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L’Art de flâner en littéraire...

Au XXe siècle, la flânerie a été très bien illustrée : Walter Benjamin et ses Passages, Léon-Paul Fargue Le Piéton de Paris, Aragon Le Paysan de Paris, et tant d’autres… Flâner suppose du loisir. L’Antiquité faisait de l’otium un cadeau des dieux, comme nous le confirme Virgile dans sa 1e Églogue des Bucoliques : « Tu apprends à faire résonner les forêts de "douce Amaryllis". / Ô Mélibée, un dieu nous a fait ces loisirs » Les Évangiles ne sont pas en reste en nous faisant un devoir de lever le nez de nos occupations : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit... » (Mt 6, 26)
Le XVIIIe siècle nous a gracieusement légué les merveilleuses Rêveries du Promeneur Solitaire, et Lessing a magistralement résumé la nécessité de la flânerie : « Paressons en toutes choses / hormis en aimant et en buvant / hormis en paressant… » Mais déjà Kant annonce le siècle de fer – le XIXe – dans ses Réflexions sur l’éducation : « L’homme est le seul animal qui doit travailler… Il est tout aussi faux de s’imaginer que si Adam et Ève étaient demeurés au paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants pastoraux, et contempler la beauté de la nature. »
Le tournant était pris, et au XIXe et surtout au début du XXe le travail devient un impératif quasiment catégorique. En 1919 avec F. W. Taylor (La Direction des ateliers), le travail devient l’alpha et l’oméga de la condition humaine : « La paresse naturelle des hommes est grave ; mais le mal de beaucoup le plus grand, dont souffrent ouvriers et patrons, c’est la flânerie systématique à peu près universelle… La majeure partie de la flânerie systématique est pratiquée par des ouvriers avec l’intention délibérée de tenir leur patron dans l’ignorance de la vitesse à laquelle on peut faire un travail. » restif Un des rares à proclamer le contraire est Paul Lafargue dans son fameux Droit à la Paresse qu’il écrivit depuis sa cellulle de la prison Sainte-Pélagie en 1883 : « Ô Paresse, prends pitié de notre longue misère ! Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines ! » En 1881 dans Aurores (Livre III),

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