tre &#224; la hauteur des histoires de cul de sa m&#232;re, de sa tante et de sa grand-m&#232;re&#8230; Plus qu'une gageure ! La libert&#233; ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Port&#233;s par ce climat, ces &#171; jeux &#187; allaient beaucoup plus loin, mais en secret : &lt;br class='autobr' /&gt;
Son fr&#232;re jumeau Victor en sera la victime pendant ses ann&#233;es d'adolescence : &lt;i&gt;&#171; Mon beau-p&#232;re entrait dans la chambre de mon fr&#232;re. J'entendais ses pas dans le couloir et je savais qu'il le rejoignait. Dans ce silence, j'imaginais&#8230; J'attendais qu'il ressorte de la chambre, plein d'odeurs inconnues et imm&#233;diatement d&#233;test&#233;es. Il entrait ensuite dans la mienne&#8230; et, sans doute pour me faire taire s'asseyait sur mon lit. Il me disait : &#171; Tu as mis une culotte ? Tu sais que je ne veux pas que tu mettes de culotte pour dormir. C'est sale. &#199;a doit respirer. &#187;&lt;/i&gt; Quand Camille mettra son fr&#232;re ain&#233; Colin dans la confidence, il ne se montrera pas surpris, car &lt;i&gt;&#171; le beau-p&#232;re venait parfois le voir dans sa chambre&#8230; lui mesurer le sexe avec un double d&#233;cim&#232;tre d&#232;s que ma m&#232;re regardait ailleurs&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Camille emp&#234;chera ensuite son beau-fils Orso, 10 ans, d'aller &#224; Sanary, car &lt;i&gt;&#171; je pensais que mon beau-p&#232;re n'aimait que les ados. Mais je voyais son regard sur lui et je le d&#233;testais. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est le r&#233;cit atroce de la libert&#233; fa&#231;on situationniste 68 : &lt;i&gt;&#171; Jouir sans entrave &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;sir du plus fort &#233;crasant le plus faible. Ici des enfants, Victor, Colin sont les entraves qui pourraient freiner la libert&#233; du patriarche. D&#233;ification du d&#233;sir qui en brisera bien d'autres dans cette famille : Georges le grand-p&#232;re Pisier, puis Paula la libertaire grand-m&#232;re ador&#233;e se suicideront. La m&#232;re &#201;velyne Pisier sombrera dans l'alcoolisme, bris&#233;e par les r&#233;v&#233;lations, refusant de voir sa fille qu'elle accusera de vouloir d&#233;noncer son mari. Sa s&#339;ur Marie-France Pisier, la tante de Camille sera retrouv&#233;e noy&#233;e assise sur un fauteuil au fond de sa piscine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on peut dire qu'il s'agit l&#224; du naufrage de la g&#233;n&#233;ration 68 -la mienne, et de ses id&#233;es que je refusais vigoureusement alors et que je combattais &#224; chaque occasion. Car cette g&#233;n&#233;ration m&#233;prisait les r&#233;fractaires, les qualifiaient au mieux de r&#233;actionnaires, plus ordinairement de &lt;i&gt;&#171; fascistes &#187;&lt;/i&gt;, car elle &#233;tait persuad&#233;e incarner le sens de l'Histoire et monopoliser le Bien et la Vertu. J'avais &#233;t&#233; scandalis&#233; &#224; l'&#233;poque par la p&#233;tition r&#233;dig&#233;e par Gabriel Matzneff dans Le Monde en janvier 1977 et que je n'avais jamais oubli&#233;e. Elle est ressortie &#224; l'occasion de l'affaire Matzneff et de sa pr&#233;sum&#233;e victime, la jeune Pringora. Trois hommes &#233;taient traduits en justice pour avoir eu des relations sexuelles avec des enfants d'une douzaine d'ann&#233;es. Matzneff et le Tout-Paris intello de gauche, indign&#233;s, avaient aussit&#244;t p&#233;titionn&#233; dans Le Monde puis dans Lib&#233;ration pour les soutenir en ces termes : &lt;i&gt;&#171; Nous consid&#233;rons qu'il y a une disproportion manifeste, d'une part, entre la qualification de &#034;crime&#034; qui justifie une telle s&#233;v&#233;rit&#233;, et la nature des faits reproch&#233;s ; d'autre part, entre le caract&#232;re d&#233;suet de la loi et la r&#233;alit&#233; quotidienne d'une soci&#233;t&#233; qui tend &#224; reconna&#238;tre chez les enfants et les adolescents l'existence d'une vie sexuelle (si une fille de 13 ans a droit &#224; la pilule, c'est pour quoi faire ?) &#187;&lt;/i&gt; Il faut se souvenir des signataires : Sartre, Beauvoir, Barthes, Dolto, l'in&#233;vitable Sollers, l'omnipr&#233;sent Jack Lang qui dira beno&#238;tement en 2019 qu'il avait fait alors une connerie&#8230; Et bien s&#251;r ce bon French doctor Bernard Kouchner qui s'excusera en disant qu'il l'avait sign&#233;e sans la lire pour faire plaisir &#224; Jack Lang&#8230; Oh, le vilain rapporteur ! Kouchner justement rattrap&#233; par l'Histoire, le p&#232;re des petites victimes de Duhamel, qui avouera le savoir depuis une dizaine d'ann&#233;es : pourquoi donc ne lui applique-t-on pas la jurisprudence Barbarin ? Deux poids, deux mesures ? Ces m&#234;mes qui viendront au cours des quarante ann&#233;es suivantes nous reprocher de ne pas vouloir du droit &#224; l'avortement, ou du mariage pour tous. Et &#224; ces occasions, nous traiter toujours de fascistes, de populistes, d'extr&#234;mes droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est &#224; un v&#233;ritable conflit de g&#233;n&#233;rations que nous assistons. Cette gauche de vieux soixante-huitards libertaires qui a abandonn&#233; le prol&#233;tariat pour l'individu roi, personnifi&#233; pendant quarante ans le Bien et la Vertu, est d&#233;tr&#244;n&#233;e aujourd'hui par une nouvelle gauche qui r&#233;clame leurs t&#234;tes, celle des &#171; minorit&#233;s &#187; Woke, racis&#233;es, LGBTI, f&#233;ministe, indig&#233;niste, islamo-gauchiste, Black Lives Matter, cette nouvelle gauche port&#233;e par l'&#233;galit&#233; et la justice et qui est partie &#224; la conqu&#234;te de notre soci&#233;t&#233; arm&#233;e par le saint devoir de d&#233;nonciation et le lynchage populaire soci&#233;tal. Et tout ce petit entre-soi soixante-huitard s'effondre comme un ch&#226;teau de cartes en commen&#231;ant par Science Po son temple, dans lequel j'ai tant aim&#233; d&#233;couvrir la culture en 1960, cette nuit des temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je suis heureux de voir enfin tomber - juste avant la Tombe, h&#233;las ! - ces soixante-huitards &#171; vertueux &#187;, je suis atterr&#233; par l'arriv&#233;e des petits nouveaux, de vrais barbares, me semble-t-il, qui vont commencer par une habitude atavique &#224; s'en prendre aux gens comme moi. &#192; la Gauche, il faut toujours des ennemis ! En 1960, &#224; Sciences Po rue Saint-Guillaume, j'&#233;tais un &#171; Anticommuniste primaire &#187; c'est-&#224;-dire &#224; peu de chose pr&#232;s, un N&#233;andertal&#8230; En 1968, le bon french Doctor et ses amis me qualifiaient de fasciste, comme le fera encore le socialiste Manuel Valls au soir de la Manif pour tous&#8230; Aujourd'hui, j'incarne toujours le Mal car je suis un Populiste, parait-il, et de la pire esp&#232;ce : m&#226;le blanc, souchard, h&#233;t&#233;ro, anti-avortement, anti-euthanasie, anti- &#233;criture inclusive, anti-mondialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes amis, la nouvelle soci&#233;t&#233; est en marche. Nous allons bient&#244;t &#234;tre oblig&#233;s de nous soumettre aux nouvelles &#171; Valeurs &#187; minoritaires en passe de devenir dominantes, oblig&#233;s d'abandonner le Mal que vous et moi incarnons, pour le Bien d&#233;fini par la nouvelle Gauche identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste deux citations pour bien pr&#233;ciser ce qui nous attend :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice Coffin, &#233;lue &#233;colo &#224; Paris, vient de publier &#171; Le G&#233;nie lesbien &#187; o&#249; elle &#233;crit : je &lt;i&gt;&#171; n'&#233;coute plus de musique compos&#233;e par des hommes, ni ne lis de livres &#233;crits par des hommes, ni ne regarde de films r&#233;alis&#233;s par des hommes. Les hommes ? Il faut les &#233;liminer de nos esprits, de nos images, de nos repr&#233;sentations. &#187; &#8230; &#171; Ne pas avoir de mari, &#231;a m'expose plut&#244;t &#224; ne pas &#234;tre viol&#233;e, &#224; ne pas &#234;tre tu&#233;e, &#224; ne pas &#234;tre tabass&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2019 dans l'ouvrage collectif publi&#233; par le CNRS &#171; Sexualit&#233;s, Identit&#233;s et Corps Colonis&#233;s &#187;, son pr&#233;sident Antoine Petit s'explique dans l'Avant-propos : &lt;i&gt;&#171; La race devient la nouvelle grille de lecture du monde, sur laquelle s'int&#232;gre la grille du genre, et qui s'articule &#224; la hi&#233;rarchie homme/femme : aux colonies, le plus petit des &#171; Blancs &#187;, sur l'&#233;chelle sociale sera toujours plus grand que n'importe quel colonis&#233;, surtout s'il s'agit d'une femme. &#187; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oubliez pas que c'est &#224; lui que notre ministresse de l'Enseignement sup&#233;rieur vient de confier l'enqu&#234;te sur les d&#233;rives identitaires de l'Universit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, l'&#233;croulement des Valeurs de 68 me r&#233;jouit, et leur remplacement par celles de la gauche identitaire plus totalitaires encore ne me fait pas peur : la rel&#232;ve des r&#233;fractaires constructifs me semble assur&#233;e quand je regarde mes nombreux petits-enfants ardents et heureux de vivre dont aucun n'a daign&#233; enfourcher les nouveaux chevaux de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes amis, bienvenue dans le monde du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h5 style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;span style=&#034;font-size:12px;&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil, le 13 mars 2021&lt;/span&gt;&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du bonheur d'&#234;tre r&#233;ac</title>
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&lt;p&gt;Du Bonheur d'&#234;tre R&#233;acApologie de la libert&#233; Par Denis Tillinac Chez : &#201;quateur, 108 pages, 12&#8364; Entre essai et pamphlet, voil&#224; un petit livre d&#233;licieux que vous devez lire absolument. Denis Tillinac n'est pas un donneur de le&#231;ons : si vous &#234;tes r&#233;ac, vous passerez un moment de p&#233;tillant plaisir et si, h&#233;las ! vous ne l'&#234;tes pas, vous &#233;prouverez le m&#234;me bonheur avec en prime, la d&#233;couverte de la douceur exquise qu'il y a &#224; vivre avec l&#233;g&#232;ret&#233; son bref passage sur cette terre, loin du joug (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Du Bonheur d'&#234;tre R&#233;ac&lt;br/&gt;Apologie de la libert&#233; &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Par Denis Tillinac&lt;br /&gt;Chez : &lt;em&gt;&#201;quateur, 108 pages, 12&#8364;&lt;/em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L303xH409/tillinac-b05c4.jpg?1740759975' width='303' height='409' /&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre essai et pamphlet, voil&#224; un petit livre d&#233;licieux que vous devez lire absolument. Denis Tillinac n'est pas un donneur de le&#231;ons : si vous &#234;tes r&#233;ac, vous passerez un moment de p&#233;tillant plaisir et si, h&#233;las ! vous ne l'&#234;tes pas, vous &#233;prouverez le m&#234;me bonheur avec en prime, la d&#233;couverte de la douceur exquise qu'il y a &#224; vivre avec l&#233;g&#232;ret&#233; son bref passage sur cette terre, loin du joug pesant du Sens de l'Histoire tout en cultivant son jardin sans se pr&#233;occuper des dictats de l'&#233;poque v&#233;hicul&#233;s par les m&#233;dias et les &#171; associations &#187;. Un instant de plaisir avec un livre, cela compte &#224; notre &#233;poque et &#224; notre &#226;ge ! Pardon, du moins au mien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier paragraphe vous donnera le ton : &lt;em&gt;&#171; R&#233;ac&#8230; le mot n'a pas bonne mine. Il pr&#233;sume au mieux une ganache r&#233;tro, une chaisi&#232;re mal bais&#233;e, un rentier confit dans l'aigreur ; au pire, un beauf obtus, suintant la haine du romano, du clodo, de l'intello, du prolo, de l'homo, de l'&#233;colo. Du r&#233;ac au &#171; facho &#187; la fronti&#232;re s&#233;mantique est incertaine, et aucune douane ne la contr&#244;le&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Et le milieu m&#233;diatique est encore plus hostile au r&#233;ac sur lequel il concentre toutes les haines de la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui : &lt;em&gt;&#171; Une journaliste des Inrockuptibles&#8230; a &#233;crit que &#171; je suintais le Fran&#231;ais de souche &#187;. Dans le texte... Ce qu'elle sous-entendait, avec une forte dose de m&#233;pris, on le comprend ais&#233;ment : le Bidochon franchouillard qui veut casser de l'Arabe pour attester sa souverainet&#233; sur son lopin&#8230; on imagine le concert d'indignations si un &#171; plumitif &#187; avait &#233;crit qu'un noir &#171; suinte &#187; l'Africain de souche&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Un autre exemple de ce climat &#8211; un tr&#232;s bon exemple &#8211; le proc&#232;s o&#249; Tillinac fut invit&#233; pour &lt;em&gt;&#171; t&#233;moigner en gros qu'&#201;ric Zemmour, journaliste au Figaro, gaulliste tendance R&#233;publique la&#239;que, tr&#232;s la&#239;que, n'&#233;tait pas un disciple de Gobineau ou de Goebbels. On l'accusait de &#171; racisme &#187;, moins de rien. On ? des &#171; associations &#187;. Les guillemets s'imposent. Il va sans dire que Zemmour n'est pas raciste le moins du monde et nul ne l'ignorait dans le s&#233;rail. L'imposture, c'est de l'avoir fait compara&#238;tre - et condamner &#8211; par soumission &#224; un pharisa&#239;sme dont des juges asserment&#233;s auront &#233;t&#233; les complices ou les dupes. &#187;&lt;/em&gt; On devrait plut&#244;t stigmatiser ces r&#233;cents textes de loi qui, en donnant des d&#233;finitions par trop impr&#233;cises de ce type de d&#233;lit, ouvrent la voie &#224; tous les d&#233;bordements d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rassurez-vous ! Si vous faites &#233;tat de votre &#233;ventuelle appartenance r&#233;ac, vos amis ne vous rejetteront pas obligatoirement, car :&lt;em&gt; &#171; &#8230; ils me prennent pour &#171; un bon r&#233;ac &#187;, comme il y avait avant-guerre &#171; un bon juif &#187; dans le c&#339;ur de tout antis&#233;mite. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces inconv&#233;nients, pourquoi se dire r&#233;ac plut&#244;t que de droite ? Par int&#233;grit&#233;, parce que la droite va toujours chercher son certificat de respectabilit&#233; &#171; r&#233;publicaine &#187; chez la gauche. Et que du reste, le r&#233;ac n'est pas sp&#233;cifiquement de droite : &lt;em&gt;&#171; s'il vote plut&#244;t &#224; droite, c'est faute de mieux et par d&#233;faut&#8230; car [la droite] va &#224; la &#171; modernit&#233; &#187; [incarn&#233;e bien entendu par la gauche] comme le veau &#224; l'abattoir, en maugr&#233;ant. &#187;&lt;/em&gt; Comme exemple de r&#233;ac de gauche, il cite R&#233;gis Debray d&#233;clenchant l'ire de ce dernier. Le vrai r&#233;ac cultivant la complexit&#233; et l'ambigu&#239;t&#233; comme devrait le faire tout honn&#234;te homme au sens classique du terme, ne peut se contenter du syst&#232;me binaire gauche/droite. Il est &#171; ailleurs &#187;. Et la d&#233;finition particuli&#232;rement fouill&#233;e et r&#233;jouissante de cet ailleurs, constitue l'essentiel du livre. Par exemple, le chapitre &lt;em&gt;Des fondamentaux du r&#233;ac&lt;/em&gt; contient beaucoup de ces gros mots qui font fr&#233;mir d'horreur les &#171; experts &#187; binaires des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s : le sens de l'honneur&#8230; de l'int&#233;riorit&#233;&#8230; de l'h&#233;ritage&#8230; de l'humour&#8230; de la d&#233;sinvolture&#8230; de l'&#233;l&#233;vation&#8230; de l'harmonie&#8230; de la religiosit&#233;&#8230; de la distinction&#8230; de la lenteur&#8230; de l'ambigu&#239;t&#233;&#8230; du regret&#8230; des hi&#233;rarchies&#8230; de l'&#233;ternit&#233;&#8230; du tragique&#8230; de la pudeur&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au gr&#233; des pages, vous b&#233;n&#233;ficierez aussi de quelques conseils : prenez garde avant d'affirmer, en bon r&#233;ac, dans un d&#238;ner en ville que vous ne croyez pas &lt;em&gt;&#171; aux bienfaits d'une culture pour tous cens&#233;e abolir dans les bourbiers du dialogue le privil&#232;ge du penseur, de l'artiste, de l'&#233;rudit au profit de masses miraculeusement ouvertes &#224; la cr&#233;ativit&#233;. &#187;&lt;/em&gt; Aurez-vous le courage d'avouer sur le dessert : &lt;em&gt;&#171; Avignon : tr&#232;s peu pour lui ; [le r&#233;ac] n'aime pas les foules et prend pour ce qu'elles sont &#8211; rien - les cr&#233;ations &#224; la Jan Fabre qui &#233;patent le bobo, &#171; le d&#233;rangent &#187; quand les com&#233;diens l'aspergent d'urine. Ce qui le d&#233;rangerait plut&#244;t &#8211; s'il ne les fuyaient, ce serait cette prolif&#233;ration de manifestations &#171; culturelles &#187; dans la moindre bourgade. Il y voit la manifestation d'un gardiennage qui prend le relais de la cr&#232;che et ne d&#233;sarme pas dans les HEPAD. &#171; Animation &#187; pour tous &#224; tous les &#226;ges. