Des normes ! Des normes ! Des normes !
En paraphrasant sans le savoir le Général qui clamait : "L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !" les écolos et la gauche réclament : "Des Normes ! Des Normes ! Des Normes !" tandis que la droite s’époumone : "Trop de Normes ! Trop de Normes ! Trop de Normes ! ", du moins quand elle est dans l’opposition. Hélas pour la droite ! Je viens de faire une découverte qui établit sans erreur possible que la norme est un chromosome constitutif du génome français.
Voici cette perle normative fracassante que j’ai ramenée la semaine dernière d’une descente spéléo en apnée dans la caverne d’Ali Baba de la BNF : le décret du 18 frimaire de l’An 2 de la République Une et Indivisible, dont voici le texte :
Décret de la Convention Nationale
Du 18e jour de Frimaire, l’an second de la république française une et indivisible
Qui met tous les cordonniers de la république en réquisition pour le service des armées.
Article premier
À compter du premier nivose prochain, et jusqu’au dernier jour de la seconde décade de Pluviose, tous les cordonniers de la république, seront employés exclusivement à fabriquer des souliers pour les militaires en activité de service. Ceux qui travailleront pendant cet intervalle pour d’autres particuliers, seront condamné à la confiscation de leurs ouvrages, et en outre, une amende de 200 livres au profit du dénonciateur. Ces peines seront prononcées par les administrateurs du district.
Articles II
Ces souliers seront tous carrés par le bout : aucun autre citoyen que les militaires en activité, n’en pourra porter de cette forme. Les particuliers qui seront pris en contravention, seront censés les avoir achetés des soldats, et puni en conséquence suivant la rigueur des lois portées contre ceux qui font un trafic illicite des effets militaires.
Article III
Ces souliers seront de plus garnis, tant du talon que sous la semelle, de clous à tête ronde, au nombre de 30 au moins.
L’enpeigne et le quartier seront de bon veau ciré.
Le quartier, en coupe carrée et couture derrière.
Les tirans, entiers et de longueur suffisante.
Les talons, à trois bouts, chacun d’un seul morceau.

En ces temps bruissant de bruits de guerre, j’ai choisi une norme concernant le soulier du soldat, qui - comme tout le monde le sait - est la cheville ouvrière de nos armées (si, si, il faut oser !) car depuis mes trois mois de passage dans le 23e R.I.M.A. pour mon service militaire, je n’ai jamais oublié le premier commandement du bidasse : « De quoi sont les pieds ? Les pieds sont l’objet des soins attentifs de la part du soldat ».
Et, cerise sur le gâteau, ce décret a l’avantage de nous ouvrir les yeux sur un autre chromosome de notre ADN : celui de la délation, que le mouvement« Me Too » a si magnifiquement remis à l’honneur et qui fait désormais partie intégrante de notre code pénal. Je note qu’à l’époque, les débuts étaient difficiles : le citoyen délateur avait besoin d’un coup de pouce pour passer à l’acte : 200 Livres de récompense payés par l’infâme acheteur. Depuis Me Too, c’est plus moral, pas besoin de récompense, c’est un devoir ! Qui reste à inscrire dans le marbre immarcessible de la Constitution.