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cit&#233; ces quelques exemples pour vous montrer la difficult&#233; qu'il y a &#224; s'affirmer r&#233;ac car l'on entre imm&#233;diatement en conflit avec &#171; la modernit&#233; &#187; et son consensus : &lt;em&gt;&#171; R&#233;ac ou moderne, l&#224; est le vrai partage des eaux. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre libre se m&#233;rite, se conquiert gr&#226;ce &#224; la culture qui est diversit&#233; : mais sans rapport avec la &#171; diversit&#233; &#187; du discours actuel. Pour s'en convaincre, il suffit d'&#233;couter Tillinac : &lt;em&gt;&#171; Dans mon Panth&#233;on r&#233;ac, voisinent aupr&#232;s des saints et des h&#233;ros colori&#233;s sur les vitraux de nos cath&#233;drales, des inclassables tels que Casanova, Lampedusa, Clostermann, Semp&#233;, les fr&#232;res Boniface&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre r&#233;ac, c'est aimer la l&#233;g&#232;ret&#233;, la complexit&#233; et l'ambigu&#239;t&#233; contrairement &#224; une Gauche &#171; morale &#187; exclusive et binaire qui a besoin d'ennemis pour exister. Depuis les ann&#233;es cinquante, la Gauche rel&#232;gue ses opposants dans les g&#233;hennes de l'Histoire et dans les enfers de la Soci&#233;t&#233; en les qualifiant de &#171; facho &#187; ; dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix, ses contradicteurs sont en plus devenus &#171; racistes &#187; et depuis la &#171; Manif pour Tous &#187;, &#171; homophobes &#187; comme le soulignait &#224; la t&#233;l&#233;vision Manuel Valls le soir d'une de ces manifestations familiales dont je revenais et qu'il comparait au &#171; 6 f&#233;vrier 34 &#187;, rien de moins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'ayez crainte ! L&#224;, n'est pas le propos de Denis Tillinac : son livre n'est pas une charge, mais un hymne au bonheur d'&#234;tre libre. Vous voulez &#233;prouver le bonheur de vivre en France ? Suivez Tillinac : &lt;em&gt;&#171; R&#233;ac je suis, car h&#233;ritier combl&#233; d'une civilisation (Ath&#232;nes, J&#233;rusalem, Rome) dont l'agonie programm&#233;e par des apprentis sorciers, subie par des peuples aux abois, me d&#233;sole et me d&#233;poss&#232;de. Sa survie est improbable, son renouveau impensable et de ce d&#233;sastre, je suis &#171; le T&#233;n&#233;breux, - le Veuf, - l'Inconsol&#233; &#187; du po&#232;me de Nerval &#187;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines des qualit&#233;s qu'il donne au r&#233;ac me sont all&#233;es droit au c&#339;ur : &lt;em&gt;&#171; Le r&#233;ac jouit d'un instinct qui l'incite &#224; prendre spontan&#233;ment ses distances avec la soci&#233;t&#233; moderne&#8230; &#187;&lt;/em&gt; J'ai toujours pens&#233; que c'&#233;tait une n&#233;cessit&#233; fondamentale : tout si&#232;cle est &#224; la fois enthousiasmant et d&#233;sastreux ; le n&#244;tre n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle. Aujourd'hui comme hier, mais ni plus ni moins, on se doit au devoir d'inventaire avant de jeter l'opprobre sur les fautes des si&#232;cles pass&#233;s et d'en demander pardon. Autre coup de c&#339;ur : &lt;em&gt;&#171; Le r&#233;ac ne croit pas ... &#224; la cr&#233;ativit&#233; de tout individu ch&#232;re &#224; l'anti p&#233;dagogisme&#8230; il ne croit pas que tout se vaut, cet article du credo moderne, selon lequel il est ill&#233;gitime de hi&#233;rarchiser l'&#233;motion esth&#233;tique. Entre Mozart et le rap, entre Vermeer et le tag, il discerne un foss&#233; qualitatif&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressante, est sa r&#233;action sur la GPA et la PMA : Tillinac ne veut pas entrer dans les questions de filiation, du respect des enfants, etc. m&#234;me s'il les approuve, il insiste plut&#244;t sur l'importance et la n&#233;cessit&#233; de &lt;em&gt;&#171; l'&#233;rotisation du monde&#8230; l'alt&#233;rit&#233; des genres qui fonde la conscience, construit l'imaginaire, embrase le d&#233;sir&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pour le plaisir, une derni&#232;re citation : Le r&#233;ac &lt;em&gt;&#171; aurait-il donc un faible pour ses racines ? Son terrier ? Son clocher ? Son pays ? Sa culture ? Son identit&#233; pour tout dire ? Aura-t-il le front de revendiquer sa souche picarde, gasconne, franc-comtoise ? Pire : fran&#231;aise, europ&#233;enne, occidentale ? Pire, chr&#233;tienne ? Le r&#233;ac plaide coupable&#8230; &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phrase du livre : &#171; &lt;em&gt; R&#233;ac je suis, car je ne puis concevoir le bonheur sans la libert&#233;, f&#251;t-ce au prix de la mise au rebut. Le branch&#233;, le bobo, le gaucho, le progressiste se prot&#232;gent dans le giron d'un conformisme. Grand bien leur fasse ! Le r&#233;ac pr&#233;f&#232;re le bonheur &#224; ses risques et p&#233;rils. &#187;&lt;/em&gt; Avec toutefois une h&#233;sitation bien normale : &#8230; &lt;em&gt;&#171; Peut-&#234;tre n'existe-il pas de &#171; r&#233;ac &#187; &#224; l'&#233;tat pur, car le plus insoumis, le plus d&#233;niais&#233;, le plus d&#233;contract&#233; a gard&#233; des restes de conformisme. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amis, achetez ce petit livre, empruntez-le ou volez-le, mais lisez-le !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fum&#233;e d'opium</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article80</link>
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&lt;p&gt;Fum&#233;e d'Opium Par Claude Farr&#232;re Chez : &#192; L'atelier du Livre 1932 &lt;br class='autobr' /&gt; Jolie &#233;dition des ann&#233;es 1930, beau papier, belles marges... ; j'ai pass&#233; ma nuit &#224; le lire et d&#233;couvrir Claude Farr&#232;re que je ne connaissais que de nom. Quelques semaines plus tard, &#224; la prise de commandement d'un de mes gendres marin, j'&#233;tais plac&#233; &#224; table &#224; c&#244;t&#233; d'un amiral en retraite, grand lecteur, bibliophile et &#233;crivain lui-m&#234;me. La conversation roula sur Farr&#232;re et ses coll&#232;gues &#233;crivains, Loti, Segalen... On (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Fum&#233;e d'Opium&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Par Claude Farr&#232;re&lt;br /&gt;Chez : &lt;em&gt;&#192; L'atelier du Livre&lt;/em&gt; 1932&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L298xH419/farrere3-17991.png?1740759975' width='298' height='419' /&gt; Jolie &#233;dition des ann&#233;es 1930, beau papier, belles marges... ; j'ai pass&#233; ma nuit &#224; le lire et d&#233;couvrir Claude Farr&#232;re que je ne connaissais que de nom. Quelques semaines plus tard, &#224; la prise de commandement d'un de mes gendres marin, j'&#233;tais plac&#233; &#224; table &#224; c&#244;t&#233; d'un amiral en retraite, grand lecteur, bibliophile et &#233;crivain lui-m&#234;me. La conversation roula sur Farr&#232;re et ses coll&#232;gues &#233;crivains, Loti, Segalen... On &#233;voqua Tristan Corbi&#232;re... et on parla de la collection &#171; Les Nuits &#187;. Il m'en vanta les contributions de Kessel, Mac Orlan, Francis Jammes, Maurice Magre et m&#234;me, &#224; ma surprise, de Fr&#233;d&#233;ric Mistral. Si j'&#233;voque cela, c'est pour souligner que tout Fl&#226;neur Textuel, tout lecteur compulsif conna&#238;t t&#244;t ou tard un de ces moments de gr&#226;ce qui enjolivent la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de la campagne en mer Noire du croiseur le Vautour (photo ci-jointe) sur lequel il &#233;tait lieutenant, que Claude Farr&#232;re &#233;crivit dans sa petite chambre d'acier &lt;em&gt;La Nuit&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_31 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://flaneurtextuel.fr/IMG/png/vautour2.png' width='173' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;en mer&lt;/em&gt;, (couverture ci-contre) et qu'il termina &#233;galement une nouvelle qui deviendra &lt;em&gt;Fum&#233;e d'Opium&lt;/em&gt;. Il s'agit d'un petit texte tout &#224; fait curieux o&#249; Farr&#232;re explique que l'opium est certes un poison, mais qui serait, d'apr&#232;s lui beaucoup moins nocif que l'alcool qui d&#233;truit la France en profondeur : &#171; &lt;em&gt;La pip&#233;e &lt;/em&gt; &#187; d'opium moins d&#233;sastreuse que l'alcool ? Ces r&#233;flexions l'am&#232;nent &#224; comparer le &#171; Chinois si sain au Breton si d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#187; par l'alcool. Il estime qu'il conviendrait de ne pas interdire l'opium - mais pas le recommander non plus - car le fumeur d'opium ne supporte pas de boire de l'alcool. Quand il parle d'alcool, il en exclut bien entendu &#171; les bons vins de France &#187;&#8230; L&#233;galiser &#8211; comme on dirait aujourd'hui - les fumeries d'opium ? Tr&#232;s actuel, isn't it ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce petit bijou que j'ai recopi&#233; pour vous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fum&#233;e d'opium (texte int&#233;gral)&lt;br /&gt; sous-titres : L'OPIUM OU L'ALCOOL&lt;br /&gt;PR&#201;FACE POUR L'ANGLAIS MANGEUR D'OPIUM&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le titre n'est pas de Musset, parait-il, mais de son &#233;diteur. Tant mieux. Musset, d'ailleurs, avait quelque dix huit ans lorsqu'il entreprit de traduire - d'adapter serait plus exact - Thomas de Quincey. Autant d'excuses &#224; cette version fran&#231;aise, burlesque pour le moins, du titre de Quincey : &#171; Confessions d'un Mangeur d'Opium &#187;. Car notre mot &#8216;mangeur' correspond bien &#224; l'anglais &#8216;eater' : Quincey ne fumait pas l'opium, il l'avalait. Telle avant lui Mademoiselle de Lespinasse. L'habitude est incontestablement occidentale. L'opium que mangeait l'amie de d'Alembert et de l'auteur des Confessions, cet opium, qu'&#224; leur exemple, Musset crut de bonne foi, je le parierais, avoir mang&#233; lui-m&#234;me ; l'opium que Baudelaire sut travestir de vers et proses aussi magnifiques qu'extravagants... ( lui, constitue sans contredit le plus bel exemple des gens qui ont parl&#233; sans savoir !)... cet opium-l&#224; n'a rien &#224; voir avec la &#8216;Bonne Drogue' des Chinois et des Hindous, avec le chandoo qu'on fume dans les chandookhana dans les maisons de th&#233;.&lt;br /&gt; L'opium des pipes est un &#171; Grand Tabac &#187;, pour traduire mot &#224; mot l'expression chinoise ; un Grand Tabac moins nuisible que le petit, je m'en porte garant. L'autre, le produit pharmaceutique des apothicaires d'Occident, est au contraire une mauvaise drogue, un poison qui ne le c&#232;de pas beaucoup en nocivit&#233; aux fun&#232;bres alcalo&#239;des d&#233;nomm&#233;s morphine, coca&#239;ne, nicotine et autres, lesquels sont autant de mort-aux-rats, sans plus. Veut-on des preuves ? En voici sous forme de chiffres : l'opium chinois, compos&#233; naturel d'une trentaine de substances diverses, est dos&#233; en morphine &#224; huit pour cent. L'opium pharmaceutique &#224; treize. Encore ces huit pour cent doivent-ils &#234;tre r&#233;duits physiologiquement &#224; quatre ou cinq au maximum, de par la teneur en th&#233;ba&#239;ne assez forte ; et la th&#233;ba&#239;ne est un admirable antidote contre la morphine, Il y a d'ailleurs bien plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fumer une pipe, ou plut&#244;t une pip&#233;e, qu'est-ce ? Aspirer d'un bout &#224; l'autre de son haleine, une longue bouff&#233;e d'opium que les poumons, bon gr&#233; mal gr&#233;, doivent expirer sit&#244;t que le souffle leur manque. De cette fum&#233;e, prise ainsi, puis ainsi rejet&#233;e, que reste-t-il dans le corps du fumeur ? Un dixi&#232;me tout au plus des substances plus ou moins nocives qu'elle transportait. Et qu'est-ce qu'une pip&#233;e ? Une boulette d'opium lourde d'&#224; peine cinquante centigrammes ; en d'autres termes, deux ou trois centigrammes de morphine &#233;dulcor&#233;e de th&#233;ba&#239;ne. Deux ou trois centigrammes dont deux ou trois milligrammes seront retenus par les poumons. Vingt de ces pip&#233;es n'&#233;quivalent pas comme effet nuisible &#224; la plus faible piq&#251;re de morphine. Trente feraient moins de mal qu'un gramme mang&#233; de cet opium fran&#231;ais ou anglais, de cet opium des pharmaciens dont Quincey absorba, pr&#233;tend-il, trois cent vingt grains par jour, sans accident d&#233;finitif. Trois cent vingt grains : dix-huit grammes &#224; peu pr&#232;s ; dix-huit grammes, l'&#233;quivalent de cinq ou de six cents pipes &#224; fumer quotidiennement. Combien ? Cinq ou six cents pipes ? &#192; fumer quotidiennement ? Mais la journ&#233;e n'a que vingt-quatre heures ! Et je mets au d&#233;fi le boy annamite ou chinois le plus expert de rouler, de cuire et de coller plus de douze pipes &#224; l'heure. (J'ai personnellement connu les boys du Mar&#233;chal Sou, vainqueur de Lansong. Ils n'allaient pas plus vite. Et le mar&#233;chal savait ce que fumer veut dire.) Dix pipes &#224; l'heure est une belle moyenne. L'homme qui fumerait donc tout le jour et toute la nuit, sans travailler, sans manger, sans dormir, ne porterait pas deux cents fois son bambou &#224; sa bouche. Un fumeur ordinaire fume ses quinze ou vingt pipes qui valent trente ou quarante cigarettes de caporal.&lt;br /&gt; Et voil&#224; pour la pr&#233;tendue funeste passion de fumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle que nous l'a d&#233;crite Thomas de Quincey, telle que Musset s'en est fait le propagateur et Baudelaire le critique gauleur de noix, l'habitude de l'opium est une toute autre chose, et cette chose peut &#234;tre redoutable, je n'en disconviens pas. Mais cette habitude-l&#224; &#233;pouvanterait n'importe quel Chinois. Et cependant, au temps lointain que les romantiques brandissaient leur opium occidental, leur opium des mangeurs, comme une menace sur la t&#234;te de la soci&#233;t&#233;, nul ne s'en pr&#233;occupa jamais, nul jamais ne prit pour un danger social ce qui ne pouvait, en effet, jamais &#234;tre que la manie de quelques n&#233;vros&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, aux temps plus proches que la fantaisie de quelques marins, admirateurs de la Grande Nation Centrale, rapporta d'Extr&#234;me-Orient le fourneau, l'aiguille et la lampe - les trois Tr&#233;sors de la Sagesse - une houle de protestations souleva l'opinion publique admirablement absurde. Il ne s'agissait pourtant plus cette fois d'un danger, m&#234;me minuscule. Rien n'&#233;tait plus anodin que l'habitude extr&#234;me-orientale. Mais anodin pour l'int&#233;r&#234;t public, et non pour tous les int&#233;r&#234;ts particuliers ! De ces int&#233;r&#234;ts, il en &#233;tait un (d'ailleurs fort contraire &#224; l'int&#233;r&#234;t public) que la Fum&#233;e noire (au naturel, elle est gris perle) mena&#231;ait de redoutable fa&#231;on : l'int&#233;r&#234;t particulier des cafetiers, d&#233;bitants, distillateurs, bistros et mastroquets de toutes classes et de tous ordres. L'opium, en effet, interdit l'alcool : le fumeur habitu&#233; &#224; tirer chaque jour sur ses nattes une demi-douzaine d'humbles pip&#233;es (l'&#233;quivalent d'une piq&#251;re de morphine par semaine) prend en horreur ap&#233;ritifs, digestifs et autres boissons liquides. Le th&#233; tout seul, le vin de France, &#224; la rigueur, trouvent gr&#226;ce devant son palais hypersensible. Les fumeurs d'opium ne vont pas au caf&#233;. Ne pas aller au caf&#233; dans la France du vingti&#232;me si&#232;cle est un crime irr&#233;missible. Nous ne sommes pas les &#201;tats-Unis pour proscrire le whisky et permettre le chandoo. Frisco, sans doute, &#224; notre go&#251;t fran&#231;ais, est une ville barbare et de petit avenir. On y fume et l'on n'y boit pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne serait-ce que pour protester une fois de plus contre la toute-puissance des empoisonneurs publics de la France : fabricants, marchands et d&#233;bitants d'alcool, je m'estime fier d'avoir &#233;t&#233; appel&#233; &#224; l'honneur de pr&#233;facer cette &#339;uvre de prime jeunesse d'un po&#232;te illustre entre les plus illustres, du plus po&#232;te peut &#234;tre de tous nos po&#232;tes ; et &#224; tous gens de bonne foi qui ouvriront ce livre avec des yeux neufs, je dis : &#171; Lisez hardiment et souvenez-vous que cela ne fait pas de mal ! &#187; Cela ne fait pas de mal, mais&#8230; cela fait-il du bien ?&lt;br /&gt; &#192; franc parler, non. Du fait qu'un poison est moins poison qu'un autre poison, du fait m&#234;me qu'il est poison tr&#232;s peu, &#8211; moins encore, je le r&#233;p&#232;te, que ne sont les scaferlati de l'officielle R&#233;gie fran&#231;aise, - il ne s'ensuit pas que ce poison soit une drogue salutaire et fortifiante. Je n'irai pas si loin que de le pr&#233;tendre. L'opium fum&#233; gu&#233;rit bien les dyspeptiques et am&#233;liore sensiblement les tuberculeux, cela oui : tout m&#233;decin de bonne foi (s'il en &#233;tait) serait le premier &#224; en convenir. Mais l'opium, m&#234;me chinois, n'est tr&#232;s recommandable ni pour le foie, ni pour le c&#339;ur ; et je confesse loyalement qu'il est redoutable au syst&#232;me nerveux. Bref, si vous n'en avez jamais pris, je ne vois pas qu'il vous soit recommandable d'en prendre. Au temps que je fumais, moi qui &#233;cris, au temps que je fumais et que je me portais mieux certes qu'aujourd'hui - il y a six ou sept ans que j'ai dit adieu &#224; l'opium ; - au temps que je fumais, je me suis toujours fait scrupule de mettre une pipe entre les mains d'un n&#233;ophyte. Les n&#233;ophytes, d'ailleurs, apprenaient fort bien &#224; fumer sans moi. Car ils apprenaient...&lt;br /&gt; Rien pourtant ne les for&#231;ait &#224; apprendre.&lt;br /&gt; Qu'est-ce donc &#224; dire ?&lt;br /&gt; Peut-&#234;tre bien ceci : qu'il est difficile aux hommes de traverser d'un bout &#224; l'autre le d&#233;sert de la vie sans choisir pour compagnon de voyage quelque habitude plus ou moins inoffensive, mais bonne &#224; nous distraire des menus soucis quotidiens. Qu'on le veuille ou non, les quatre-vingt-dix-neuf pour cent des hommes ont de ces habitudes, qu'elles s'appellent tabac, alcool, opium, ou tout ce qu'il vous plaira. II semble que l'imperfection humaine soit telle que nous ne puissions pas nous r&#233;soudre &#224; regarder la vie en face, sauf &#224; travers le brouillard factice d'une quelconque fum&#233;e. S'il en est ainsi, le probl&#232;me &#224; r&#233;soudre change singuli&#232;rement d'apparence. Il ne s'agit pas de juger que telle ou telle drogue, telle ou telle distraction, tel ou tel d&#233;rivatif, est tant soit peu poison, il s'agit seulement d'appr&#233;cier s'il est poison plus ou moins que telle ou telle autre drogue, telle ou telle autre distraction, tel ou tel autre d&#233;rivatif. Il ne s'agit plus de savoir si l'opium est nuisible au fumeur, il s'agit de savoir s'il l'est plus ou moins que l'alcool, s'il l'est plus ou moins que le tabac. Pour le tabac, la question n'a d'ailleurs aucune importance : l'opium et le tabac ne sont pas inconciliables ; une de ces deux manies n'exclut pas l'autre. Mais pour l'alcool, il n'en va pas du tout de m&#234;me.&lt;br /&gt; Je r&#233;p&#232;te ici ce que j'ai dit tout &#224; l'heure, car on ne saurait trop le r&#233;p&#233;ter : l'opium exclut l'alcool et le supprime net, comme d'ailleurs l'alcool exclut l'opium et le supprime pareillement. Ce sont deux adversaires entre lesquels il y a haine et guerre &#224; mort. O&#249; l'un avance, l'autre recule, o&#249; l'un para&#238;t, l'autre dispara&#238;t. Le fumeur ne boit pas. Il ne peut boire ; pour lui, toute boisson forte est un d&#233;go&#251;t, une r&#233;pulsion. Il ne s'agit pas ici d'une opinion, mais d'un fait.&lt;br /&gt; L'opium ou l'alcool, voil&#224; ce fait.&lt;br /&gt; L'opium et l'alcool, non. Jamais. Et cela dit, inutile d'insister sur cet autre fait que la drogue chinoise est un bienfait compar&#233;e &#224; la drogue des ivrognes. Cela n'est pas un th&#233;or&#232;me, mais un axiome : le fumeur, en effet, n'est jamais ivre ; l'opium n'&#244;te pas la raison, ni peu ni prou. Bien au contraire, le fumeur n'est jamais furieux ; il ne bat femme ni enfants. Le fumeur, enfin, peut, s'il exag&#232;re son vice ruiner sa sant&#233; propre : il ne ruinera pas celle de ses descendants.&lt;br /&gt; Car l'alcoolisme est tare h&#233;r&#233;ditaire, et tel &#234;tre humain qui n'a jamais bu n'en est pas moins souvent marqu&#233; du stigmate mortel de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence cong&#233;nitale.&lt;br /&gt; Tel pauvre petit qui ignore le gin, et qui ignore l'eau-de-vie, n'en conna&#238;t pas moins sinistrement le rachitisme, les l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, l'ali&#233;nation mentale m&#234;me. Allez vous promener en Bretagne ! et regardez ce que l'alcool a fait de la plus robuste de nos races fran&#231;aises : un d&#233;bris ! Allez en Chine, et regardez la robuste descendance de ces fumeurs pr&#233;tendus abrutis par leur fumerie !&lt;br /&gt; Qu'on le veuille ou non, nos lois fran&#231;aises contre l'opium et pour l'alcool sont des lois de suicide national.&lt;br /&gt; Ah ! Que vienne, vienne l'opium sur nos rivages, puisqu'il en pourrait chasser tous les poisons multicolores de cet assassin de la France : le tenancier de vins et liqueurs, le marchand de st&#233;rilit&#233;s, d'abrutissements, de d&#233;mences et de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Achev&#233; d'imprimer le Premier Mars mil neuf cent vingt&lt;br /&gt;par l'Imprimerie Artistique &#034;Lux&#034;, &#224; Paris&lt;br /&gt;pour Edouard Joseph, Editeur.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;/em&gt;&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les J&#233;suites, Marc-Antoine Charpentier, Marie-Madeleine et Aix-en-Provence </title>
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&lt;p&gt;Sainte Marie-Madeleine ou de l'Amiti&#233; : Par : R.P. Lacordaire, dominicain, journaliste, homme politique, Acad&#233;micien &#201;ditions Pierre Tisn&#233;, mars 1944 (100 pages) N.B. &#192; part cette &#233;dition plut&#244;t luxueuse, on trouve des &#233;ditions tr&#232;s r&#233;centes en format poche.(photo ci-dessous, 144 pages, 15&#8364;) &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cette ancienne &#233;dition, la pr&#233;face de Ren&#233;e Zeller (1887-1971 Acad&#233;micienne) est particuli&#232;rement int&#233;ressante. Apr&#232;s avoir rappel&#233; que le succ&#232;s inou&#239; des pr&#233;dications du dominicain devait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sainte Marie-Madeleine ou de l'Amiti&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Par : R.P. Lacordaire, dominicain, journaliste, homme politique, Acad&#233;micien&lt;br /&gt;&#201;ditions Pierre Tisn&#233;, mars 1944 (100 pages)&lt;br /&gt;N.B. &#192; part cette &#233;dition plut&#244;t luxueuse, on trouve des &#233;ditions tr&#232;s r&#233;centes en format poche.(photo ci-dessous, 144 pages, 15&#8364;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;lacordaire&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L453xH708/lacordaire-80a3d.jpg?1740759975' width='453' height='708' /&gt;&lt;br/&gt; Dans cette ancienne &#233;dition, la pr&#233;face de Ren&#233;e Zeller (1887-1971 Acad&#233;micienne) est particuli&#232;rement int&#233;ressante. Apr&#232;s avoir rappel&#233; que le succ&#232;s inou&#239; des pr&#233;dications du dominicain devait beaucoup &#224; l'&#233;motion qui passait par la pr&#233;sence physique de l'orateur, son ton, l'amplitude de sa voix, son phras&#233;, R. Zeller pr&#233;vient qu'aujourd'hui, la r&#233;duction &#224; la seule lecture ne peut que d&#233;cevoir quelque peu. Selon elle, &#233;chappent &#224; cet affaiblissement la correspondance et quelques textes ; &#171; &lt;em&gt;Quant &#224; l'opuscule sur Marie-Madeleine, chant du cygne de l'illustre moine, expression supr&#234;me de son &#226;me, il repr&#233;sente ce qu'il a &#233;crit de meilleur. C'est un &#233;loge de l'amiti&#233; qui surpasse celui de Montaigne en d&#233;licatesse comme en puret&#233;. De tous les hauts sentiments dont v&#233;cut Lacordaire, celui de l'amiti&#233; &#233;tait le plus particulier &#224; son c&#339;ur o&#249; se rencontraient tant d'imp&#233;tuosit&#233; et de sagesse&#8230; C'est alors qu'&#224; l'horizon de ses tendresses spirituelles il aper&#231;ut Marie-Madeleine et p&#233;n&#233;tra plus avant dans la connaissance de l'amiti&#233; divine. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de ce texte de Lacordaire m'a rappel&#233; Chateaubriand, celui des Martyrs. On prend grand plaisir au long et balanc&#233; d&#233;roulement de ces phrases qui nuance et &#233;pouse en arabesque id&#233;e et sentiment. Je me demande si non seulement ce style, ou plut&#244;t les sentiments qu'il traduit, sont encore compr&#233;hensibles &#224; notre temps. Je crois d&#233;sormais le contraire, de source s&#251;re ! En effet, en 2012, le festival d'Aix-en-Provence donnait dans la cour de l'Archev&#234;ch&#233; David et Jonathas, livret du j&#233;suite Fran&#231;ois de Paule Bretonneau, musique de Marc Antoine Charpentier que les J&#233;suites avaient command&#233; pour leurs &#233;l&#232;ves de Louis-le-Grand. Une telle commande &#233;tait dans leurs habitudes, la musique et la po&#233;sie &#233;tant une composante fondamentale de l'&#233;ducation qu'ils donnaient dans leurs &#233;tablissements. William Christie et les Arts-Florissants y furent magnifiques et la mise en sc&#232;ne d'Andr&#233;as Homoki int&#233;ressante avec ces cloisons de verre qui redessinaient la sc&#232;ne et rythmaient le changement des situations. Toutefois, &#224; la sortie, mes amis furent unanimes &#224; souligner la faute contre l'esprit qui consistait &#224; avoir transform&#233; la tr&#232;s profonde et tr&#232;s mystique amiti&#233; de nos deux h&#233;ros bibliques, en une passion des plus charnelles, en contradiction radicale avec les intentions profondes et expresses des auteurs et des commanditaires du XVIIe si&#232;cle. Cette interpr&#233;tation tout &#224; fait &#034;actuelle&#034; fut qualifi&#233;e par T&#233;l&#233;rama de &lt;em&gt;&#171; lib&#233;r&#233;e de ses st&#233;r&#233;otypes. &#187; &lt;/em&gt; Car en nos temps lib&#233;r&#233;s, une profonde amiti&#233; entre deux hommes ne peut &#234;tre que st&#233;r&#233;otype. &#212; M&#226;nes de Montaigne et de La Bo&#233;tie, venez &#224; notre secours !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste Fr&#233;d&#233;ric Norac de son c&#244;t&#233;, d&#233;veloppa ce th&#232;me, je le cite : &lt;em&gt;&#171; Gay, Gay ! Marions-les&#8230; Ce n'est pas encore le &#171; mariage pour tous &#187;, mais cela sonne tr&#232;s &#171; gay friendly &#187; &#224; nos oreilles contemporaines. D'autant plus que le metteur en sc&#232;ne en profite pour nous raconter cet &#233;pisode bien connu dans un registre qui renvoie plus aux &#171; amiti&#233;s particuli&#232;res &#187; qu'&#224; l'amour &#171; mystique &#187; &#233;voqu&#233; par la Bible. Nos tourtereaux se retrouvent fr&#233;missants de tendresse, se cherchent dans un double colin-maillard sous le regard bienveillant du ch&#339;ur qui s'amuse de leurs &#233;bats, se s&#233;parent lorsqu'il faut partir pour la guerre avec toute la passion et le d&#233;sespoir de v&#233;ritables amants, dans un baiser prolong&#233;. &#187;&lt;/em&gt; Nous l'avons &#233;chapp&#233; belle : avec ce sous-titre de Norac &lt;em&gt;&#171; Gay, Gay ! Marions les ! &#187;&lt;/em&gt; on aurait pu avoir &lt;em&gt;La Belle H&#233;l&#232;ne&#8230;&lt;/em&gt; Mais on a quand m&#234;me eu Pierre Lou&#255;s ! Il est bien &#233;vident qu'un premier contre sens est fait sur le v&#233;ritable sujet de cette histoire biblique et qu'un deuxi&#232;me est fait sur la profondeur de ce texte command&#233; par les &#233;ducateurs J&#233;suites. Les critiques, du moins ceux que j'ai lus, ont applaudi &#224; ce massacre. Mais qu'auraient-ils &#233;crit si, en plus &#171; d'interpr&#233;ter &#187; le texte on avait mis la musique au go&#251;t du jour ? Si Christie avait r&#233;interpr&#233;t&#233; la partition de Charpentier, par exemple sur une couleur et un rythme &#171; jazz friendly &#187; ou &#171; pop friendly &#187; ? Nous aurions eu un toll&#233;, tous les musiciens, les amateurs, les musicologues et les critiques musicaux seraient mont&#233;s au cr&#233;neau au comble de l'indignation : &#224; la musique, on ne touche pas ! Et ils auraient eu raison. Mais le texte ? Apparemment aujourd'hui, un texte, on peut sans choquer les puristes, le triturer, le plier dans le sens de notre &#233;poque, le r&#233;duire, l'annexer impun&#233;ment. Quant aux id&#233;es que v&#233;hicule le texte, on les juge tellement ridicules et juste bonnes pour les punaises de sacristie qu'on a le devoir de les raboter, les gommer, les redessiner, en un mot les pervertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&#171; Gay, Gay ! Marions-les &#187; :&lt;/em&gt; peut-on se permettre impun&#233;ment un tel contresens sur une &#339;uvre aussi magnifique ? Je ne le pense pas. Aujourd'hui, la d&#233;licatesse de texte, de situation et de sentiment ne fait plus partie de notre monde et n'est simplement plus comprise : tout doit &#234;tre appuy&#233; et vulgairement grossi pour passer la rampe. J'en ai eu la conviction ces jours-ci (2016) en lisant le petit trait&#233; de Lacordaire intitul&#233; &lt;em&gt;&#171; Sainte Marie-Madeleine ou de l'Amiti&#233; &#187;&lt;/em&gt; quatre ans apr&#232;s le spectacle d'Aix-en-Provence. Le dominicain y reprend cette histoire de David et Jonathas pour illustrer son propos sur l'amiti&#233;, estimant qu'elle en constitue un sommet, comme devaient aussi le penser les commanditaires J&#233;suites. Comment T&#233;l&#233;rama, qui avait trait&#233; le livret du P&#232;re Bretonneau de &lt;em&gt;&#171; tr&#232;s scolaire &#187;,&lt;/em&gt; aurait-il qualifi&#233; le texte de Lacordaire dont je vous donne ci-apr&#232;s quelques menues citations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&#171; Lorsqu'un jeune homme, aid&#233; de cette gr&#226;ce toute-puissante qui vient du Christ, retient ses passions sous le joug de la chastet&#233;, il &#233;prouve dans son c&#339;ur une dilatation proportionn&#233;e &#224; la r&#233;serve de ses sens, et le besoin d'aimer, qui est le fond de notre nature, se fait jour en lui par une ardeur na&#239;ve qui le porte &#224; s'&#233;pancher dans une &#226;me comme la sienne, fervente et contenue. Il n'en recherche pas en vain longtemps l'apparition. Elle s'offre &#224; lui naturellement, comme toute plante germe de la terre qui lui est propre. La sympathie ne se refuse qu'&#224; celui qui ne l'inspire pas, et celui&#8211;l&#224; l'inspire qui en porte en lui-m&#234;me le g&#233;n&#233;reux ferment. Tout c&#339;ur pur la poss&#232;de, et par cons&#233;quent tout c&#339;ur pur attire &#224; lui, n'importe &#224; quel &#226;ge. Mais combien plus dans la jeunesse ! Combien plus lorsque le front est par&#233; de toutes les gr&#226;ces qui attendrissent, et que la vertu l'illumine de cette autre beaut&#233; qui pla&#238;t &#224; Dieu lui-m&#234;me ! Ainsi parut David &#224; Jonathas le jour o&#249; David entra dans la tente de Sa&#252;l tenant la t&#234;te du g&#233;ant dans sa main droite, et qu'interrog&#233; par le roi sur son origine, il lui r&#233;pondit : &#171; Je suis le fils de votre serviteur lsaac, de Bethl&#233;em. &#187; Aussit&#244;t, dit l'&#201;criture, l'&#226;me de Jonathas s'attacha &#224; l'&#226;me de David, et Jonathas l'aima comme son &#226;me. &#187; Singulier effet d'un seul regard ! Tout &#224; l'heure encore, David gardait les troupeaux de son p&#232;re, Jonathas &#233;tait sur seuil d'un tr&#244;ne, et en un instant la distance s'efface ; le p&#226;tre et le prince ne font plus, selon l'expression m&#234;me de l'&#201;criture, qu'une seule &#226;me. C'est que dans ce jeune homme tout p&#226;le encore des faiblesses de l'enfance, et tenant n&#233;anmoins d'une main virile la t&#234;te sanglante d'un ennemi vaincu, Jonathas a devin&#233; le h&#233;ros, et que David, en voyant le fils de son roi se pencher vers lui, sans jalousie de sa victoire et sans orgueil du rang, a reconnu dans ce mouvement g&#233;n&#233;reux un c&#339;ur capable d'aimer, et digne par cons&#233;quent de l'&#234;tre. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il oppose &#224; ce type d'amiti&#233;, celui de l'antiquit&#233; pa&#239;enne : &#171; &lt;em&gt;Quant au jeune homme de l'Antiquit&#233;, trop peu chaste pour &#234;tre aim&#233;, il ne pressentait gu&#232;re dans le transport de ses passions, quelles qu'elles fussent, les purs &#233;panchements d'une ardeur irr&#233;prochable. Il aimait avec ses sens bien plus qu'avec son &#226;me, et si le nom de l'amiti&#233; lui &#233;tait connu, parce que l'homme n'a jamais ignor&#233; ni corrompu tout &#224; fait sa nature, il lui manquait pourtant, sauf peut-&#234;tre en de rares exceptions, ce coup d'archet qui a fait jaillir en nous la source des affections sans tache. J&#233;sus-Christ n'est pas le premier p&#232;re de l'amiti&#233; parmi les hommes, elle existait au paradis terrestre, lorsque Adam et &#200;ve, couverts encore de leur innocence comme d'un voile, se promenaient ensemble sous le regard de Dieu, &#233;pris l'un pour l'autre d'un sentiment dont la tendresse &#233;galait la puret&#233;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni l'amiti&#233; biblique, ni l'amiti&#233; &#171; pa&#239;enne &#187; qu'a retenue le metteur en sc&#232;ne d'Aix, mais plut&#244;t celle de Pierre Lou&#255;s ou celle des &#171; amiti&#233;s particuli&#232;res &#187; &#224; la Montherlant m&#226;tin&#233;es de &#171; gaytitude &#187; : le contre sens est patent. Ou plut&#244;t, faudrait-il parler d'anachronisme de la part de metteurs en sc&#232;ne et de critiques incapables de concevoir le pass&#233; comme diff&#233;rent d'aujourd'hui ? Ou peut-&#234;tre estimant tout simplement que le pr&#233;sent est nettement sup&#233;rieur &#224; un pass&#233; qui ne peut &#234;tre qu'obscurantiste ou &#224; tout le moins hypocrite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre&#034;&gt;La conclusion qui s'est impos&#233;e &#224; moi, &#224; la lecture de l'opuscule de Lacordaire, c'est que rien ne vaut les grands auteurs pour se forger le go&#251;t et respirer &#224; la bonne hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;titre_centre&#034; style=&#034;color: blue&#034;&gt;
&lt;bold&gt;Le metteur en sc&#232;ne d'Aix est d&#233;cid&#233;ment bien de son temps :&lt;br /&gt;il a r&#233;ussi &#224; r&#233;duire une des plus belles histoires d'amour mystique&lt;br/&gt;en banale affaire de cul !&lt;br /&gt;Et les critiques ont trouv&#233; cela g&#233;nial, tout simplement.&lt;br /&gt; Fran&#231;ais, encore un effort ! R&#233;clamait le divin marquis&#8230;&lt;/bold&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez lire et t&#233;l&#233;charger l&#233;galement et gratuitement le texte original de Lacordaire, qui est num&#233;ris&#233; sur le site GALLICA de la Biblioth&#232;que Nationale :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;u&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64481500.r&#034;&gt;Pour lire le livre de Lacordaire sur Marie-Madeleine&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;br /&gt;&lt;u&gt;&lt;a href=&#034;http://lumiere-et-vie.fr/numeros/LV_289_pages_90-95.pdf&#034;&gt;Pour lire et t&#233;l&#233;charger l&#233;galement l'&#233;tude du texte par Claude LANGLOIS, historien, directeur d'&#233;tudes &#233;m&#233;rite &#224; l'&#201;cole Pratique des Hautes &#201;tudes&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voltaire, chantre de la tol&#233;rance ou parfait Tartuffe ?</title>
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		<dc:date>2019-03-03T14:35:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Voltaire m&#233;connu, Aspects cach&#233;s de l'humanisme des Lumi&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt; Par : Xavier Martin, professeur &#233;m&#233;rite des Facult&#233;s de droit, historien des id&#233;es politiques &lt;br class='autobr' /&gt; &#201;dition : Dominique Martin Morin (2015) 350 pages, 26&#8364; &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis Nous sommes tous Charlie et le massacre du Bataclan, les politiques et les &#233;diteurs se disputent la caution de Voltaire, notamment son Trait&#233; sur la Tol&#233;rance qui s'affiche, en &#233;dition de poche, dans toutes les librairies, m&#234;me celles des gares. &lt;br class='autobr' /&gt; Devant cet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Voltaire m&#233;connu, Aspects cach&#233;s de l'humanisme des Lumi&#232;res&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Par : Xavier Martin, professeur &#233;m&#233;rite des Facult&#233;s de droit, historien des id&#233;es politiques&lt;br /&gt; &#201;dition : Dominique Martin Morin (2015) 350 pages, 26&#8364;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;voltaire&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L300xH447/voltaire-06c71.jpg?1740759976' width='300' height='447' /&gt; &lt;br/&gt;Depuis &lt;em&gt;Nous sommes tous Charlie&lt;/em&gt; et le massacre du &lt;em&gt;Bataclan&lt;/em&gt;, les politiques et les &#233;diteurs se disputent la caution de Voltaire, notamment son &lt;em&gt;Trait&#233; sur la Tol&#233;rance&lt;/em&gt; qui s'affiche, en &#233;dition de poche, dans toutes les librairies, m&#234;me celles des gares.&lt;br /&gt; Devant cet engouement pour le grand tol&#233;rant que si peu de gens ont vraiment fr&#233;quent&#233; en dehors du Lagarde et Michard de leur 16 ans (du moins pour ma g&#233;n&#233;ration, car les suivantes&#8230; peuch&#232;re !) c'est dire si j'ai trouv&#233; cette &#233;tude de Xavier Martin, non seulement d'actualit&#233; br&#251;lante, mais surtout particuli&#232;rement r&#233;jouissante.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; En effet, et nous le savions depuis longtemps (voir le peuch&#232;re ci-dessus) qui fut plus tol&#233;rant dans ses &#233;crits que Fran&#231;ois-Marie Arouet dit Voltaire et plus intol&#233;rant dans sa vie et ses &#339;uvres que ce cher grand homme ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce grand &#233;cart permanent entre paroles et actes, c'est tout le sujet de ce livre si pr&#233;cis&#233;ment document&#233;, si bien &#233;crit et si mesur&#233;. Si mesur&#233; ? Pourtant, Xavier Martin fr&#244;le souvent le pamphlet et s'y &#233;broue parfois avec ga&#238;t&#233; pour notre plus grand plaisir. Car il faut savoir &#234;tre pamphl&#233;taire pour &#233;branler une ic&#244;ne &#224; la fois si unanimement r&#233;publicaine et si peu lue et qui vient de ressusciter &#224; la faveur de Charlie. Une R&#233;surrection ? Sur ce mot religieux, Voltaire doit s'en retourner dans son urne Panth&#233;onesque ! C'est la r&#233;ussite de Xavier Martin que de porter le projecteur dans les coins et les recoins, m&#234;me les plus sombres, ceux justement que les d&#233;vots des Lumi&#232;res cachent en g&#233;n&#233;ral sous le tapis.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Commen&#231;ons par le d&#233;but ! Quoi de plus r&#233;jouissant, que de voir Monsieur Fran&#231;ois-Marie Arouet, ce philosophe exemplaire, s'arroger la particule de Monsieur de Voltaire, s'affubler du titre de &lt;em&gt;Comte de Tournay&lt;/em&gt; et se donner du &lt;em&gt;&#171; gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi. &#187;.&lt;/em&gt; Mme du Deffant disait &#224; son idole : &lt;em&gt;&#171; Savez-vous Monsieur&#8230; ce qui fait que je vous trouve un grand philosophe ? C'est que vous &#234;tes devenu riche. &#187;.&lt;/em&gt; On peut la croire : elle savait de quoi elle parlait et de qui elle parlait.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et justement, parlons-en de la richesse, sans s'attarder sur ces broutilles de placements juteux dans des navigations triangulaires esclavagistes, sujet bateau (mais oui : osons !) et si connu, m&#234;me &#224; la T&#233;l&#233; depuis que l'esclavage est devenu un sujet d'&#233;tude r&#233;glement&#233; l&#233;gislativement et assorti de correctionnelle. Surprenons-nous : parlons plut&#244;t des d&#238;mes ! Dans sa lettre aux d'Argental (ao&#251;t 1764) Voltaire reprend et compl&#232;te ainsi la formule qu'il avait mise dans la bouche de Candide : &lt;em&gt;&#171; Que faire ? Cultiver son jardin, mais surtout conserver ses d&#238;mes. &#187;&lt;/em&gt; Il terminait ses lettres de la main droite d'un &lt;em&gt;&#171; ecr. l'inf. &#187;.&lt;/em&gt; (&#233;crasez l'inf&#226;me religion catholique) tandis que de la main gauche il mettait sous son mouchoir chaque sou de ces fameuses d&#238;mes de Ferney sur lesquelles il avait mis la main - en tant que seigneur du coin ! - pendant la vacance de la cure du village. Le cur&#233;, non ! Sauf pour le peuple si sot, mais ses d&#238;mes, oui ! Et ses pr&#233;rogatives f&#233;odales p&#233;cuniaires, oui !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pour Fran&#231;ois-Marie Arouet, un sou est toujours un sou ! Il faut vous le prouver ? Alors, ne manquez pour rien au monde le s&#233;jour du philosophe chez le roi Fr&#233;d&#233;ric de Prusse, autre philosophe, o&#249; vous verrez &#8211; entre autres r&#233;jouissances &#8211; Fran&#231;ois-Marie de Voltaire faire revendre en douce au march&#233; par son domestique les bougies fournies par le Roi pour &#233;clairer l'appartement de son invit&#233; et les remplacer dans sa chambre par celles d&#233;rob&#233;es dans les cand&#233;labres des escaliers royaux lorsqu'il montait se coucher : vous y &#233;prouverez un plaisir rare ! Vous partagerez alors ce plaisir avec le Roi de Prusse qui ne se privait pas de s'en gausser en public.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et cette fameuse tol&#233;rance que l'on porte aux nues aujourd'hui comme jadis, Linguet qui connaissait son monde, dans son pamphlet de 1764 &lt;em&gt;Le Fanatisme des Philosophes&lt;/em&gt;, nous montre &lt;em&gt;&#171; le spectacle d'une ligue de savants tyranniques et de philosophes pers&#233;cuteurs.... [qui asservissent la litt&#233;rature] par la terreur qu'ils inspirent et le mal qu'ils y font. &#187;&lt;/em&gt; Notre Voltaire comte de Tournay illustre parfaitement ce propos avec la curieuse d&#233;finition de la tol&#233;rance qu'il mettait en &#339;uvre dans sa vie, si diff&#233;rente de celle qu'il donne pour l'indulgente post&#233;rit&#233; dans son &lt;em&gt;Dictionnaire Philosophique&lt;/em&gt;. Xavier Martin nous le montre se d&#233;menant pour faire br&#251;ler par le Parlement le libelle de son minuscule adversaire l'Abb&#233; Desfontaines intitul&#233; &lt;em&gt;Voltairomanie&lt;/em&gt;. Il nous d&#233;taille les lettres de d&#233;nonciation du grand tol&#233;rant au Lieutenant de police pour faire embastiller le jeune La Beaumelle, ce protestant qui avait eu l'audace d'&#233;crire contre lui. &lt;em&gt;&#171; Je n'aime point ces maudits huguenots &#187;&lt;/em&gt; confie le comte de Voltaire &#224; d'Argence ; &lt;em&gt;&#171; La critique est permise sans doute, mais la critique injuste m&#233;rite le ch&#226;timent &#187;&lt;/em&gt;, ajoute-t-il et il r&#233;cidive dans ses demandes d'embastillage d'un autre obscur libelliste nomm&#233; Cl&#233;ment qui avait os&#233; &#8211; le gueux ! &#233;crire contre lui.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Mais encore plus que les Protestants, il d&#233;testait &lt;em&gt;&#171; la horde h&#233;bra&#239;que&#8230; de tous les peuples, le plus grossier, le plus f&#233;roce, le plus fanatique, le plus absurde&#8230; &#187;&lt;/em&gt; En 1767, dans&lt;em&gt; D&#233;fense de mon Oncle&lt;/em&gt; il &#233;voque ainsi les quarante ann&#233;es des H&#233;breux dans le d&#233;sert apr&#232;s la sortie d'&#201;gypte : &lt;em&gt;&#171; &#8230;les dames juives&#8230; ne pouvaient se laver dans un pays qui manque d'eau&#8230; elles ne pouvaient changer d'habits&#8230; elles n'avaient point de chemise. Les boucs du pays purent tr&#232;s bien les prendre pour des ch&#232;vres &#224; leur odeur. Cette conformit&#233; put &#233;tablir quelque galanterie entre les sexes. &#187;&lt;/em&gt; Voil&#224;, d'apr&#232;s notre tol&#233;rant d'o&#249; descendent les Juifs&#8230; D&#233;licatesse, quand tu nous tiens ! Mais il n'&#233;pargnait pas les autres religions pour autant. C'est ainsi qu'il &#233;crit &#224; son ami d'Alembert en 1757 : les catholiques et les protestants &lt;em&gt;&#171; sont p&#233;tris de la m&#234;me merde d&#233;tremp&#233;e de sang corrompu. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Mais ce qu'il d&#233;teste par-dessus tout, ce sont ses compatriotes, les Fran&#231;ais, que tout au long de sa vie il surnommera les &lt;em&gt;&#171; Welches &#187;&lt;/em&gt; du nom d'une peuplade particuli&#232;rement barbare : &lt;em&gt;&#171; Le fond des Welches sera toujours sot et grossier&#8230; Allez mes Welches, Dieu vous b&#233;nisse, vous &#234;tes la chiasse du genre humain&#8230; &#187;&lt;/em&gt; (1767) Mais o&#249; est donc pass&#233; son beau langage, si classique ? Ce grand humaniste aimait-il au moins ses semblables &lt;em&gt;&#171; ces b&#234;tes brutes appel&#233;es hommes &#187;&lt;/em&gt; ? Que nenni ! Toujours &#224; d'Alembert, il lui souhaite : &lt;em&gt;&#171; Portez-vous bien et &#233;clairez et m&#233;prisez le genre humain &#187;&lt;/em&gt;, ce &lt;em&gt;&#171; genre humain pensant, c'est-&#224;-dire la cent milli&#232;me partie du genre humain tout au plus. &#187;&lt;/em&gt; &#192; Mme du Deffant, il demande de cultiver &lt;em&gt;&#171; ce plaisir noble de se sentir d'une autre nature que les sots. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &#201;tait-il, pour finir, de bonne compagnie, notamment envers les femmes ? &#192; vous de voir ; dans une lettre &#224; la m&#234;me Madame du Deffant en 1766 : &lt;em&gt;&#171; Si vous &#234;tes ch&#232;vre Madame, il n'y a personne qui ne veuille devenir bouc. &#187;&lt;/em&gt; Ces quelques traits sont surprenants, m&#234;me pour le lecteur moyennement assidu du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. Gageons que sur les 340 pages si document&#233;es de Xavier Martin, vous serez tr&#232;s souvent surpris, souvent amus&#233; et quelquefois, &#233;c&#339;ur&#233; ! Les tout derniers chapitres montrent comment ce XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si polic&#233; si &#233;l&#233;gant fut aussi le si&#232;cle de la haine g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Julie de Lespinasse s'en rendait compte, qui en bonne observatrice, pouvait &#233;crire en 1776 peu avant sa mort : &lt;em&gt;&#171; Je devais naturellement me d&#233;vouer &#224; ha&#239;r ; j'ai mal rempli ma destin&#233;e, j'ai beaucoup aim&#233; et peu ha&#239;&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Ce si&#232;cle phare de l'esprit fran&#231;ais finira du reste par institutionnaliser la haine dans sa derni&#232;re d&#233;cennie, celle o&#249; un Carrier s'&#233;criera entre deux noyades r&#233;publicaines : &lt;em&gt;&#171; C'est par principe d'humanit&#233; que je purge la terre de la libert&#233; de ces monstres. &#187;&lt;/em&gt; &#192; la m&#234;me &#233;poque, le tr&#232;s &#233;l&#233;gant et tr&#232;s spirituel Chamfort, r&#233;publicain assum&#233;, commentait ainsi le slogan de 93 &lt;em&gt;La Fraternit&#233; ou la mort&lt;/em&gt; ! : &lt;em&gt;&#171; Soit mon fr&#232;re ou je te tue. &#187;&lt;/em&gt; Rousseau avait bien vu venir la temp&#234;te, qui &#233;crivait dans &lt;em&gt;L'&#201;mile&lt;/em&gt; en 1762 : &lt;em&gt;&#171; Nous approchons de l'&#233;tat de crise et du si&#232;cle des r&#233;volutions. &#187;&lt;/em&gt; Marc Fumaroli, en 2002 dans son &lt;em&gt;Chateaubriand, Po&#233;sie et Terreur&lt;/em&gt;, &#233;voque ces hommes des Lumi&#232;res, un Turgot ou un Condorcet, anim&#233;s d'un optimisme absolu en un avenir meilleur &lt;em&gt;&#171; sans voir qu'une guerre civile de nature religieuse grondait depuis longtemps dans le Paris souterrain du Si&#232;cle des Lumi&#232;res. &#187;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Que ce si&#232;cle d'humanisme, de sentiment et de tol&#233;rance d&#233;bouch&#226;t sur la tuerie, par l'intol&#233;rance et le m&#233;pris qu'il charriait souterrainement a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; depuis longtemps. Mais ici, Xavier Martin en fait une d&#233;monstration &#233;clatante, &#224; partir du cas Voltaire, &#224; travers une documentation surabondante, toujours bien choisie et qui emporte la conviction. C'est l'&#339;uvre d'un historien des lettres qui instruit certes &#224; charge, mais c'est un travail de salubrit&#233; publique, car les &#233;ditions &#224; la gloire de Voltaire encombrent d&#233;j&#224; les rayons des libraires et des biblioth&#232;ques. Il &#233;tait temps pour la v&#233;rit&#233; que cette instruction soit men&#233;e et ce toilettage de printemps effectu&#233;. Le travail est fait, et bien fait ! Courrez vous en assurer par vous-m&#234;mes, vous ne le regretterez pas. Et pour terminer gaiement, voici cette &#233;pigramme de &lt;em&gt;&#171; phase terminale &#187;&lt;/em&gt; qui courut les rues de Paris &#224; la mort de ce bon Monsieur de Voltaire de Ferney comte de Tournay, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, et ci-devant Fran&#231;ois-Marie Arouet :&lt;/p&gt;
&lt;h3 align=&#034;center&#034;&gt; &lt;span style=&#034;font-size:16px;&#034;&gt;Sans foi, sans honneur, sans vertu&lt;br /&gt; Il est mort comme il a v&#233;cu&lt;br /&gt; Couvert de gloire et d'infamie.&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En guise de dessert, pour vous remercier de m'avoir suivi jusqu'ici, voici deux petites anecdotes rapport&#233;es par Xavier Martin, que je n'ai pas cit&#233;es car elles sortaient de mon sujet, mais qui compl&#232;tent bien la mentalit&#233; de notre grand tol&#233;rant :&lt;br /&gt; Dans son cercle priv&#233;, Voltaire appelait son ami le roi de Prusse Fr&#233;d&#233;ric, &#171; &lt;em&gt;Luc&lt;/em&gt;, &#187; du nom de son singe qui l'avait cruellement mordu, et aussi parce que c'est l'anagramme de &#171; &lt;em&gt; cul &lt;/em&gt; &#187;. D'Alembert &#8211; le fid&#232;le ami de Voltaire &#8211; pensait que Voltaire avait infl&#233;chi ses traductions de Shakespeare pour le desservir, car son g&#233;nie l'insupportait.&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt; Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt; On peut aussi lire sur un sujet connexe, en le t&#233;l&#233;chargeant gratuitement en PDF sur le site de Gallica (BNF) le passionnant et tr&#232;s complet &lt;em&gt;M&#233;nage et Finances de Voltaire&lt;/em&gt; par Louis Nicolardot &#8211; Chez Dentu et Cie &#233;diteurs 1887 - 360 pages&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Nuits de Sib&#233;rie</title>
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&lt;p&gt;Les Nuits de Sib&#233;rie Par Joseph Kessel Chez Ernest Flammarion, collection &#171; Les Nuits &#187; 1929 R&#233;&#233;dit&#233; en 2013 chez Flammarion ISBN : 2081250926 &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez aussi trouver ce livre chez votre bouquiniste pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;.Par exemple &#224; la Librairie Pr&#232;s de la Fontaine (Michel Pagani) 32 rue des Trois Faucons &#224; Avignon. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Grande Guerre est finie, mais en ces ann&#233;es 1918, 1919 les soldats fran&#231;ais, avec leurs Alli&#233;s, sur des milliers de kilom&#232;tres de la Pom&#233;ranie &#224; Vladivostok, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Les Nuits de Sib&#233;rie&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Par Joseph Kessel&lt;br /&gt;Chez Ernest Flammarion, collection &#171; Les Nuits &#187; 1929&lt;br /&gt;R&#233;&#233;dit&#233; en 2013 chez Flammarion ISBN : 2081250926&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez aussi trouver ce livre chez votre bouquiniste pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;.&lt;br/&gt;Par exemple &#224; la &lt;i&gt;Librairie Pr&#232;s de la Fontaine&lt;/i&gt; (Michel Pagani) 32 rue des Trois Faucons &#224; Avignon.&lt;br/&gt;
&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L318xH429/nuits_de_siberie-32c41.jpg?1740627897' width='318' height='429' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;La Grande Guerre est finie, mais en ces ann&#233;es 1918, 1919 les soldats fran&#231;ais, avec leurs Alli&#233;s, sur des milliers de kilom&#232;tres de la Pom&#233;ranie &#224; Vladivostok, tentent de s'opposer &#224; la R&#233;volution bolch&#233;vique en soutenant les g&#233;n&#233;raux &#034;Blancs&#034; Wrangle, Koltchak ou Denikine. Le tr&#232;s jeune officier aviateur Kessel attends &#224; Vladivostok l'arriv&#233;e de son avion par cargo. Il a tir&#233; de cette aventure pleine de fureur, d'incendies, de meurtres, et travers&#233;e de personnages &#233;tonnants mais bien r&#233;els son premier roman : &lt;i&gt;Les Nuits de Sib&#233;rie&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous &#233;tions seulement &#224; la fin de l'hiver 1919&#8230; sur le vaste empire en convulsion, d'&#233;troites fen&#234;tres s'ouvraient &#224; des milliers de lieues l'une de l'autre : Archangelsk en Mer Blanche, Odessa en Mer Noire, et Vladivostok au bout de l'Asie au fond du Pacifique&#8230; Il y avait vraiment &#224; cette &#233;poque et dans ce lieu d&#233;sol&#233; une atmosph&#232;re unique. Fin de guerre, fin d'un ordre social, peau neuve d'un peuple, de cent peuples. Les nations en folie y avait toutes d&#233;barqu&#233; des soldats, Am&#233;ricains lourds de dollars, Anglais qui venaient chasser proprement le loup rouge, Tch&#232;ques&#8230; portant sur leurs visages le labeur du chemin qu'ils avaient fray&#233; &#224; coup de grenade de la Volga &#224; l'Oc&#233;an et les Russes achevant de d&#233;gueniller leurs uniformes. Et les Japonais, ma&#238;tres sournois de la ville. Et les prisonniers autrichiens, allemands, turcs, hongrois, roumains, bulgares, polonais, lettons. Et les travailleurs annamites. Et les cavaliers hindous&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans oublier les Fran&#231;ais bien entendu, de jeunes aviateurs qui attendaient leurs avions qui arriveront par bateaux longtemps apr&#232;s leur retour en Europe&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et notre jeune Kessel aviateur volontaire de vingt ans, en attente de son avion et qui parlant russe du fait de sa m&#232;re est nomm&#233; Chef de gare en attendant, avec la mission d'assurer le passage des trains transportant les troupes fran&#231;aises par milliers. La gare, remplie de centaines d'agonisants de typhus. Vladivostok, avec son cabaret aux six mille prostitu&#233;es &#8211; l'Aquarium, son Ataman, le cosaque Sevenov &#8211; le russe blanc qui r&#232;gne sur la ville conquise sur les Gardes Rouges avec seulement onze cosaques &#224; cheval arm&#233;s uniquement de redoutables fouets de cuir et qui habite un train blind&#233; stationn&#233; dans la gare avec ses huit mille &#171; cosaques en rupture de discipline et ses for&#231;ats en rupture de bagne&#8230; que n'effrayent ni un baril de vodka, ni la mort&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Kessel sera invit&#233; &#224; boire dans le train &#171; &lt;i&gt; compos&#233; de voitures transform&#233;es en arsenaux roulants. J'apercevais des fusils, des sabres courb&#233;s, des cartouchi&#232;res, des tubes de mitrailleuses&#8230; Il s'&#233;tait arr&#234;t&#233; devant une de ces magnifiques voitures du Transsib&#233;rien&#8230; une haleine de luxe m'enveloppa. Luxe insens&#233;, barbare, luxe de pillage et d'orgie&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Kessel d&#238;nera avec Orline, lieutenant de l'Ataman et ancien bagnard &#233;vad&#233; ; on lui conseille de partir d&#232;s le dessert : &lt;i&gt;&#171; &#192; pr&#233;sent, comme ils sont &#233;nerv&#233;s, ils vont se saouler et cela finira par une fusillade&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils vont &#224; l'Aquarium o&#249; &#171; &lt;i&gt;deux officiers canadiens&#8230; commen&#231;aient &#224; casser les verres&#8230;&lt;/i&gt; &#187; et V&#233;rova parut, &lt;i&gt;&#171; elle chantait celle-l&#224;, comme seules peuvent chanter certaines voix russes, &#233;raill&#233;es, cass&#233;es par la fum&#233;e et l'alcool, mais sublimes de violence contenue, de path&#233;tique, de terrible jeunesse&#8230; Quand ces voix-l&#224; parlent d'amour, de vin, de neige, de guerre ou de course en tro&#239;ka &#8211; alors le vent de la course, la chaleur du combat, la blancheur des plaines, l'extase de l'ivresse et la br&#251;lure luxurieuse p&#233;n&#232;trent dans l'&#226;me en flots press&#233;s, tumultueux, vivants&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils iront terminer la nuit chez Agla&#233;, la ma&#238;tresse de son camarade Tartzoff. Mais un groupe de cosaques ivres envahissent la chambre, accusent Agla&#233; de les avoir men&#233;s dans une embuscade de Gardes Rouges. Gricha, leur chef, d&#233;roule son fouet &#8211; la naga&#239;ka &lt;i&gt;&#171; Puis froidement, voluptueusement, il releva la chemise de la fille. Et sur le ventre plein, laiteux, sur les cuisses tremblantes, sur les seins, la naga&#239;ka se mit &#224; tracer de violets sillons. Il aurait pu la tuer d'un coup, mais il prolongeait le plaisir, ne frappait que pour la douleur&#8230; la large lani&#232;re s'enroula de nouveau comme une langue monstrueuse et br&#251;lante autour du torse, des reins, du sexe de la supplici&#233;e&#8230; &#187; Notre jeune aviateur veut s'y opposer, on l'assomme, on le jette &#224; la rue. Il reprend ses sens &#224; la lueur de l'incendie de la maison &#171; &#8230;j'&#233;clatai en sanglots&#8230; j'avais vingt et un an &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Kessel a vingt ans &#224; Vladivostok, il attendra dix ans avant de publier son r&#233;cit. C'est alors un &#233;crivain d&#233;j&#224; confirm&#233; avec pr&#232;s de trente ouvrages derri&#232;re lui. Mais ce premier roman de jeunesse est &#224; mon avis d&#233;j&#224; l'&#339;uvre d'un grand &#233;crivain : parfaite ma&#238;trise du r&#233;cit, l'art de faire monter l'attente et l'&#233;motion sans faiblir jusqu'&#224; la derni&#232;re ligne, un style nerveux, color&#233;, mais sans fioriture. Tout Kessel est d&#233;j&#224; l&#224;. &#192; noter que cette aventure le marquera puisqu'il la racontera &#224; nouveau sous le titre &#171; &lt;i&gt;Les Temps Sauvages&lt;/i&gt; &#187;, en 1975 peu avant de mourir. Enfin, pour les amateurs de B.D., dont je suis, d&#232;s les premi&#232;res lignes, j'ai retrouv&#233; ce climat de fin du monde que j'avais profond&#233;ment ressenti avec &lt;i&gt;Corto Maltese en Sib&#233;rie&lt;/i&gt;, B.D. de Hugo Pratt, o&#249; l'on voit s'affronter en Sib&#233;rie en 1919 train blind&#233; contre cavaliers cosaques, un r&#233;cit et des dessins pleins de fureur travers&#233;s de figures inoubliables : le cruel Ataman Semenov et son lieutenant Spasetov, le fourbe pope Raspoutine, la troublante et dangereuse duchesse Seminova ma&#238;tresse de Koltchak, le pilote am&#233;ricain Jack Tippit et tant et tant d'autres. Je suis certain que &lt;i&gt;Les Nuits de Sib&#233;rie&lt;/i&gt; ont fait partie de la documentation d'Hugo Pratt pour sa bande dessin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;poesie&#034;&gt;Amis lecteurs compulsifs, n'ayez pas peur d'abuser :&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisez et relisez Les Nuits de Sib&#233;rie de Kessel,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisez et relisez la B.D. de Corto en Sib&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Et puis, si vous avez encore quelques instants, relisez sur ce site m&#234;me, le petit texte d'introduction aux &lt;i&gt;Biblioth&#232;ques de Famille&lt;/i&gt; parce que c'est dans l'une d'elles au fin fond de l'Anjou qu'un soir d'hiver sous un &#233;dredon j'ai lu ce magnifique roman d'un trait jusqu'au petit matin... Cliquez donc sur ce lien qui vous y am&#232;nera : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&#034;http://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique15&#034;&gt;De l'utilit&#233; des biblioth&#232;ques de maisons de famille&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Voix qui crient dans le D&#233;sert</title>
		<link>https://flaneurtextuel.fr/spip.php?article51</link>
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&lt;p&gt;Les Voix qui crient dans le D&#233;sert &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Voix qui crient dans le D&#233;sert Par Ernest Psichari &#201;d. Louis Conard, 1948. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez aussi trouver ce livre chez votre bouquiniste pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;.Par exemple &#224; la Librairie Pr&#232;s de la Fontaine (Michel Pagani) 32 rue des Trois Faucons &#224; Avignon. Ou &#224; la FNAC l'&#233;dition de 2008 pour 22&#8364;Ou sur internet :chez PriceMinister, j'en ai trouv&#233; un &#224; 8,50&#8364;, et un autre exemplaire &#224; 5,90&#8364; Vous pouvez aussi le lire et le t&#233;l&#233;charger gratuitement et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h1 class=&#034;font-face&#034; style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;Les Voix qui crient dans le D&#233;sert&lt;/em&gt;&lt;/h1&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Les Voix qui crient dans le D&#233;sert&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Par Ernest Psichari&lt;br /&gt;&#201;d. Louis Conard, 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez aussi trouver ce livre chez votre bouquiniste pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;.&lt;br/&gt;Par exemple &#224; la Librairie Pr&#232;s de la Fontaine (Michel Pagani) 32 rue des Trois Faucons &#224; Avignon.&lt;br/&gt;
Ou &#224; la FNAC l'&#233;dition de 2008 pour 22&#8364;&lt;br/&gt;Ou sur internet :&lt;br/&gt;chez PriceMinister, j'en ai trouv&#233; un &#224; 8,50&#8364;,&lt;br/&gt; et un autre exemplaire &#224; 5,90&#8364;&lt;br/&gt;
Vous pouvez aussi le lire et le t&#233;l&#233;charger gratuitement et l&#233;galement &#224; l'adresse internet suivante :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/lesvoixquicrien00psic&#034;&gt;Les voix qui crient&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L324xH499/psichari-2fefe.jpg?1740734050' width='324' height='499' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait en f&#233;vrier 2017, le futur Pr&#233;sident de la R&#233;publique E. Macron, en voyage en Alg&#233;rie taxa la colonisation de crime contre l'Humanit&#233;. J'&#233;tais alors en train de lire &lt;em&gt;Les Voix qui crient dans le D&#233;sert&lt;/em&gt; de Psichari, magnifique &#233;dition sur papier v&#233;lin de 1936 que je venais de d&#233;nicher chez les chiffonniers d'Emma&#252;s. Sans cette d&#233;claration, je me serai content&#233; de ma lecture priv&#233;e. Apr&#232;s avoir entendu le candidat, j'ai pens&#233; qu'il fallait permettre &#224; tout un chacun de lire au moins une fois dans sa vie une pi&#232;ce de premi&#232;re main dans ce proc&#232;s de la colonisation dont la condamnation sans appel et sans droit d'inventaire fait d&#233;sormais partie du pr&#234;t-&#224;-penser que charrie l'enveloppant et irr&#233;sistible fleuve m&#233;diatico-politique. Il ne s'agit pas du tout de pr&#233;senter une glorification de la colonisation &#8211; ce que n'est en aucune mani&#232;re le texte de Psichari - mais seulement de comprendre ce que pouvait penser, ressentir et vivre un des acteurs de cette aventure qui n&#233;cessairement partage, non seulement une partie des lumi&#232;res, mais aussi bien s&#251;r des ombres et m&#234;me des t&#233;n&#232;bres de son &#233;poque. Sans oublier que Psichari en est un acteur de tr&#232;s grande qualit&#233; et donc nullement repr&#233;sentatif de la multitude des m&#233;diocres que la colonisation, comme toute aventure humaine, a n&#233;cessairement charri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous en pr&#233;viens, vous allez entrer en contact avec une pens&#233;e r&#233;voltante pour notre temps : celle d'un jeune homme engag&#233; dans l'arm&#233;e par id&#233;al, pour participer &#224; cette exaltante aventure que paraissait &#234;tre alors la colonisation, avec la conviction d'amener la civilisation dans ses bagages ! Il vous affirmera m&#234;me &#224; maintes reprises qu'il est l'h&#233;ritier du soldat romain, le descendant des crois&#233;s, le digne successeur des va-nu-pieds de l'An II ! Non pas qu'il pens&#226;t arriver chez les barbares. Bien au contraire : il apprit leur langue, se lia d'amiti&#233; avec beaucoup, d&#233;couvrit avec admiration certaines de leurs coutumes, et constata qu'il partageait avec eux une profonde spiritualit&#233; en m&#234;me temps que le go&#251;t de la vie aventureuse et errante. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce contact intime avec le d&#233;sert et ses nomades qui acc&#233;l&#233;rera le mouvement qui finira par le conduire &#224; la conversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car comble d'horreur, ce soldat finira par se convertir &#224; l'appel de ces &#171; Voix qui crient dans le d&#233;sert &#187;. Et au Catholicisme, de surcro&#238;t ! On mesure le gouffre qui nous s&#233;pare de cette &#233;poque. Et c'est bien pour cela que nous devons lire ce livre aujourd'hui o&#249; les mots cl&#233;s de notre soci&#233;t&#233; sont : diff&#233;rence, dissidence, r&#233;sistance, insoumission, glorification des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le lecteur y rencontrera un esprit comme il n'aura sans doute jamais la possibilit&#233; d'en fr&#233;quenter dans &#171; la vraie vie &#187;, tellement diff&#233;rent, tellement minoritaire, tellement rebelle et en r&#233;sistance contre son &#233;poque. Th&#233;oriquement donc, r&#233;pondant &#224; tous ces mots cl&#233;s d'aujourd'hui, le r&#233;cit autobiographique de Psichari ne devrait que plaire. Et pourtant, il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, faute impardonnable pour notre temps, il s'agit du journal autobiographique des deux routes suivies par un jeune homme approchant de la trentaine : la route que les soldats, pionniers de la colonisation, ouvrent en Afrique saharienne au tout d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, notre si&#232;cle - pardon : le mien !&#8230; et la route d'une conversion qui finit, dans le dernier tiers du livre par prendre le dessus sur la premi&#232;re. Deux routes qui se suivent, se poursuivent, se superposent sans jamais se m&#233;langer tout en se croisant &#224; tout bout de champ. Deux routes aussi condamnables l'une que l'autre pour un esprit &#171; lib&#233;r&#233; &#187; d'aujourd'hui. D'autant que la r&#233;flexion est constamment soutenue par des citations latines cueillies chez les po&#232;tes et les philosophes de l'Antiquit&#233;, et pis encore, souvent emprunt&#233;es aux textes sacr&#233;s ! Tout un environnement de pens&#233;e, toute une fa&#231;on de r&#233;fl&#233;chir, de raisonner et de s'exprimer qui ach&#232;ve de dispara&#238;tre actuellement au rythme du grand naufrage de la culture classique des &#171; humanit&#233;s &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;Afin de susciter chez quelques-uns le d&#233;sir d'ouvrir ce livre, je vais citer des extraits des &#171; bonnes pages &#187; comme on dit. Ce sera sans doute un peu long&#8230; lou&#233;s soient donc ceux qui iront jusqu'au bout de ce pensum. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour vous mettre en condition sans tarder, voici une phrase tir&#233;e de la pr&#233;face r&#233;dig&#233;e par sa s&#339;ur Henriette : &lt;em&gt;&#171; En 1903, il &#233;change son inscription &#224; la facult&#233; de lettres contre la corv&#233;e en bourgeron dans la caserne de Beauvais&#8230; L'arm&#233;e&#8230; il l'avait dot&#233;e d'une valeur historique qui monte des entrailles de la France ; il s'aper&#231;ut qu'il avait plac&#233; dans l'id&#233;e militaire beaucoup de choses qu'elle ne contient pas. Quelques ann&#233;es lui suffiront pour conclure que la soumission du soldat n'est que la figure d'une soumission plus haute &#187;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes toujours l&#224; ? Alors, continuons ! En 1906, Psichari est choisi pour faire partie des neuf officiers et sous-officiers qui vont chercher au milieu des for&#234;ts &#233;quatoriales, puis dans le d&#233;sert la route du Tchad, ce qu'il fera avec enthousiasme pendant six ann&#233;es. Ce sont les deux derni&#232;res ann&#233;es de cette p&#233;riode, de juin 1910 &#224; novembre 1912, en Mauritanie, qui font l'objet de ce livre&#8230; deux ann&#233;es au cours desquelles la fr&#233;quentation des Maures va pr&#233;cipiter sa conversion, car comme le dira sa s&#339;ur Henriette : &#171; Avant de croire, Psichari &#233;tait un converti. &#187; &lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Le r&#233;cit de cette aventure africaine est des plus d&#233;paysant&#8230; L'Afrique dont il parle &#233;tait celle des d&#233;buts, des &#171; factoreries &#187; diss&#233;min&#233;es sur les berges des fleuves pour le commerce de l'ivoire et du caoutchouc, au-del&#224; desquelles commen&#231;aient les terrae incognitae. L'&#233;pop&#233;e de Savorgnan de Brazza venait &#224; peine de s'achever ; les atrocit&#233;s de la colonne Voulet-Chanoine commen&#231;aient &#224; sombrer dans l'oubli et le splendide et terrible r&#233;cit de Conrad &lt;em&gt;&#171; Au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres &#187; &lt;/em&gt; rendait bien compte du c&#244;t&#233; obscur de ces pages d'Histoire. &#192; cette &#233;poque, pas de radio pour le contact avec ses sup&#233;rieurs : le jeune officier Psichari est seul des mois durant avec ses Touaregs ; pas de rations vitamin&#233;es, mais de la viande boucan&#233;e ; pas d'eau min&#233;rale, mais celle fangeuse et pollu&#233;e des mares, pas de quinine pour le palu, pas de m&#233;decine pour la l&#232;pre, le b&#233;rib&#233;ri ou la typho&#239;de. En Mauritanie, Psichari m&#232;nera donc une vie militaire sans doute tr&#232;s proche de celle des soldats romains auxquels il fera maintes r&#233;f&#233;rences. Il y sera &#224; la t&#234;te d'une section de m&#233;haristes et de partisans maures allant de p&#226;turage en p&#226;turage et de puits en puits, de coups de main en embuscades &#224; la poursuite de razzieurs pour r&#233;duire les &#171; dissidences &#187; et les &#171; insoumis &#187;, &#224; la d&#233;couverte de pistes nouvelles dans des r&#233;gions non cartographi&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique dont parlera Gide douze ans plus tard en 1927 dans Voyage au Congo, sera d&#233;j&#224; tr&#232;s diff&#233;rente : elle sera presque totalement cartographi&#233;e et parsem&#233;e de postes et de missions, avec un embryon d'administration, de voies de communication et la radio : &lt;/br&gt;&lt;em&gt;&#171; Le 17 f&#233;vrier 1910, au lever du jour, une petite caravane se mettait donc en route apr&#232;s avoir dit adieu aux flots paisibles du S&#233;n&#233;gal [le fleuve]. En t&#234;te, marchait l'avant-garde, compos&#233;e de six tirailleurs s&#233;n&#233;galais sous la conduite d'un sergent indig&#232;ne. Puis venait le colonel suivi de son interpr&#232;te, le Toucouleur Ba&#239;la Biram et de quelques cavaliers noirs. Enfin, une section de tirailleur pr&#233;c&#233;dait le convoi compos&#233; de seize voitures Lef&#232;vre tra&#238;n&#233;es &#224; mulets. &#192; l'arri&#232;re, marchait le palefrenier du colonel, fi&#232;rement camp&#233; sur un b&#339;uf affubl&#233; d'une selle anglaise, puis la longue suite des domestiques, cuisiniers et marmitons, et enfin, l'arri&#232;re-garde compos&#233;e d'un sergent europ&#233;en et de douze tirailleurs s&#233;n&#233;galais. Sur les flancs, la marche &#233;tait gard&#233;e par une douzaine de partisans maures appartenant &#224; la tribu des Ouled Biri tous mont&#233;s sur de magnifiques chameaux qui les ber&#231;aient indolemment. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&lt;/br&gt;&#171; Apr&#232;s la chaleur accablante du jour, le frais cr&#233;puscule mettait en moi je ne sais quelle l&#233;g&#232;ret&#233;, et il me semblait percevoir comme une ascension de mon &#226;me dans l'espace. Alors, perdu sur la terre, je m'ab&#238;mais dans le myst&#232;re du monde, les yeux fix&#233;s sur Orion qui, solitaire, &#233;mergeait des voiles secrets de l'horizon. &#187; &lt;/br&gt; &#8230;&lt;/br&gt;&#171; Il y aurait une noble page &#224; &#233;crire sur les d&#233;buts de la Mauritanie fran&#231;aise. Et elle s'ouvrirait sur une belle page : Monsieur Coppolani se promenait en 1903 sur la rive droite du S&#233;n&#233;gal, dans l'appareil le plus modeste qu'ait jamais eu le repr&#233;sentant d'une grande puissance, et le regard tourn&#233; vers le nord o&#249; mille difficult&#233;s l'emp&#234;chaient de s'aventurer&#8230; le drame de 1905 [cet administrateur y fut tu&#233; dans une bataille qui l'opposait aux guerriers conduits par Moulay Idris, cousin du Sultan du Maroc que les tribus avaient appel&#233; au secours]&#8230; Voil&#224; donc la grande figure &#224; laquelle nous pensons &#224; Moudj&#233;ria. Mais &#224; cette pens&#233;e se m&#234;le une sorte de malaise&#8230; Eh quoi ? Oublions-nous donc si facilement que nous sommes une puissance de chr&#233;tient&#233; ? &#8230; quand je repense &#224; l'inscription arabe : &#171; Ci-g&#238;t Coppolani , l'ami des musulmans &#187;, je ressens un respect m&#234;l&#233; d'inqui&#233;tude. Et il me prend alors le d&#233;sir de relire les histoires du sire de Joinville et de r&#233;apprendre comment il se comportait &#171; en l'aventure dou p&#233;l&#233;rinaige de la croix. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Psichari a la conviction d'amener la civilisation dans ses bagages militaires. Il dira &#224; maintes reprises &#234;tre l'h&#233;ritier du soldat romain, le descendant du crois&#233;, le digne successeur du va-nu-pieds de l'An II. Mais il ne pensait nullement arriver chez des barbares. Bien au contraire : &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;em&gt; Sur beaucoup de Fran&#231;ais qui n'ont plus la foi [ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le cas de Psichari], mais qui en ont gard&#233; le regret, l'Islam exerce une puissante attraction. Il ne faut pas trop s'en plaindre. Ce go&#251;t nous a donn&#233; une habilet&#233; extraordinaire dans la conduite et le maniement des musulmans. &#187; &lt;/br&gt;&#8230;&lt;/br&gt;&#171; Nous voyions souvent arriver de jeunes guerriers, fiers comme des gueux, dont le maintien s&#233;rieux, les poses harmonieuses, les traits fins annon&#231;aient de vrais aristocrates. &#8230; la vie rude des coureurs de brousse, la vie aust&#232;re des contemplatifs, voil&#224; les deux aspects de l'&#226;me maure. &#187; &lt;/br&gt;&#8230;&lt;/br&gt;&#171; Il me semble maintenant que ces heures-l&#224; m'ont aid&#233; &#224; comprendre certains aspects de l'&#226;me maure. Peut-&#234;tre aurais-je pu les utiliser &#224; mon profit. Mais le courant &#224; remonter &#233;tait si fort, que je ne me sentais pas capable de lutter. &#192; cette &#233;poque, je me disais seulement : &#171; ces grandes facilit&#233;s de m&#233;ditations que nous consent cette terre spirituelle, les Maures les utilisent et ils font &#224; cette aridit&#233;, d'admirables ornements. Pourquoi, transformant &#224; notre mesure de semblables forces et en les employant &#224; notre bien propre, n'essayons-nous pas aussi de nous enrichir ou plut&#244;t de reconqu&#233;rir nos richesses perdues ? &#187; [richesses spirituelles naturellement] &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Il conna&#238;t bien les divers courants religieux de l'Islam en vigueur au S&#233;n&#233;gal et en Mauritanie&#8230; en discute toujours avec ses invit&#233;s maures rencontr&#233;s dans le d&#233;sert et ces conversations le renvoient &#224; ses racines : &lt;em&gt;&#171; C'est ici que Coppolani nous ouvre des horizons surprenants. Il nous montre l'influence profonde de l'alexandrinisme, de Porphyre, de Jamblique, de Plotin, sur la th&#233;ologie islamique&#8230; Tant de r&#234;ves &#233;lev&#233;s, tant de mysticisme florissant en plein vingti&#232;me si&#232;cle sur le sol le plus inhospitalier du monde peuvent bien nous &#233;mouvoir. Nous avons la sensation fortifiante d'aller &#224; des exc&#232;s, de nous &#233;lever au-dessus de la m&#233;diocrit&#233; quotidienne&#8230; &#187;&#8230; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous dressons l'oreille quand ce Coppolani nous cite la r&#233;ponse d'un vieux soufi &#224; un riche qui lui offrait de l'argent : &lt;em&gt;&#171; Voudrais-tu faire dispara&#238;tre mon nom du nombre des pauvres moyennant dix mille drachmes ? &#187;&lt;/em&gt; et qu'il la rapproche du mot de sainte Th&#233;r&#232;se : &lt;em&gt;&#171; on nous ravit la pauvret&#233; qui &#233;tait notre tr&#233;sor. &#187; Ici, nous sommes sur une terre connue. Nous sommes chez nous. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Entre deux discussions th&#233;ologiques, le lieutenant Psichari se lance &#224; la poursuite de rezzous, et nous retrouvons presque chez le colonel Lawrence en 1921 : &lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &#8230; nous avons re&#231;u le renseignement qu'un petit medjbour, alourdi par des prises nombreuses remontait vers le nord&#8230; B* qui venait d'arriver de l'Adrar avec ses m&#233;haristes s'&#233;lance avec quelques hommes&#8230; j'entends des coups de fusil&#8230; nous partons et c'est une course folle&#8230; je sens derri&#232;re moi les grands pas &#233;lastiques des chameaux&#8230; un uniforme mouvement de grande coul&#233;e vers l'avant, les cous tendus. Heure exquise ! D&#233;j&#224; mille imaginations guerri&#232;res nous &#233;blouissent. Je pr&#233;c&#232;de un fr&#233;missement de joie &#8211; cette griserie qui secoue vite les Maures quand le vent de la plaine leur coupe le visage et qu'ils reniflent un peu de poudre. Tout &#224; coup, nous apercevons un grand d&#233;sordre&#8230; les razzieurs surpris pendant la sieste, ont fui, abandonnant leurs prises ; une centaine de chameaux, des &#233;toffes, du th&#233;, des pains de sucre&#8230; et B* un jeune guerrier fran&#231;ais, qui crie au milieu de cette confusion. Une joie na&#239;ve et saine de conqu&#233;rants devant ce butin obtenu de haute main. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Un vieux cheik, abandonn&#233; de tous vient demander la paix &#224; Psichari et lui dit : &lt;em&gt;&#171; Vous avez la force, et je sais bien qu'il faut plier t&#244;t ou tard, mais vous n'aurez pas mon c&#339;ur. Jusqu'&#224; ma mort, je resterai Alsman, le fils de Bakar, qui &#233;tait le fils de Sou&#239;ed Ahmed. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin de s'indigner, Psichari commente : &lt;em&gt;&#171; Fanatisme, non. L'id&#233;e de la guerre sainte contre l'infid&#232;le appara&#238;t bien rarement en Mauritanie. Haine du &#171; Roumi &#187; ? Non. Mais amour de la libert&#233;, des grandes razzias ensoleill&#233;es. Et aussi, fiert&#233; d'une grande race qui se rappelle obscur&#233;ment qu'elle conquit l'Espagne et le Moghreb. C'est encore du r&#234;ve. Sont-ce donc des fanatiques ? Non, ce sont des r&#234;veurs. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous retrouvons des r&#233;f&#233;rences &#224; Gobineau, que Psichari conna&#238;t bien et cite &#224; plusieurs reprises, mais le sulfureux Gobineau n'est pas l&#224; o&#249; on pourrait l'attendre : &lt;em&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M. de Gobineau nous rappelle un des mots essentiels de l'Islam : &#171; L'encre des savants est plus pr&#233;cieuse que celle des martyrs &#187;. Et il nous montre &#224; quel point, l'Islam est une religion d'intellectuels. L'encre des savants ! J'y pensais en voyant au poste le vieux cheik El Ghawani chauss&#233; de b&#233;sicles, et en train de psalmodier un trait&#233; de la pr&#233;destination que venait de lui pr&#234;ter le capitaine G&#8230;. un Fran&#231;ais sera toujours r&#233;volt&#233; par le propos que nous rapporte M. de Gobineau. Quand de jeunes hommes d'aujourd'hui d&#233;noncent l'intol&#233;rable domination intellectuelle de nos modernes savants, ils font l'&#339;uvre la plus belle, la plus salutaire&#8230; ce qui nous console, c'est le cri du c&#339;ur, ce &#171; Oh ! &#187; d'indignation qui jaillit spontan&#233;ment, quand nous entendons comparer la plume d'oie de l'&#233;crivain &#224; la palme du martyre. On fr&#233;mit d'imaginer ce que nous serions, ce que serait la France, si les th&#233;ologiens d'Occident avaient proclam&#233; une semblable v&#233;rit&#233;. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt; Cette vie aventureuse tourne vite chez lui &#224; la recherche m&#233;taphysique : &lt;em&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce p&#232;lerinage en vaut bien d'autres, plus classiques : Ath&#232;nes, Rome ou Bayreuth. Ici, ce n'est que nous-m&#234;mes que nous recherchons. Et trouverons-nous quelque chose ? &#187; &lt;/br&gt;&#8230; &lt;/br&gt;&#171; Comme nous allons vers des terres que nous ne connaissons pas, voici que nous d&#233;couvrons dans notre c&#339;ur de grands espaces inexplor&#233;s&#8230; Toute cette mis&#232;re, celle de la terre et la n&#244;tre propre&#8230; nous sommes forc&#233;s de reconna&#238;tre que toute cette mis&#232;re est tr&#232;s naturellement &#224; nous, et que c'est au contraire la cit&#233; moderne qui n'est pas &#224; nous et o&#249; nous sommes des &#233;trangers. Cette pure simplicit&#233; de la vie nomade, cette pure rudesse, voil&#224; les vertus que nous aimons&#8230; Oh ! comme elle est bien &#224; nous, cette terre sans nom&#8230; loin des usines et des boutiques et des gares, comme nous nous reconnaissons les uns les autres, nous les soldats, avec au c&#339;ur, toute la joie de la d&#233;livrance ! Si loin du progr&#232;s, nous sentons que nous sommes des hommes de fid&#233;lit&#233;, et qu'au fond, le progr&#232;s nous est &#233;gal&#8230; Mais alors, une pens&#233;e nous vient. Pourquoi tant d'abandons que nous avons consentis, tant de reniements dont nous sommes coupables, tant de d&#233;r&#233;lictions qui sont les n&#244;tres ? &#8211; Pourquoi, parmi ces forces qui s'opposent au progr&#232;s abhorr&#233;, garder l'arm&#233;e et rejeter l'&#201;glise ? Quand je causais avec Mohammed Fadel, je tenais &#224; rester &#171; Fran&#231;ais &#187;. Mais alors, tout naturellement je lui parlais du Christ en chr&#233;tien, et j'eusse &#233;prouv&#233; la plus grande honte &#224; ne pas le faire. Je me rappelle ces conversations comme la chose la plus &#233;trange du monde. Je n'avais pas la foi et je parlais en croyant, et pourtant je n'avais pas le sentiment de manquer de sinc&#233;rit&#233;. Alors, pour la premi&#232;re fois, je compris combien le Christ me liait, comme malgr&#233; moi et &#224; mon insu. &#187;&lt;/em&gt; &lt;/br&gt;&#8230;&lt;/br&gt;In Carnets de Route, Psichari &#233;crit : &lt;em&gt;&#171; Admirable religion que celle du Croissant, qui r&#233;ussit infiniment mieux l&#224;-bas que le christianisme et qui y fait aussi beaucoup plus de bien. Religion mieux adapt&#233;e &#224; l'homme, plus pratique et plus vivante que le catholicisme. &#187; &#8230; &#171; Je crois qu'il n'y a pas plus de malhonn&#234;tes gens aux colonies qu'ailleurs. Mais la plupart des coloniaux ont des jugements tr&#232;s faux et des points de vue inexacts sur le pays qu'ils habitent et sur la conduite &#224; y tenir. Ils oublient ce principe qu'il faut arriver dans un pays avec une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de sympathie. Tous les Africains [coloniaux&#8230;] que j'ai vus ont la haine du noir. Ils ne parlent que de coups de chicote et les sc&#232;nes de brutalit&#233; sont fr&#233;quentes. &#8230; je crois que le noir est tr&#232;s mall&#233;able et qu'avec un peu de patience, on peut en faire ce qu'on veut. &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Et toute la deuxi&#232;me partie du livre ne sera que l'histoire de sa conversion : &lt;em&gt;&#171; Dans le monde, ce que j'aime le mieux au fond, ce sont les d&#233;vots. Ceux avec qui je m'entends le mieux ce sont les vrais d&#233;vots, les hommes de sacristie et de confessionnal, les hommes enfin de scrupuleuse fid&#233;lit&#233;, les hommes d'exactitude et d'onction, en m&#234;me temps, les hommes d'observance, les ob&#233;issants et les pacifiques. Pourquoi ne vais-je pas &#224; mes vrais amis ? Il ne manque absolument que cette petite &#233;tincelle de la gr&#226;ce&#8230; &#187; &lt;/br&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#171; Car pour le Maure, France et chr&#233;tient&#233; ne font qu'un. Ne nous appellent-ils pas &#171; Nazar&#233;en &#187; plus volontiers que &#171; Fran&#231;ais &#187; ? Et c'est une chose &#233;trange que ce soit eux qui viennent sur ce point nous &#233;clairer sur nous-m&#234;mes et nous donner une le&#231;on. &#187; &#8230;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#171; Mon Dieu, puisque vous m'avez men&#233; jusqu'ici pour me faire entrevoir votre visage, ne m'abandonnez plus. &#8230; envoyez-moi mon Dieu le signe adorable de votre pr&#233;sence&#8230; &#8230; maintenant, laissons agir le silence. C'est un grand ma&#238;tre de v&#233;rit&#233;. &#187;&#8230; &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&#171; Le Greco de Maurice Barr&#232;s me ram&#232;ne vers cette lointaine Espagne qui fut ma premi&#232;re station vers l'Islam. Ne sommes-nous pas ici dans le pays des anciens ma&#238;tres de Tol&#232;de ? Bien d&#233;chus de leur splendeur d'autrefois, sans doute. Et pourtant, quand on voit les grands mystiques qui vivent encore sur cette terre si rude, aussi nue que la Castille, on ne peut s'emp&#234;cher de penser &#224; la figure que faisait le Greco dans Tol&#232;de&#8230; J'ai rencontr&#233;, dans les gorges du Tagant, de vrais asc&#232;tes qui au Tol&#233;dan&#8230; Tout ce que l'on dit du Greco, peut s'appliquer, &#224; peu de chose pr&#232;s, &#224; l'&#226;me des Maures ou, &#224; l'espagnole, des Mores &#187; &lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/br&gt;Ma note de lecture touche &#224; sa fin. Il est temps pour moi, mes amis, de vous donner une derni&#232;re occasion de vous indigner avec des r&#233;flexions de Psichari aussi &#171; d&#233;concertantes &#187; que celles-ci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;em&gt;&#171; Nous sommes ici &#224; la borne septentrionale de notre empire. Mais comment arr&#234;te-t-on ce large mouvement auquel seul l'oc&#233;an peut mettre un terme ? La force qui nous pousse est invincible, parce qu'elle est ordonn&#233;e&#8230; Que faire contre la force, unie &#224; la raison ? C'est un flot disciplin&#233; qui roule d'un bord &#224; l'autre du Sahara&#8230; les ma&#238;tres de la France &#8211; s'inqui&#232;tent : &#171; Arr&#234;tez ! N'allez pas plus loin ! &#187; Mais ils ne sont pas aussi forts que cette force-l&#224;. &#187; &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; &#171; On peut le dire sans paradoxe : nul n'est pleinement Fran&#231;ais, s'il n'est avant tout catholique (sans que cette id&#233;e n'enl&#232;ve rien &#224; la grandeur de la &#171; catholicit&#233; &#187; de l'universalit&#233;). Ce qui est requis pour la qualit&#233; de Fran&#231;ais, c'est la foi de saint Louis et de Jeanne d'Arc, sinon leur saintet&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; &#171; Nous tous, qui sommes n&#233;s avec le si&#232;cle, avons le sentiment de notre importance&#8230; C'est de nous que d&#233;pend le salut de la France, donc celui du monde et de la civilisation&#8230; Nous savons bien que nous verrons de grandes choses, que de grandes choses se feront par nous. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; En conclusion,&lt;/strong&gt; arr&#234;tons-nous quelques instants sur ces textes. Nous sommes en 1906 dans les confins Tchadiens : &#224; cette &#233;poque et &#224; cet endroit, ce livre est tr&#232;s loin de retracer une page &#171; coloniale &#187;. Il s'agit plut&#244;t du journal d'une aventure v&#233;cue par un jeune homme id&#233;aliste qui passe trois ann&#233;es sur un dromadaire &#224; parcourir des terres encore inconnues, non cartographi&#233;es, &#224; des ann&#233;es-lumi&#232;re de la &#171; civilisation &#187;. Il a le sentiment justifi&#233; d'&#233;crire l'Histoire et d'&#233;tablir la g&#233;ographie tout en m&#233;ditant une aventure spirituelle nourrie par la beaut&#233; des paysages et par les discussions entreprises aux hasards des chemins avec des chefs tribaux musulmans, aristocrates et va-nu-pieds si diff&#233;rents de lui et pourtant si proches et qui partagent avec lui les m&#234;mes pr&#233;occupations int&#233;rieures. C'est &#224; ses rencontres avec ce que d'autres appelaient alors les &#171; indig&#232;nes &#187; qu'il devra sa conversion. Trente-cinq ans &#224; peine s&#233;parent ce jeune Psichari de cet autre jeune homme qui deviendra un historien merveilleux &#8211; Jean Delumeau &#8211; et qui venant d'int&#233;grer en 1942 la nouvelle &#233;cole militaire de Cherchell, d&#238;ne un soir chez un colon et aper&#231;oit sur le mur du salon deux fusils. Son h&#244;te commente : &#171; cela peut toujours servir&#8230; &#187; Delumeau d&#233;couvre alors que &#171; l'histoire apprise &#224; l'&#233;cole est pleine de mensonges &#187; : la France est en Alg&#233;rie et dans les colonies contre le v&#339;u des populations locales. Il se d&#233;couvre ainsi une vocation d'historien. Trente-cinq ans, deux moments de l'Histoire, deux parcours, deux t&#233;moignages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes amis, bonne lecture, bon remue-m&#233;ninges et &#224; bient&#244;t pour une nouvelle &#171; Note de lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, si vous avez encore quelques instants, relisez sur ce site m&#234;me, le petit texte d'introduction aux Biblioth&#232;ques de Famille parce que c'est dans l'une d'elles au fin fond de l'Anjou qu'un soir d'hiver sous un &#233;dredon j'ai lu ce magnifique roman d'un trait jusqu'au petit matin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cliquez donc sur ce lien qui vous y am&#232;nera : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&#034;http://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique15&#034;&gt;De l'utilit&#233; des biblioth&#232;ques de maisons de famille&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;signature&#034; style=&#034;text-align: right;&#034;&gt; &lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;/em&gt;&lt;/h5&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Nuit en mer</title>
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&lt;p&gt;La Nuit en Mer Par Claude Farr&#232;re Acad&#233;micien, Officier de marine Chez Ernest Flammarion, Collection &#171; Les Nuits &#187; 1922 &lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait un temps o&#249; la Turquie &#233;tait L'Homme Malade de l'Europe, o&#249; les Dardanelles &#233;taient un enjeu de crises internationales &#224; r&#233;p&#233;tition, o&#249; les Puissances mouillaient leurs navires en rade de Stambul qui ne s'appelait plus Constantinople, mais pas encore Istanbul&#8230; Bref, nous sommes en 1902, sur le Vautour, petit croiseur &#224; vapeur fran&#231;ais de 1.200 tonnes, o&#249; le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;La Nuit en Mer&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Par Claude Farr&#232;re&lt;br /&gt;Acad&#233;micien, Officier de marine&lt;br /&gt;Chez Ernest Flammarion, Collection &#171; &lt;em&gt;Les Nuits &lt;/em&gt; &#187; 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L317xH435/farrere-84d97.jpg?1740759976' style=' border-width: 3px;' width='317' height='435' /&gt;&lt;br/&gt;C'&#233;tait un temps o&#249; la Turquie &#233;tait L'Homme Malade de l'Europe, o&#249; les Dardanelles &#233;taient un enjeu de crises internationales &#224; r&#233;p&#233;tition, o&#249; les &lt;em&gt;Puissances&lt;/em&gt; mouillaient leurs navires en rade de Stambul qui ne s'appelait plus Constantinople, mais pas encore Istanbul&#8230; Bref, nous sommes en 1902, sur le Vautour, petit croiseur &#224; vapeur fran&#231;ais de 1.200 tonnes, o&#249; le jeune enseigne Claude Farr&#232;re fait ses premi&#232;res classes. L'int&#233;r&#234;t de ce petit livre, c'est tout d'abord de ressentir presque physiquement l'immensit&#233; de cet espace intergalactique qui s&#233;pare notre temps de l'univers de Farr&#232;re et pourtant je suis n&#233; en 1942 soit quarante ans &#224; peine apr&#232;s cette fameuse nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#233;poque o&#249; la radio n'existe pas : on communique avec le minist&#232;re par des &#171; &lt;em&gt; c&#226;bles chiffr&#233;s&lt;/em&gt; &#187; ; pas de sonar : on estime la profondeur &#224; &#171; &lt;em&gt;la ligne de sonde plomb&#233;e &lt;/em&gt; &#187; ; pas de GPS pour calculer la distance parcourue : on largue un loch et on compte les n&#339;uds ; on fait le point au soleil le jour, &#224; la Polaire la nuit ; pas de radar : la nuit, on double les vigies. Ce qui nous vaudra cette fameuse nuit de temp&#234;te &#8211; d'o&#249; le titre &#8211; o&#249; pour franchir du d&#233;troit des Dardanelles par une nuit d&#233;cha&#238;n&#233;e, sans lune, on attachera le jeune officier au bout d'une vergue qui d&#233;borde le navire de plusieurs m&#232;tres et plonge la vigie dans la mer &#224; chaque roulis, avec mission de percer la brume de ses yeux de lynx pour apercevoir le fameux phare d'Europe : &#171; &lt;em&gt;Commandant, je crois que je vois le phare d'Europe. L&#224; par b&#226;bord&#8230; - Si c'est le phare d'Europe, nous avons d&#233;vi&#233; &#224; droite. Il faut vite, vite&#8230; - Attention &#224; la barre ! &#192; gauche, quinze, vingt ! &#8230; - Et par tribord, haut dans la brume, quelque chose d'&#233;norme et d'indistinct : la montagne d'Anatoly-Kavak, avec les ruines g&#233;noises qui la couronnent&#8230; Anatoly-Kavak dispara&#238;t. Roumely-Kavak, en face, dispara&#238;t de m&#234;me. Nous courons, aveugles, dans le petit jour bl&#234;me et bouch&#233;&#8230; &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore plus incroyable et lointain : en 1902, alors que la temp&#234;te anticl&#233;ricale bat son plein, on dit encore la pri&#232;re en commun sur les navires de guerre de la R&#233;publique radicale : &#171; &lt;em&gt;Cap'taine, c'est l'heure du branle-bas. &#8211; Soit, Branle-bas ! &#8211; Clairons, vif tumulte. On court. On se rassemble, on s'aligne. &#8211; Garde-&#224;-vous ! Clairons encore. &#8211; La pri&#232;re ! &#8211; On fait encore la pri&#232;re sur les vaisseaux de France, l'an 1902. Un timonier de bonne volont&#233; r&#233;cite : Notre P&#232;re&#8230; et Je vous salue Marie&#8230; les hommes &#233;coutent, en rangs le long des bastingages, face en dedans. C'est bref. &#8211; Pardonnez nos offenses comme nous pardonnons &#224; ceux qui nous ont offens&#233;s&#8230; Et vivement, je r&#233;plique : &#8211; Les punitions&#8230; 223, Conan : deux jours de police simple, pour avoir chavir&#233; sa baille sur les pieds du ma&#238;tre de quart&#8230; Et 715, Marty : deux jours de prison nominale pour avoir m&#233;chamment jet&#233; &#224; la mer les tripes des seconds ma&#238;tres&#8230; (les tripes du b&#339;uf abattu appartiennent &#224; tour de r&#244;le aux diff&#233;rentes tables du bord)&#8230; R&#233;glez le service ! Tribord de quart. Face aux bastingages ! Les hamacs ! &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L425xH274/farrere2-60715.jpg?1740759976' style=' border-width: 3px; border-style: solid; margin: 3px; float: left;' width='425' height='274' /&gt;Eh, oui ! On r&#232;gle encore la vie aux clairons et non pas avec de la musique de conserve. Et clairons au pluriel s'il vous pla&#238;t, car on ne m&#233;gote pas avec la musique sur les navires de la Royale ! On dort sur des hamacs tendus entre les coursives et bien s&#251;r les frigos n'existent pas : on abat un b&#339;uf de temps en temps&#8230; on plume les volailles sur le pont. Bref, on en est largement encore au temps de la marine &#224; voiles, m&#234;me si la vapeur est l&#224; : c'est la guerre de 14 qui changera tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et autre int&#233;r&#234;t, et non des moindres : lisez ce r&#233;cit pour ce ton vif, cette rapidit&#233; s&#232;che, cette &#233;l&#233;gance du style qui transforme le quotidien en &#339;uvre d'art : une s&#233;rie de croquis esquiss&#233;s par un de ces officiers de marine artistes comme le XIXe en a s&#233;cr&#233;t&#233; largement : Loti, Farr&#232;re, S&#233;galen&#8230; ou de simples matelots artistes comme de La Landelle ou m&#234;me un simple plaisancier comme Tristan Corbi&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de ce court roman, presque une nouvelle, se d&#233;guste en ap&#233;ritif : la visite protocolaire &#224; Yalta de la marine fran&#231;aise pour l'anniversaire du Tzar qui re&#231;oit nos officiers sur son yacht le Standardt&#8230; je poss&#232;de deux de ces broderies encadr&#233;es des drapeaux de l'empire russe et de la R&#233;publique fran&#231;aise sur fond de torpilleurs &#224; chemin&#233;es, soulign&#233;s en lettres d'or : &#034;&lt;em&gt;&#192; l'amiti&#233; franco-russe&#034;&lt;/em&gt; que les marins des deux flottes s'&#233;changeaient dans les tavernes de Yalta et de S&#233;vastopol comme on disait alors. Une d&#233;l&#233;gation russe arrive &#224; bord du Vautour : &#171; &lt;em&gt;Bien entendu, cordialit&#233; d&#233;bordante. Mais stupeur mal dissimul&#233;e&#8230; - La f&#234;te de l'empereur ? &#8230; Excellente id&#233;e que vous avez eue, d'arriver en avance ! &#8230; En avance ? Ce n'est donc pas aujourd'hui ? &#8211; Non. C'est dans quatorze jours&#8230; Oh bon sang de bon sang ! Pelletan, (alors ministre de la Marine) l'hurluberlu, s'est tromp&#233; de calendrier ! Il a oubli&#233; que la Russie schismatique ne reconna&#238;t pas la r&#233;forme du pape Gr&#233;goire&#8230; et que le 6 d&#233;cembre &#224; Yalta, correspond au 20 d&#233;cembre &#224; Paris&#8230; Bien entendu, le Tzar et les siens ont fait mine de ne s'apercevoir de rien. Ils sont gens bien &#233;lev&#233;s&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Et ce sera le retour deux semaines apr&#232;s avec cette fameuse nuit en mer avec temp&#234;te et franchissement de nuit des Dardanelles et au matin : &#171; &lt;em&gt;Soudain, le soleil&#8230; Et Stamboul tout entier se dresse devant nous, minarets au vent. Stamboul l'incomparable. Stamboul, qu'a fix&#233;, pour les &#226;ges &#224; venir, Loti&#8230; Et notre vieux pavillon, que nous tous nous saluons, t&#234;te nue, monte &#224; la Corne, tandis que la premi&#232;re touche d'or du soleil illumine le croissant de la Sule&#239;maniehdjami.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; les bateaux de croisi&#232;re n'amenaient pas encore leurs 3.000 touristes sur la Corne d'Or, une &#233;poque o&#249; l'Orient &#233;tait encore exotique, o&#249; de vastes taches blanches inexplor&#233;es marquetaient notre si vaste globe devenu si petit, une &#233;poque o&#249; l'on saluait encore &#171; &lt;em&gt; notre vieux pavillon, t&#234;te nue, montant &#224; la corne&lt;/em&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien loin tout cela, c'est cent quatorze ans en arri&#232;re, et pourtant c'est si pr&#232;s : &#224; peine quarante ans avant ma naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, mes amis, plongez-vous dans ce petit livre et surtout ajoutez-y vos raisons personnelles de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des raisons personnelles ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part, j'ai v&#233;cu ce livre comme une de ces minuscules aventures personnelles qui sont le sel de l'existence. Je l'ai trouv&#233;, un soir d'hiver dans une chambre bien chauff&#233;e d'un vieux presbyt&#232;re d'Anjou, dans une de ces &#171; &lt;em&gt; biblioth&#232;ques de famille &lt;/em&gt; &#187; qui font mon bonheur. Voir cette description sur ce site en cliquant sur le lien suivant : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&#034;http://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique15&#034;&gt;De l'utilit&#233; des biblioth&#232;ques de maisons de famille&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;style=&#034;text-align: right;&#034;&gt;&lt;em&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil &lt;/em&gt;&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un nouvel &#233;clairage sur les Vaudois</title>
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		<dc:date>2017-09-16T13:17:27Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Les Vaudois, Histoire des &#034;Pauvres de Lyon&#034; XIIe XVIe si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt; Par Gabriel AUDISIO &lt;br class='autobr' /&gt; professeur &#233;m&#233;rite d'Aix-Marseille Universit&#233;, sp&#233;cialiste d'histoire culturelle et religieuse &lt;br class='autobr' /&gt; &#201;ditions &#201;quinoxe (juillet 2015) 304 pages, 26&#8364; &lt;br class='autobr' /&gt; S'appelait-il Valdo comme le veut la coutume, ou plut&#244;t Vald&#232;s ou Vaud&#232;s comme le disent certains chercheurs actuels ? Officiellement, c'est-&#224;-dire en latin, il &#233;crit : &#171; ego, Valdesius&#8230; &#187; Avait-il un pr&#233;nom ? Ses disciples un si&#232;cle plus tard le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://flaneurtextuel.fr/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Fl&#226;neries litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;span class=&#034;titre&#034;&gt;Les Vaudois, Histoire des &#034;Pauvres de Lyon&#034; XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt; Par Gabriel AUDISIO&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; professeur &#233;m&#233;rite d'Aix-Marseille Universit&#233;, sp&#233;cialiste d'histoire culturelle et religieuse&lt;br /&gt; &#201;ditions &#201;quinoxe (juillet 2015) 304 pages, 26&#8364;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img class='centrer' alt=&#034;&#034; src='https://flaneurtextuel.fr/local/cache-vignettes/L340xH340/vaudois-94281.jpg?1740759976' width='340' height='340' /&gt; &lt;br/&gt;S'appelait-il Valdo comme le veut la coutume, ou plut&#244;t Vald&#232;s ou Vaud&#232;s comme le disent certains chercheurs actuels ? Officiellement, c'est-&#224;-dire en latin, il &#233;crit : &lt;em&gt;&#171; ego, Valdesius&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Avait-il un pr&#233;nom ? Ses disciples un si&#232;cle plus tard le pr&#233;nomm&#232;rent Pierre comme l'autre p&#234;cheur d'hommes&#8230; On sait peu de choses de lui en dehors de l'essentiel : riche marchand lyonnais, il distribue son importante fortune aux pauvres, apr&#232;s avoir assur&#233; la s&#233;curit&#233; de sa femme et de ses filles, et prend la route &#224; pied, qu&#234;tant son pain pour pr&#234;cher l'&#201;vangile vers 1170, au moment m&#234;me o&#249; na&#238;t un certain Dominique de Guzman &#8211; futur St Dominique &#8211; et douze ans avant la naissance d'un certain Fran&#231;ois, fils d'un riche marchand d'Assises &#8211; futur St Fran&#231;ois -&#8230; qui comme lui quitteront tout pour mendier en pr&#234;chant le Rachat et le Salut&#8230; C'&#233;tait un si&#232;cle rude et doux &#224; la fois pour secr&#233;ter ainsi ces personnalit&#233;s assez puissantes pour prendre au pied de la lettre la parabole du jeune homme riche&#8230; Mais si les deux religieux, apr&#232;s toutefois des d&#233;buts bien difficiles, furent finalement canonis&#233;s, Valdo, lui, mourra obscur fuyard, pers&#233;cut&#233; et h&#233;r&#233;tique&#8230;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et pourtant tout avait bien commenc&#233; pour lui : nombreux sont ceux qui quittent tout pour le suivre sur les grands chemins, vrais disciples qui s'appelaient entre eux &#171; Fr&#232;res &#187;, tandis que les foules s&#233;duites c&#233;l&#233;braient les &lt;em&gt;Pauvres de Lyon.&lt;/em&gt; Suivis de ses &lt;em&gt;fr&#232;res&lt;/em&gt;, Valdo parcourt le sud-ouest pr&#234;chant la Bonne Parole pour ramener les h&#233;r&#233;tiques &lt;em&gt;&#171; bonshommes &#187;&lt;/em&gt; cathares dans le chemin de V&#233;rit&#233;, avec souvent le soutien ou la complicit&#233; du clerg&#233; local et m&#234;me des &#233;v&#234;ques. L'appel de la pauvret&#233; choisie est si fort en ces temps lointains, qu'en quelques d&#233;cennies le mouvement s'&#233;tendra sur la moiti&#233; sud de la France, en Pi&#233;mont, en Boh&#232;me, Moravie, Thuringe et jusqu'en Pom&#233;ranie. Plus tard, les &lt;em&gt;&#171; fr&#232;res &#187;&lt;/em&gt; tisseront m&#234;me des liens avec les Thaborites hussites de Prague.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pour aider &#224; la compr&#233;hension des foules, Valdo fit traduire des textes &#233;vang&#233;liques et bibliques du latin en langue vernaculaire. &#192; sa suite, ses pr&#233;dicateurs qui, pour la plupart savaient manifestement lire et &#233;crire, p&#233;r&#233;grineront comme les dominicains le livre attach&#233; &#224; la ceinture, le livre alors symbole de savoir et porteur de prestige. Ces livres traduits &lt;em&gt;&#171; per lo grossier poble et la simpla gent &#187;&lt;/em&gt; selon les inquisiteurs, seront peut-&#234;tre un des &#233;l&#233;ments de son succ&#232;s, et sans doute un &#233;l&#233;ment de sa perte&#8230; Valdo, ce la&#239;c qui sait lire mais ne parle pas latin, est de ce fait incapable de discuter subtilement avec ces dominicains cultiv&#233;s raffin&#233;s th&#233;ologiens communiquant par-dessus les fronti&#232;res linguistiques dans la langue internationale d'alors &#8211; le latin et qui sont charg&#233;s de veiller &#224; la stricte orthodoxie. Face &#224; eux, ce la&#239;c ne pouvait que rencontrer des probl&#232;mes. Ses traductions &#233;taient-elles h&#233;t&#233;rodoxes ou approximatives ou tout simplement insuffisantes ? Mais les temps changent : en 1184 le Concile de V&#233;rone abandonne l'usage exclusif de la persuasion en mati&#232;re d'h&#233;r&#233;sie pour user d&#233;sormais de la coercition avec l'aide du bras s&#233;culier. Les cathares si combattus en parole par Valdo sont alors d&#233;clar&#233;s h&#233;r&#233;tiques, comme le sont aussi les Umiliati du Pi&#233;mont, les Patarins et bien d'autres et comme le sera nomm&#233;ment Pierre Valdo lui-m&#234;me.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; D&#233;sormais, le mouvement entre dans la clandestinit&#233; pour des si&#232;cles&#8230; il quitte les villes trop surveill&#233;es et de citadin devient campagnard, de public devient cach&#233;, perdant ainsi progressivement contact avec le dynamisme des cit&#233;s alors en pleine expansion pour sombrer peu &#224; peu dans le repli, le furtif, la victimisation et le pass&#233;. Progressivement, le mouvement se change en secte. Et l'on a ces r&#233;cits de bourgs de campagnes o&#249; l'arriv&#233;e du &lt;em&gt;&#171; barbe &#187;&lt;/em&gt; (oncle en proven&#231;al) &#224; la nuit tomb&#233;e rassemble furtivement les &#171; fr&#232;res &#187; en &#171; synagogues &#187; par le bouche-&#224;-oreille familial pour &#233;couter son pr&#234;che, chanter les psaumes et vibrer en miroir aux r&#233;cits des souffrances des Macchab&#233;es bibliques en proie aux despotes Perses. Les ann&#233;es passant, les mariages exclusivement entre &lt;em&gt;&#171; fr&#232;res &#187;&lt;/em&gt; accentueront leur isolement.&lt;br /&gt; L'arriv&#233;e de la R&#233;forme au XVIe si&#232;cle sera une bouff&#233;e d'air frais pour l'&#201;glise Vaudoise, bient&#244;t an&#233;antie par le br&#251;lement de M&#233;rindol, de Cabri&#232;res, d'Opp&#232;de, de onze villages du Luberon et le massacre en masse de leur population lors de la semaine sanglante de 1545 sauvagement conduite par Jean Maynier pr&#233;sident du Parlement d'Aix et baron d'Opp&#232;de avec l'aide &lt;em&gt;&#171; des vieilles bandes du Pi&#233;mont &#187;&lt;/em&gt; de retour des guerres d'Italie. Violences rapidement suivies par le massacre des vaudois de Calabre et de Pouille par le Roi de Naples et celui des fr&#232;res pi&#233;montais par Philibert de Savoie. Les liens deviendront d&#232;s lors plus &#233;troits avec la puissante R&#233;forme qui d&#233;bute, les mariages se feront sur une base &#171; protestante &#187; bien plus large et les Vaudois s'int&#233;greront si bien dans cette R&#233;forme que le mouvement dispara&#238;tra en tant que tel.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Une &#233;criture alerte, &#233;l&#233;gante au service d'une &#233;rudition jamais p&#233;dante fait de ce livre une lecture indispensable &#224; tout historien amateur. Rien que le titre des chapitres vous donnera une irr&#233;sistible envie de l'ouvrir : &lt;em&gt;Na&#238;tre : une volont&#233; (1170-1215) ; S'adapter : une n&#233;cessit&#233; (XIIIe si&#232;cle) ; Croire autrement : un d&#233;fi (XIVe) ; Durer : un risque (XVe) ; Se cacher : une contrainte ; S'organiser : un besoin ; Une autre culture ; Mourir : une solution d'avenir. Et en conclusion : Secte ou &#233;glise ? Rupture ou continuit&#233; ? Mutation, conversion ou suicide ?&lt;/em&gt; Un r&#233;gal ! &gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez aller au-del&#224; du livre, ou lire quelque chose de moins long, mais tout aussi s&#233;rieux, allez donc commander et lire le num&#233;ro 97 de l'excellent bulletin&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&#171; La Valmasque &#187;&lt;/strong&gt; (mars 2015 10&#8364;)&lt;br /&gt;de &lt;strong&gt;l'Association d'&#201;tudes Vaudoises et Historiques du Luberon&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Adresse :&lt;br /&gt;La Muse B.P. 4&lt;br /&gt;84360 M&#233;rindol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site internet (abrit&#233; par le site de la BNF) :&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&#034;https://data.bnf.fr/11866191/association_d_etudes_vaudoises_et_historiques_du_luberon&#034;&gt;&#201;tudes Vaudoises et Historiques du Lub&#233;ron&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4 class=&#034;signature&#034;&gt;Fran&#231;ois-Marie Leg&#339;uil&lt;/h4&gt;&lt;/div&gt;
		
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